Publication: 08/12/2015 17h53 CET Mis à jour: 08/12/2015 18h12 CET
INTERNATIONAL – Le nombre de combattants jihadistes présents en Syrie
atteint au moins 27.000, selon un rapport publié ce mardi 8 décembre
par un institut spécialisé dans le renseignement, qui l’évaluait à
12.000 en juin 2014. « Le phénomène des jihadistes étrangers en Irak et
en Syrie est véritablement mondial », indique Soufan Group, basé à New York.
Au total, entre 27.000 et 31.000 jihadistes étrangers originaires de
86 pays seraient présents en Syrie. A titre de comparaison, cela
correspond au nombre de réservistes de l’armée française et même à
l’effectif d’armées comme celles du Danemark, de l’Autriche ou de la
Hongrie. « Ce nombre a plus que doublé » depuis la dernière étude du
groupe en juin 2014, « malgré les efforts internationaux pour contenir »
Daech et éviter l’afflux de combattants, selon le rapport.
Cette augmentation n’est pas uniforme à travers le monde. Comme vous
pouvez le voir dans notre infographie ci-dessous, le nombre de
jihadistes en provenance d’Europe occidentale a ainsi plus que doublé et
représente désormais un total de 5000, dont 1700 Français, tandis qu’il
restait stable en Amérique du nord (280).
Ils sont en outre 8240 en provenance des pays du Moyen-Orient, dont
2500 Saoudiens, et 8000 du Maghreb, la Tunisie restant de loin le
premier pays avec 6000 jihadistes présents en Syrie et en Irak. Le
nombre de combattants venus de Russie et d’Asie centrale a explosé, de
près de 300%, à 4700, dont 2400 Russes. Il y a également 2100 Turcs,
selon le rapport.
Ces chiffres se basent sur l’ensemble des données établies par les
gouvernements, les organisations internationales et les instituts de
recherche au sujet des jihadistes. « Le succès de l’EI dépasse les rêves
des autres groupes terroristes, qui apparaissent maintenant démodés, à
l’instar d’Al-Qaïda. Il a encouragé des dizaines de milliers de
jihadistes à rejoindre ses rangs et inspiré d’autres à devenir
sympathisants », souligne Soufan Group.
Selon Soufan Group, entre 20 et 30% des jihadistes étrangers
retournent dans leur pays, ce qui constitue un grand défi pour les
agences de sécurité alors que l’EI lance de plus en plus d’attaques à
l’étranger. Il a ainsi revendiqué les attentats meurtriers en France
(130 morts) et plusieurs attaques en Tunisie.
Légende:
Le graphique montre d’où proviennent plus du tiers des tunisiens
jihadistes en Irak et en Syrie. Ils sont originaires de seulement trois
endroits qui sont Bizerte, Tunis et Ben Guerdane.
*étude sur un échantillon de 112 individus.
L’existence de ces foyers de recrutement résulte, selon l’étude, « de la nature personnelle du recrutement ».
« Rejoindre l’état islamique n’est pas un acte rationnel
tant qu’un acte émotionnel, l’implication de la famille ou d’une
connaissance proche dans le processus de radicalisation est un
déterminant courant du résultat. » peut-on lire.
L’étude précise aussi que les zones qui comptent des groupes de
jeunes qui affichent des problèmes d’appartenance ou une absence
d’objectifs sont plus susceptibles d’être recrutés et à générer un
mouvement de recrutement qui passe d’un groupe à un autre.
« Là, comme les foyers se développent, le recrutement via les réseaux
sociaux devient moins important que via le contact humain direct, ainsi
des groupes d’amis et de voisins se convainquent les uns les autres de
se joindre à l’Etat Islamique. » ajoute le rapport.
Cet article a été publié sur le HuffPost France. La rédaction du HuffPost Tunisie y a apporté certaines modifications relatives au contexte tunisien.
