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mardi 11 avril 2023

Pédophilie : après la théorie des "faux souvenirs" et celle du SAP, voici venue la psychologie sociale...

Il y a tout juste quinze jours, 20minutes.fr publiait un article de fact-checking sur le SAP (syndrome d'aliénation parentale), après que j'eus publié un petit récapitulatif sur certains zététiciens et la pédocriminalité six jours plus tôt, le 21 mars dernier :

http://satanistique.blogspot.com/2023/03/thomas-durand-de-la-tronche-en-biais.html

http://satanistique.blogspot.com/2023/03/le-syndrome-dalienation-parentale-fact.html

Voici maintenant un article publié sur BFMTV.COM qui fait le point sur l'utilisation du SAP pour saper le moral des petites victimes et de leurs mères aujourd'hui devant les tribunaux... et son remplacement progressif par la spécialiste en "psychologie sociale"... dont les avis, en fait, reviennent toujours à peu près à celui-là, mais sont présentés d'une manière différente : il n'est plus question de SAP, c'est la psychologue experte qui s'est prononcée...

Psychologue experte ? Grosse erreur, mon cher Watson, cette femme n'est pas psychologue et n'est pas qualifiée pour expertiser des victimes, c'est une professionnelle de la manipulation qui a obtenu son diplôme en faculté de lettres et sciences sociales, option sociologie, encore une filière où les coucheries sont de règle pour les femmes...

Voir ici toutes les explications fournies par un homme qui l'a rapidement quittée, écoeuré :

http://www.liens-socio.org/article.php3 ? id_article=2874

Autrement dit, presque à tous les coups, la psychologue sociale n'est encore qu'une pute, tout comme la juge des enfants passée par Sciences Po Bordeaux avant d'intégrer l'ENM, cas de la juge brestoise Céline Verdier qui entre 2014 et 2016 a exercé à Quimper comme juge des enfants et en a profité pour mettre en place avec une copine psychologue sociale un protocole spécial pédo dont le but est encore de blanchir ces criminels et protéger leurs commerces de proxénètes lorsqu'ils en sont à vendre des femmes et des enfants, ainsi que toutes leurs autres activités délictueuses ou criminelles, bien évidemment en décrétant leurs victimes malades mentales et en préconisant leur internement en psychiatrie pour y être "traitées".

Elles deviendront par exemple d'anciennes "psychoses infantiles" comme celles de ce reportage :

http://satanistique.blogspot.com/2023/03/christophe-hondelatte-en-hopital.html

Les méthodes de la psychologue sociale sont naturellement tout aussi répugnantes que celles de la pute Verdier, elle aussi se moque bien de la justice, du droit, de la vérité et des victimes, elle ment tout le temps et ne produit que des faux en écriture publique (voir ci-dessous l'article consacré à sa spécialité).

Et enfin, voilà l'avis à son sujet du véritable expert psychologue, clinicien :


Le 21/06/2021 à 19:18, XXXXXXX a écrit :
A priori et personnellement je pense qu'un psychologue social n'a pas eu la formation ni l'expérience adéquates pour faire une expertise. Après le juge est libre de nommer qui il veut. Il est toujours possible de voir des liens locaux ou une demande spontanée avec une certaine méconnaissance des formations nécessaires. J'aurais cependant une certaine inquiétude pour des victimes en particulier. il serait nécessaire de donner des informations aux juges sur le parcours suffisant pour réaliser une expertise. 
Bien cordialement XXXXXXXX
Le 21/06/2021 10:54, Petitcoucou a écrit :


Bonjour,

J'aurais souhaité recueillir votre avis sur la commission par le juge
d'instruction dans le cadre d'informations judiciaires d'un psychologue
social pour mener des expertises psychologiques sur des victimes de
viol, pédophilie, harcèlement moral, etc...

Est-ce habituel ou non ? Qu'en pensez-vous ?

Je crois savoir qu'en règle générale le psychologue expert désigné en
pénal est clinicien.

Je vous remercie d'avance pour les informations pertinentes que vous
pourrez me fournir à ce sujet.

Bien cordialement,

Petitcoucou

XXXXXXXXXXXXX


Cerise sur le gâteau : la psychologue sociale n'étant pas inscrite sur la liste des experts agréés par la Cour d'Appel, elle échappe ainsi à tout contrôle du Procureur Général de ladite Cour...

Je précise que cette situation, aussi choquante soit-elle, n'a rien d'illégal, car le juge est en droit de recourir à l'"expert" de son choix, même non agréé et non qualifié pour l'expertise envisagée. En revanche, il est évident qu'elle est gravement préjudiciable pour les victimes, dont les possibilités de recours contre le sale coup que leur fait la juge s'en trouvent également réduites.

Dans le cas de Rose qui doit subir successivement une expertise psychologique et une expertise psychiatrique ordonnées par le juge d'instruction (voir article ci-dessous), il s'agit très probablement, d'abord, de l'"expertise" de la psychologue sociale, c'est-à-dire un interrogatoire de style policier très intrusif ne portant pas nécessairement sur les faits dont elle se plaint et destiné à conclure que c'est une menteuse, une affabulatrice, une paranoïaque ou une psychotique délirante manipulée par sa mère qu'elle sera amenée d'une manière ou d'une autre à accuser, et même si la psychologue sociale n'en obtient pas ce qu'elle veut, ses conclusions seront exactement ce que le juge d'instruction ou son commanditaire ont demandé. Elles seront précédées d'un compte rendu d'entretien où les réponses de Rose peuvent très bien sortir tout droit de l'imagination perverse de la psychologue sociale, car contrairement à ce qui se fait en audition avec un officier de police judiciaire, elles ne seront pas transcrites tout de suite dans un PV soumis à l'approbation de l'interrogée, mais produites ultérieurement, la psychologue sociale étant parfaitement libre d'affabuler autant qu'elle veut. L'expertise psychiatrique étant déjà prévue dans la foulée va s'appuyer sur ce compte rendu et ses conclusions. Elle les confirmera sans que la victime n'ait eu le temps de contester le premier rapport d'expertise, ou d'obtenir sa remise en cause. Contrairement à la psychologue sociale, l'expert psychiatre reste a priori soumis aux possibles contrôles résultant de son état ou de son agrément. D'où tout l'intérêt du rapport préalable de la psychologue sociale : il pourra toujours se défausser sur son "travail". Par ailleurs, il est le seul à pouvoir signer les certificats médicaux de l'internement psychiatrique ou a minima les prescriptions médicales qui seront très certainement recommandés par la psychologue sociale, d'où la nécessité de cette seconde "expertise".

Vous pensez bien que le juge d'instruction n'a pas déjà désigné deux experts pour qu'ils se contredisent l'un l'autre, mais bien parce que les actes qu'il en attend et ne sont pas prévisibles mais déjà prévus sont complémentaires.

