Scandale des stups : 5 choses à savoir sur François Thierry
François Thierry, ex-patron de la lutte antidrogue, lors
d’une saisie de 2,5 tonnes de cannabis, à Nanterre, le 14 décembre 2012.
(PATRICK KOVARIK/AFP)
D’après « Libération », l’ancien numéro 1 de la lutte antidrogue
aurait facilité l’importation de plusieurs tonnes de cannabis en France.
L’ancien patron de l’Office central pour la répression du trafic
illicite de stupéfiants (Ocrtis), François Thierry, aurait couvert
l’importation de dizaines de tonnes de cannabis en France d’après le journal « Libération ». Parmi les informateurs du commissaire figure notamment l’un des plus gros trafiquants de drogue européen.
Retour en cinq points sur une carrière de flic modèle entachée par de lourds soupçons.
1 Un grand flic
L’ex-numéro 1 des stups, 48 ans, est sorti de l’école de police en
1994. François Thierry fait d’abord carrière à Nantes où il perfectionne
son analyse des enquêtes criminelles. Il est ensuite muté à
Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, où il plonge dans l’univers des
stupéfiants, traquant les navires transportant de la coke en provenance
d’Amérique du Sud. C’est là qu’il commence à se faire un nom dans le
milieu et à recruter ses premiers informateurs.
Le policier se voit ensuite confier les rênes du Service
interministériel d’assistance technique (Siat), chargé des écoutes
sensibles et des agents infiltrés. Il est propulsé à la tête de l’Office
central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Octris)
en 2010.
Le témoignage publié lundi 23 mai par « Libération » accuse l’ex-patron de l’Octris d’avoir facilité l’importation de dizaines de tonnes de cannabis en France.
Ces révélations font suite au témoignage de Stéphane V., qui se
présente comme un ancien « infiltré » ayant effectué plusieurs
« missions pour l’Etat » sous les ordres de François Thierry.
L’indic explique qu’il avait été missionné pour surveiller une villa
dans le Sud de l’Espagne, à Estepona, pour le compte de François
Thierry. Pendant 20 jours, il a fait le guet pour couvrir les aller et
venues de cinq policiers déchargeant des sacs de cannabis sur la plage.
Apportée à bord de Zodiac, la marchandise provenait d’Afrique du Nord.
Pas moins de 19 tonnes de drogue auraient transité par ce canal.
3 Proche de ses indics
Le patron de l’Octris traite directement avec ses informateurs,
contrairement aux méthodes qui prévalent depuis la promulgation de la
loi Perben II en 2004, qui réclame un fichage systématique des indics et
un contrôle très poussé par la hiérarchie de la gestion de ces
« tontons ».
Or, le commissaire Thierry couvre l’un des plus gros trafiquants
d’Europe : Sofiane Hambli. Il lui permet d’importer chaque mois
plusieurs tonnes de cannabis « en livraison surveillée », lui
garantissant un degré d’impunité rarissime. En 2011, le tribunal
correctionnel de Mulhouse condamne le prévenu de 35 ans à treize ans de prison et deux millions d’euros d’amende pour complicité de trafic de stupéfiants en récidive légale.
Chose surprenante : Sofiane Hambli est défendu en 2011 par la
compagne de François Thierry, Anne-Claire Viethel. L’avocate qualifie la
peine de « sévère » et réussit à faire sortir son client de prison au
bout de trois ans. Certains s’étonnent alors de cette remise de peine et
se demandent qui s’est acquitté de l’amende.
4 En concurrence
Censés travailler de concert pour lutter contre le trafic de drogue,
les services de douanes et de la police judiciaire se mettent parfois
des bâtons dans les roues. François Thierry en a fait les frais. En
octobre 2015, la Direction nationale du renseignement et des enquêtes
douanières (Dnred), rattachée au ministère des Finances, procède à une saisie record de cannabis : 7 tonnes. Le coup de filet a été porté dans le XVIe arrondissement, près du boulevard Exelmans.