Les djihadistes tunisiens en Syrie sont les plus sanguinaires de tous !
publié le 10/09/2015 19:58
Une délégation non-officielle composée de journalistes et
d’activistes tunisiens s’est rendue, il y a une environ une semaine, en
Syrie. Un voyage ayant pour but de rétablir les liens de fraternité et
de confiance entre la Syrie et la Tunisie, mais également, de redorer
l’image du citoyen tunisien. Une image profondément ternie par les
milliers de combattants tunisiens qui ont entrainé la Syrie dans un
sanglant chaos.
De retour à Tunis, Zied El Héni, président de la délégation, nous a
fait le récit de ce séjour politico-journalistique à Damas. La rencontre
avec le ministre syrien de la Justice, Najem Al-Ahmad, était une étape
marquante de ce voyage. Celui-ci avait affirmé, devant l’assistance, que
son gouvernement était prêt à fournir toute information utile sur les
djihadistes tunisiens. De quoi permettre à la police tunisienne de
profiler ces combattants et d’avoir un traçage exhaustif sur leurs
activités terroristes en Syrie. « Cependant, le ministre n’a pas
caché ses craintes quant à la possibilité que ces données tombent dans
des mains mal intentionnées, avançant que l’institution sécuritaire en
Tunisie est infiltrée », a ajouté Zied El Héni.
Relatant ce jour de visite au cabinet du ministre, le journaliste
nous a confié un incident à la fois choquant et révélateur. Ainsi, dans
ce même bureau, la délégation tunisienne avait eu une discussion avec un
combattant tunisien emprisonné en Syrie. Le but de cette conversation
c’est de savoir s’il avait des remords. L’homme avait purgé une grande
partie de sa peine, soit trois ans et 8 mois. Il ne regrette rien. Pis
encore, il est même allé jusqu’à menacer Zouheïr El Jiss et Khaoula
Sliti, respectivement journalistes à Jawhra Fm et Shems Fm, en leur
lançant sur un ton défiant : « Dieu s’en occupera… On verra bien ! ».
Khaled Mahjoub, politique syrien spécialisé dans le terrorisme,
confirme cet entêtement prévalent chez les djihadistes tunisiens. Ainsi,
fait-il part à Zied El Hani que ces hommes sont les plus rigides qu’il
n’ait jamais connu. « Plus on est dur avec eux, plus ils sont résilients », a-t-il constaté. «
En 2013, raconte-t-il, j’ai interrogé l’un de ces djihadistes tunisiens
: Que feras-tu si on te relâche ? Est-ce que tu rentrerais en Tunisie ?
Il a répondu qu’il ne considérait pas encore la Tunisie comme une terre
de djihad et que s’il était livré aux autorités tunisiennes, il ferait
tout pour revenir en Syrie et me décapiter ». Puis d’ajouter «
Les Tunisiens sont les plus durs de toutes les nationalités qui
combattent ici. Ce sont des gens qui ne craignent nullement la mort ».
Un autre exemple aussi édifiant, celui d’un Tunisien qui avait obtenu
la grâce du mufti syrien, Ahmed Hassoun. Il a été libéré, puis il a
repris les armes avant de se faire tuer dans les combats contre l’armée
syrienne.
Le retour de ces terroristes en Tunisie ne sera pas facile à gérer
sur le plan sécuritaire, ni sur le plan juridique. Cela se posera de
manière plus aigüe lorsque la Syrie nous livrera les terroristes qui
auront achevé, dans quelques mois, leur peine. « Le problème c’est qu’on ne peut refuser à ces terroristes de rentrer, ni les juger »,
a fait remarquer Zied El Hani. La Constitution, dans son article 25,
interdit de déchoir de sa nationalité tunisienne tout citoyen, de
l’exiler, de l’extrader ou de l’empêcher de retourner dans son pays. La
loi interdit également la double peine. Si ces terroristes avaient déjà
été jugés devant une cour syrienne, la justice tunisienne ne serait
autorisée à les juger une deuxième fois.
