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mardi 19 septembre 2017

Fin en Europe des implants Essure assurant une stérilisation féminine définitive


Mieux que la ligature des trompes, réversible, ces implants assurant une stérilisation vraiment définitive des femmes traitées étaient utilisés dans les hôpitaux français depuis février 2002, alors que le gouvernement Jospin avait décidé en 2001 de légaliser une partie des stérilisations forcées de femmes présumées handicapées mentales (voir ci-dessous).

Autre avantage sur la classique opération de ligature des trompes : la pose des implants Essure ne laisse vraiment aucune trace extérieurement visible, ce qui permet au spécialiste de la pratiquer à l’insu de sa patiente en toute tranquillité, par exemple à l’occasion d’une autre intervention.

Leur fabricant, le groupe allemand Bayer, vient donc d’annoncer la fin de leur commercialisation en Europe, tandis que plusieurs associations de femmes porteuses de ces implants s’étaient constituées pour dénoncer leur dangerosité pour la santé, notamment en France et aux Etats-Unis.

Il reste maintenant à tenter de répertorier toutes celles qui ignorent avoir été stérilisées par cette méthode.

Concernant les présumées handicapées mentales qui se trouvent sous tutelle ou curatelle, auxquelles s’applique la loi du 4 juillet 2001 encadrant précisément les stérilisations de majeurs protégés, il faut savoir qu’elles ne sont pas toutes nécessairement mentalement déficientes, ces mesures dites de « protection » à leur égard résultant assez souvent uniquement de dettes consécutives à la perte de l’emploi ou à la non reconduction de contrats à durée déterminée, par exemple la fin de vacations à l’université.

Ces femmes ne sont donc assez souvent que des victimes d’abus divers de leurs employeurs, suivis d’autres abus, ceux des psychiatres qui les décrètent handicapées mentales pour qu’elles puissent être placées sous tutelle ou curatelle, le plus souvent à la demande de la Banque de France, et ceux des magistrats qui prennent ces décisions en toute connaissance de cause.

Figurent par ailleurs depuis très longtemps parmi les victimes de stérilisations forcées pratiquées à leur insu des femmes aux compétences professionnelles telles que leurs employeurs estiment ne pas pouvoir les remplacer en cas de congé maternité et/ou ne veulent absolument pas leur payer de tels congés.

En effet, bien des médecins français offrent une oreille compatissante aux soucis de ces patrons-là et acceptent sans aucun scrupule de leur obéir en tout ce qu’ils exigent, qu’il s’agisse de faux diagnostics ou d’actes médicaux inappropriés, voire criminels.



http://www.francetvinfo.fr/sante/contraception/les-implants-essure-ne-seront-plus-commercialises_2379203.html

Fin de la commercialisation des implants Essure en Europe


Le groupe Bayer a annoncé cesser de commercialiser les implants de stérilisation Essure, affirmant avoir pris cette décision « pour une raison commerciale ». Les associations restent mobilisées.

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France Télévisions
Mis à jour le 19/09/2017 | 09:58
publié le 19/09/2017 | 09:54

« Bayer a pris la décision de mettre fin à la commercialisation du dispositif médical de contraception définitive Essure dans tous les pays sauf aux Etats-Unis », a indiqué le groupe allemand dans un communiqué diffusé ce 18 septembre. « Cette décision est prise pour une raison commerciale et vient élargir celle annoncée fin mai dernier d’arrêter la mise à disposition d’Essure dans la plupart des pays », a ajouté le laboratoire.

L’innocuité de ces petits implants de stérilisation féminine en forme de ressort est contestée par certaines femmes, notamment en France et aux Etats-Unis, en raison d’effets indésirables parfois graves survenus après leur implantation (saignements, douleurs, forte fatigue, réaction allergique, dépression…).

Rappel des stocks


La commercialisation des implants Essure avait été suspendue pour trois mois début août dans l’Union européenne, l’organisme chargé de renouveler leur certification ayant requis des éléments complémentaires sur ce dispositif médical. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait préconisé  »par mesure de précaution de ne plus implanter » Essure, et demandé aux laboratoires de  »procéder au rappel des produits en stock ».