 

 

https://www.bfmtv.com/police-justice/le-calvaire-des-meres-accusees-d-alienation-parentale-par-leur-ex-conjoint_AN-202304110010.html

Le calvaire des mères accusées d'"aliénation parentale" par leur ex-conjoint

 
Céline Hussonnois-Alaya
La balance de la Justice (photo d'illustration)

La balance de la Justice (photo d'illustration) - LOIC VENANCE / AFP

S'il est décrié et n'a aucune reconnaissance scientifique officielle, le "syndrome d'aliénation parentale" est pourtant toujours utilisé devant les tribunaux par des pères accusés de violences.

Quand Rose* affirme pour la première fois que son père lui a "mis un doigt dans la nénette", ses parents sont séparés depuis plus d'un an. Jusque-là, il était convenu que le père accueillerait la fillette - 3 ans au début de l'affaire, 6 aujourd'hui - un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Mais face à ces soupçons de violences sexuelles, Heïdi*, la mère de l'enfant, décide de ne pas la confier à son père, qui conteste les faits et s'est depuis retourné contre elle.

Malgré plusieurs signalements et une expertise évoquant "un état de stress post-traumatique compatible avec les violences sexuelles incestueuses alléguées", sa plainte a été classée deux fois - le procureur a considéré que l'infraction était insuffisamment caractérisée. La juge des affaires familiales a de son côté statué sur une résidence alternée. Car tout au long de la procédure, un soupçon d'"aliénation parentale" n'a cessé de planer au-dessus de la mère.

L'enquête sociale a ainsi estimé qu'elle était trop fusionnelle - "particulièrement protectrice", avec un attachement "excessif" entre elle et sa fille - et conclut: "Les craintes de monsieur portant sur la manipulation de son ex-compagne, préjudiciable à l'épanouissement et à la santé psychologique de (Rose) sont entendables."

La juge aux affaires familiales a par ailleurs estimé que l'attitude d'Heïdi, "qui cherche par tous les moyens à soustraire (Rose) à son père", "pose réellement question".

"À chaque étape, la partie adverse n'a pas arrêté de dire que je manipulais ma fille", s'indigne Heïdi auprès de BFMTV.com. "Lui a été cru, mais pas ma fille."

Un concept très critiqué

Des affaires comme celle-ci, "j'en ai plein", déplore pour BFMTV.com Christine Cerrada, l'avocate de l'association L'Enfance au cœur.

Comme Heïdi, ces femmes ont en commun d'avoir été accusées d'"aliénation parentale" (SAP). Pourtant ce "syndrome" n'a rien d'une vérité scientifique. Inventé de toutes pièces par un psychiatre américain controversé, il s'agirait d'un trouble selon lequel un enfant manipulé et endoctriné par l'un de ses parents rabaisserait ou rejetterait l'autre "de façon injustifiée".

Importé des États-Unis par les mouvements masculinistes, le SAP est entré dans les mœurs et les usages bien qu'il n'ait aucune reconnaissance officielle, qu'il soit rejeté par l'Association américaine de psychiatrie - la référence sur le sujet - et l'Organisation mondiale de la santé.

La Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a appelé à proscrire le recours à ce "pseudo" syndrome, "tout particulièrement dans le processus de décision judiciaire".

"Il contribue à l'invisibilisation des violences sexuelles faites aux enfants, de même qu'il rend impossible d'être un parent protecteur", estime la Commission.

"Une stratégie de défense pour les agresseurs"

"La notion est utilisée par des hommes violents pour nier ou minimiser leurs violences sur les mères et les enfants", tranche pour BFMTV.com Pierre-Guillaume Prigent, coauteur d'une recherche sur les usages sociaux de l'aliénation parentale avec la sociologue Gwénola Sueur. Les deux chercheurs décèlent dans l'utilisation de ce concept la résurgence de stéréotypes de genre et une forme de machisme.

"C'est une stratégie de défense pour les agresseurs alors que la parole des femmes est souvent décrédibilisée", estime Pierre-Guillaume Prigent.

Dans l'un de leurs articles, les deux chercheurs remarquent qu'aux États-Unis, sur plus de 4000 jugements analysés, lorsque l'aliénation parentale est invoquée par le père, la probabilité que le juge reconnaisse des faits de violence est divisée par deux - par quatre s'il s'agit de violence contre les enfants. Et lorsque la mère accuse le père de violences, s'il se défend en évoquant le SAP, la résidence des enfants est transférée chez lui dans la moitié des cas.

"Le SAP inverse tout", s'alarme pour BFMTV.com Isabelle Aubry, présidente de l'association Face à l'inceste. "Les mères s'imaginent protéger leur enfant en déposant plainte, mais c'est tout le contraire qui se produit", abonde Djamila Allaf, directrice de l'association L'Enfance au cœur. Taxées d'aliénation parentale, elles sont ainsi perçues comme dangereuses et "leur plainte finit par se retourner contre elles".

Une notion au "caractère controversé"

Au sein du ministère de la Justice, une "note d'information" a été publiée sur le site intranet de la direction des affaires civiles et du sceau du ministère de la Justice pour "informer les magistrats du caractère controversé et non reconnu du syndrome d'aliénation parentale" et "les inciter à regarder avec prudence ce moyen lorsqu'il est soulevé en défense".

Cécile Mamelin, vice-présidente de l'Union syndicale des magistrats (USM), assure à BFMTV.com que le SAP est de moins en moins évoqué, remplacé par "quelque chose de plus mesuré".

"Les juges aux affaires familiales sont quand même assez sensibilisés et lorsqu'il est évoqué, ils ne le prennent pas au premier degré", affirme-t-elle.

Aujourd'hui présidente de chambre de la famille à la cour d'appel de Douai, cette ancienne juge des enfants et juge aux affaires familiales rejette la notion d'aliénation parentale - "un concept construit de toutes pièces qui relève d'une forme de sexisme" - mais admet des cas d'emprise maternelle. "C'est assez rare mais ce sont des situations qui existent", assure-t-elle.

"Emprise" maternelle, mère qui "écarte le père", veut "tout contrôler dans la vie de l'enfant" ou l'"instrumentalise", construit un monde qui "pourrait être préjudiciable pour l'enfant" ou encore attribution des troubles de l'enfant au "fonctionnement maternel"... Pour Andreea Gruev-Vintila, docteure en psychologie sociale et spécialiste des violences au sein du couple, ce sont autant de déclinaisons du SAP - qui n'est pas forcément explicitement mentionné dans les décisions de justice.

"C'est le règne de l'arbitraire"

Cette chercheuse dénonce une même idéologie sexiste et met en cause un manque de formation. Si les policiers, les magistrats et les professionnels de la protection de l'enfant étaient suffisamment informés, "ils ne confondraient plus conflit parental et violences", s'indigne-t-elle.

"Ils n'interpréteraient plus une réaction de protection comme un comportement fusionnel", ajoute la spécialiste.

