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lundi 25 juillet 2016

Des Chinois de Belleville, à Paris

Pour la plupart, comme déjà vu, parmi les Chinois installés dans la capitale, ce sont les derniers arrivés, en provenance directe de Chine, plus particulièrement de la région de Wenzhou, une ville côtière qui se trouve au sud de Shanghai, à une distance de 367,54 km à vol d’oiseau et 463,15 km par la route.

Il suffit de poursuivre cette route longeant la côte en direction du Sud pour arriver à Fuzhou, à 318,46 km de distance, ou 254,70 km à vol d’oiseau.

Fuzhou se trouve en fait à mi-distance entre Shanghai et Hong Kong : 611 km de la première à vol d’oiseau (780 km par la route) et 670 km de la seconde à vol d’oiseau.

A titre de comparaison : les distances de Brest à Paris sont de 505,05 km à vol d’oiseau et 589,62 km par la route, et celles de Marseille à Paris de 660,68 km à vol d’oiseau et 774,30 km par la route.

Mais à l’échelle de la Chine, c’est peu :


chine


Petites visites du quartier d’élection de ces Chinois à Paris, d’abord en 2015, puis en 2012, toujours avec le même guide, Donatien Schramm – il n’est actuellement plus question de leurs manifestations à base de revendications sécuritaires de 2010 et 2011 :


http://boui-boui.com/visite-belleville-la-chinoise/

« Belleville la Chinoise »


20 novembre 2015

  • Des Chinois de Belleville, à Paris dans Corruption IMG_8632-940x627
    Fruits et légumes exotiques d’une superette asiatique.

Balade instructive sur Belleville et ses communautés chinoises.

Qui sont les Chinois de Belleville ?

D’où viennent-ils, comment se sont-ils installés,
quelle est leur histoire ?

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la communauté sans jamais oser le demander, suivez-moi dans “Belleville la Chinoise” !

J’habite dans ce quartier, je le vis quotidiennement, j’y fais mes courses et me régale dans les nombreuses cantines qui s’y cachent. Je lui connais beaucoup d’histoires et d’attraits, et c’est pourquoi je souhaite, pour notre première balade ensemble, vous emmener dans le bas-Belleville.

Ancien faubourg populaire et ouvrier, son histoire est intrinsèquement liée à l’immigration. De nombreux migrants y sont arrivés tour à tour : Polonais, Arméniens, Juifs, Tunisiens, … et depuis la fin des années 70, les Chinois y résident et y prospèrent. Mais qui sont-ils et d’où viennent-ils précisément ?

“Vous avez votre passeport en poche?
Embarquement immédiat pour un bout de Chine à Paris.”

Pour cette visite spéciale “la Chine à Belleville”, j’ai fait appel à Donatien Schramm : un fin connaisseur de la culture chinoise, un incontournable du quartier et grand « tisseur de liens ».

Il ne se passe pas une seconde sans que Donatien ne dise « Bonjour » – ou le plus souvent « Nǐ hǎo » -, à l’un de ses amis du voisinage. Je me rends vite compte qu’il adore serrer des mains, envoyer des sourires et avoir un mot pour chacun. Il plaisante en me disant “Tu vois, je suis un peu le maire de Belleville !”.

Amoureux de la Chine et de sa culture,  habitant Belleville depuis plus de 25 ans, Donatien est très intégré dans la communauté chinoise. Il a monté l’association Chinois de France, Français de Chine, qui « aide les Chinois à apprendre le français, et propose aux Français de découvrir la culture chinoise et ses particularités ». Marié à une Française d’origine chinoise, il se sent plus Chinois qu’elle et se félicite d’être appelé parfois « le dragon blanc ».

Extrait de mon carnet de voyage à Paris.

Extrait de mon carnet de voyage à Paris

Rendez-vous près du kiosque à journaux où Donatien, plaisantin, tente de me faire lire les titres des quotidiens chinois. Évidemment, je ne suis pas comme lui – à pouvoir décoder tous les sinogrammes -, en riant, nous débutons notre voyage.