Ce dont nous avons besoin pour résoudre ces problématiques épineuses,
c’est un Etat-major qui dirige la guerre contre le terrorisme, avance
le journaliste. « Idéalement ce sera le Conseil de sécurité nationale, présidé par le chef de l’Etat, qui incarne cette mission », a-t-il suggéré. Toutefois, aucune loi ne définit jusqu’à présent les prérogatives de ce conseil. « On en fait une brève mention dans l’article 77 de la Constitution, mais sans plus », a-t-il précisé.
Revenant à son récit de voyage, Zied El Hani nous a assuré que malgré
le grand nombre de terroristes tunisiens se trouvant en Syrie et les
atrocités commises, le Tunisien reste apprécié à Damas. « Cela se
ressent dans les gestes des Damascènes quand ils découvrent que nous
sommes Tunisiens […] Un soir, nous étions, en taxi, de retour à l’hôtel,
le chauffeur a refusé qu’on le paye. Il nous a offert la course »,
a-t-il raconté.
Contrairement à ce que certains pouvaient croire, les points
militaires ne sont pas la seule cible de l’organisation l’Etat
Islamique. Les quartiers résidentiels et les établissements civils sont
également dans leur ligne de mire. « Même l’hôtel où nous étions logés n’a pas été épargné. Il y avait eu des bombardements à proximité », a-t-il témoigné.
Daech : pourquoi la Tunisie est un nid à djihadistes
Mis à jour : 19-03-2015 18:46
- Créé : 19-03-2015 17:38
TERRORISME – L’attaque du musée du Bardo à Tunis a été revendiquée
par le groupe terroriste Daech, ce jeudi en fin d’après-midi. Premier
contingent de volontaires étrangers au sein de ce groupe terroriste, la
Tunisie est aujourd’hui menacée de l’intérieur.
Les mouvements djihadistes durement réprimés sous la présidence de
Zine el-Abidine Ben Ali, ont profité d’une situation politique
chaotique.
AFP
Photo:
Plus de 24 heures après l’attaque sanglante, l’État islamique a revendiqué ce jeudi dans un message audio,
l’attentat contre le musée du Bardo de Tunis qui a fait au moins 21
morts mercredi. Daech, qui sévit en Syrie, en Irak et en Libye, a
d’ailleurs menacé dans ce message la Tunisie d’autres attaques.
Dans le pays, il y a trois mouvements djihadistes importants qui
sévissent. Le plus fort, à l’ouest, est la brigade Okba Ibn Nafaâ qui
dépend d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et qui est très présente.
Implantée près du mont Châambi à la frontière algérienne depuis plus
d’un an, elle mène une action de guerilla notamment contre les
militaires tunisiens.
A l’est, près de la frontière libyenne, il y a aussi les salafistes
d’Ansar Al-Charia, qui ont notamment mené l’attaque contre l’ambassade
américaine à Benghazi en septembre 2012. Selon le ministère de
l’Intérieur tunisien, cette organisation est également impliquée dans
les assassinats des opposants Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.
L’organisation combat aux côté des milices islamistes libyennes. Le dernier mouvement le plus récent, est l’État islamique
qui a embrigadé 3000 combattants tunisiens à rejoindre ses rangs en
Syrie et en Irak formant l’un des principaux contingents de combattants
étrangers. Ils sont particulièrement craints par la population syrienne,
en raison de leur cruauté affichée et revendiquée.
Depuis la révolution de janvier 2011, la tendance terroriste s’est
accentuée, selon plusieurs analystes. Les mouvements djihadistes
durement réprimés sous la présidence de Zine el-Abidine Ben Ali, ont
profité d’une situation politique chaotique et dominée par les
islamistes d’Ennahda pour prêcher librement et ainsi renforcer leurs
rangs. L’attaque de mercredi est intervenue en pleine audition à
l’Assemblée de cadres militaires et de la justice sur la réforme de la
loi antiterroriste.