Selon le rapport de la Civiise, quelque 70% des plaintes pour des violences sexuelles infligées aux enfants sont classées sans suite. "Le résultat, c'est que la justice prend des décisions défavorables à la sécurité des mères et des enfants", poursuit Andreea Gruev-Vintila, maîtresse de conférences à l'université Paris-Nanterre.

Certaines situations sont "dramatiques", pointe encore l'avocate Christine Cerrada, également autrice de Placements abusifs d'enfants, une justice sous influences. Avec, dans certains cas, des enfants placés voire confiés au parent accusé d'agression et des mères limitées à quelques heures de visite par mois.

"Pas de risque zéro" pour les magistrats

La magistrate Cécile Mamelin estime qu'il est parfois "compliqué" pour un magistrat de démêler les choses dans le cas d'un "conflit" entre conjoints. "L'audition de l'enfant, les évaluations psychologiques, l'enquête sociale donnent des éléments qui permettent d'éviter les erreurs", déclare-t-elle à BFMTV.com. "Mais il n'y a pas de risque zéro."

Il lui est aussi arrivé de se sentir impuissante. "Dans ce que disaient les mères, j'ai parfois eu le sentiment qu'il y avait un vrai problème derrière cette volonté de couper les liens avec le père. Mais je n'avais pas les moyens de vérifier les violences alléguées, non constatées, et les violences psychologiques, pas prouvables."

C'est toute la difficulté, selon Alrick Metral, membre de l'Association française des avocats de la famille et du patrimoine. "Il y a un principe juridique et judiciaire essentiel: c'est la preuve", rappelle-t-il à BFMTV.com. "Mais dans les situations où tout se passe dans le spectre privé de la famille, cela peut être très difficile."

L'avocate Christine Cerrada évoque de son côté certaines de ses clientes qui ont "tout perdu". "Leur situation, leur travail, leur domicile, leur enfant qui a été placé... Quel intérêt auraient-elles à mentir? Elles risquent tout en voulant les protéger."

Des mères condamnées

Dans le cas d'Heïdi, son ex-conjoint a déposé plus d'une vingtaine de plaintes pour non-représentation d'enfant - un délit puni d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende. Heïdi finit par être convoquée au commissariat, placée en garde à vue et emmenée au tribunal pour être jugée en comparution immédiate.

"On m'a mis les menottes. J'avais trois policiers autour de moi, tout le monde me dévisageait comme si j'étais une criminelle."

Durant l'audience, l'affaire semble jouée. "La juge a dit, et je me souviens très bien de ses mots, que je privais ce 'pauvre père' de sa fille", se rappelle Heïdi. La mère de famille est condamnée en novembre dernier à six mois de prison avec sursis, une peine associée à un stage de parentalité, une interdiction de déménager, un dédommagement de 5000 euros pour le père et l'injonction d'appliquer son droit de visite et d'hébergement.

Malgré cette condamnation, Heïdi refuse toujours de remettre Rose à son père. "Hors de question de la mettre en danger", s'insurge-t-elle. "Déjà, avant, à chaque fois qu'il venait la chercher, elle pleurait, criait qu'elle ne voulait pas y aller, hurlait 'maman' quand son père me la prenait des bras. C'était horrible." Un week-end sur deux, elle se cache donc avec sa fille. Elle a même un temps envisagé de s'enfuir à l'étranger.

Heïdi a fait appel de sa condamnation. Elle sera jugée le 7 juin prochain et risque un an de prison. Quant à Rose, elle va de nouveau être expertisée dans le cadre de la procédure pénale. "Le juge d'instruction a ordonné deux expertises, psychologique et psychiatrique. En tout, ça fera quatre expertises pour ma fille. Et elle va devoir encore parler."

*Les prénoms ont été modifiés, à la demande des intéressées.

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV

 

 

https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2010-1-page-61.htm


Il n’est assurément pas très courant d’exprimer, dans le cadre d’une communication scientifique, un malaise et encore moins d’articuler son discours autour de celui-ci. La démarche est, par surcroît, inhabituelle lorsque l’objet autour duquel il s’est constitué en est la discipline de celui qui l’éprouve. C’est pourtant à la formulation de celui-ci qu’on a accordé les quelques lignes qui vont suivre.

2L’interrogation proposée au groupe de travail sur le « regard psycho-social » dans le cadre de ce second Atelier de recherches permanent s’y prête particulièrement, voire en a peut-être motivé la réunion. Plus tard, selon les résultats produits par le groupe, savoir pourquoi, au moment où la plupart des chercheurs qui le composent atteignent une maturité dans leur travail, la question des fondements se pose avec autant d’insistance, et que reviennent les doutes, deviendra plus évident. Il est sans doute trop tôt pour répondre à cette question et avant d’y pourvoir, j’aimerais simplement essayer d’énoncer les éléments à partir desquels ce malaise prend forme.

3L’exercice n’étant pas très aisé, je ne m’y suis résolu que tardivement, et non sans doute, ayant à l’esprit que d’autres modes de présentation plus classiques ou plus académiques conviendraient mieux. Et puis, me sont venues à l’esprit les censures ordinaires du discours scientifique, d’autant plus efficaces qu’elles sont assorties de conséquences qui, pour n’être pas formulées, n’en sont pas moins prégnantes voire redoutables. Cependant, il m’est apparu, après différentes tentatives insatisfaisantes, que ce malaise constituait bien le point de départ des questions que je me posais concernant la psychologie sociale et, qu’à vouloir ne pas le reconnaître pour ce qu’il était, il n’était pas possible d’aller plus loin. En somme, qu’essayer, au travers de cette présentation, d’en formuler la forme multiple, pourrait constituer le premier pas pour en comprendre les raisons et tenter de le surmonter.

Éthique et expérimentation

4Le premier signe du malaise, le plus évident, a trait aux méthodes d’études utilisées en psychologie sociale et parmi celles-ci l’expérimentation. Il faut, pour comprendre ce qui pose problème, aller à l’encontre du compliment qu’on tourne en général autour de la psychologie sociale et de ses méthodes. S’il y a bien un acquis qui ne fait pas discussion, que des disciplines connexes nous envient et nous empruntent, concerne les méthodes de la psychologie sociale. Leur diversité, leur précision, leur raffinement et, à présent, leur haut degré de technicité convainquent. De surcroît, la psychologie sociale conjugue de manière rare l’expérimentation et les méthodes d’observation et, plus encore, elle est une des rares sciences sociales qui se prévale d’utiliser l’expérimentation comme méthode majeure.