Donatien me donne un mini-cours d’histoire de l’immigration chinoise en France, avec sous les yeux une carte de Chine. La présence chinoise à Paris date de plus d’un siècle et notre capitale a vu arriver plusieurs vagues d’immigration.

L’immigration chinoise à Paris : les différentes arrivées.

La première vague date de la Grande Guerre ; manquant de main-d’oeuvre, la France est allée en Chine chercher ouvriers et travailleurs agricoles pour remplacer ceux partis sur le front. Après le dur labeur puis l’aide à la reconstruction de notre pays, plusieurs milliers de Chinois sont restés en France, et se sont installés près de la Gare de Lyon -à  L’Ilot-Chalon, rasé dans les années 70 -, puis dans le Marais.

Ces Chinois étaient majoritairement une communauté dite de colporteurs, originaires de la province de Zhejiang appelés Wenzhou. Très vite ils ont commencés à travailler pour (puis avec) la communauté juive – majoritairement des grossistes dans le quartier des Arts et métiers – d’où leur installation historique dans le Marais.

La deuxième vague, c’est l’arrivée des Teochew – grande diaspora de chinois vivant depuis longtemps au Vietnam, au Cambodge et au Laos. Les premiers Indochinois arrivèrent en France après 54-55, puis les seconds lors de la guerre du Vietnam. “ Cette communauté est lettrée, d’un certain niveau social et culturel, bien intégrée à la communauté française de l’ex-Indochine. Ici, en France, malheureusement, leurs diplômes et compétences ne sont souvent pas reconnus. Très communautaires et isolés de fait, ils ont décidé de reproduire un bout de leur Asie dans le 13ème arrondissement, afin de “vendre de l’exotisme” mais surtout pour perpétuer leur traditions et mode de vie.  Ils se rassemblèrent donc pour ouvrir des commerces : des chinoiseries, des marchés exotiques, des restaurants, des herboristeries… ”

Ensuite, arrivent les tristement célèbres « boat-people », ces Chinois et Indochinois qui fuient par bateaux les régimes communistes. Arrivés à Paris, ils s’installent en grande partie dans le XIIIème arrondissement, dans les grandes tours vides du “triangle d’or”, entre l’avenue de Choisy, le boulevard Masséna et l’avenue d’Ivry.

La troisième vague d’immigration est plus récente, son origine géographique différente et son rang social également. “ Les nouveaux migrants chinois viennent du Nord de la Chine, on les appelle les “Dongbei” (Nord-Est en Mandarin) et viennent ici pour “tenter leur chance”. Contrairement aux précédentes arrivées, ce sont des gens assez isolés et pour beaucoup des femmes seules. Les Dongbei sont éparpillés dans tous les quartiers chinois de Paris et ont plus de mal à s’intégrer. Ne bénéficiant pas de l’entraide qui existe fortement dans les autres communautés, ils acceptent des petits boulots, sont souvent précaires et généralement assez mal-vus des Chinois eux-mêmes. ”

Rue de Belleville et enseignes Wenzhou
Qui sont “les Chinois” de Belleville ?
Donatien m’interroge :
“C’est quoi pour toi les Français ?”
“Euh…ça dépend.”
“Bah voilà, les Chinois c’est la même chose !

Les Chinois sont loin d’être tous pareils, ils viennent de régions différentes et ne sont donc pas une communauté homogène. À Belleville il y a des Wenzhou, des Chaozhou, des Dongbei, ils sont en France depuis des générations ou depuis au moins une décennie, ils sont réfugiés politiques ou migrants économiques, ils n’ont pas la même origine : donc parler “des Chinois”, ça ne veut pas dire grand chose.”

Belleville, à cheval sur 4 arrondissements (le 20ème, le 19ème, le 10ème et le 11ème), est très cosmopolite. Différentes communautés y cohabitent et de nombreuses langues y sont parlées ; c’est “Babel-ville” pour beaucoup.