« Un environnement défavorable à sa prescription s’est installé depuis plusieurs mois entraînant une baisse continue de la demande en France », a reconnu Bayer, ajoutant que la suspension des ventes décidée dans l’UE avait « amplifié cette situation ». « Par conséquent, Bayer ne reprendra pas la commercialisation d’Essure en France et ne poursuivra pas la procédure de renouvellement du marquage CE d’Essure pour les pays européens, l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège », assure le communiqué. Bayer avait déjà cessé récemment la commercialisation d’Essure notamment en Finlande, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et au Canada, en raison du déclin des ventes.

Une décision « sans lien avec la sécurité ou la qualité du produit »


Dans son communiqué, Bayer a dit vouloir « rassurer les patientes, notamment celles porteuses d’Essure, ainsi que tous les professionnels de santé qui les accompagnent sur le fait que cette décision n’est pas liée à un problème de sécurité ou de qualité du produit ». « Selon son évaluation scientifique, le profil bénéfice-risque positif d’Essure demeure inchangé. La sécurité et l’efficacité d’Essure restent étayées par plus de dix années de recherche scientifique et d’expérience clinique en vie réelle », a insisté le groupe.

Le laboratoire pharmaceutique précise ainsi qu’il « continuera à commercialiser » le dispositif Essure aux États-Unis, où la FDA (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) a récemment évalué ce dispositif « et conclu au bénéfice-risque favorable de la méthode ».

L’ANSM, en août, s’était également montrée rassurante sur ce dispositif médical, assurant que la suspension des ventes n’était « pas de nature à remettre en cause à ce stade » les conclusions rassurantes rendues en avril par un comité d’experts. Ce comité, saisi par l’ANSM en raison de l’augmentation des signalements d’effets indésirables, avait estimé qu’il n’était « pas nécessaire » de modifier la réglementation sur ce dispositif. Il avait en revanche recommandé de mieux informer les femmes envisageant cette méthode des risques et des « possibilités d’échec », « afin de permettre une décision éclairée ». Selon l’ANSM, 1.087 femmes ont été confrontées à un dysfonctionnement du dispositif ou à la survenue d’effets indésirables entre 2003 et début février 2017.

Les associations restent mobilisées


Pour l’avocat Charles Joseph-Oudin, qui avait annoncé le lancement pour septembre d’une action de groupe d’au moins 450 patientes contre Bayer, les victimes du dispositif ne peuvent toutefois « se satisfaire des motifs économiques invoqués ». Des « éclaircissements sont indispensables pour les très nombreuses femmes […] encore porteuses du dispositif », affirme-t-il dans un communiqué.

L’association Réseau d’entraide soutien et information sur la stérilisation tubulaire (Resist), représentant les femmes s’estimant victimes d’effets indésirables des implants, a qualifié de « victoire » l’arrêt de la commercialisation hors Etats-Unis annoncée par Bayer mais souligné que cela ne mettait pas fin à son action.

« Si le laboratoire Bayer invoque des raisons commerciales pour justifier l’arrêt de la commercialisation, nous restons convaincus que d’autres motifs, directement liés à la sécurité du produit, ne sont pas étrangers à cette décision », a déclaré Marielle Klein, présidente de l’association Réseau d’entraide soutien et information sur la stérilisation tubulaire (Resist), dans un communiqué.

« On sait aujourd’hui que le nombre de victimes n’augmentera pas car le dispositif ne sera plus commercialisé, c’est déjà ça de gagné », a-t-elle indiqué à l’AFP. « Mais on est un petit peu déçus que les autorités n’aient pas adopté le principe de précaution ».

