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lundi 1 avril 2019
Affaire Patricia Bouchon : elle n'est pas terminée
Le verdict de vendredi a permis d’éviter le naufrage
total qu’eût été l’acquittement de Laurent Dejean, contre lequel existe
un faisceau d’indices, mais aucune preuve.
Sachant qu’il ne peut être l’unique assassin de Patricia Bouchon,
toute la bande de cybercriminels et harceleurs du malade mental
extrêmement dangereux Pascal Edouard Cyprien Luraghi étant aussi
impliquée dans ce crime, et même, de façon beaucoup plus claire,
certaine, il est désormais à craindre que Laurent Dejean ne soit
« suicidé » dans sa cellule et que le second procès attendu n’ait ainsi
jamais lieu.
De cette manière, il pourrait rester à jamais l’unique assassin de
Patricia Bouchon, ce qui n’est pas la vérité, et surtout, s’il est bien
impliqué dans ce crime, il se tairait définitivement à propos des faits
comme de ses complices, lesquels y ont un intérêt évident.
A l’occasion de ce premier procès ont été publiées pour la première
fois de nombreuses précisions que la presse n’avait jusque-là jamais
fournies. Il y en a encore avec le verdict (voir ci-dessous). Je les ai
commentées régulièrement à l’aune des certitudes qui se dégagent de
l’ensemble des faits et des écrits probants dont j’avais communiqué
l’essentiel aux enquêteurs au mois d’octobre 2014.
Il y a là matière à réflexion, analyses et débats, lesquels devraient
se poursuivre jusqu’à, peut-être, mise à jour de la vérité.
Et les éventuelles réactions violentes ou inappropriées à mes propres
publications relatives à cette affaire viendraient aussi,
naturellement, les alimenter.
Avec l’annonce du verdict par voie de presse, donc, est encore révélé
un détail jusque-là inconnu du public, celui-ci : lors d’un
interrogatoire, Laurent Dejean a déclaré aux gendarmes avoir aperçu une
tache de sang depuis la route en se rendant à son travail alors même que
la scène du crime n’avait pas encore été découverte :
Me Baro ainsi rappelé, l’étrange déclaration de Laurent
Dejean aux gendarmes, affirmant avoir aperçu une tâche de sang depuis la
route en se rendant à son travail alors même que « la scène de crime
n’avait pas été découverte ». Autre déclaration troublante, l’accusé
avait affirmé qu’il manquait « deux galets » sur la scène de crime, et
que ces galets « pouvaient être l’arme du crime ».
Cela dit, on a vu aussi un autre individu s’accuser carrément du
meurtre puis en être disculpé du fait que son ADN n’était pas l’un de
ceux retrouvés sur le corps de la victime.
Attendons donc la suite qui commence à venir avec la série d’Elise
Costa dont le troisième épisode a été publié vendredi matin, avant que
la cour d’assises de Haute-Garonne n’ait rendu son verdict :
«Le fait de déplacer le corps est un cas de figure peu fréquent. Souvent, la victime est laissée sur place.»
Rapport des officiers de la gendarmerie spécialisés en sciences comportementales
«Pour nous, autant le chemin de l’agression dépend des
circonstances et n’a pas été choisi, autant le chemin de la découverte
du corps est propre à l’auteur des faits. Il le connaissait», constate Véronique Chaudriller.
C’est quelqu’un du coin.
Le corps de Patricia Bouchon retrouvé,les officiers de la
gendarmerie spécialisés en sciences comportementales sont à nouveau
saisis pour filer un coup de main dans l’enquête. Leur mission, entre
autres, est de «refaire» le crime pour comprendre la motivation et la
personnalité de l’auteur.
«Le fait de déplacer le corps demande une certaine intelligence pratique, une capacité à se ressaisir émotionnellement, notent-ils. C’est un cas de figure peu fréquent. Souvent, la victime est laissée sur place.»
D’après eux, le lieu de découverte du corps montre «l’importance pour l’auteur de dissocier son lieu de vie avec la victime».
Déplacer la dépouille évite de faire le lien entre le crime et lui,
efface les indices et/ou retarde la découverte du corps. La technique
permet aussi de cacher la nature du crime.
Quel est le mobile? Les gendarmes classent les pistes selon leur degré de probabilité, jusqu’à n’en privilégier qu’une seule.
