L’essentiel
- La
schizophrénie fait partie des psychoses, entraîne un handicap
considérable et peut avoir des répercussions sur tous les domaines
de la vie, y compris les sphères personnelle, familiale, sociale,
éducative et professionnelle.
- La stigmatisation, les discriminations et les violations des droits humains des schizophrènes sont courantes.
- Plus
de deux personnes sur trois atteintes de psychose dans le monde ne
bénéficient pas de soins de santé mentale spécialisés.
- Il
existe plusieurs possibilités de prise en charge efficace de la
schizophrénie ; au moins une personne atteinte sur trois pourra se
rétablir complètement.
Symptômes
La
schizophrénie se caractérise par des troubles importants de la
perception de la réalité et par des altérations du comportement :
- délire
persistant : la personne croit fermement que quelque chose est
vrai, malgré l’existence de preuves du contraire ;
- hallucinations
persistantes : parfois, la personne entend, sent, voit, touche ou
ressent des choses qui n’existent pas ;
- sensation
d’influence, de contrôle ou de passivité : la personne est
convaincue que ses sentiments, ses impulsions, ses actions ou ses
pensées viennent de l’extérieur, ou qu’ils lui sont imposés ou
retirés par autrui, ou que ses pensées sont transmises à autrui ;
- désorganisation de la pensée, qui se manifeste souvent par un discours confus ou non pertinent ;
- désorganisation
extrême du comportement, par exemple la personne semble se
comporter bizarrement ou de façon absurde, ou réactions
émotionnelles imprévisibles ou inadaptées qui empêchent la personne
d’avoir un comportement adéquat ;
- « symptômes négatifs », par
exemple appauvrissement marqué de l’expression orale, émoussement
affectif, incapacité à éprouver de l’intérêt ou du plaisir et repli
sur soi ; et/ou
- agitation extrême ou ralentissement psychomoteur, adoption de postures inhabituelles.
Les
schizophrènes éprouvent souvent des difficultés cognitives persistantes
(par exemple, au niveau de la mémoire, de l’attention et de la capacité
à résoudre des problèmes).
On observe une rémission complète des
symptômes chez au moins un tiers des personnes atteintes de
schizophrénie (1). Chez certaines autres, on constate une aggravation et
une rémission périodiques des symptômes tout au long de la vie tandis
que, chez d’autres encore, les symptômes s’aggravent progressivement au
fil du temps.
Ampleur et impact
La schizophrénie touche
environ 23 millions de personnes, soit 1 sur 345 (0,29 %), dans le
monde. Le taux est de 1 adulte sur 233 (0,43 %) (2). La schizophrénie
n’est pas aussi courante que beaucoup d’autres troubles mentaux. Elle
débute le plus souvent à la fin de l’adolescence ou entre 20 et 30 ans,
et elle survient généralement plus tôt chez les hommes que chez les
femmes.
Elle est souvent associée à une incapacité et à un stress
importants dans les sphères personnelle, familiale, sociale, éducative
et professionnelle et dans d’autres domaines importants de la vie.
Les
schizophrènes décèdent neuf ans plus tôt que la population générale
(3). Les décès sont souvent dus à des maladies somatiques,
cardiovasculaires, métaboliques ou infectieuses, notamment.
Les
personnes atteintes de schizophrénie sont souvent victimes de violations
des droits humains, dans les établissements psychiatriques comme en
dehors. Elles sont très souvent victimes d’une forte stigmatisation, qui
entraîne une exclusion sociale et affecte leurs relations avec leur
entourage, y compris la famille et les amis. Il s’ensuit une
discrimination, qui à son tour peut limiter l’accès aux soins de santé
généraux, à l’éducation, au logement et à l’emploi.
Les
situations d’urgence humanitaire et de santé publique peuvent entraîner
un stress et une peur extrêmes, l’effondrement des structures de soutien
social, un isolement ainsi que la perturbation des services de santé et
de l’approvisionnement en médicaments. Ces changements peuvent avoir un
impact sur la vie des schizophrènes, par exemple exacerber leurs
symptômes. Dans les situations d’urgence, les personnes atteintes de
schizophrénie sont plus vulnérables que d’autres face aux violations des
droits humains, notamment la négligence, l’abandon, l’absence de
logement, la maltraitance et l’exclusion.
Causes de la schizophrénie
La
recherche n’a pas mis en évidence de cause unique de la schizophrénie.
On pense qu’elle peut avoir pour origine une interaction entre des gènes
et un certain nombre de facteurs environnementaux. Des facteurs
psychosociaux peuvent également influer sur la survenue et l’évolution
de la schizophrénie. Une forte consommation de cannabis est associée à
un risque élevé de schizophrénie.