« Les procédures judiciaires permettront de faire la lumière sur le défaut de sécurité lié à l’utilisation de ces implants », a poursuivi l’association dans son communiqué. « Devant le refus du laboratoire d’assumer ses responsabilités vis-à-vis de celles-ci, l’association Resist sollicite officiellement de la ministre de la Santé, la création d’un dispositif spécifique d’indemnisation centralisé à l’ONIAM (Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales), seul capable de traiter l’importance et le volume du contentieux lié » aux implants Essure, a-t-il également indiqué.

avec AFP



http://www.e-sante.fr/nouvelle-methode-sterilisation/actualite/1452

Nouvelle méthode de stérilisation


Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 17 Décembre 2003 : 01h00


La stérilisation féminine se dote d’une nouvelle approche. Les femmes ont désormais le choix entre la ligature tubulaire et la procédure Essure®, qui s’effectue par voie hystéroscopique et qui ne nécessite pas d’anesthésie.


Fin en Europe des implants Essure assurant une stérilisation féminine définitive dans AC ! Brest


Le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) reste très élevé. En France, en 1998, pour 730.000 naissances, on estimait que 210.000 IVG déclarées avaient été pratiquées. Près de 40% du total des IVG est réalisé chez les femmes de plus de 35 ans. Ces chiffres soulignent l’importance de la recherche et de l’innovation en matière de contraception temporaire et définitive. Jusqu’à aujourd’hui, les femmes n’avaient à disposition que la ligature tubulaire pour une contraception définitive. Cette technique a fait ses preuves depuis de longues années. Elle nécessite souvent une anesthésie générale et une hospitalisation. Désormais, une autre solution est proposée. Dénommée Essure® par le fabricant, elle se pratique sans incision et ne nécessite ni anesthésie, ni d’hospitalisation. Elle consiste à placer par voie hystéroscopique des micro-implants à l’aide d’un dispositif constitué d’un cathéter. La stérilisation tubulaire est obtenue par une occlusion mécanique de la trompe de Fallope en induisant une inflammation bénigne locale.

En pratique


Un hystéroscope est introduit dans la cavité utérine. Grâce à celui-ci, le cathéter est inséré dans la trompe de Fallope afin d’y placer des micro-implants. Durant les semaines qui suivent la pose des implants, une prolifération cellulaire localisée se produit grâce aux fibres en polyéthylène contenues dans le dispositif. La lumière tubulaire est ainsi totalement obstruée au bout de trois mois. A ce moment, une radio pelvienne permet de vérifier le bon positionnement du dispositif. Attention, durant cette période, il est indispensable de recourir à une contraception alternative. Au-delà, le dispositif est effectif et la contraception est permanente.

Deux études cliniques, démarrées en 1998 et 2000 aux Etats-Unis, en Australie et en Europe, sur un total de 745 patientes de 21 à 45 ans, valident l’efficacité de cette méthode.En France, le premier implant Essure® a été posé le 12 février 2002 par le Pr Lopes dans le service de gynécologie et de médecine de la reproduction du CHU de Nantes. Aujourd’hui, plusieurs centres hospitaliers en France et plus de 200 chirurgiens européens pratiquent cette technique.

Pour en savoir plus : http://www.essure.ch/french/consumer/c_homepage.aspx
Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mercredi 17 Décembre 2003 : 01h00
Source : Couples et Famille, n°125, 2001 ; Valle et coll., Fertility and Sterility, 2001 ; Lopes P., Réalité en gynécologie-obstétrique, 2003 ; Communiqué de Conceptus, 2003, www.essure.com.



http://www.liberation.fr/societe/2001/05/30/la-sterilisation-des-handicapees-mentales-sort-de-l-ombre_366324

La stérilisation des handicapées mentales sort de l’ombre


Par Blandine GROSJEAN — 30 mai 2001 à 01:02

La réforme de l’IVG permet d’encadrer une pratique connue, mais taboue. 