La thèse du vol est écartée en raison des conditions
spatio-temporelles de l’agression: Patricia Bouchon n’avait pas d’argent
sur elle, pas de téléphone, simplement ses clés de maison accrochées à
un porte-clés nounours que l’on ne retrouvera jamais –mais un vol de
clés impliquerait de toute façon que l’auteur suive sa victime jusqu’à
chez elle.
La thèse du règlement de comptes est également laissée de côté: les
trois scènes de l’agression dans l’impasse démontrent une certaine
difficulté à maîtriser la victime, une escalade de violences «longue sur la distance et brève dans le temps», aboutissant en tout état de cause à un meurtre non intentionnel. «Généralement, quand on prévoit de s’en prendre à quelqu’un, c’est mieux préparé et plus efficace.»
Ne reste qu’une piste: le meurtre à connotation sexuelle.
«On enchaîne les déceptions»
Les hommes des environs inscrits au Fijais, le fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles, sont très vite entendus. «Ils seront tous écartés après audition», relate l’enquêtrice Chaudriller.
Les gendarmes examinent les relevés de toutes les personnes ayant
retiré de l’argent au distributeur de Bouloc. L’ensemble des activités
téléphoniques ayant eu lieu sur le secteur ce matin-là sont analysées:
120 individus sont entendus, leur emploi du temps vérifié et l’ADN des
hommes prélevé.
Le personnel du supermarché de Bouloc, les jeunes de l’association
communale aidant à la réinsertion professionnelle, les chasseurs, les
employés du syndicat intercommunal travaillant au ramassage des déchets
et encombrants… Tout le monde est auditionné.
…/…
Les quatre mégots découverts dans l’impasse de l’agression de
Patricia Bouchon révèlent le profil de quatre individus différents, de
sexe masculin. Aucun n’est répertorié au Fnaeg, le fichier national automatisé des empreintes génétiques.
…/…
«Faites appeler le procureur»
L’enquête s’enlise, la place de Bouloc est vide des médias et de
leurs camions à antenne parabolique depuis longtemps. Les portes se
referment une à une sans qu’aucune ne s’ouvre.
Il existe pourtant un portrait-robot, celui établi d’après le
témoignage du jeune Nicolas Gélis. À quoi bon passer trois heures dans
un bureau à dresser le portrait le plus fidèle possible à partir des
déclarations du seul témoin oculaire qui ne se manifestera jamais, si
c’est pour ne le diffuser qu’en interne? Christian et Carlyne Bouchon ne
comprennent pas, ils ne sont pas professionnels. Mais à vrai dire, les
professionnels ne comprennent pas non plus.
Officiellement, compte tenu du nombre d’informations à traiter, le
procureur a choisi de ne transmettre le portrait-robot qu’aux
gendarmeries et aux commissariats. La directrice de l’enquête l’assure:
le portrait-robot n’était pas confidentiel, il était diffusé «à toutes nos unités au niveau national».
Portrait-robot établi grâce au témoignage de Nicolas Gélis | Dépêche du midi / AFP Photo
Entendue huit ans plus tard devant la cour d’assises de la Haute-Garonne, elle soupirera: «Parfois,
les décisions prises font avancer l’enquête et parfois, elles la
pénalisent. C’est une décision qui a pénalisé l’enquête. Je ne sais pas
pourquoi elle a été prise. Faites appeler le procureur, et il vous
répondra.»
Le 13 octobre 2013, deux ans et demi après sa création, le portrait-robot est envoyé à toute la presse.
Moins d’un mois plus tard, le 4 décembre 2013, la gendarmerie de
Fronton reçoit un appel anonyme. Quelqu’un pense avoir reconnu l’homme
sur le portrait-robot. Il s’appelle Laurent Dejean, et il était
propriétaire d’une Clio première génération dont il se serait débarrassé
deux ou trois jours après le meurtre.
Laurent Dejean a été condamné à 20 ans de prison pour le meurtre de Patricia Bouchon. Manon Billing / AFP
Laurent Dejean a été condamné à 20 ans de prison pour le meurtre de Patricia Bouchon, commis en 2011.
Laurent Dejean, 39 ans, a été condamné vendredi à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Haute-Garonne pour avoir tué Patricia Bouchon, une joggeuse de 49 ans, le jour de la saint-Valentin en 2011.
La cour l’a jugé coupable alors que l’avocat général avait requis jeudi l’acquittement faute de preuves.
Souffrant d’une schizophrénie paranoïde selon les termes de l’expert
psychiatre, Laurent Dejean s’est vu reconnaître des circonstances
atténuantes pour troubles psychiques.