5À ma connaissance, pourtant, la psychologie sociale est également la seule discipline à pratiquer avec autant de constance, d’application et de raffinement, dans ses expérimentations, la manipulation. Elle pratique ainsi le mensonge pour établir les vérités, ce qui se révèle dans la pluralité des sens de manipulation impliquée en psychologie sociale, qui sont autant de confusions possibles entre les sens [1][1]Si l’on parle habituellement de manipulation expérimentale,…. Ses figures emblématiques sont bien connues : une salle d’expérimentation, une glace sans tain [2][2]À force, les sujets ont fini par se méfier du soin décoratif…, des microphones dissimulés [3][3]Voir par exemple la description du laboratoire de Nuttin à…, et parmi ses personnages obligés, celle du compère se détache, subrogé de l’expérimentateur, tour à tour faux ami, faux camarade, fausse victime, faux frère, dressé pour tromper [4][4]Faux(sse) provient du latin falsus, participe passé de fallere…. Bref, ses figures emblématiques, qui ne sont que les moyens ordinaires de son exercice sont, en différents points, comparables à ceux de l’enquête policière. Comme il existe des manuels pour faire parler le suspect, les manuels de psychologie sociale – qui sont de loin les productions scientifiques les plus publiées –, seraient leur pendant scientifique. La comparaison peut paraître exagérée. Mais, je ne vois pas, hormis les commissariats ou les offices sombres des services d’espionnage, où de tellesmises en scène sont utilisées pour l’expression de la vérité. La psychologie sociale pourrait, pour qui s’en tiendrait un peu trop rapidement à certaines ressemblances formelles, être considérée comme un auxiliaire de police, étudiant et pratiquant la manipulation.

6Personne n’a jamais, en fait, au sein de la discipline, pris radicalement position contre ces techniques. Seuls les excès les plus évidents, les répétitions à l’identique d’expériences déjà éprouvées, qu’on pouvait soupçonner de viser à satisfaire les pulsions non sublimées des chercheurs qui les réalisaient, et les évolutions éthiques dans les sciences du vivant ont modulé leur emploi [5][5]Je fais référence à la loi Huriet-Sérusclat sur la protection…. Face au malaise qu’elles provoquaient néanmoins, on a essayé de les justifier par les acquis qu’elles auraient permis ou par l’avantage de pouvoir mieux y faire face hors de la salle expérimentale [6][6]Il est évident que le raisonnement vaut, au premier chef, pour…. Une autre manière de faire face au malaise a consisté à proposer que la psychologie sociale ne faisait que rendre apparents les « mauvais » côtés de l’être humain, en réalité son humanité ordinaire (Askevis-Leherpeux, Leyens, Drozda-Senkowska, 2000) [7][7]Selon ces auteurs, par exemple, la psychologie sociale « [fait]…. Le raisonnement s’est, dès lors, quelque peu déplacé : ce qui rendrait choquantes certaines des expériences de psychologie sociale ne serait pas tant leurs modalités pratiques que ce qu’elles nous apprendraient de nous-mêmes.

7La question éthique en tant que telle a toujours accompagné la discipline, et les débats à ce sujet sont concomitants aux expériences. Milgram (1974), à la suite de l’exposé de ses travaux, consacre lui-même un appendice aux questions éthiques, et les différentes démarches qu’il a mises en œuvre montrent un souci constant de ces questions [8][8]« Appendice 1 : Éthique de l’investigation », dans Milgram…. Ainsi, après chaque expérience, une réunion-bilan complète, avec réassurances, avait lieu auprès de chaque sujet, un envoi de la méthodologie et des résultats était organisé, et, un an après, les sujets qu’on avait confrontés à la chaise électrique [9][9]Qu’est d’autre une chaise, où un individu ligoté reçoit des… furent sollicités pour dire s’ils regrettaient ou non leur participation à l’expérience. Sur les 92 % de réponses obtenues, plus de 83 %des sujets se « félicitaient » d’avoir participé à l’expérience. L’un écrivit même à Milgram que « cette expérience [avait] eu une influence décisive sur l’orientation de [sa] vie » (p. 246). Les sujets avaient donc appris quelque chose d’eux-mêmes, telle pouvait être la justification ultime, et peu importait alors que le consentement post hoc du sujet fît simplement office de rationalisation.

8Dans les années 1970, l’usage répété de ce qu’on appelait la tromperie ou la supercherie faisait craindre que les sujets se montrent circonspects face aux propositions d’expérience en psychologie sociale et que, bientôt, sollicités pour participer à de nouvelles expériences, ils s’y refuseraient (Kelman, 1967/1969). Il n’en a rien été, il a simplement suffi de modifier les scénarios, ou de multiplier celles pratiquées sur un public captif et conquis, les étudiants en psychologie.

9En tout état de cause, la question éthique, pourtant évoquée constamment, n’a jamais réussi à rendre centrale la question épistémologique, comme si les problèmes soulevés par l’expérimentation ne ressortissaient qu’à la morale ou au droit. L’idée qu’une observation, un tant soit peu serrée, de ce qui fait l’ordinaire de nos sociétés aurait sans doute suffit pour montrer des phénomènes identiques, n’a pas réussi à s’opposer à la recherche de la preuve expérimentalement administrée. On a ainsi recréé dans des conditions contrôlées, la violence incontrôlée qui s’exprime ordinairement à l’extérieur du laboratoire. De même, le problème central du mensonge n’a pas été analysé dans ses rapports avec ce qui définit une science humaine [10][10]Des questions comparables se sont posées en médecine à propos… et son autonomisation par rapport à différents lieux de pouvoir.

10Enfin, je voudrais souligner qu’un des éléments qui participe du malaise psycho-social a directement trait à la question du regard. En effet, ces différentes expériences, celles évoquées et d’autres encore, ont en commun d’être spectaculaires, c’est-à-dire de procurer au lecteur ou à l’étudiant [11][11]Tout enseignant de psychologie sociale sait combien les cours…, une satisfaction de voir se dérouler devant lui une manière de zoo humain [12][12]Voir le film de Peter Greenaway, A Zero and Two Noughts (ZOO,…. Ces expériences captent l’attention, suscitent l’intérêt, procurent des émotions à celui qui est en position de spectateur, c’est-à-dire, étymologiquement, celui qui les regarde [13][13]Selon Rey (1993), op. cit., le mot spectacle vient du latin…. Le malaise, dès lors, est de prendre conscience que placer sous le regard certains phénomènes humains est en soi une source de satisfaction, et que le spectacle ainsi procuré pourrait constituer un écran opaque dans l’opération scientifique censée en rendre compte. Plus encore que ce plaisir du regard, comme on dit le plaisir des yeux, est impensé en tant que tel.

Répetition et généralisation : de l’expérimentation à l’enquête

11La critique concernant l’expérimentation pourrait paraître aisée, trop globale sans doute, et énoncée d’autant plus facilement que je ne pratique pas moi même l’expérimentation. J’en reviens donc à des pratiques de recherche qui me sont plus familières, à savoir celles de l’enquête, dont pourtant il y a tout lieu de penser qu’elles portent la marque de fabrique de la manipulation expérimentalement contrôlée. En effet, du côté des procédés d’observation, le malaise ne s’exprime pas au même endroit, mais n’est pas indépendant de toutes les habitudes acquises dans le domaine de l’expérimentation. Je pourrais multiplier les exemples, je m’en tiendrais à trois, relevant du domaine des représentations sociales.