À la fin des années 70, avec l’ouverture politique de la Chine, c’est une nouvelle vague importante d’habitants de Wenzhou – ville portuaire au sud de Shanghai et immense région – qui arrive dans le quartier de Belleville. A cette époque, subissant une forte démolition d’immeubles vétustes puis une restructuration importante, Belleville est réagencé avec des tours HLM et une multitude de locaux commerciaux à reprendre. Les Wenzhou arrivants ont déjà famille et connaissances à Paris, c’est une communauté très soudée et c’est tout naturellement qu’ils se mettent à travailler dans la confection du cuir et dans la restauration. En 1978 s’ouvre d’ailleurs le premier restaurant chinois à Belleville : actuellement le Guo-Min, à l’angle de la rue de Rampal et la rue de Belleville. D’après Donatien, les Wenzhou forment la communauté la plus importante de Belleville, ils y sont majoritaires et de nombreux restaurants de Belleville affichent fièrement cette appartenance.

Wenzhou resto Belleville

Dans les années 80 c’est l’arrivée des Teochew, des Chinois d’Indochine, pour la plupart commerçants et déjà installés dans le 13ème, qui emménagent à Belleville. D’où l’apparition de nombreuses cantines vietnamiennes où les banh-mi sont délicieux et des restaurants où le “Pho” est la soupe mise à l’honneur.

Resto chinois vietnamiens

Les derniers Chinois à arriver à Belleville sont les Dongbei, essentiellement des femmes et des hommes du Nord-Est de la Chine, âgés de 40 à 50 ans.  “La plupart licenciés d’entreprises industrielles d’État, ils viennent en France pour se  créer une nouvelle vie ”. D’après Donatien, ils sont issus d’une classe moyenne, la plupart des femmes sont mariées mais souvent séparées avec un ou plusieurs enfants. Ces Dongbei n’ont pas le soutien d’une diaspora déjà installée à Paris et leur intégration est de ce fait plus difficile. Placés chez des commerçants ou travaillant comme ouvriers, les Dongbei ont du mal à survivre à Paris. Contrairement à d’autres communautés chinoises qui cultivent la discrétion, beaucoup de femmes Dongbei sont connues pour exercer le plus vieux métier du monde sur les trottoirs de Belleville.

Oui, les Chinois de Belleville sont bien d’origines diverses !

Il y a plusieurs communautés, qui ne se côtoient que très peu, sauf parfois au moment des repas. Dans la rue de Belleville, on remarque une division qui émane de ces vagues d’immigration. Côté 20 ème arrondissement, les nombreux restaurants Wenzhou se succèdent et partagent le trottoir de droite avec des cafés kabyles et boulangeries tunisiennes tandis que le côté 19ème arrondissement est plutôt dédié aux commerçants d’Asie du Sud-Est. Dans le 10ème s’ouvrent des boui-boui chinois originaires du Nord-Est de la Chine.

Paris est la seule ville au monde où il y a plusieurs quartiers chinois !

  • Le quartier d’Arts & Métiers, le plus ancien quartier chinois de Paris, où se situent les maroquineries, les ateliers de fabrication de bijoux, etc.
  • Le 13ème arrondissement, les Olympiades : le plus connu et pourtant le moins chinois! Donatien explique que la communauté chinoise du 13ème est en fait une communauté d’Asie du Sud-Est. C’est à dire des chinois immigrés depuis parfois plus de 4 siècles au Laos, au Vietnam, et au Cambodge.
  • Belleville, mise en lumière dans cette « balade à Belleville la Chinoise ».