Les Tunisiens représentent le plus grand nombre de terroristes en Syrie et en Irak
10 Novembre 2014
Selon le journal La Dépêche, sur la base d’un rapport de l’ONU et
d’une étude de l’Institut Quilliam, il y aurait 15000 terroristes
étrangers en territoires syrien et irakien, dont les Tunisiens «
représentent le contingent le plus élevés ». Plus de 80 nationalités
sont impliquées dans la guerre menée contre le peuple syrien. Le nombre
des Tunisiens est estimé à 3800, et celui des Français à 1000, ce qui
contredit le chiffre officiel de 400, avancé par l’Elysée. Selon les
autorités syriennes, le nombre des Tunisiens dépasserait les 10000, sur
un total de 48000 terroristes présents sur le sol syrien.
Les ambassadeurs de la « révolution » bouazizienne en Syrie, que
Moncef Marzouki et Rached Ghannouchi ont laissé partir au « djihad ».
Les frappes de la coalition internationale ont, selon les experts,
davantage encouragé que freiné l’afflux de jihadistes étrangers en Syrie
et en Irak, que l’ONU qualifie aujourd’hui de « sans précédent ».
Quelque 15.000 combattants étrangers en provenance de 80 pays se sont
rendus depuis 2010 dans la région pour rejoindre des groupes comme
l’Etat islamique (EI), soit « plusieurs fois » le total cumulé entre
1990 et 2010, met en garde ce document cité vendredi par le quotidien
britannique The Guardian.
Ce chiffre de 15.000 avait déjà été évoqué en septembre par la CIA.
Il a été réévalué à 16.000 depuis et un responsable du renseignement
américain a indiqué vendredi à l’AFP que les combattants étrangers
continuaient de se rendre en Syrie au rythme de 1.000 par mois. « Et la
tendance est à la hausse », a expliqué la même source, qui s’exprimait
sous le couvert de l’anonymat.
La plupart viennent du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la Tunisie
représentant le contingent le plus élevé. Quelque 2.000 combattants
viennent d’Europe et une centaine sont Américains, dont environ une
dizaine s’est rangée sous la bannière de l’EI.
Le nombre des Européens surprend et interpelle les spécialistes, selon
Erin Marie Saltman, analyste à Quilliam, un groupe de réflexion de
Londres.
Les services de renseignement français ont recensé près de 1.000
Français ou étrangers résidant en France à être partis. Scotland Yard
parle d’au moins 500 Britanniques. La Belgique, l’Allemagne les
Pays-Bas, le Danemark avancent également des chiffres significatifs.
« Personne ne sait combien de Russes sont partis : cela va de 300 à
2.500 personnes. Ils viennent du Daguestan, du Tatarstan, de Tchétchénie
(des républiques russes en majorité peuplées de musulmans), ils
viennent de partout », souligne ainsi Alexeï Malachenko, expert à la
Fondation Carnegie à Moscou. Selon lui, ce n’est pas l’argent qui sert
d’aimant : « ils auraient pu gagner bien plus d’argent à Moscou. Ce sont
des idéalistes, des fanatiques, qui croient au califat mondial comme
nous avions cru au communisme ».
Au fil de la progression sur le terrain de l’EI et de la proclamation
d’un califat sur les territoires conquis, le nombre des jihadistes
étrangers n’a cessé de gonfler. Ils étaient 7.000 en mars, 12.000 en
juillet et au moins 15.000 aujourd’hui. Le déclenchement des frappes
aériennes américaines il y a trois mois ne semble avoir en rien calmé
les velléités des candidats au jihad. « Elles n’ont aucun effet et
n’auront aucun impact sur leur recrutement », tranche Alexeï Malachenko.
Simon Palombi, consultant en sécurité internationale au Chatham
House, estime même que les frappes sont exploitées par le groupe EI pour
sa propagande. « Regardez ce que l’Occident fait aux musulmans : ce
message, il l’utilise comme un signe de ralliement et il le fait de
manière très efficace », dit-il, renvoyant notamment vers l’utilisation
massive des réseaux sociaux.