12Figurent, parmi les principales, toutes les tentatives méthodologiques pour faire produire au sujet, qui s’y prête, sommé par un subrogé d’autorité scientifique, dont on a vu toute l’efficacité symbolique [14][14]Orne (1969) raconte à ce propos une anecdote particulièrement…, des réponses décentrées, de différentes manières, de la position qu’il occupe. S’il est convenu de dire et de prévenir que proposer un questionnaire à un individu revient à lui imposer un point de vue sur le monde [15][15]C’est un des motifs d’opposition entre le questionnaire et…, en revanche la distorsion de principe qu’on fait subir aux données ainsi produites n’est pas prise en compte. Il en est ainsi de tous les questionnaires, ou plus généralement des questionnements, où le sujet est conduit à s’exprimer sur tout objet intéressant le chercheur, sans tenir compte que l’intérêt pour les objets est, en lui même, produit par des conditions sociales et historiques particulières. D’où des interrogations théorico-empiriques, parfois un peu inattendues, pour savoir si tel ou tel objet est constitué en tant qu’objet représenté. Le malaise ici est lié à la conception du sujet sous jacente à cette interrogation, car le sujet est mis dans la position du « savant amateur » [16][16]Moscovici et Hewstone (1984) en fournissent une description. Il… (Moscovici, Hewstone, 1984). Ce n’est pas tant qu’il ne soit pas possible de le concevoir ainsi, mais en lui conférant les préoccupations du scientifique, on devrait pouvoir rendre compte dans l’analyse de la déformation qu’on applique au discours que le sujet produit sur le monde, et limiter l’investigation à des objets de l’ordre de la science.

13Les deux exemples suivants fournissent des situations différenciées de décentrement. Ces exemples se rapportent à deux techniques récemment inventées dans le domaine des représentations sociales pour lever la censure sociale s’appliquant aux discours et permettre l’expression d’un non-dit.

14La première technique, dite de « décontextualisation normative », utilise les mêmes ressorts que l’expérimentation. Il s’agit, pour les enquêteurs, de se présenter comme des personnes appartenant à un groupe proche de celui du sujet mais ne partageant pas les mêmes valeurs [17][17]Dans la présentation de cette technique Abric (2003, p. 75-80)…. La seconde technique, dite de « substitution », vise à proposer à un sujet quelconque de se placer dans la position de quelqu’un d’autre. Sans revenir sur le problème éthique posé par la première technique [18][18]Cette habitude, au minimum de la dissimulation, semble si…, toutes deux imposent de porter un jugement « à partir de » ou « sur » autrui, ce qui diffère toujours, comme l’avaient d’ailleurs montré les premières études sur la catégorisation sociale, de porter un jugement sur soi (voir, par exemple, Deschamps, 1973).

15La dernière technique évoquée pose, de surcroît, la question de l’empathie. Elle suppose, de la part du sujet, une capacité de se mettre à une position différente de celle qui est la sienne, et de faire sien le cadre de référence d’un autrui. Comme le précisait Rogers (1973), auquel cette technique, utilisée dans un cadre thérapeutique, a été empruntée, une telle attitude n’est en rien spontanée, et correspond à ce qu’on pourrait dénommer une disposition du thérapeute [19][19]Le terme empathie est apparu au début du xxe siècle, en anglais…. Si le chercheur confère au sujet la disposition empathique, il pose comme équivalentes toutes les positions occupées dans la société. C’est peut-être ce à quoi conduit l’idée d’une réalité sociale représentée mais elle aboutit à certaines impasses théoriques, comme si le jeu social ne produisait pas des effets réels dans la pratique. En d’autres termes, c’est par méconnaissance des positions ordinairement occupées dans la société qu’une telle substitution peut être proposée au sujet.

16Mais ce qui est plus troublant, c’est que cette attitude procède, en réalité, par une généralisation d’une disposition propre aux groupes dominants. En effet, l’empathie sous la forme d’une disposition rapportée à un groupe professionnel, est un point d’application d’une disposition issue de la possibilité de mettre une distance par rapport aux nécessités pratiques qui se manifeste, comme le formule Goffman (1974), par une « distance au rôle » [20][20]Une des caractéristiques de cette disposition est de permettre,….

17Il se trouve que cette distance imposée au sujet dans un certain nombre de dispositifs d’enquête rencontre un écho particulier dans les univers de la recherche, caractérisés par la disposition scolastique, au sens de Bourdieu (1997). Ainsi, considérer le sujet comme un « savant amateur » revient, par exemple, à lui conférer le goût de la connaissance pour elle-même, ou lui demander, par une sorte de jeu qui ignore le jeu social, d’adopter un point de vue qui n’est pas le sien, ou encore lui proposer des exercices typiquement scolaires [21][21]C’est le cas, par exemple, dans le questionnaire permettant de…, sont différentes manières de lui appliquer les caractéristiques propres à la disposition scolastique [22][22]Paradoxalement d’ailleurs, le chercheur est à même de la mettre…. Le malaise provient de ce que, méconnaissant, pour des raisons qui sont au demeurant connues, à la fois les caractéristiques propres de sa position et le type de rapport social qu’il impose au sujet, le chercheur se trouve à même de les réintroduire dans tous les dispositifs d’enquête ou, pour le dire à la manière de Bourdieu (1997), qu’il se livre à un « épistémocentrisme scolastique », projetant dans les univers qu’il étudie « un rapport social impensé qui n’est autre que le rapport scolastique au monde » (p. 67). Un point aveugle est à l’œuvre dans ces dispositifs et empêche, par là-même, que l’analyse des discours ou, plus généralement des réponses fournies, soit considérée par rapport au regard porté par le chercheur, posture par excellence d’une distance, mais aussi principe de ces discours et principe également d’une distinction d’avec le discours du sujet.

Le sujet psycho-social

18Enfin, parmi les différents éléments qui concourent à la formation d’un malaise psycho-social, se pose la question du sujet. Je procèderai à deux détours qui devraient amener à mettre en lumière l’endroit du malaise.

19Le premier concerne les sujets des études faites en psychologie sociale. On serait en effet surpris, par l’enquête ou par l’expérimentation, de voir comment nous avons institué, comme sujet, un individu bien particulier : les étudiants en psychologie. Non que les études n’aient de vocation à ne s’intéresser qu’à eux, mais force est de constater que bon nombre d’entre elles le font. Cette situation s’explique par des raisons objectives, qui permettent de comprendre que les chercheurs n’aient pas seulement rechigné à sortir de l’Université mais n’aient tout simplement pas eu d’autre possibilité que d’y rester. La position institutionnelle particulièrement faible de la psychologie sociale, comme il en va d’ailleurs pour les sciences humaines, limite les possibilités de faire autrement. Le sujet psychosocial, dans sa réalité empirique, s’est donc constitué, pour une large part, à partir de cette population.