Il y a aussi quelques communautés chinoises dans les quartiers de La Chapelle, Crimée, Faubourg-St Martin, mais aussi en banlieue comme à Aubervilliers, Pantin, Bagnolet, Bobigny…


http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=10903

Un été à Belleville : le quartier chinois Un mercredi au cœur du Belleville chinois


Noémie Coppin

24|07|2012

Installée dans le quartier de Belleville à Paris, la rédaction d’Afriscope, le magazine d’Africultures, a choisi de vous faire découvrir dans cette nouvelle série estivale, cet espace multiculturel. Chaque semaine, aux côtés des habitants, découvrez ce quartier au quotidien bouillonnant.

 dans Crime

Belleville, quartier historique d’immigration, à cheval sur le 10e, 11e, 19e et 20e arrondissement. Les vagues d’immigration juive d’Europe de l’Est puis maghrébine sont aujourd’hui relativement connues. Mais l’histoire du peuplement chinois dans ce quartier populaire reste encore méconnue. Or, sur ses 60 000 habitants, Belleville compte près de 20 000 Chinois. Un habitant sur trois ! Cela vaut bien une petite balade…

45 rue de Tourtille, près du métro Belleville. Les vitres d’une petite maison affichent leurs caractères chinois. C’est le local de Chinois de France – Français de Chine, association franco-chinoise qui propose des cours de langue, de calligraphie, de kung-fu ou de cuisine des raviolis… C’est Donatien Schramm, sympathique barbu à lunettes, qui l’a créée, en 1998 : « Quand j’ai rencontré ma femme, d’origine chinoise, j’ai voulu comprendre pourquoi ses parents, qui ne parlent pas un mot de français ni de mandarin, qui n’ont jamais fait d’études, ont immigré en France en 1959″. Son but est alors de brasser les populations du quartier, de provoquer du débat : « Deux fois par semaine, il y a des cours mélangeant français et chinois sur un thème. Une fois par mois, on organise un thé/dialogue, on participe aux fêtes de quartier… »

Une immigration de travailleurs
 
Nous quittons les bancs et le tableau blanc de l’association pour rejoindre la terrasse du café voisin. Pas une minute ne passe sans que Donatien ne dise bonjour à l’un de ses amis ou ne lance une blague. « Je suis un peu le maire de Belleville ! », plaisante-t-il, en donnant une accolade au prof de Kung-fu de l’association, qui passe par là. Bien plus qu’un maire, Donatien est un fin connaisseur de l’immigration chinoise en France. Il raconte l’arrivée des premiers Chinois à Belleville, des colporteurs originaires de Qingtian, région montagneuse à 400 kilomètres au sud de Shanghai : « Les premiers sont arrivés à Paris en 1 888 et ont ouvert des magasins du côté de la gare de Lyon ». Puis, avec la guerre de 14-18, la France a dû combler son besoin de main-d’œuvre pour faire tourner les usines, désertées par les hommes partis au front. « Les colonies n’ont pas suffi, et 140 000 travailleurs ont été recrutés en Chine, notamment autour de Shanghai. 3 000 d’entre eux étaient des proches des colporteurs Qingtian ». Ces hommes seuls arrivent en France en 1917, dans la perspective de gagner de l’argent, puis sont rejoints dès le début des années trente par d’autres hommes du port voisin de Wenzhou. Au milieu des années soixante-dix, la Chine sort de plusieurs décennies de fermeture. Mao est mort, la page du grand bond en avant et de la révolution culturelle est tournée. « On peut quitter le pays à condition d’avoir de l’argent. Mais n’ont de l’argent que ceux qui ont de la famille à l’étranger, notamment à Paris. Ce sont donc les familles des colporteurs Wenzhou et Qingtian qui arrivent de façon massive dans les années soixante-dix ». Ils vont s’installer à Belleville, quartier qui offre de nombreux logements, ateliers et magasins vides, quittés par les juifs séfarades dès qu’ils en ont eu les moyens ou expropriés lorsque de la réhabilitation du quartier. Il y a aussi les « Chinois d’Indochine », qui arrivent à la fin de la guerre du Vietnam, du Laos, de la prise de pouvoir par Pol Pot au Cambodge. Ces Chinois sont francophones, ils connaissent l’administration française, et ils vont former, en arrivant, le très visible et exotique quartier chinois du 13e arrondissement. Certains, faute de place, s’installeront à Belleville alors en pleine rénovation et ouvriront des boutiques proches du métro.