 

  • La stérilisation des handicapées mentales sort de l’ombre

A pas de velours, presque par effraction, les parlementaires ont introduit un explosif dans la réforme de l’IVG qui doit être adoptée définitivement aujourd’hui à l’Assemblée nationale. L’allongement du délai légal de dix à douze semaines ou la suppression de l’autorisation parentale, deux mesures phares du texte originel, s’apparentent presque à des mesures techniques au regard de l’article 20. Celui-ci traite de la stérilisation des personnes handicapées mentales, un phénomène connu mais tabou en France. Les députés ne pouvaient l’esquiver puisqu’ils avaient pris l’initiative de légaliser la stérilisation volontaire à but contraceptif. «A partir du moment où nous donnions un cadre légal à la stérilisation pour les personnes « ordinaires », nous étions obligés de légiférer pour protéger les personnes handicapées mentales, afin d’éviter les abus», explique la rapporteuse du texte, Martine Lignières-Cassou (PS, Pyrénées-Atlantiques). Mais, hier, la Conférence des évêques de France a dénoncé ce «pas de plus vers l’eugénisme d’Etat».

Fiançailles. Il n’existe aucune donnée épidémiologique sur l’ampleur de la stérilisation des handicapés mentaux. Une enquête, réalisée en Gironde, estimait qu’un tiers des jeunes handicapées mentales avaient été stérilisées dans ce département. Mais selon Alain Giami, de l’Inserm, «il n’est pas possible d’extrapoler ces chiffres, d’autant plus que la stérilisation de ces personnes fait souvent l’objet d’un déni». Lors des auditions, les parlementaires ont recueilli toutes sortes de témoignages : dans tel CAT (centre d’aide par le travail), six femmes sur neuf ont été stérilisées, dans tel autre, on accepte une jeune fille à condition qu’elle se fasse stériliser, ailleurs, les parents ne consentent au mariage de leurs enfants débiles légers qu’après stérilisation de la fiancée.

Après un travail qualifié de constructif par tous, les sénateurs, les députés, les associations et les juges d’instance se sont mis d’accord : la stérilisation ne peut être pratiquée sur une personne majeure «dont l’altération des facultés mentales constitue un handicap et a justifié son placement sous tutelle ou curatelle» que lorsqu’il existe «une contre-indication médicale absolue aux méthodes de contraception ou une impossibilité avérée de les mettre en oeuvre efficacement». L’intervention sera subordonnée à une décision du juge des tutelles. Le juge devra entendre la personne concernée, recueillir l’avis d’un comité composé de personnes qualifiées sur le plan médical, de représentants d’associations des handicapés. Et surtout, «il ne peut être passé outre au refus de la personne concernée».

La portée de la loi sera limitée puisque sur les 500 000 handicapés mentaux, seule une minorité est placée sous protection judiciaire. L’Unapei (Union nationale des association de parents de l’enfance inadaptée) juge pourtant ce texte «salutaire» : «Pour nous, la stérilisation doit être le recours ultime, rarissime. Il ne peut s’agir d’une décision prise de façon exclusive par la famille, le médecin ou l’institution spécialisée.» Patrick Gohet, directeur de l’Unapei, estime que, aujourd’hui, on reconnaît aux handicapés le droit de mener une vie sexuelle et affective : «Ce n’est pas sans conséquence sur l’entourage et l’enfant à venir. Nous refusons de brandir l’anathème sur les familles qui font ce choix.» Solange, une adhérente, assume la décision prise après la grossesse ­ menée à terme ­ de sa fille : «Mon mari et moi avons 60 ans et nous devons élever un petit-fils de 2 ans. Notre fille a 30 ans, nous l’avons conduite vers une certaine autonomie, y compris affective. Le prix à payer était d’éviter qu’elle ne se retrouve enceinte.»

Eugénisme. La révolution de l’article 20 est de sortir ce phénomène du silence et de la sphère privée. Dans un con texte nataliste, la France n’a jamais mis en oeuvre de politique eugéniste incluant la stérilisation forcée des handicapés, contrairement à la Scandinavie ou à l’Allemagne où ce processus a conduit à l’extermination des malades mentaux (1). Pour Alain Giami, la stérilisation des personnes handicapées n’en est pas moins un des moyens de contrôle de leur activité sexuelle, «et stériliser à l’insu de la personne sous-tend des idées eugénistes». Dans l’esprit du législateur, la création d’un cadre légal devrait freiner les opérations «sauvages». En attendant la plus large diffusion des implants contraceptifs, «l’alternative», selon Martine Lignères-Cassou.

