Jésus de
Nazareth
est un Juif
de Galilée,
né vraisemblablement entre -7
et -5,
qui apparaît dans le cercle de Jean
le Baptiste avant de s'engager, entouré de quelques disciples,
dans une courte carrière de prédication
itinérante d'un à deux ans et demi, essentiellement en Galilée, en pratiquant
guérisons et exorcismes.
Il suscite engouement et ferveur, s'attirant la méfiance des autorités
politiques et religieuses, avant d'être arrêté, condamné et crucifié vers l'an
30
à Jérusalem
pendant la fête juive de la Pâque,
sous l'administration du préfet Ponce
Pilate.
L'annonce de sa
résurrection
par ses disciples, qui le reconnaissent comme le messie
ou Christ
et transmettent son histoire et ses enseignements, donne naissance au christianisme.
Pour les chrétiens, Jésus-Christ
est le fils de Dieu,
le Messie
envoyé aux hommes pour les sauver. Dans l’islam,
Jésus est appelé Îsâ
et est un prophète
majeur.
L'impact de son
message, transmis par les différentes Églises
chrétiennes, et les interprétations auxquelles il a donné lieu, ont influencé
différentes cultures et civilisations au cours de l'histoire. Il a inspiré une
importante production théologique, littéraire et artistique. Sa naissance est
prise comme origine conventionnelle des calendriers julien
— depuis le VIe siècle
— et grégorien,
et le dimanche,
qui est le jour de repos hebdomadaire en célébration de sa résurrection, l'est
devenu au-delà de la chrétienté.
Cette importance contraste avec la brièveté de sa prédication et le peu de
traces historiques conservées à son sujet.
Le thaumaturge
Jésus
se fait connaitre localement, dans un premier temps comme guérisseur
thaumaturge.
Dans l'exercice de cette activité, sur laquelle il fonde la légitimité de son
enseignement et qui attirait les foules autour de lui, on peut noter des modes
opératoires variés, en comparant par exemple la guérison en trois étapes de l'aveugle
de Bethsaïde, et celle - à distance et d'une seule parole - de Bar Timée à
Jéricho, ou bien celle qui s'effectue par une prière intense et le jeûne, dans
le cas d'un démon particulièrement rétif.
Ces
pratiques thérapeutiques, dont le fondement est d'ordre religieux puisque les
maladies étaient alors perçues comme la sanction divine des péchés, étaient
répandues dans le monde gréco-romain et parmi les rabbi juifs dont Jésus
reproduit parfois des gestes thérapeutiques connus. La pratique de Jésus se
distingue néanmoins par le nombre de miracles rapportés et dans le refus par
leur auteur de se les voir attribués : Jésus se présente comme le
vecteur de Dieu, en opérant dans le présent les guérisons espérées dans
le cadre eschatologique
juif. Outre les miracles thérapeutiques, Jésus pratique également des exorcismes,
des prodiges,
des sauvetages ou des miracles illustratifs de son interprétation de la Loi
juive.
Les
évangiles insistent souvent plus sur la confiance des bénéficiaires de miracles
qu'ils ne s'attardent sur le détail des manipulations. Jésus présente les
miracles comme une anticipation de l'accès au bonheur éternel auquel a droit
chaque humain, y compris les plus pauvres. L'évangile selon Marc rapporte que
c'est ce pouvoir d'opérer guérisons et prodiges qui aurait été transmis à ses
disciples, plutôt que la capacité de communication avec la divinité.
Les
textes révèlent à cet égard un comportement général de Jésus fait de
bienveillance, tourné vers les gens, particulièrement ceux plongés dans une
situation personnelle ou sociale méprisée et difficile : les femmes, plus
particulièrement les veuves ; les malades, les lépreux, les étrangers, les
pécheurs publics ou les collecteurs de l'impôt romains. Cette façon d'être,
associée à une dénonciation de l'hypocrisie et de toute forme de mensonge, lui
attirera inévitablement nombre d'admirateurs en provoquant simultanément de
l'hostilité.
Son enseignement
Le
message de Jésus semble prolonger celui de Jean-Baptiste en s'inscrivant dans la
fièvre apocalyptique du monde juif au Ier siècle
tandis que certains exégètes préfèrent voir Jésus comme un maître de sagesse
populaire, la dimension apocalyptique relevant d'une lecture postérieure, sous
l'éclairage de la foi chrétienne. Ce message, original et varié, entre néanmoins
difficilement dans les catégories socioreligieuses préalablement établies. On
peut cependant souligner plusieurs points de rupture avec Jean le
Baptiste : Jésus n'est pas un ascète,
il présente un Dieu de grâce, de jugement et de l'amour sans limite qui inverse
l'exhortation de Jean à la conversion sur fond de colère divine. Enfin, Jésus
est celui par qui le jour vient quand Jean annonçait
l'aube.