Les Chinois vont peu à peu racheter les commerces maghrébins. Les Tunisiens et les Algériens qui étaient installés sur l’axe Faubourg du Temple-Belleville sont forcés de reculer vers Couronnes, de part et d’autre du boulevard. Les magasins discount d’un groupe tunisien, qu’on pouvait trouver tout le long de cet axe, cèdent alors la place à d’immenses supermarchés chinois. C’est tout un volant économique et immobilier du quartier qui est aujourd’hui tenu par des Chinois.

Une immigration féminine

Plus récemment, une nouvelle immigration chinoise est apparue. Les Dongpei, originaires des grandes villes du Nord-Est de la Chine. « Ce sont surtout des femmes, touchées par les bouleversements économiques en Chine dans les années quatre-vingt-dix. Des anciennes travailleuses du textile ou de la sidérurgie. Sans réseau d’entraide familiale comme celui des Wenzhou, elles se retrouvent isolées. Au mieux, elles deviennent nounous ou trouvent de petits jobs lorsqu’elles ont des papiers. Mais la plupart se prostituent ». Parce qu’elles donnent une mauvaise image de la communauté, elles sont méprisées par les autres chinois. Et cela pèse dans la vie des femmes chinoises du quartier, comme l’explique Victoria Chu, coquette interprète née à Taiwan et vivant à Paris : « Avant, j’avais les cheveux longs, et à chaque fois que je venais à Belleville, dès que je m’arrêtais cinq minutes au carrefour, on me demandait, en chinois, Ni hao ! Duoshao qian ? (C’est combien ?) ».

Le sentiment d’insécurité des Chinois à Belleville
 
Un sujet polémique depuis leurs deux manifestations en 2010 et 2011, contre des agressions récurrentes. Selon Donatien, la lecture en termes de clivage ethnique n’est pas la bonne. « Il s’agit avant tout d’un problème social. Comme tout quartier populaire, Belleville est touché par la délinquance, la drogue. Certains Chinois en sont victimes, mais pas exclusivement. Les cibles sont les personnes les plus fragiles : les femmes seules, les petites vieilles, les prostituées ». Cela dit, certaines habitudes culturelles chinoises en font des cibles privilégiées : « ils sont souvent commerçants, drainent d’importantes sommes d’argent, préfèrent le liquide à la carte bancaire, et ne vont pas souvent porter plainte, soit parce qu’ils sont sans-papiers, soit parce qu’ils ne parlent pas bien français ». C’est le cas de la souriante Zheng Chunying, qui apprend le français avec Donatien depuis 4 ans. De Wenzhou, elle est arrivée à Belleville il y a 13 ans, pour rejoindre son mari et sa fille : « Je me suis fait voler mon sac, ma fille aussi une fois. Dans la rue, j’ai appris à être vigilante, à me méfier de tout le monde. Mais je n’ai pas été porté plainte car je ne parlais pas assez bien français ». Donatien rebondit : »Parfois, c’est du bon sens. Quand la patronne d’un restaurant sort à minuit, tire le rideau de fer avec la recette de la journée à la main, dans une enveloppe, il n’est pas étonnant qu’elle se fasse agresser, et cela n’a rien à voir avec le fait qu’elle soit chinoise ». Cela dit, les deux manifestations, exclusivement composées de Chinois, n’ont pas été ouvertes à d’autres communautés, qui auraient pu elles aussi s’estimer victimes d’agressions. La revendication était alors clairement ethnique, témoignant d’un profond malaise dans le quartier. « Les Chinois sont comme les autres, ils sont souvent racistes. Face à un problème récurrent, beaucoup choisissent la facilité de la lecture en termes ethniques. Je pense que c’est plus compliqué que cela », explique Donatien.