Sa défense a annoncé qu’elle allait immédiatement faire appel. « Nous
ne pouvons pas accepter qu’en 2019 on soit condamné sans preuve »,
l’accusé était « sous ‘cachetons’, il était difficile pour lui de
s’exprimer calmement », a affirmé un des avocats, Pierre Dubuisson.
La famille a laissé éclater son soulagement à l’annonce du verdict :
« Je sais que c’était difficile pour les jurés (…) mais il a tué
Patricia », a réagi le veuf de la victime, Christian Bouchon.
« Ma mère n’est pas morte pour rien, on ne peut que se réjouir, il y
avait une grosse crainte d’un acquittement », a lancé leur fille,
Carlyne Bouchon. « On se doute qu’il va y avoir appel mais pour le
moment on se réjouit de la nouvelle », a-t-elle ajouté.
La veille, au terme de 11 jours de procès, l’avocat général David
Sénat avait requis l’acquittement de Laurent Dejean, un aide-plaquiste
qui a toujours plaidé son innocence.
« Il est possible que Laurent Dejean soit coupable mais les preuves font défaut », avait déclaré le magistrat.
« L’intime conviction n’est pas une intime émotion », avait-il aussi
lancé, démontant un « dossier vide » et soulignant la « fragilité » du
témoignage qui avait conduit à l’interpellation de Laurent Dejean.
Identifié à partir d’un portrait robot
Dès le deuxième jour, la partie civile s’était offusquée de
l’attitude du parquet général, la jugeant partisane en faveur de
l’accusé : « La partie civile est très blessée, limite outragée », avait
clamé Christian Bouchon.
Fin 2017, le même avocat général avait estimé qu’il n’y avait pas
dans le dossier de plus de 40 000 pièces, les éléments nécessaires pour
un renvoi devant les assises. La chambre de l’instruction avait
finalement tranché en faveur du renvoi devant un jury populaire, qui
s’est prononcé après plus de cinq heures de délibéré.
Le 14 février 2011 à Bouloc, près de Toulouse, Patricia Bouchon
n’était pas revenue de son jogging matinal. Son corps n’avait été
retrouvé qu’un mois et demi plus tard, dissimulé dans une conduite
d’eau, le crâne enfoncé.
Cinq jours après la disparition, un témoin s’était présenté aux
enquêteurs. Il avait déclaré que quelques secondes après avoir croisé
une joggeuse, il avait failli emboutir une Clio stationnée à contre
sens, tous feux éteints, dans laquelle se trouvait un homme barbu.
A partir de ce témoignage, un portrait robot du suspect a été réalisé
et plusieurs personnes ont affirmé reconnaître Laurent Dejean, dont son
ex-compagne.
« Il a fallu que l’on trouve un coupable »
Relevant l’absence d’éléments probants, les avocats Pierre et Guy
Dubuisson ont pour leur part dénoncé dans leur plaidoirie la fabrication
« d’un coupable idéal » par les enquêteurs.
« A un certain moment, il a fallu que l’on trouve un coupable », a tonné Me Guy Dubuisson.
Le pénaliste toulousain avait de façon appuyée, mis en garde les
jurés contre une erreur judiciaire : « Vous ne pouvez pas condamner si
vous n’avez pas de certitude ».
De leur côté, les deux avocats de la partie civile, Lena Baro et
Stéphane Julliard avaient mis en avant des « éléments convergents »
rassemblés par les enquêteurs.
Me Baro ainsi rappelé, l’étrange déclaration de Laurent Dejean aux
gendarmes, affirmant avoir aperçu une tâche de sang depuis la route en
se rendant à son travail alors même que « la scène de crime n’avait pas
été découverte ». Autre déclaration troublante, l’accusé avait affirmé
qu’il manquait « deux galets » sur la scène de crime, et que ces galets
« pouvaient être l’arme du crime ».
Me Julliard a également plaidé la dangerosité de l’accusé qui
consommait du cannabis et de la cocaïne, « accélérateurs de sa maladie »
selon lui.
Laurent Dejean, 39 ans, a été condamné ce vendredi à 20 ans de
réclusion criminelle pour le meurtre de Patricia Bouchon, une joggeuse
tuée à Bouloc, le 14 février 2011.
« J’espère que ma mère est fière de nous ». L’émotion était intense
ce vendredi après-midi à l’énoncé du verdict de la cour d’assises de la
Haute-Garonne. Après cinq heures de délibérés, Laurent Dejean, 39 ans, a
été condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour le meurtre, le 14
février 2011, de Patricia Bouchon, 49 ans, une mère de famille qui
faisait un jogging nocturne à Bouloc, une commune du nord de Toulouse.
