Le plan vise à étendre la trêve instaurée récemment à Alep à
tout le territoire syrien. Il pourrait rentrer en vigueur ce soir à
minuit. Moscou ne confirme pas.
La Turquie et la Russie se sont entendues sur un accord de cessez-le-feu en Syrie
a annoncé mercredi l’agence progouvernementale turque Andolu. Le plan
consiste à étendre la trêve des combats, actuellement mise en place il y
a deux semaines à Alep, sur l’intégralité du pays. Mais Moscou, par la voix du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, n’a pas confirmé cet accord. Le président turc Erdogan n’a pas non plus mentionné le cessez-le-feu, mercredi matin, lors d’un discours. Mevlut Cavusoglu, chef de la diplomatie d’Ankara,
a lui confirmé sans plus de détails qu’un projet de cessez-le-feu avait
été élaboré. Un responsable rebelle syrien a pour sa part affirmé à
l’Agence France-Presse à Beyrouth, sous couvert de l’anonymat, que les
détails n’avaient pas été soumis officiellement aux factions rebelles et
qu’il n’y avait donc pas encore de négociations.
Selon l’agence de presse turque, le cessez-le-feu doit débuter cette
nuit à minuit. Les organisations terroristes ne seraient pas concernées
par cette trêve. En cas de succès, cet accord devrait être la base des
négociations politiques entre le régime de Bachar el-Assad et les
groupes opposants, que Moscou et Ankara veulent organiser en janvier à
Astana, capitale du Kazakhstan.
Depuis la victoire des forces gouvernementales syriennes à Alep
mi-décembre, la Russie, proche allié du régime de Damas, a annoncé son
intention de travailler avec la Turquie à la tenue de nouvelles
négociations sur la Syrie, en tenant à l’écart les États-Unis et les
Nations unies. Une démarche qui ne contrarie pas les États-Unis. «Nous
ne sommes pas contre tout effort visant à stopper les multiples conflits
qui se déroulent en Syrie», a déclaré Mark Toner, porte-parole actuel
du gouvernement américain.
«Nous parlons souvent avec les Turcs. On parle fréquemment avec les
Russes. Nous avons longtemps dit aussi que pour atteindre une sorte de
résolution du conflit en Syrie, toutes les parties prenantes devaient se
mettre d’accord et avaient besoin de parler les uns aux autres. Par
conséquent, le fait que la Turquie et la Russie mettent en place un
accord n’est pas nécessairement quelque chose que nous désapprouvons»,
a-t-il poursuivi.
Plusieurs tentatives d’accords achoppées
La Russie et la Turquie se sont portés garants pour résoudre le
conflit politique syrien et collaborent activement sur ce dossier. «Il
est important de conclure rapidement des accords sur les modalités
pratiques de l’arrêt des actions militaires en Syrie, sur la séparation
entre l’opposition modérée et les groupes terroristes et sur les
préparatifs de la rencontre d’Astana», a ainsi déclaré mardi le ministère russe des Affaires étrangères.
Plusieurs tentatives d’accords initiées par les États-Unis et la Russie
ont été mises en oeuvre, mais aucune d’entre elles n’a abouti.
Aucune date précise n’a été annoncé pour les réunions d’Astana, mais
la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria
Zakharova, a insisté mardi sur le fait que cette réunion n’en est encore
qu’au stade de «l’élaboration» et qu’elle ne remplacerait pas le
processus de paix de Genève, où doivent également se tenir des
négociations en février.
Plus de 310.000 morts depuis 2011
Le président turc Recep Tayyip Erdogan
avait quant à lui lancé mardi l’une de ses plus virulentes attaques à
l’encontre des politiques occidentales en Syrie, marquées selon lui par
des promesses non tenues. Il a également reproché à l’Occident de ne pas
soutenir les opérations militaires engagées par l’armée turque dans le
nord de la Syrie, et qui subit des pertes de plus en plus nombreuses ces
dernières semaines.
Confirmant la tenue des négociations à Astana, le président Erdogan
s’est montré critique des réunions prévues à Genève: «Malheureusement,
Genève n’a rien donné. Combien de réunions s’y sont tenues? Aucun
résultat n’a été obtenu.»
Le conflit syrien a fait plus de 310.000 morts depuis 2011. Mercredi matin, 22 civils, dont dix enfants ont péri dans des raids aériens
menés par des avions inconnus sur un village tenu par Daech dans l’est
de la Syrie, dans la province de Deir Ezzor, selon l’Observatoire syrien
des droits de l’Homme.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé aujourd’hui
l’Occident de ne pas tenir ses promesses en Syrie et d’y soutenir des
« groupes terroristes », dont le groupe État islamique (EI).
« Les forces de la coalition ne tiennent malheureusement pas leurs
promesses », a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse avec
son homologue guinéen, Alpha Condé, en visite à Ankara. La Turquie est
engagée depuis fin août en Syrie, où elle combat notamment l’EI et les
milices kurdes qu’elle considère comme « terroristes ». Au moins 37 de
ses soldats ont été tués depuis le début de cette opération.
L’armée turque et les rebelles syriens qu’elle soutient, tentent
depuis plusieurs semaines d’enlever à l’EI son bastion d’Al-Bab, à
environ 25 kilomètres au sud de la frontière turque dans la province
d’Alep, où les forces d’Ankara ont essuyé la semaine dernière de lourdes
pertes. Le président Erdogan s’est plaint que, plutôt que de soutenir
la Turquie, l’Occident préfère venir en appui à l’EI ainsi qu’aux Kurdes
du Parti de l’Union démocratique (PYD) et de son bras armé, les Unités
de protection du peuple (YPG), soutenus par Washington.
Les Occidentaux « soutiennent tous les groupes terroristes, le YPG,
le PYD, mais aussi Daech », a-t-il assuré en utilisant l’acronyme arabe
de l’EI. »C’est parfaitement évident », a-t-il affirmé, assurant que la
Turquie disposait de preuves en images. Il avait déjà affirmé que
l’Occident soutenait l’EI lors d’un déplacement au Pakistan, en
novembre, affirmant à l’époque que l’Occident « se tient actuellement au
côté de Daech » et que les armes des jihadistes sont de fabrication
occidentale.
Le président Erdogan s’est tout de même montré confiant mardi,
assurant que la Turquie a « désormais complètement encerclé le groupe
terroriste Daech à Al-Bab ». »Oui, nous avons des martyrs (…) mais il
n’y a pas de marche arrière possible », a-t-il asséné. Que les forces de
la coalition tiennent leurs promesses ou non, « nous poursuivrons notre
route avec détermination », a-t-il ajouté.
Le président turc a ajouté que la Turquie et la Russie soutiennent un
plan visant à mettre autour de la table les différentes parties du
conflit syrien, lors d’une rencontre à Astana, au Kazakhstan.
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