Le vivre-ensemble au quotidien
 
Pour Donatien, le quartier vit très bien sa multiculturalité : « On voit se côtoyer dans nos cours Thierry le Réunionnais, Rachelle l’Antillaise, Yannick le Guadeloupéen, Latifa l’arabe, et ils s’en fichent de qui est qui. Ce qu’ils veulent, c’est apprendre le chinois, ensemble. Là, on prend un café dans un bar tenu par un kabyle, mais on s’en fiche qu’il soit arabe. C’est Ali, il est sympa et c’est tout ce qui importe ». Jiang Chaimei, cheveux courts et sourire discret, membre du bureau de l’association, hoche la tête. Elle est arrivée ici pour rejoindre sa belle-sœur en 2001, avec son fils aîné. Mais Lucie, la petite dernière de 8 ans, est née ici. « Dans mon immeuble, je croisais souvent une voisine, Nadia. Lucie lui disait toujours bonjour alors un jour, elle nous a invités à manger. Quand j’ai eu mon cancer du sein, elle a été très présente, elle m’a servi d’interprète. Si je vais mieux aujourd’hui, c’est un peu grâce à elle ». C’est cela aussi, le vivre-ensemble à Belleville.



http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/07/02/01016-20100702ARTFIG00573-la-revolte-des-chinois-de-belleville.php

La révolte des Chinois de Belleville


  • Par Cyril Hofstein
  • Mis à jour le 02/07/2010 à 17:42
  • Publié le 02/07/2010 à 16:41

C'était le 20 juin dernier. Une grande première : près de 10 000 immigrés asiatiques défilent dans les rues de Belleville. Les jeunes, qui portent des tee-shirts proclamant leur attachement à ce quartier de la capitale, demandent à la France de les protéger. (Fanny Tondre)

20090523PHOWWW00183 dans FolieChinatown-sur-Seine est en ébullition. De nombreuses associations d’immigrés de ce quartier multiethnique de la capitale sont mobilisées contre des bandes qui les détroussent et les terrorisent. Reportage dans une communauté qui ne veut plus être discrète et qui réclame justice.

Longtemps, ils ont préféré le silence. Puis, tout à basculé. Les Chinois de Belleville sont descendus dans la rue. Pour la première fois, la communauté étrangère la plus discrète de la capitale a choisi la pleine lumière. Le 20 juin 2010, plus de 10 000 personnes, majoritairement d’origine asiatique, se sont rassemblées pour protester contre l’insécurité qui gangrène le quartier. Sur les banderoles déployées et les tee-shirts édités spécialement pour l’occasion, de nombreux slogans consensuels imprimés sur fond bleu-blanc-rouge:«Sécurité pour tous», «Belleville quartier tranquille», «Halte à la violence » ou encore « J’aime Belleville».Pacifique mais tendu, le cortège, dont l’ampleur sur le boulevard de la Villette a autant surpris ses organisateurs que les pouvoirs publics, a finalement dégénéré en affrontements avec les gendarmes mobiles, alors que les manifestants commençaient à se disperser. Comment en est-on arrivé là?

En fait, cela fait plusieurs années que les Chinois, de leurs propres aveux, subissent la loi des bandes ultraviolentes qui écument les quatre arrondissements de Belleville (Xe, XIe, XIXe et XXe). Mais le point de non-retour a été franchi dans la nuit du 1er au 2 juin 2010, à l’occasion d’un mariage au restaurant Le Nouveau Palais de Belleville, un des lieux emblématiques des grandes fêtes de la communauté chinoise de Paris et de sa banlieue. Alors que les invités commençaient à partir, vers minuit, cinq personnes ont été agressées coup sur coup par des jeunes des cités voisines qui les attendaient à la sortie. L’enjeu? Voler les enveloppes rouges qui, traditionnellement, contiennent les sommes d’argent en espèces offertes aux invitants.