« La perspective de combattre la coalition internationale, et surtout
les Etats-Unis, contribue à attirer des jihadistes du monde entier »,
renchérit Romain Caillet, expert des mouvements jihadistes à l’Institut
français du Proche-Orient.
Le profil des combattants étrangers a évolué ces derniers mois,
indique pour sa part Erin Marie Saltman. « Avant, beaucoup de ceux qui
se rendaient en Syrie y allaient vraiment pour des raisons humanitaires.
Aujourd’hui, il est difficile de ne pas savoir que l’EI a été étiquetée
comme une organisation terroriste. Ceux qui partent désormais ont été
radicalisés et croient au martyre. On s’attend en conséquence à ce que
la plupart d’entre eux ne reviennent pas ».
Ceux qui retournent au pays pourraient en revanche constituer une
vraie menace. Le rapport de l’ONU souligne que les activités de l’EI se
concentrent pour l’instant sur la région. « Les attaques
transfrontalières, ou contre des cibles internationales restent
minoritaires ». Mais le document met en exergue le danger que pourraient
représenter des jihadistes à leur retour.
« La centralisation de l’organisation en Syrie et en Irak rend moins
plausible un attentat du style de celui du 11 septembre 2001 mais
lorsque vous appelez les gens aux armes et encouragez ceux qui sont à
l’étranger à commettre des attaques chez eux, cela représente une menace
significative dont il faut tenir compte », prévient aussi Erin Marie
Saltman.
La Dépêche du 31 octobre 2014, sous le titre de « Syrie et Irak: un afflux « sans précédent » de jihadistes étrangers ».
Quelques crapules terroristes arrêtées en Syrie, coupables de meurtres et de pillage.
3 000 jihadistes tunisiens en Syrie: Pourquoi sont-ils en tête?
Dans ce nouvel Afghanistan qu’est en train de devenir la
Syrie, les Tunisiens viennent en tête des jihadistes étrangers enrôlés
au sein de diverses factions, notamment Jabhat al Nosra. Selon le très
sérieux The Soufian Group (TSG – USA), sur 12 000 jihadistes partis en
Syrie durant les trois dernières années (soit plus que tous ceux qui
étaient durant 10 ans en Afghanistan), et venant de 81 pays, les
Tunisiens sont au nombre de 3 000, occupant le premier rang. Ils sont
suivis par les Saoudiens (2 500) et les Marocains (1 500), les Algériens
n’étant qu’au nombre de 200. En comptabilisant ceux qui viennent de
pays occidentaux (Europe, Etats-Unis, etc.), on se retrouve avec 12 000
combattants.
Les trois groupes qui attirent le plus les jihadistes étrangers sont
Ahrar al-Sham, Jabhat al-Nosra et Etat Islamique en Irak et au Levant
(EILL – Daech), tous fondés par des membres d’Al-Qaïda. TSG souligne que
nombre de ces jihadistes pourraient revenir ne serait-ce qu’en petit
nombre dans leur pays d’origine et commettraient alors de redoutables
actes terroristes, comme ce fut le cas à Bruxelles en mai dernier. La
facilité d’accès aux réseaux sociaux et l’interconnexion entre les
jihadiste accroît leur capacité de prosélytisme et de recrutement. Les
moyens dont disposent nombre de pays concernés restent cependant
insuffisants pour assurer le suivi de tous ces éléments et prendre en
charge ceux qui reviennent de ces zones.
