Attentats au Sri Lanka : des attaques coordonnées contre des églises et des hôtels de luxe font au moins 207 morts
Ces explosions, qui visaient des lieux fréquentés par des catholiques
pour Pâques et des étrangers, ont aussi fait plus de 450 blessés. Elles
n’ont pas été revendiquées. Un couvre-feu a été décrété sur l’île pour
une durée indéterminée.
Le Monde avec AFP, AP et Reuters Publié aujourd’hui à 07h52, mis à jour à 16h59
Temps de Lecture 3 min.
Ce qu’il reste de l’église catholique de Saint-Sébastien de Negombo. Chamila Karunarathne / AP
Au moins 207 personnes ont été tuées et plus de 450 ont été blessées,
dimanche 21 avril au Sri Lanka, dans une série d’attentats contre trois
hôtels de luxe et trois églises, alors que les fidèles assistaient à la
messe de Pâques, selon les autorités locales. Le bilan, communiqué par
différentes sources policières, est provisoire et devrait encore évoluer
dans la journée, car on dénombre des dizaines de blessés dans un état
critique dans tous les lieux attaqués.
Une première série d’attentats a eu lieu, presque simultanément, dans la matinée :
Au moins 64 personnes ont été tuées dans la capitale Colombo, où
trois hôtels – le Cinnamon Grand, le Shangri-La, et le Kingsbury – ainsi
que l’église catholique de Saint-Antoine, où avait lieu une messe, ont
été attaqués et en partie détruits. Parmi les victimes figurent au moins
35 étrangers, dont des ressortissants indiens, turcs, portugais,
britanniques, américains, néerlandais et chinois.
Au moins 67 personnes ont été tuées dans l’église catholique de
Saint-Sébastien de Negombo, une ville à majorité catholique au nord de
Colombo.
Au moins 25 personnes ont été tuées dans l’église évangélique Zion de la ville de Batticaloa, dans l’est de l’île.
Quelques heures plus tard, deux autres explosions ont eu lieu, portant le total à huit :
Au moins deux personnes ont été tuées dans une maison d’hôtes de Dehiwala, en banlieue du sud de Colombo.
Trois policiers ont été tués alors par un kamikaze qui s’est fait
exploser alors qu’ils fouillaient un bâtiment à Dematagoda, une banlieue
du nord de Colombo.
Les autorités n’ont pas encore précisé le mode opératoire des
attentats. Des témoins ont toutefois fait état de l’implication d’au
moins deux kamikazes, dont un qui aurait enclenché sa bombe dans la file
de clients d’un buffet de Pâques dans le restaurant de l’hôtel Cinnamon
Grand. « Il est allé au début de la queue et s’est fait sauter », a raconté à l’Agence France-Presse un employé.
Le gouvernement a annoncé l’arrestation de sept personnes. Aucune
revendication n’a encore été faite pour ces attaques terroristes, une
vague de violence que l’île n’avait pas connue depuis la fin de la
guerre civile, il y a une décennie.
Un couvre-feu a été décrété sur l’ensemble de l’île pour une durée
indéterminée. Celui-ci ne concernera pas les touristes, qui pourront se
rendre à l’aéroport en présentant leur billet. Le ministère français des
affaires étrangères a ouvert une cellule de crise, joignable au
01-43-17-51-00, et n’a pas dit si des Français figuraient parmi les
victimes.
Le président sri-lankais Maithripala Sirisena a ordonné le
déploiement de l’armée dans les points sensibles de la capitale et la
mise en place d’une unité spéciale de la police et l’armée pour enquêter
sur les attentats.
Après sa traditionnelle bénédiction pascale urbi et orbi au Vatican, le pape François a exprimé sa « tristesse » et sa « proximité affectueuse à la communauté chrétienne ».
« Les minorités religieuses régulièrement victimes d’attaques »
Le Sri Lanka connaissait un calme relatif depuis la sanglante guerre
civile avec les séparatistes tamouls. Mais les tensions interreligieuses
restaient fortes sur une île où, selon le recensement de 2012, 70 % des
22 millions d’habitants sont bouddhistes, 12,6 % sont hindouistes,
9,7 % sont musulmans et 7,6 % sont chrétiens. L’an dernier, des heurts entre la communauté bouddhiste cinghalaise et la minorité musulmane ont abouti à l’instauration d’un état d’urgence.
« Les minorités religieuses, à savoir les chrétiens et musulmans,
sont régulièrement victimes d’attaques. Les bouddhistes extrémistes
leur reprochent de convertir leurs fidèles », a dit au Monde Ruki Fernando, un militant des droits de l’homme :
« Entre février et avril, de nombreux incidents ont été signalés,
sans comparaison avec les attentats de ce matin. Des messes ont été
perturbées, des pierres ont été lancées contre des églises. Des plaintes
ont été déposées et, à plusieurs reprises, la police avait refusé de
les enregistrer. Les attaques ciblaient toutefois en majorité les
chrétiens non catholiques ; or, les églises frappées par les attentats
de ce matin étaient en majorité catholiques. »
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