C'est l'annonce du « Royaume
de Dieu » qui constitue le cœur de sa prédication en des termes qui,
s'ils reprennent l’attente des Juifs qui espèrent la venue d’un Messie
qui restaurera l’indépendance d’Israël, déplacent cet espoir : le Royaume
de Dieu selon Jésus inaugure le nouveau rapport avec Dieu qui se prépare à
intervenir dans le monde pour le gouverner directement.
Sa
doctrine paraît d'emblée sûre et originale. Son enseignement est essentiellement
connu à travers les Évangiles,
qui en font le récit, et les commentaires qui en seront faits dans le reste du
Nouveau
Testament. Son enseignement et son action montrent une très bonne
connaissance des textes religieux et de la loi juive. Il utilise deux méthodes
typiques des docteurs
de la Loi, ses contemporains : le commentaire des textes canoniques et
l'usage de meshalim ou Paraboles
dont il fait le ressort privilégié de sa pédagogie. Par cet usage de la
parabole, Jésus laisse souvent l'auditeur libre de ses réactions, en ne le
prenant pas de front.
Mais il
n'en pratique pas moins un enseignement d'autorité qui tranche avec les
enseignements des scribes,
se réclamant eux toujours de l'autorité d'une source. Jésus est néanmoins
respectueux de la Loi
de Moïse et, si la proximité de Jésus avec les pêcheurs ou des épisodes
comme son affirmation que les besoins de l'homme préemptent sur la prescription
du sabbat ont pu choquer les pieux de son temps, on ne peut pas dire que
Jésus ait violé les lois de pureté chère aux pharisiens, au contraire de
ses disciples qu'il ne condamne pourtant pas.
Son
action suscite des réactions fortes et contrastées. On trouve à la fois des
témoignages sur de grandes foules qui le suivent et le cherchent, montrant un
indéniable succès populaire, et d'autres le montrant vivant dans une
quasi-clandestinité au milieu de populations hostiles.
Arrestation
Jésus
est arrêté alors qu'il séjournait à Jérusalem pour célébrer la fête de la Pessa'h
(Pâque juive). Ce dernier séjour à Jérusalem se déroule dans une
ambiance très clandestine, où les disciples échangent des mots de passe et des
signes de reconnaissance pour préparer le repas dans un endroit caché. Le
contraste avec l'ambiance enthousiaste de l'entrée triomphale de Jésus à
Jérusalem (célébrée le dimanche
des Rameaux) est flagrant, ce qui suggère que ces deux montées à Jérusalem
n'ont pas eu lieu la même année. L'étude des évangiles ne permet pas une lecture
très claire des causes et de l'historique de ce retournement d'opinion. On
trouve la trace dans les évangiles de l'attente messianique d'une partie de la
population, qui attendait un Messie
politique, libérateur du joug des Romains. Cette attente se retrouve dans le
qualificatif donné à Simon le zélote
et à Judas l'Iscariote. Jésus a pu décevoir cette attente en refusant l'action
sur le terrain politique. Néanmoins, si Jésus ne conteste pas radicalement le
pouvoir romain, refusant de s'enfermer dans un cadre strictement
nationaliste, il ne manifeste pas davantage d'inclination envers les
grandes familles sacerdotales proches de celui-ci.
Le
retournement d'opinion s'est d'abord manifesté en Judée, puis dans son pays en
Galilée. Il semble que le signal de la répression soit venu des milieux sacerdotaux
conservateurs de Jérusalem, souvent assimilés aux sadducéens,
inquiets de l'impact de son enseignement ouvert sur la Torah
et des effets de l'enthousiasme populaire qu'il suscitait sur le fragile
modus vivendi avec l'occupant romain. Il apparaît également
vraisemblable que c'est le scandale que cet homme, décrit comme doux
par les évangiles ultérieurs, provoque au Temple
de Jérusalem un peu avant la Pâque de 30 dans l'épisode dit des
marchands du temple, qui a pu précipiter son arrestation.
