Hier homme de l’ombre, conseiller de Philippe Séguin, de Jacques
Chirac, puis de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino a annoncé lundi sa
candidature chez Léa Salamé sur France Inter.
Et un de plus, le douzième. À cinq mois de la primaire de la droite
qui doit désigner le candidat LR à l’élection présidentielle de 2017, Henri Guaino a annoncé lundi sa candidature chez Léa Salamé sur France Inter.
« Je ne pouvais pas rester les bras croisés », a-t-il justifié. Le
député des Yvelines a beau soutenir, depuis des mois, que cette primaire
est une « très mauvaise idée », il a décidé de se lancer dans la
bataille pour incarner l’idéal « gaulliste » qu’il regrette de ne pas
voir incarné sur l’échiquier politique. « Personne ne défend l’idée du
gaullisme. Et ce vide a tendance à être occupé par une parodie de
gaullisme », argue Henri Guaino dénonçant les tentatives de récupération
du « Général » par les extrêmes.
Reconnaissant qu’il n’a pas encore tous les parrainages, même s’il n’est pas loin des 20 adoubements de parlementaires Les Républicains
nécessaires pour pouvoir se présenter, mais avouant, dans le même
temps, qu’il n’a pas les 250 signatures d’élus « républicains » et de 2
500 militants, Henri Guaino a souligné qu’il était plus difficile de
participer à la primaire qu’à la présidentielle. S’il n’obtient pas les
signatures, il se lancera tout de même dans la course à l’Élysée, a-t-il
averti.
Nicolas Sarkozy informé
Ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy qu’il assure avoir
prévenu de sa candidature, mais dont il n’a pas souhaité livrer la
réaction, Henri Guaino entend incarner la ligne du gaullisme social. Ce
n’est d’ailleurs pas un hasard s’il annonce sa candidature à la primaire
de la droite et du centre le jour où François Hollande se rend à
Colombey-les-Deux-Églises pour rendre hommage au premier président de la
Ve République.
Confiant vouloir lutter contre « la pensée unique, la politique
d’austérité et l’orthodoxie financière imposées par l’Europe », se
situant en dehors d’un régime de parti « fossilisé », selon ses propres
termes, Henri Guaino espère ainsi lutter, à sa manière, contre la montée
des populismes. Né le 11 mars 1957 à Arles, issu d’un milieu modeste
(sa mère, femme de ménage l’élève seule avec sa grand-mère), Henri
Guaino est historien et économiste de formation.
Non à Maastricht
Après trois échecs au concours d’entrée à l’École nationale
d’administration (ENA), il a commencé sa carrière professionnelle dans
le privé : au Crédit lyonnais tout en enseignant parallèlement à l’École
supérieure de commerce de Paris et à l’École normale supérieure de
Saint-Cloud. Entré à la direction du Trésor au ministère des Finances,
comme chargé de mission, il a été, tour à tour, proche de Philippe
Séguin, Robert Poujade, maire de Dijon, et Franck Borotra, secrétaire
général du RPR. Opposé au référendum sur le traité de Maastricht, en
1992, il a travaillé au cabinet de Charles Pasqua en tant que conseiller
technique au ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du
territoire, avant de se mettre au service de Jacques Chirac en 1995,
dont il fera, à travers des discours inspirés, l’apôtre de la lutte
contre la « fracture sociale ». Mais c’est en tant que « plume » de
Nicolas Sarkozy, puis son conseiller spécial à l’Élysée qu’il est le
plus connu.
Quand Henri Guaino
exprime une divergence, il est de bon ton, chez ses amis des
Républicains, d’affirmer qu’il boude, que cela lui passera, qu’un coup
de fil de Nicolas Sarkozy
lui fournira son petit shoot d’affection. Avec lui, on convoque
volontiers Freud et Dolto… C’est le drame et la chance du député des
Yvelines, désormais candidat à la primaire,
que de posséder cette nature particulière, fiévreuse et exaltée, qui le
fait ainsi passer pour un « fêlé » auprès de l’ancien président et pour
un « homme habité », selon les mots de son ancien maître en politique, Philippe Séguin.