Les jurés, une femme et cinq hommes entourés de trois magistrats
professionnels, n’ont donc pas suivi les réquisitions de l’avocat
général qui leur avait demandé, jeudi, d’acquitter l’accusé « faute de
preuves ». Après douze jours d’audience, leur intime conviction a penché
vers la culpabilité du plaquiste diagnostiqué schizophrène paranoïde
qui clame son innocence depuis sa mise en examen en juin 2014.
À l’énoncé du verdict, Laurent Dejean est resté hébété, il s’est ensuite
prostré dans le box des accusés avant de verser quelques larmes.
Huit ans d’instruction
En face, la famille de Patricia Bouchon a poussé un « ouf » de
soulagement. Elle connaît désormais le coupable du meurtre atroce de la
joggeuse, huit ans après les faits. Des larmes de joie ont coulé pendant
de longues minutes d’embrassades sous l’œil des nombreuses caméras. «
C’est un grand moment. Je suis heureux pour Patricia », a décrit, la
voix tremblante, Christian Bouchon, le mari de la victime. Carlyne, sa
fille, a dit sa satisfaction « parce qu’il est reconnu coupable et
reconnu malade dans la continuité c’est-à-dire qu’il a l’obligation de
se soigner ».
« J’espère qu’il sera soigné, il n’est pas responsable de ses actes
», estime lui aussi Christian Bouchon. La famille de Patricia Bouchon,
très au fait de la procédure, n’a jamais douté de la culpabilité de
Laurent Dejean. Pour elle, il a été pris d’un coup de folie cette
nuit-là sur un petit chemin de terre à Bouloc.
« La justice a été rendue », s’est satisfait Christian Bouchon. Et sa
fille, Carlyne d’insister : « Je tiens à remercier tous les enquêteurs
pour leur travail qui a été bafoué au cours de ce procès. C’est grâce à
eux que nous en sommes là aujourd’hui ».
La cour d’assises de la Haute-Garonne a clos ce vendredi huit ans
d’une instruction difficile. Le nom de Laurent Dejean était apparu fin
2013, après la publication du portrait-robot du suspect.
La question des preuves
Les langues s’étaient déliées dans le boulocain pour désigner le
plaquiste « nerveux, colérique, violent envers le matériel » qui
possédait une Clio blanche première génération au moment des faits.
Pendant quatre ans et demi, il a nié avoir conduit cette voiture pour
l’avouer mardi à l’audience en expliquant qu’il avait menti « parce
qu’elle n’avait pas de carte grise et d’assurance. Les gendarmes
m’auraient mis une grosse amende ».
La question de la preuve a été au cœur des débats. Pas de témoin, pas
d’ADN, pas de voiture, pas d’aveux. Pour autant le faisceau d’indices
collectés par les gendarmes de la section de recherches de Toulouse a
convaincu les jurés. Le témoin clef dans cette affaire avait croisé la
joggeuse puis avait manqué de percuter une Clio arrêtée, tous feux
éteints au milieu de la route de Fronton, à la sortie de Bouloc. Il
avait pu voir le conducteur et donner une description précise de cet
homme au regard fuyant, bonnet noir sur la tête. Quelques minutes plus
tard, vers 4 h 35, un couple de riverains du chemin de l’agression avait
entendu un cri de femme puis, une dizaine de minutes plus tard, les
pleurs d’un homme qui répétait « Excuse-moi, excuse-moi ». Ils avaient
cru à une dispute chez leurs voisins.
Frappée à trois reprises
Patricia Bouchon a été frappée à trois reprises au visage avec un
objet contondant. Elle a été secouée au niveau du cou au point d’être
réduite à l’état de « poupée de chiffon », selon les experts. Devenue
paraplégique, elle a agonisé « entre 10 et 15 minutes ». Son meurtrier
l’a chargée dans sa voiture et conduite jusqu’à Villematier à 12 km de
Bouloc. c’est là qu’il a dissimulé son corps sous un petit pont, dans 40
cm d’eau.
Malgré un dispositif de recherches hors norme mis en place par la
gendarmerie, elle n’a été retrouvée que 43 jours plus tard. Un chasseur
qui cherchait un chien avait fait la macabre découverte.
Pour élucider cette affaire une cellule spéciale « Disparition 31 »
avait été créée autour de 16 enquêteurs de la gendarmerie exclusivement
dédiés au meurtre de Patricia Bouchon.