Endoctrinement et radicalisation
L’engouement des jeunes tunisiens pour le départ au jihad en Syrie
trouve son explication dans plusieurs facteurs socioéconomiques et
idéologiques. Les fortes campagnes d’endoctrinement propagées dans les
mosquées, accompagnées de mirobolantes incitations et relayées par des
réseaux de prise en charge, ont longtemps fonctionné librement sans la
moindre mise en garde de la part des autorités. Visant des jeunes
fragilisés par l’échec scolaire, le chômage, l’obstruction des
perspectives, la complexité des relations familiales et le
questionnement identitaire et religieux, elles ont réussi à faire partir
des milliers de jeunes, voire des couples, vers la Syrie. Il aura fallu
de multiples alertes de la part de la société civile et des familles
concernées pour que le gouvernement d’Ali Laarayedh mette en place un
dispositif d’interdiction de voyage, sans pour autant réussir à
décapiter totalement les réseaux de recruteurs.
Différentes filières sont empruntées. Le premier pays a été la Libye
où des centres d’accueil et d’initiation ont été ouverts, notamment par
Ansar al Shariaa de Libye. Cette première base se charge de
l’affectation des recrues dans différents pays, y compris la Tunisie. Le
deuxième chemin suivi est surtout celui de la Turquie où des réseaux
structurés accueillent les nouveaux arrivants et les dirigent vers la
frontière syrienne.
Selon des témoignages recueillis par les services de sécurité
occidentaux auprès de jihadistes de retour dans leur pays, les Tunisiens
jouent un rôle important en tant qu’instructeurs pour les nouvelles
recrues francophones. Leur maîtrise des deux langues française et arabe
en fait des interprètes bien indiqués, voire des coachs, pour les aider à
bien s’intégrer mais aussi à faire venir leurs amis. En signe
d’allégeance, chaque nouvelle recrue est tenue d’attirer cinq de ses
meilleurs jeunes parents et amis.
Des ruptures identiques et une grande détresse des familles
Les témoignages se multiplient et se ressemblent presque tous.
Séduits par les préceptes radicalistes et les idéaux de soutien à des
frères pour libérer leurs pays, des jeunes rompent brutalement avec amis
et familles et partent sans donner d’information pour se manifester
quelques semaines plus tard par SMS, appel téléphonique ou sur les
réseaux sociaux. Les messages sont identiques : ils s’accomplissent dans
leur croyance et invitent les leurs à les rejoindre. En appui à leurs
propos, ils postent des photos et vidéos alléchantes, décrivant des
ambiances de fraternisation d’armes et des scènes héroïques. Besoin de
s’affirmer, de s’afficher, de devenir héros et de se faire connaître:
sociologues et psychologues multiplient les analyses.
La détresse des familles est immense. Comment peuvent-elles d’abord
sortir leurs enfants de ce guêpier et les récupérer ensuite? Difficile,
sinon impossible. A qui s’adresser? Comment procéder? Puis, si par
chance, elles réussissent à les faire revenir, que doivent-elles faire
pour les réinsérer dans la société et les immuniser contre toute
récidive?
Des expériences sont menées ici et là: centre d’accueil et d’écoute
des familles en France, programme Channel mis en place en
Grande-Bretagne depuis les attentats de 2005, et autres. Confrontée à
cette épineuse question du départ des jihadistes, la Tunisie renforce
ces derniers mois son dispositif de contrôle par la reprise en main de
plus de 100 mosquées contrôlées par des salafistes, la surveillance des
départs vers certaines destinations et le démantèlement des réseaux de
recrutement. Elle doit aussi gérer les retours et les prises en charge.
Tout un programme à mettre en place efficacement.
Au moins 54 personnes, dont 36 jihadistes et 11 membres des forces
de l’ordre ont été tués lundi à la suite d’attaques jihadistes à Ben
Guerdane, près de la Libye. Selon Tunis, le groupe EI cherchait à y
implanter un « émirat ».
L’armée et la police de Tunisie
ont été la cible des jihadistes, lundi 7 mars. À l’aube, un commando a
attaqué simultanément les postes de la Garde nationale et de la police
ainsi que la caserne militaire de Ben Guerdane, dans le sud-est
tunisien. Le bilan fait état de 36 djihadistes tués, ainsi que 11
membres des forces de l’ordre. Sept civils ont également trouvé la mort
dans cette attaque attirbuée à l’organisation de l’État islamique (EI).