Services
À
l’heure actuelle, l’immense majorité des personnes atteintes de
schizophrénie dans le monde ne bénéficient pas de soins de santé
mentale. La schizophrénie est diagnostiquée chez 50 % environ des
personnes hospitalisées en psychiatrie (4). Seulement 29 % des personnes
atteintes de psychoses bénéficient de soins de santé mentale
spécialisés (5). La plupart des ressources allouées aux services de
santé mentale sont dépensées de manière inefficace pour les soins dans
les hôpitaux psychiatriques.
Il apparaît clairement que les
hôpitaux psychiatriques ne permettent pas de prodiguer aux sujets
atteints de troubles mentaux les soins dont ils ont besoin et que les
droits humains des schizophrènes y sont régulièrement bafoués. Les
efforts visant à dispenser les soins en dehors des établissements de
santé mentale doivent être élargis et accélérés. À cet égard, il faut
d’abord mettre au point une gamme de services de santé mentale
communautaires de qualité. Plusieurs modalités de soins de santé mentale
communautaires sont possibles : l’intégration dans les soins de santé
primaires et les soins hospitaliers généraux, les centres de santé
mentale communautaires, les centres de jour, les logements dotés de
services de soutien et les services de proximité pour le soutien à
domicile. Il est important que la personne schizophrène joue un rôle
actif et que les membres de la famille et la communauté au sens large
apportent leur soutien.
Prise en charge et appui
Il
existe plusieurs options thérapeutiques efficaces pour les personnes
atteintes de schizophrénie : les médicaments, la psychoéducation, les
interventions familiales, la thérapie cognitivo-comportementale et la
réadaptation psychosociale (par exemple, l’acquisition de compétences
psychosociales). L’aide à la vie quotidienne, le logement avec services
de soutien et l’emploi aidé sont des possibilités essentielles qui
devraient être proposées aux schizophrènes. Une approche axée sur le
rétablissement – visant à donner aux personnes la possibilité de prendre
des décisions au sujet de leur traitement – est essentielle pour les
personnes atteintes de schizophrénie et pour les familles et/ou les
proches aidants.
Action de l’OMS
Le Plan d’action global pour la santé mentale 2013-2030
indique quelles sont les étapes nécessaires pour fournir des services
appropriés aux personnes atteintes de troubles mentaux, dont la
schizophrénie. Une des principales recommandations de ce Plan est de
proposer ces services en dehors des établissements de soins.
L’Initiative spéciale de l’OMS pour la santé mentale vise à progresser
plus avant dans la réalisation des objectifs du Plan d’action global
pour la santé mentale 2013-2030, le but étant de garantir que
100 millions de personnes supplémentaires aient accès à des soins
abordables et de qualité en matière de santé mentale.
Le Programme d’action Combler les lacunes en santé mentale (mhGAP)
se sert d’orientations, d’outils et de matériels de formation fondés
sur des données factuelles pour développer les services dans les pays,
en particulier ceux dont les ressources sont limitées. Il est axé sur un
ensemble prioritaire d’affections, dont les psychoses, et oriente le
renforcement des capacités vers les prestataires de soins non
spécialisés dans le cadre d’une approche intégrée en faveur de la santé
mentale à tous les niveaux des soins. Actuellement, le mhGAP est mis en
œuvre dans plus de 100 États Membres de l’OMS.
Le projet QualityRights de l’OMS
suppose d’améliorer la qualité des soins et le respect des droits
humains dans les établissements s’occupant de la santé mentale et de
l’aide sociale, et de donner des moyens d’agir aux organisations pour
défendre la santé des personnes atteintes de maladies mentales et de
handicaps psychosociaux.
Les
orientations de l’OMS sur les services de santé mentale communautaires
et les approches centrées sur la personne et fondées sur les droits
fournissent des informations et un soutien à toutes les parties
prenantes qui souhaitent développer ou transformer leur système et leurs
services de santé mentale pour qu’ils soient conformes aux normes
internationales en matière de droits humains, y compris à la Convention
des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées.
Références bibliographiques
(1)
Harrison G, Hopper K, Craig T, Laska E, Siegel C, Wanderling J.
Recovery from psychotic illness: a 15- and 25-year international
follow-up study. Br J Psychiatry 2001;178:506-17.
(2) 2021 Global Burden of Disease (GBD) [base de données en ligne]. Seattle: Institute for Health Metrics and Evaluation; 2024 (https://vizhub.healthdata.org/gbd-results/, consulté le 13 août 2025).
(3) Yung
NCL, Wong CSM, Chan JKN, Chen EYH, Chang WC. Excess mortality and
life-years lost in people with schizophrenia and other non-affective
psychoses: an 11-year population-based cohort study. Schizophr Bull.
2021;47(2):474–84 (https://doi.org/10.1093/schbul/sbaa137).
(4)
OMS. Mental health systems in selected low- and middle-income countries:
a WHO-AIMS cross-national analysis. OMS, Genève, 2009 (en anglais).
(5) Atlas de la santé mentale 2024. Genève, Organisation mondiale de la Santé, sous presse.