20Lorenzi-Cioldi (1988), dans son analyse critique du paradigme de la catégorisation sociale a montré, par exemple, que l’habitude contractée par Tajfel de n’interroger dans ses études que des garçons, n’avait pas été sans incidence sur la théorie construite par son promoteur, au point d’avoir pris une des modalités pour la totalité du phénomène à expliquer. Si le malaise s’instaure ici, c’est que ce qui a rendu possible cette résection d’une partie de la réalité tient à l’absence de prise en compte des conditions sociales et historiques dans lesquelles se situent le sujet et le chercheur [23][23]Les recherches empiriques sur la catégorisation sociale…. En l’occurrence, dans l’exemple cité, la manière dont la définition de soi, en l’occurrence ce qu’est un homme, procède des rapports symboliques avec les femmes.

21Dans le domaine des représentations sociales, cette question du sujet se pose également, dans la mesure où le sujet se trouve, d’une certaine manière, anéanti par l’étude. Loin de vouloir faire un examen ni approfondi ni exhaustif de ce qui est constitué en objet d’étude, je ne citerai que celui sous lequel se range communément les recherches sur les représentations sociales. Pour subsumer leurs différences et embrasser leurs orientations diverses, elles ont été regroupées sous la dénomination de la « pensée sociale » (Garnier, 2002 par exemple), comme on a pu évoquer la « société pensante » (Moscovici, 1984b). Si l’on comprend bien qu’il s’agit, de cette manière, de délimiter des phénomènes qui ressortiraient en propre à la psychologie sociale, cette dénomination n’est pas pour autant sans surprendre. En effet, ce qui est engagé sous l’étiquette de « pensée sociale » concourt à définir des objets où la pensée n’est pas à l’œuvre. Mais si cette étiquette, de même que celle des représentations sociales, a fini par s’imposer comme l’un des champs dominants de la psychologie sociale, rencontrant des préoccupations dans d’autres domaines des sciences humaines et sociales (Roussiau, Bonardi, 2001), force est de constater qu’on ne voit plus très bien quel est le sujet de cette psychologie. En effet, lorsqu’on s’emploie à saisir les lieux communs de la pensée, ceux qui précisément se véhiculent sans se penser, les stéréotypes, les croyances, ou encore tout ce qui a été maintes fois exprimé et répété dans les conversations ordinaires, on vise à appréhender le discours qui est autre que celui du sujet qui l’énonce. Pour ce faire, l’agrégation de données individuelles aura généralement permis d’obtenir un tel résultat, et le chercheur s’emploiera à reconstruire les catégories, leurs contenus et les logiques à l’œuvre dans cette énonciation. La difficulté qui apparaît, c’est que, dans la plupart des traitements que nous appliquons à ce discours, nous ne sommes pas en mesure de faire face à cette parole individuelle [24][24]Je pense en particulier aux opérations de lemmatisation, voire…. Si ce niveau de traitement paraît légitime, en revanche, le malaise provient de ce que l’articulation entre cette pensée, qui s’emploie sans y penser, et celle qu’exprimerait un sujet qui dit « je », rend, finalement, introuvable le sujet en psychologie sociale. Il y a bien un niveau du discours qui relève d’une psychologie qui est autre que celui d’une psychologie individuelle, sauf qu’on aurait pu attendre d’une psychologie sociale qu’elle articule les formes collectives de la pensée au discours de l’individu qui les tient. D’une certaine manière, cette interrogation place, à nouveau de manière centrale, la question éthique voire politique. En effet, la discipline pourrait s’interroger pour savoir dans quelle mesure la manière dont on rend compte de représentations sociales, qui sont ensuite diffusés dans la société, ne contribue pas, également, à empêcher le sujet de tenir un discours qui soit autre que celui de la société.

Vers une psychologie sociale critique

22Le tableau qui se dessine au fil de la formulation du malaise pourrait, à son tour, produire un malaise chez celui qui le lit, d’autant plus prononcé que ce lecteur est, lui-même, proche de la psychologie sociale. On se méprendrait cependant à penser que la posture que j’ai adoptée ici ne ferait que contribuer à alimenter la critique externe à la discipline, sans tâcher de concilier, à la manière des formations de compromis, ce qui m’apparaît pourtant et à différents égards inconciliable. Il ne resterait, alors, qu’à assumer une histoire dont la polémique va cependant au-delà de celle de la psychologie sociale américaine ou des pratiques expérimentales en psychologie sociale. Les travaux de Le Bon, par exemple, se sont trouvés eux-mêmes sous le feu nourri de la critique de contribuer à fournir les recettes de la manipulation des masses [25][25]Pour une défense de Le Bon, qui n’était pas même docteur…, pour des raisons, comme le remarque Moscovici (1981), qu’on peut supposer avoir également trait à des revendications de préséance par des chercheurs de disciplines concurrentes. Cela a conduit, du reste, à développer une mentalité d’assiégé, d’autant plus que la position institutionnelle de la discipline a été difficile à faire admettre, que des critiques multiples n’ont jamais cessé de l’atteindre, et qu’elle demeure tiraillée entre la sociologie et la psychologie sans jamais, de manière pérenne, sembler pouvoir affirmer son autonomie. La critique interne à la discipline s’en est trouvée diminuée voire empêchée. À ce titre, les propositions faites par Moscovici (1970, 1984a) sur le regard psycho-social ouvrent une voie permettant d’interroger les fondements de la discipline, à la condition, me semble-t-il, de ne pas disjoindre en première instance, le chercheur de la relation dont il tend à rendre compte.

23Moscovici (1970) prévoyait ainsi, en formulant ses premières propositions de ce qui ne s’appelait pas encore le « regard psycho-social », que la psychologie sociale se devait de produire une théorie des interactions sociales qui puissent rendre compte de celles engendrées par le psychologue social lui-même. Cette proposition se situait dans la voie que certaines études sur la méthodologie expérimentale avaient ouverte. En particulier, Rosenthal (1966) proposait que le type de relation entre l’expérimentateur et le sujet puisse être considéré comme un modèle pour rendre compte de relations analogues. Il lui semblait qu’il y avait plus qu’une parenté entre celles de professeur et d’élève, de médecin et de malade, d’employeur et d’employé, et celle d’expérimentateur et de sujet. Le projet visait bien, alors, à définir une discipline qui n’excluait pas l’expérimentateur, l’enquêteur ou le chercheur comme sujet. Cette intention est restée en l’état, elle a même disparu en tant que telle des propositions faites ensuite (Moscovici, 1984a).