Au moment de la dispersion de la manifestation du 20 juin 2010, des affrontements ont opposé les forces de l'ordre à de jeunes Chinois qui tentaient d'empêcher le vol à l'arraché d'un sac à main. (Fanny Tondre) Au moment de la dispersion de la manifestation du 20 juin 2010, des affrontements ont opposé les forces de l’ordre à de jeunes Chinois qui tentaient d’empêcher le vol à l’arraché d’un sac à main. (Fanny Tondre)

Devant la violence des attaquants, le garde du corps chinois d’un commerçant, qui portait une arme à feu, aurait poursuivi l’un des agresseurs présumés, le blessant de deux balles dans les jambes, avant d’être arrêté par la police, puis écroué. De son côté, le jeune voleur blessé a été hospitalisé, puis, selon la rumeur, relâché. Un geste qui a provoqué un véritable électrochoc à Belleville. «Je suis vraiment triste et je ne comprends pas comment tout cela a pu arriver, assure, très émue, la soeur du tireur présumé.Mon frère est quelqu’un de très calme. Jamais il n’aurait fait cela s’il n’avait pas cru sa propre vie ou celle d’un proche vraiment menacée.» Héros qui s’est enfin dressé contre la violence, pour certains, victime d’un système injuste, pour d’autres, ou tête brûlée, le garde du corps est devenu le symbole d’une communauté à bout de nerfs.

«C’est l’agression de trop dans une atmosphère de plus en plus délétère entre communautés, explique un policier de Belleville, spécialiste de l’immigration chinoise. Cela fait des mois que plusieurs associations asiatiques tirent la sonnette d’alarme auprès des services de police et des représentants de la Ville et de l’Etat. En vain. Dans ce contexte, des jeunes issus de la diaspora chinoise ont diffusé via internet des propos hostiles à l’encontre des populations maghrébines et afro-antillaises, assimilées de façon générale aux agresseurs qui s’en prennent aux Chinois. Il est plus que temps de trouver des solutions. Belleville est en ébullition.»

Derrière les néons des restaurants, les petites boutiques bruyantes et les tables accueillantes des cafés de la rue de Belleville, où les bobos s’efforcent de retrouver le Paris rêvé de Mistinguett et de Ménilmuche, l’image d’Epinal du quartier multiculturel et ouvert commence à se fissurer. Pourtant, dans la chaleur suffocante de ce début d’été, chacun s’efforce de tenir le même discours et joue la carte de l’apaisement. La consigne semble être la même:«Ne pas dresser une communauté contre une autre ni stigmatiser qui que ce soit. Il faut vivre ensemble, Français et immigrés», comme le martèle Zhao Yunang, porte-parole de la puissante Association des Chinois résidant en France, à l’origine de la manifestation du 20 juin. Mais, quand la nuit tombe sur le Belleville des ruelles et des places désertes, la tension remonte brusquement.

«En France, il n’y a pas de justice pour les victimes» 

Cheng-Chi habite depuis six ans à Belleville. Elle a déjà subi deux agressions. Un traumatisme qui la hante. (Fanny Tondre) Cheng-Chi habite depuis six ans à Belleville. Elle a déjà subi deux agressions. Un traumatisme qui la hante. (Fanny Tondre)

«Nous n’en pouvons plus, tout simplement. Il faut que la police fasse son travail, explique Weiming, un commerçant qui vient d’ouvrir une nouvelle enseigne dans l’une des nombreuses rues traversantes du quartier. Cela fait des années que les Chinois, mais aussi les autres habitants, sont victimes d’agressions de plus en plus violentes. Nous vivons dans la peur. Il faut que cela s’arrête. La manifestation du 20 juin a été exemplaire. Mais, à la fin du cortège, un jeune a essayé de voler un sac à main. Alors, certains se sont défendus et l’ont livré aux forces de l’ordre qui, sans réfléchir à la situation, ont utilisé des gaz contre les Chinois tout en laissant partir le voleur. Ce n’est pas normal que ceux qui pourrissent la vie du quartier s’en tirent en toute impunité. Il n’y a pas de justice en France.»