Le drame étant que, malgré sa réelle capacité de travail et ses
convictions en granit, il n’est pas toujours pris au sérieux des siens,
que François Fillon et Alain Juppé haussent épaules et sourcils dès lors
que l’on prononce son nom devant eux – en outre, ils ne l’aiment pas et
c’est réciproque. Ils n’ont pas le temps de s’attarder sur le « cas » –
car, dans leurs bouches, c’est ainsi que se pose le problème Guaino –
d’une ancienne plume mégalomaniaque. Mais la chance du gaulliste est de
susciter précisément l’inverse sentiment chez les sympathisants de
droite, mais aussi chez ceux de la gauche du PS et du Front national.
Son discours social plaît au-delà de la seule droite et on n’est pas
certain qu’il se fasse éjecter manu militari de la place de la
République si d’aventure il rendait visite aux Nuit debout. À l’heure où
règnent la communication et la phrase pesée et sous-pesée, Guaino, lui,
semble faire preuve de spontanéité et d’authenticité, quitte à hurler
sur un plateau télé quand il ne le quitte pas façon Maurice Clavel.
Une voix particulière à faire entendre
Son ennemi est cette « pensée unique », celle qu’il pourfendait déjà
en 1992 lors du référendum de Maastricht. La pensée unique a
aujourd’hui, à l’entendre, le visage des candidats Les Républicains à la
primaire, tous libéraux, tous respectueux des traités européens et du
sacro-saint couple franco-allemand. Cependant, on aurait pu considérer
qu’à la fin, en traînant des pieds à reculons, il rallierait Sarkozy,
comme Séguin toujours ralliait Chirac, au nom d’un lien ancien,
sentimental, laissant aussi place à une forme de raison politique. On ne
saura jamais ce que pense réellement Guaino de Sarkozy. Jamais. Il le
tait et se réfrène quand les mots qu’on devine durs lui piquent la gorge
au point de le faire toussoter. C’est pourtant peu dire qu’il n’aime
pas la trajectoire prise par l’ancien président depuis son retour en
politique. Ce dernier, futur candidat à la primaire cité dans moult
affaires, a pris le parti de s’entourer d’anciens flics, de technos
dociles et de politiques-snipers habitués des chaînes d’info en continu.
Où sont les intellectuels, les idéologues, ceux qui rappellent
l’histoire et disent combien il est nécessaire d’en être à la hauteur ?
Patrick Buisson pouvait avoir des obsessions toxiques, dixit Guaino,
mais il avait au moins le mérite d’avoir des idées et une représentation
du monde. Le député des Yvelines pleure la mort du gaullisme à droite
et s’inquiète d’entendre Florian Phillippot parler comme… lui.
À l’heure où même Jean-Luc Mélenchon semble avoir retrouvé le chemin
de la nation, Guaino entend relever de son tas de poussière la croix de
Lorraine et lui rendre un peu de son lustre d’antan. La conversion
récente ou plus ancienne des candidats à la primaire LR au libéralisme
le laisse penser qu’il a une voix particulière à faire entendre durant
la primaire ou à la présidentielle, car, s’il n’a pas ses parrainages,
il prévient qu’il se présentera directement devant les Français. Une
voix particulière qu’il veut faire entendre, à 50-50, sur l’économie
comme sur l’identité, ce sujet qui travaille la société. Ce n’est pas un
hasard si Guaino a attendu le récent discours de Sarkozy sur ce thème
pour se déclarer candidat. Il n’a pas aimé la tonalité, l’absence de
souffle historique et la vision purement ethnique qui en émane. S’il est
un adepte de l’assimilation, il la veut pour tous, pour les Français de
souche, hébétés par une certaine culture américaine et télévisuelle,
comme pour les Français de fraîche date, qui entendraient cultiver leurs
cultures d’origine au point d’être en contravention avec les principes
républicains. L’auteur de La Sottise des modernes (Plon) refuse
de laisser le sujet à ceux qui ne savent pas en parler ou qui, par
intérêt politique, veulent en faire un marchepied, quitte à jouer avec
des allumettes sur un baril de poudre. Sur France Inter, il a récité ce
triptyque qui devrait être sa ligne de conduite durant cette campagne
des primaires : « cohésion sociale », « justice » et « ordre ».
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