(1) Les Enjeux de la stérilisation. Ined, Inserm.

Blandine GROSJEAN



http://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Sterilisation-meconnue-des-handicapes-_NG_-2006-02-13-512793

Stérilisation méconnue des handicapés


La Croix, le 13/02/2006 à 20h43
Mis à jour le 13/02/2006 à 18h14

Trois ans et demi après le vote d’une loi du 4 juillet 2001 encadrant la stérilisation des majeurs protégés, aucun bilan n’a été dressé

Trois ans et demi après le vote d’une loi 4 juillet 2001 encadrant la stérilisation des majeurs protégés, aucun bilan n’a été dressé

Dans un ouvrage intitulé Stériliser le handicap, une chercheuse de l’Inserm, Nicole Diederich décrivait en 1998 des jeunes filles handicapées légères, qui, vers 18 ou 20 ans, avaient subi une ligature des trompes sans leur consentement. Il arrivait également que des établissements pour personnes handicapées posent leur stérilisation comme condition à leur admission, et ce, alors que la loi conditionnait cette intervention à l’existence d’une « nécessité thérapeutique ».

Le 4 juillet 2001, au détour d’une loi allongeant le délai légal de l’interruption volontaire de grossesse, députés et sénateurs ont donc clarifié les règles dans lesquelles peut être pratiquée « la ligature des trompes ou des canaux déférents à visée contraceptive ». Le texte interdit cette intervention sur les mineurs, ne l’autorise sur les majeurs que lorsqu’ils ont exprimé «une volonté libre et motivée» et, pour les majeurs protégés, confie la décision au juge des tutelles.

« Le principe reste celui d’une interdiction de la stérilisation, sauf lorsqu’il existe une contre-indication médicale absolue aux méthodes de contraception ou une impossibilité avérée de les mettre en oeuvre efficacement », résume Anne Caron, membre de l’Association nationale des juges d’instance. C’est au juge des tutelles qu’est confiée la charge de vérifier si ces conditions sont réunies et d’autoriser, ou non, l’intervention.

Le juge ne peut passer outre


Il doit, pour cela, recueillir l’avis d’un comité d’experts composé de médecins et de représentants des associations et entendre la personne concernée, ses parents ou son représentant légal. Même lorsque la personne protégée est « apte à exprimer sa volonté » et a donné son accord, l’intervention du juge est obligatoire. Si, en revanche, elle refuse la stérilisation, la loi est très claire : le juge ne peut passer outre. « Mais à partir de quand considère-t-on qu’elle ne peut exprimer sa volonté ?, s’interroge Anne Caron. Et comment décider, alors ? » Le texte laisse toute latitude au juge

Depuis le vote de la loi, le ministère de la santé n’a procédé à aucune évaluation. Aux yeux de Patrick Gohet, délégué interministériel aux personnes handicapées, le dispositif a le mérite d’avoir « créé un halo de protection » autour des personnes sous tutelle ou curatelle. Le problème reste toutefois entier pour les femmes handicapées qui ne font pas l’objet d’une mesure de protection.

Certaines, relativement autonomes, prennent la pilule ; pour d’autres, seuls le stérilet ou l’Implanon, un contraceptif sous-cutané actif pendant trois ans, sont envisageables. Mais parce qu’ils nécessitent un suivi, ne sont pas dénués d’effets secondaires (saignements, prise de poids, pour l’Implanon), certains parents continuent à pencher en faveur d’une stérilisation. Laissant parfois les médecins démunis

« Un jour, une mère est venue me voir avec sa fille de 16 ans, trisomique, sans tutelle ni curatelle, et tout à fait capable de comprendre ce qu’était une stérilisation, raconte Bénédicte de Fréminville, médecin au CHU de Saint-Étienne. Comme j’essayais de proposer une autre solution, la mère m’a dit que de toute façon, son gynécologue était prêt à le faire lorsque sa fille aurait 18 ans. »