24De ces questions épistémologiques, il n’est resté que la préoccupation strictement méthodologique du biais et des limitations à la recherche produites par l’éthique. De sorte qu’une des tâches prioritaires, qui devrait permettre de s’extraire du malaise psycho-social, serait que ledit « regard psychosocial » soit porté en premier lieu sur le psychologue social lui-même. Faute de quoi, il est à craindre que la discipline se soit surexposée, à la manière d’une pellicule restée trop longtemps à la lumière ou dans le bain du révélateur, au point d’avoir rendu invisible ce qui en constituait la spécificité.

25Mais, je suis allé plus loin dans cette conclusion que la seule expression du malaise. Il reste à savoir dans quelle mesure les différents éléments cités pourraient fournir un support permettant d’adopter une posture critique sur la discipline, posture qui constituerait le moyen de pouvoir prendre en compte son histoire et ses résultats, sans pour autant l’anéantir à son tour comme discipline scientifique.

Notes

  • [1]
    Si l’on parle habituellement de manipulation expérimentale, c’est en se référant au sens propre de ce terme, quasi-synonyme d’expérience de laboratoire (« faire une manip’ »), par généralisation des opérations pratiquées initialement en chimie (xviiie siècle) (Rey, A. (1993) (s/d). Dictionnaire historique de la langue française. Paris, Le Robert, 3e éd. 2000). Le sens figuré de manœuvre occulte, d’intrigue se surajoute à ce sens premier en psychologie sociale puisqu’il s’agit de faire croire au sujet quelque chose qui n’est pas. Enfin, je ne peux m’empêcher de remarquer, pour souligner la collusion possible entre ces différents sens, que ce terme désigne, toujours en psychologie sociale, un domaine de recherche, celui de la persuasion, où l’on vise à obtenir d’autrui un comportement ou une attitude en faisant fi de sa volonté et sans solliciter sa raison (Joule, Beauvois, 1987 ; Kiesler, 1971 ; Cialdini, 1984). Cependant, si, à bon droit, il faut poser la question de savoir pourquoi la manipulation, en tant que champ de recherches tendant à s’autonomiser sous cette dénomination, est devenue aussi importante en psychologie sociale, on doit reconnaître qu’elle est aussi une pratique ordinaire de la discipline, ce qui est déjà une manière de répondre à cette interrogation.
  • [2]
    À force, les sujets ont fini par se méfier du soin décoratif apporté aux salles de laboratoire et ont pris acte, plus rapidement que les chercheurs, des significations impensées que suggérait le renvoi insistant de l’image de soi. On a, dès lors, préféré cacher les observateurs derrière des éléments supposés moins chargés symboliquement, comme des grilles d’aération.
  • [3]
    Voir par exemple la description du laboratoire de Nuttin à Louvain. La salle d’expérimentation est protégée du bruit extérieur à cause des micros cachés dans le plafond, les murs sont vitrés aux trois-quarts pour permettre l’observation, le miroir sert d’ailleurs de motif décoratif général pour éviter d’éveiller le soupçon du sujet, la grande salle d’observation donne sur les portes des « cellules individuelles », une caméra de télévision permet l’enregistrement, etc. La description de Rijsman et Lemaine (1969) fournit bien d’autres éléments techniques notamment sur le tain de la glace d’une conception spéciale et sophistiquée.
  • [4]
    Faux(sse) provient du latin falsus, participe passé de fallere « tromper ».
  • [5]
    Je fais référence à la loi Huriet-Sérusclat sur la protection des personnes dans la recherche biomédicale (loi du 20 décembre 1988, révisée le 25 juillet 1994).
  • [6]
    Il est évident que le raisonnement vaut, au premier chef, pour celui qui pratique de la sorte. Pour comprendre la difficulté de ce raisonnement, c’est comme si les démocraties s’autorisaient l’usage de la torture, contre laquelle elles se sont constituées, au motif que les informations qu’elle permettrait d’obtenir lui éviteraient de plus grands périls.
  • [7]
    Selon ces auteurs, par exemple, la psychologie sociale « [fait] ressortir une image pour le moins peu glorieuse de l’homme : un individu conformiste (« appeler blanc ce qui est noir »), influençable (« effrayer pour convaincre »), obéissant (« de la difficulté à résister aux pressions de l’autorité »), trop confiant en lui-même (« nous surestimons l’exactitude de nos jugements »), voire même dangereux pour autrui (« le pouvoir des groupes à perpétuer des idées fausses ») » (p. 14). Si la psychologie sociale est portée par un « biais de négativité », c’est que ce à quoi « […] elle s’intéresse depuis fort longtemps, ce qui fait problème, ce qui demande explication, est ce qui est rare, inattendu ou contre-normatif et donc, le plus souvent, négatif ». Face à ce genre d’argument, je m’interroge pour savoir si le qualificatif de naïf, qu’on accole ordinairement au sujet, n’est pas le propre du chercheur. Ainsi, Milgram (1974), juif et réalisant ses expériences pour comprendre les « atrocités commises par les nazis » (p. 7), n’hésite pas à dire que « […] nos résultats de laboratoire, loin d’être ceux que nous attendions, ont été pour nous une véritable révélation » (p. 239). Ce renversement est proprement stupéfiant, car l’on serait alors conduit à dire que la psychologie sociale a permis de montrer que l’individu pouvait être conformiste, influençable, qu’il pouvait émettre des jugements erronés, etc. D’où, parfois, l’impression que la psychologie sociale enfonce des portes ouvertes.
  • [8]
    « Appendice 1 : Éthique de l’investigation », dans Milgram (1974), p. 237-248.
  • [9]
    Qu’est d’autre une chaise, où un individu ligoté reçoit des décharges électriques, si ce n’est, au sens le plus littéral du terme, une chaise électrique ?
  • [10]
    Des questions comparables se sont posées en médecine à propos des études contre le placebo. Avant l’arrivée du sida et l’intervention des groupes activistes, c’est-à-dire l’introduction d’une logique hétéronome, les études pour juger de l’efficacité d’un traitement étaient réalisées en comparant deux « bras » : celui où les malades recevaient la molécule active, et le « bras de contrôle » où les patients recevaient une molécule qui, pour avoir l’allure d’un médicament, n’en comportait que les caractéristiques d’apparence. L’indicateur retenu pour mesurer l’efficacité de la molécule était la mortalité comparée des deux échantillons (Epstein, 2001). Comme on désigne le lit asséché d’un cours d’eau, le « bras de contrôle » était en réalité le « bras mort ».
  • [11]
    Tout enseignant de psychologie sociale sait combien les cours où il devra exposer ces expériences sont faciles. Pour peu qu’il construise son cours en ménageant ses effets, il est assuré de recevoir les faveurs du public.
  • [12]