Enfin,
l'avant-veille de la fête juive de la Pessa'h,
Jésus prend un dernier repas avec ses disciples dans une ambiance pascale, dans
un épisode appelé traditionnellement la Cène,
au cours duquel il fait explicitement mention de sa mort prochaine qu'il lie au
renouvellement définitif de l'Alliance.
Les chrétiens de toutes tendances considèrent qu'il institue ainsi le sacrement
de l'Eucharistie.
À la suite de cet ultime repas, Jésus est arrêté au jardin de Gethsémani,
par la dénonciation de son disciple Judas,
sans que le motif soit vraiment clair.
Jésus
va alors se trouver confronté aux trois pouvoirs superposés de la
Palestine : le pouvoir romain, le pouvoir du tétrarque
de Galilée et Pérée et le pouvoir des grands-prêtres du temple-État de
Jérusalem.
Procès et
exécution
Les
modalités du procès de Jésus sont déconcertantes, si l'on se réfère à ce que
l'on connait du droit de l'époque : aucune reconstitution des faits ou des
procédures connues ne résiste à l'examen à partir des évangiles, qui exposent un
double procès, permettant de présenter une double motivation, religieuse chez
les Juifs et politique chez les romains. La question de ce procès - question
historique ouverte - est d'autant plus difficile à résoudre que le temps et l'antisémitisme
chrétien au cours des siècles écoulés l'ont recouverte de multiples enjeux
politiques et religieux.
La
narration des évangiles est difficile à suivre dans des compositions qui
semblent avoir été écrites à l'intention des romains, même si certains détails
dénotent de traditions locales. Jésus est arrêté la nuit par la police du
Temple, aux ordres des autorités religieuses espérant peut-être liquider le cas
du Nazaréen avant la Pâque. Il est tout d'abord conduit chez l'ex-grand prêtre
Anân,
puis, à l'aube, devant une cour de justice, que les évangiles appellent Sanhédrin,
devant le souverain sacrificateur Caïphe,
avant de comparaître devant le préfet romain Ponce
Pilate qui l'envoie chez Hérode
Antipas avant de l'interroger à son tour. Cela donne lieu à des
confrontations où Jésus soit se tait, soit paraît souligner le caractère relatif
du pouvoir de ses interlocuteurs par sa liberté de parole dans des scènes très
chargées symboliquement.
Au
terme d'une procédure judiciaire romaine - habituelle en province - de
« cognitio extra ordinem », Jésus est finalement condamné par Ponce
Pilate - probablement embarrassé et dont les évangiles atténuent la
responsabilité probablement dans une optique missionnaire, réinterprétant
complètement la personnalité d'un procureur « craintif donc cruel » -
à subir le supplice romain du crucifiement,
au motif politique de rébellion. Après qu'il a été flagellé,
il est tourné en dérision et stigmatisé dans les quartiers des soldats romains,
revêtu d'une chlamyde
qui évoque la pourpre
royale, coiffé d'une couronne tressée d'épines et muni d'un roseau évoquant le
sceptre dans une mise en scène visant à moquer le « Roi des juifs ».
Son exécution a lieu un vendredi, veille du Chabbat,
sur une croix surmontée d'un titulus
dérisoire portant l'inscription « Jésus le nazôréen, Roi des Juifs »,
qui instruit sur le motif de la condamnation pour le droit romain. Après y avoir
transporté le patibulum
de sa croix, il est crucifié au lieu dit Golgotha,
à l'extérieur de Jérusalem, avec deux brigands, sans que l'on sache
s'il s'agit de voleurs ou de séditieux, en présences de quelques femmes mais en
l'absence de ses disciples.
Jésus
meurt vraisemblablement dans l'après-midi du jour de la « parascève »
- jour de la préparation de la fête de Pessa'h
- le 14 Nissan,
ce qui correspond, compte tenu du calendrier
hébreu usuel, au vendredi 7
avril 30
ou au vendredi 3 avril 33. En tout cas, sa mort a eu lieu pendant que Pilate
était préfet de Judée, donc après 26 et avant 36, année où Pilate est rappelé à
Rome. Il est enseveli avant la levée de la première étoile, suivant la
prescription loi judéenne.
Près
de deux millénaires plus tard, une à deux années de dévouement pour les
pauvres, nécessiteux et miséreux, exclus, chômeurs et précaires, suffisent
toujours à se faire lyncher et crucifier sur l'instigation des gardiens du
Temple, qui ont aujourd'hui pour noms Alain Krivine, Olivier Besancenot, Josette
Brenterch ou Cyprien Luraghi.