Mais aucune revendication n’a été formulée jusqu’à présent.
Que s’est il passé à Ben Guerdane ?
« Il s’agit du premier attentat d’une telle ampleur en milieu urbain
avec, dans un premier temps, des attaques ciblées suivies par des
assauts simultanés contre des bâtiments des forces de l’ordre », précise
sur France 24 Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes.
« D’après des sources locales, l’attaque a été perpétrée par des
jihadistes de l’organisation de l’État islamique qui ont été aidés par
des habitants de la ville pour s’infiltrer dans des maisons afin
d’abattre des militaires tunisiens. Ils ont ensuite lancé des assauts
coordonnés contre les bâtiments de la sécurité. » Un des officiers, le
plus haut gradé de l’antiterrorisme de Ben Guerdane, a été tué.
« Établir un émirat » de l’EI
Cette complicité locale a été possible grâce au nombre considérable
de jihadistes originaires de Ben Guerdane, qui ont fait jouer leurs
réseaux. Les islamistes ont toujours beaucoup recruté dans cette ville
proche de la frontière libyenne. « Déjà en 2004, le chef terroriste
islamiste Abou Moussab Al-Zarqaoui citait la ville de Ben Guerdane comme
vivier de jihadistes », poursuit Wassim Nasr.
« Le but de cette attaque était de troubler la situation sécuritaire
dans notre pays et d’établir un émirat de ‘Daech’ [acronyme arabe du
groupe EI] à Ben Guerdane », a déclaré le chef du gouvernement Habib
Essid. « Mais grâce à tous les efforts, à la coopération entre notre
armée nationale et nos forces de sécurité intérieure, la réaction a été
forte et rapide », a-t-il ajouté.
La communauté internationale ont condamné cette attaque
terroriste. Paris a exprimé toute sa solidarité au gouvernement tunisien
et les États-Unis ont proposé leur aide au régime de Tunis.
« Attaque prévisible »
Selon le spécialiste des mouvements jihadistes, cette attaque était
aussi « prévisble » si l’on tient compte de l’assaut de la semaine
dernière dans les faubourgs de Ben Guerdane. Mercredi dernier, cinq
jihadistes venus de Libye et retranchés dans une maison ont été tués
lors d’une opération menée par des unités de l’armée,
de la Garde nationale (gendarmerie) et de la police de la ville. Un
civil avait également été tué par une balle perdue, et un commandant
blessé à la tête. Au moins quatre des extrémistes étaient de nationalité
tunisienne, d’après les autorités.
Le groupe EI a également mené un coup de force, le 23 février
dernier, à Sabratha, en Libye. Environ 200 jihadistes avaient occupé
pendant plusieurs heures le centre de la ville, située sur la route
côtière reliant Tripoli à la frontière tunisienne.
Couvre-feu à Ben Guerdane
Actuellement, des jihadistes sont toujours retranchés dans le
quartier Jallal, à environ 4 km du centre de Ben Guerdane. « Des
escarmouches sont toujours en cours », selon le spécialiste des
mouvements jihadistes, qui précise que l’opération pour sécuriser la
ville n’est pas terminée.
Dans un communiqué succinct, le ministère de l’Intérieur a incité les
habitants de la ville à rester chez eux et mis un numéro vert à
disposition. Les routes menant à Zarzis et Djerba, plus au nord, ont été
fermées, tandis que les autorités tunisiennes ont décidé de décréter un
couvre-feu nocturne dans la ville. « Il a été décidé d’imposer à partir
d’aujourd’hui (lundi) de 19 h à 5 h du matin un couvre-feu aux
personnes et aux véhicules dans la ville de Ben Guerdane », a annoncé le
ministère de l’Intérieur.