    Voir le film de Peter Greenaway, A Zero and Two Noughts (ZOO, 1985), où des frères zoologistes étudient la décomposition des espèces en suivant un schéma évolutionniste. Placée sous l’œil d’une caméra, les décompositions sont ainsi mises en scène et la recherche s’achève par la décomposition programmée des deux frères eux-mêmes. Des milliers de gastéropodes envahissent le dispositif et rendent vaine cette ultime recherche.
  • [13]
    Selon Rey (1993), op. cit., le mot spectacle vient du latin classique spectaculum, qui désigne la vue, l’aspect. Ce mot dérive lui-même du verbe spectare qui signifie regarder, observer, contempler. Les multiples mots qui sont construits, en français, à partir de ce verbe se rattachent à la même racine indo-européenne °spek, observer, que l’on retrouve par exemple dans une racine germanique qui a fourni au français, épier et espion. L’histoire de ce mot, dont cette note ne rend compte que très succinctement, mériterait un développement plus important.
  • [14]
    Orne (1969) raconte à ce propos une anecdote particulièrement parlante. Si vous demandez à cinq personnes d’exécuter des pompes pour vous, ils accèderont peut-être à votre demande mais vous regarderont avec incrédulité. En revanche, si vous demandez à un autre groupe de personnes, qu’on appellera à la suite sujets, de participer à une expérience durant laquelle il leur sera demandé d’exécuter les cinq mêmes pompes, ils vous répondront simplement « où ? ». Je remercie Stéphane Laurens de m’avoir rapporté cette anecdote et de m’en avoir donné les références.
  • [15]
    C’est un des motifs d’opposition entre le questionnaire et l’entretien non directif : le questionnaire revient à demander au sujet de se positionner par rapport au cadre de référence du chercheur, alors que la non-directivité de l’entretien fait place à celui du sujet.
  • [16]
    Moscovici et Hewstone (1984) en fournissent une description. Il s’agit d’« un consommateur d’idées scientifiques déjà découvertes, un lecteur assidu de magazines ou d’ouvrages de vulgarisation, et [il] suit avec passion les nouvelles de la science. Comme tout un chacun, il acquiert ses connaissances avec les médecins, psychologues, techniciens, ou les puise dans les discours des hommes politiques à propos de problèmes économiques ou sociaux etc. » (p. 546-547).
  • [17]
    Dans la présentation de cette technique Abric (2003, p. 75-80) cite l’étude qui l’illustre. Étudiant les représentations « du » Maghrébin, les enquêteurs se présentent soit comme des étudiants en psychologie réalisant une étude auprès d’étudiants en psychologie (même groupe), soit comme des étudiants en droit (supposés ne pas partager les mêmes valeurs mais appartenant au même groupe générique). Le « non-racisme », la « tolérance » supposés des étudiants en psychologie sont censés exercer une censure sociale et le décentrement permet d’obtenir, effectivement, des associations différenciées : de « chaleureux », « le » Maghrébin est perçu comme « délinquant ».
  • [18]
    Cette habitude, au minimum de la dissimulation, semble si ancrée qu’on a peine à faire admettre aux étudiants de psychologie sociale, même lorsqu’ils n’ont qu’un questionnaire à faire passer, qu’il n’est pas utile ou souhaitable de dissimuler le fait qu’ils sont étudiants en psychologie. Immédiatement, ils invoquent de devoir faire face aux représentations de la psychologie ou du psychologue qui, dès lors qu’évoquées, entraîneraient sitôt le refus. Ce faisant, ils oublient qu’en se dissimulant, ils cautionnement et la représentation et la nécessité du refus.
  • [19]
    Le terme empathie est apparu au début du xxe siècle, en anglais d’abord, puis en français. L’origine de ce terme n’est pas de Rogers mais du psychologue T. Lipps (1903). Son usage en psychologie sociale est néanmoins rattaché à Rogers (Chauchat, 1985). (Voir les articles « empathie » dans Rey, A. (1993), op. cit., et dans Bloch, H. et coll. (s/d) (1991). Grand dictionnaire de la psychologie, Paris, Hachette, 2e éd. 1999).
  • [20]
    Une des caractéristiques de cette disposition est de permettre, par la distance aux nécessités, de se glisser dans des univers mentaux assez différents. Cette capacité autorise, par exemple, une compréhension immédiate des exercices scolaires ou scolastiques et, par là-même, favorise la réussite.
  • [21]
    C’est le cas, par exemple, dans le questionnaire permettant de recueillir les schèmes cognitifs de base (SCB). Le sujet est amené à se prononcer pour savoir si l’objet A de la représentation peut être ou non défini par 28 connecteurs différents, proposés sous une forme standardisée, de la synonymie (« A signifie la même chose que… ») à la causalité (« A a pour cause, dépend de, est enchaîné par…) (Rouquette, Rateau, 1998). Les auteurs précisent que ce dispositif parait beaucoup plus adapté à une population d’étudiants (Flament, Rouquette, 2003).
  • [22]
    Paradoxalement d’ailleurs, le chercheur est à même de la mettre à profit dans certains dispositifs d’enquête comme l’entretien non directif, en reconnaissant qu’il est au principe du discours du sujet et que c’est précisément sa position de chercheur qui le suscite et permet son énonciation.
  • [23]
    Les recherches empiriques sur la catégorisation sociale montrent clairement un processus de différenciation inter-groupes, et, en revanche, mettent faiblement en évidence l’existence d’un processus d’homogénéisation intra-groupe. De plus, une étude de Doise (1976) montre lorsque des groupes de sexe différents représentent les termes de la comparaison, l’homogénéité hors-groupe est plus élevée chez les garçons pour le groupe des filles alors que c’est l’homogénéité intra-groupe qui est plus importante dans le groupe des filles (ce phénomène se produit dans des conditions avec anticipation, c’est-à-dire lorsque les sujets sont prévenus qu’il y aura deux groupes – garçons et filles – à évaluer). Ces résultats viennent quelque peu troubler la théorie de Tajfel car il y a bien, chez un des deux groupes, un effet de personnalisation du Soi qui coexiste avec la différenciation entre les groupes (cas des garçons). Parmi les critiques faites au paradigme des groupes minimaux, Lorenzi-Cioldi (1988) montre que les groupes induits sont le reflet de la structure de groupes favorisés dans la société (groupes collections, libres et autonomes où s’expriment des goûts personnels). L’absence des filles qui ne font jamais partie des expériences, pourrait en être une des raisons.
  • [24]
    Je pense en particulier aux opérations de lemmatisation, voire de stématisation du discours de ce sujet, qui se trouve, par le fait, rapidement dépossédé de sa propre parole, au point que, si ces opérations ne sont pas appliquées, sa parole devient inutile parce qu’intraitable.
  • [25]
    Pour une défense de Le Bon, qui n’était pas même docteur (Marpeau, 2000), voir Moscovici (1981) et pour une critique, voir, par exemple, Julliard et Winock (1996).
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/01/2011
https://doi.org/10.3917/bupsy.505.0061


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