Pas le moindre bilan de la loi de 2001


L’Union nationale des associations de parents et amis de personnes handicapées mentales (Unapei) comme l’Association pour les adultes et jeunes handicapés (Apajh) reconnaissent ne pas être en mesure de dresser le moindre bilan de la loi de 2001. L’Association nationale des juges d’instance (Anji) ne dispose que des résultats d’un sondage auprès de ses adhérents : une cinquantaine ont répondu, parmi lesquels une vingtaine seulement ont été saisis de telles demandes. « Pour l’essentiel, les autorisations ont concerné des personnes qui, bien que sous protection, avaient suffisamment de capacité mentale pour donner leur avis », souligne l’Anji. « Pour la plupart, elles avaient déjà eu plusieurs enfants non désirés. »

Chef du service de génétique au CHU de Saint-Étienne et vice-président de l’association Fait 21, Renaud Touraine estime que depuis la loi, les médecins recourent plutôt aux contraceptifs. Récemment, il a convaincu la mère d’une jeune fille handicapée mentale « d’essayer d’abord l’Implanon ». « Sans cette loi, nous serions probablement allés vers une stérilisation », reconnaît-il. Mais, selon lui, en cas de problème avec les contraceptifs, la question d’une stérilisation se repose, « surtout avec des jeunes femmes lourdement handicapées, dont on a du mal à recueillir le consentement ou à connaître le sentiment ».

De son côté, le professeur Israël Nisand, chef du service de gynécologie du CHU de Strasbourg et membre du comité d’experts de la région Alsace, juge «parfaite» l’application de la loi. « Dans le comité d’experts, nous nous assurons de la pérennité du handicap, de l’absence d’autre solution contraceptive et de l’acceptation de la décision par la personne concernée. » Récemment, raconte-t-il, une jeune femme d’une trentaine d’années aux facultés intellectuelles très diminuées est ainsi venue expliquer ses oublis de pilule, les douleurs ressenties après la pose d’un stérilet « J’ai déjà du mal à m’assumer moi-même, comment voulez-vous que je m’occupe d’un enfant ? », a-t-elle expliqué en substance.

90 à 120 décisions de justice par an


Le comité d’experts alsacien est convoqué trois à quatre fois par an. « Ce qui, rapporté à l’ensemble de la France, donne le chiffre de 90 à 120 décisions de justice par an », calcule Israël Nisand. Parce que l’opération se pratiquait essentiellement dans le secret des cabinets, le nombre de stérilisations n’a jamais pu être établi. En 1997, une psychologue qui travaillait dans des foyers d’hébergement estimait à 30 à 60 % les jeunes femmes stérilisées dans les établissements spécialisés de Gironde.

Un an plus tard, l’inspection générale des affaires sociales recensait 400 à 500 ligatures de trompes « déclarées » chaque année, mais « subodorait que les cas de stérilisation étaient plus élevés ». Comment expliquer une telle chute du nombre d’interventions ? Selon l’Anji, la complexité de la procédure constitue un élément de réponse. « Il faut réunir le comité d’experts, recevoir son avis, auditionner la personne, sa famille , rappelle la magistrate Anne Caron. Deux à trois mois au minimum sont nécessaires, ce qui exclut toute intervention dans l’urgence. » Autre explication possible : la méconnaissance des textes. La loi a été votée en plein été, et les débats avaient tourné plutôt autour du délai légal de l’IVG.

La question d’une poursuite des stérilisations en dehors de la loi, en clinique ou à l’étranger, reste donc ouverte. « Nous devrions être saisis à titre préventif, s’étonne ainsi Anne Caron. Dans tous les établissements, les questions de la sexualité, de la contraception, voire de l’IVG, se posent. Comment sont-elles résolues ? » Mystère. « Des stérilisations hors-la-loi semblent peu probables, estime toutefois Guy-Marie Cousin, président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens. Fréquemment mis en cause aujourd’hui, les médecins sont devenus plus soucieux du respect des procédures. » Mais le système assure-t-il toujours le respect des personnes ?

Anne-Bénédicte HOFFNER


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