Une impression partagée par de nombreux Chinois. Au point que des rumeurs de création d’une milice d’autodéfense circulent actuellement dans le quartier. Un peu comme en 2001, quand, après l’agression mortelle d’un Chinois de Belleville par des bandes venues des cités de l’Orillon (XIe) et de Rébeval (XIXe), la presse communautaire avait spéculé sur la mise en place de groupes de protection.

«Il faut vraiment garder la tête froide, assure Donatien Schramm, à l’origine de l’association culturelle Chinois de France, Français de Chine. Ces histoires de milices ne sont que des rumeurs. A mon avis, l’explication de la situation par des critères ethniques ne tient pas du tout. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que les Chinois constituent une proie idéale pour des bandes de jeunes désoeuvrés, de plus en plus mobiles et organisés. Les voleurs cherchent d’abord de l’argent facile, c’est tout. Ils ne ciblent pas les Chinois parce qu’ils sont Chinois. Il ne faut pas tout confondre. Il n’y a pas de guerre ethnique à Belleville.»

Reste que les bandes ont bien étudié le profil de leurs victimes. Pourquoi, en effet, s’en prendre plus particulièrement aux Chinois? Ils comptent tout simplement sur le fait que, certains étant en situation administrative irrégulière, ils n’ont pas de compte en banque et reçoivent leur salaire en espèces. Sans papiers, ils ne vont pas non plus prendre le risque de porter plainte auprès de la police… Si l’on ajoute la barrière de la langue, la méconnaissance des lois françaises et les cadeaux en argent liquide offerts traditionnellement pour les fêtes, les voilà placés au rang de victimes idéales que l’on peut dépouiller presque sans risque. Ainsi, à quelques heures d’intervalle le même jour de la semaine dernière, entre 4 h 45 et 7 heures du matin, pratiquement en face du bar Le Vieux Saumur, rue de Belleville, un couple, puis une jeune femme, tous d’origine chinoise, ont été agressés à coups de boules de pétanque, puis détroussés par la même bande.

Face à la violence, les maires s’avouent démunis 

Prise en otage par des bandes de jeunes ultraviolentes, la population de Belleville le quartier parisien aux 80 nationalités veut vivre en toute sécurité, comme Weiming (au centre), qui tente de fédérer tous les habitants de sa rue. (Fanny Tondre) Prise en otage par des bandes de jeunes ultraviolentes, la population de Belleville le quartier parisien aux 80 nationalités veut vivre en toute sécurité, comme Weiming (au centre), qui tente de fédérer tous les habitants de sa rue. (Fanny Tondre)

«Il n’existe pas de statistiques fiables du nombre d’agressions », constate Frédérique Calandra, maire (PS) du XXe arrondissement, qui a participé à la manifestation du 20 juin et lancé, avec les trois autres maires des arrondissements de Belleville, un comité de pilotage avec la communauté chinoise. Elle explique:«Mais il est clair que les Chinois sont victimes d’une délinquance opportuniste. Je ne crois pas au caractère raciste des agressions. Le plus important désormais, c’est de résoudre la question de l’accès au droit et de favoriser la compréhension du système de l’administration et de la justice en France. Dans le cas du phénomène de bande, il est évident que nous manquons d’outils judiciaires adaptés. Il faudrait imaginer des peines de substitution à la prison pour les délinquants, comme des travaux d’intérêt général ou un éloignement du quartier. Mais, pour l’heure, nous sommes démunis.»

Un sentiment d’impunité qui contribue à envenimer la situation. D’autant plus que la communauté chinoise de Belleville ne parle pas d’une seule voix. Plus d’une quarantaine d’associations de commerçants ou rassemblant des acteurs de la vie culturelle tentent d’établir un dialogue. Et les pouvoirs publics ont parfois du mal à identifier le bon interlocuteur. «Mais tout va changer, promet Weiming. Nous avons l’intention de porter plainte systématiquement après chaque agression. Et nous allons créer une fondation pour les victimes. Maintenant, plus personne ne pourra nier le problème.» Le temps du mutisme est révolu.

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