Coupable, Laurent Dejean a rejoint ce vendredi la prison où il se trouve
depuis quatre ans et demi déjà. La famille Bouchon, loin de Bouloc, a
savouré un verdict attendu depuis des années. Elle promet : « On sera
prêts pour l’appel ».
« C’est une erreur judiciaire »
La défense de l’accusé, Laurent Dejean, représentée par Mes Guy et
Pierre Debuisson, a annoncé, immédiatement après le verdict, son
intention d’interjeter appel de la décision de la cour d’assises de la
Haute-Garonne.
« Notre client encourait une peine de réclusion criminelle à hauteur de
30 ans, a rappelé Me Pierre Debuisson. Compte tenu de l’état
psychiatrique de Laurent Dejean, il a été diagnostiqué schizophrène
paranoïde et est victime d’hallucinations graves, le jury a été
négativement influencé. »
Il insiste : « Nous allons interjeter appel de cette décision
surprenante. Il n’y a pas la moindre preuve. C’est une erreur
judiciaire. Nous ferons tout pour qu’il soit acquitté lors du procès en
appel. »
Jeudi, les avocats de la défense avaient demandé l’acquittement de Laurent Dejean, dans un « dossier sans preuves ».
A la cour d’assises de Haute-Garonne, lors du procès. Photo Pascal Pavani. AFP
La cour d’assises de Haute-Garonne, à Toulouse, n’a pas suivi les
réquisitions du ministère public qui demandait l’acquittement de Laurent
Dejean, et l’a déclaré coupable. Ses avocats vont faire appel.
Meurtre de Patricia Bouchon, la «joggeuse de Bouloc» : l’accusé condamné à vingt ans de prison ferme
Les jurés de la cour d’assises auront eu quinze jours pour se forger
leur intime conviction et pour répondre à cette question : Laurent
Dejean a-t-il tué Patricia Bouchon en 2011 ? Cette mère de famille de
49 ans, partie faire un jogging près de Bouloc (Haute-Garonne), n’était
plus réapparue. Son corps avait été retrouvé un mois et demi plus tard,
dissimulé dans une conduite d’eau, le crâne enfoncé. Durant
l’instruction ou dans la salle d’audience, Laurent Dejean,
aide-plaquiste, a toujours nié sa responsabilité dans le crime. Il s’est
contenté d’un «non merci» lorsque le président lui a proposé
de s’exprimer une dernière fois vendredi matin, à la fin de son procès.
Après six heures de délibéré, les jurés ont décidé de le condamner à une
peine de vingt ans de réclusion criminelle, lui reconnaissant des
circonstances atténuantes pour «causes de troubles psychiques». A savoir une schizophrénie paranoïde, selon les termes du psychiatre.
Si ce verdict satisfait les parties civiles – une famille meurtrie,
convaincue de la dangerosité de l’homme de 39 ans assis dans le box –,
il va à l’encontre des réquisitions de l’avocat général. La veille, le
magistrat David Sénat s’est levé pour demander l’acquittement de Laurent
Dejean, faute de preuve. Dénonçant, selon l’AFP, un «dossier vide» et soulignant la «fragilité»
du témoignage principal qui avait conduit les gendarmes à interpeller
l’accusé après l’élaboration d’un portrait-robot, il a prévenu les jurés
avec cette jolie formule : «L’intime conviction n’est pas une intime émotion.»
Fin 2017, devant la chambre de l’instruction, il avait déjà
estimé que parmi les 40 000 pièces de procédure ne se trouvait aucun
élément suffisant pour un renvoi devant les assises. Les magistrats
avaient tranché en sens inverse. Contacté par Libération, à la veille de l’ouverture de l’audience, Me Debuisson, avocat de la défense ne disait pas autre chose :
«Cette affaire repose sur un témoin oculaire qui décrit une scène la
nuit dans un village mal éclairé et qui se contredit au fil de ses
dépositions. Sans compter que l’ADN de Laurent Dejean n’a jamais été
retrouvé sur le corps de Patricia Bouchon alors qu’on sait qu’il s’agit
d’une agression extrêmement violente.» Lors de sa plaidoirie, le pénaliste a, lui aussi, voulu mettre en garde les jurés : «Vous ne pouvez pas condamner si vous n’avez pas de certitude !» Il n’a pas été entendu. Dans la foulée du verdict, il a dénoncé «une erreur judiciaire», selon France Bleu, et annoncé son intention de faire appel.
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