Les autorités tunisiennes ont manifesté à plusieurs reprises leur
inquiétude face au chaos en Libye et ont récemment achevé la
construction d’un « système d’obstacles » sur près de la moitié des 500
km de leur frontière commune. Déjà frappée en 2015 par une série
d’attentats sanglants, la Tunisie a annoncé la fermeture des postes
frontaliers et le renforcement des patrouilles y compris aériennes à sa
frontière avec la Libye, où le chaos profite notamment à l’EI.
Plus de 3 000 Tunisiens sont partis combattre dans les rangs du
groupe État islamique et au sein d’autres organisations jihadistes en
Syrie et en Irak. Les responsables des services de sécurité tunisiens
parlent de plus en plus du retour de ces jihadistes, qui rejoignent des
groupes islamistes en Libye et franchissent clandestinement la frontière
tunisienne.
Tunisie : encore un affrontement avec des djihadistes à Ben Guerdane
21 Mars 2016, 16h40 | MAJ : 21 Mars 2016, 19h32
Des membres des forces de sécurité tunisiennes lors d’une précédente opération à Ben Guerdane, près de la frontière libyenne. (AFP/FATHI NASRI)
Un extrémiste retranché dans une maison de la région de Ben Guerdane, dans le sud-est de la Tunisie, non loin de la Libye, a été abattu par les forces de l’ordre après plusieurs heures de combats ayant fait 11 blessés.
L’armée et les forces de sécurité multiplient les opérations de
ratissage dans cette région depuis les attaques d’une ampleur sans
précédent ayant visé les forces de sécurité le 7 mars dernier. Deux
«terroristes» ont été tués samedi lors d’un autre assaut. Déclenchée
dimanche dans la localité de Sayah, à trois kilomètres au nord-est de
Ben Guerdane, la dernière opération en date s’est poursuivie jusqu’à ce
que l’assaut soit donné lundi matin.
VIDEO. Tunisie : combats à Ben Guerdane, un «terroriste» abattu
La dépouille du «terroriste» a été retrouvée à l’intérieur du
domicile. «Une kalachnikov, des munitions et des grenades ont été
saisies», ont confirmé les ministères de l’Intérieur et de la Défense
dans un communiqué conjoint. Onze personnes ont été blessées: trois
militaires, un agent de la garde nationale, six policiers et un civil,
selon le texte. Les combats ont été particulièrement violents, d’après
la source sécuritaire et des témoins, l’homme retranché utilisant des
armes lourdes. Cette même source a affirmé que l’opération visait
l’assassin présumé d’un responsable des forces de sécurité, tué lors des
attaques djihadistes du 7 mars à Ben Guerdane.
Tunisie : accrochages à Ben Guerdane, deux «terroristes» tués samedi
Les djihadistes voulaient instaurer un califat à Ben Guerdane
Dimanche, dans un discours prononcé à l’occasion du 60e anniversaire
de l’indépendance, le président Béji Caïd Essebsi a appelé les Tunisiens
à «l’unité nationale» face à la menace djihadiste. Lundi matin, il
s’est entretenu de «la situation sécuritaire à Ben Guerdane» avec le
Premier ministre Habib Essid, selon un communiqué de la présidence. Les
deux responsables ont fait le point sur «les mesures et les décisions
prises par le gouvernement en lien avec la sécurité et le développement
de la région».
La Tunisie connaît depuis 2011 un essor de la mouvance djihadiste.
La situation s’est sensiblement dégradée avec le chaos qui règne en
Libye voisine déstabilisée. L’an dernier, la Tunisie avait connu trois
attentats majeurs revendiqués par Daech et qui ont fait 72 morts au
total dont 59 touristes étrangers.
Le pays compte des milliers de ressortissants dans les rangs
d’organisations djihadistes, en Syrie, en Irak ainsi qu’en Libye, où le
chaos a permis à l’Etat islamique de s’implanter. Tunis, qui exprime
régulièrement son inquiétude sur le dossier libyen, accueille mardi une
réunion des pays voisins.
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