Le coordinateur de ce trafic n’est autre que Sofiane Hambli, qui travaille pour le compte de l’Octris. La police
judiciaire considère alors l’intervention des douanes comme un coup bas
qui perturbe le bon déroulement de son enquête. Après quatre mois de
cavale, Sofiane Hambli a été interpellé en Belgique le 22 février
dernier. Les enquêteurs souhaitent l’interroger sur la nature de sa
relation avec François Thierry.
5 Spécialiste médiatique
Le chef de l’Octris se glorifiait régulièrement de ses belles prises
en se prenant en photo devant la marchandise saisie aux côtés des
ministres de l’Intérieur successifs : Claude Guéant, Manuel Valls, puis
Bernard Cazeneuve. Il apparaît alors à la pointe de la lutte contre le
trafic de drogue.
La presse fait régulièrement appel à celui que l’on surnomme le « roi
de la brigade des stups » pour s’exprimer sur des sujets d’actualité
ayant trait aux stupéfiants : le retour de l’héroïne en France dans les
colonnes du « Parisien » ou l’essor de la culture de cannabis en
intérieur dans les pages du « Figaro ». Très au fait de ses dossiers, il
connaît le nombre de consommateurs de telle ou telle substance
illicite, le nombre et la nature des saisies de marchandise dans les
moindres détails.
Sofiane Hambli, né en juin 1975 à Mulhouse1, est l’un des plus grands trafiquants français de haschisch du XXIe siècle. Considéré comme l’un des barons du trafic international de canabis marocain en provenance du Rif vers l’Europe, il est arrêté, emprisonné, jugé puis condamné pour trafic de stupéfiants à plusieurs reprises en Espagne et en France. En cavale pendant plusieurs années, il aurait aussi travaillé comme indicateur pour le policier François Thierry, chef de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis)2.
Biographie
50 grammes de haschisch marocain (revendu environ 200 euros)
Législation du cannabis en Europe (en 2012)
Consommation du cannabis en Europe (en 2008)
En juin 1997, alors âgé de 22 ans, Sofiane Hambli est l’un des
principaux revendeurs d’un réseau fournissant en haschisch marocain la
région alsacienne, il échappe aux gendarmes lors de l’opération
« Paco68″ et se réfugie en Espagne. Il s’installe alors dans la ville andalouse de Marbella, circule en voitures de luxe et investit dans l’immobilier3.
En juillet 1999, il est jugé et condamné à 8 ans de prison pour trafic de hachisch4.
En 2002, il est arrêté en Espagne sur la Costa del sol5, puis extradé en France en février3.
En février 2002, sa peine est ramené à cinq ans de prison6.
Durant son incarcération, il organise un important trafic de stupéfiant
avec la complicité de sa famille et de son avocat. En octobre 2002 il
est à nouveau mis en examen pour trafic de haschisch depuis sa cellule du centre de détention de Saint-Mihiel (Meuse)3.
En août 2003, il s’évade de prison lors de son transfert de la prison
de Metz-Queuleu et l’Hôpital Bon-Secours de Metz. Après avoir subi une
radiographie du poignet, Sofiane s’échappe à moto avec un complice armé
d’un pistolet factice en braquant trois surveillants pénitentiaires7.
En juin 2004, les policiers espagnols arrêtent Sofiane Hambli alors qu’il quittait un concessionnaire automobile à San Pedro de Alcántara. Mais il s’échappe après une fusillade au cours de laquelle plusieurs agents ont été blessés5.
En 2006, il est condamné pour s’être évadé de la prison de Metz.
En février 2007, Hambli est remis en liberté, après qu’il ait fini de purger à la prison de fleury-mérogis une peine de cinq ans de prison pour trafic de stupéfiants8. Il s’enfuit alors en Espagne. En mars 2007, il est condamné à 18 ans de prison6.
Son frère est également condamné, sa mère, ses sœurs et des membres de
sa famille ont pour leur part été reconnus coupables de « défaut de
justification de ressources »9.
En janvier 2011, Sofiane Hambli est extradé d’Espagne en France en application d’un mandat d’arrêt européen7.
En mars 2011, il est condamné à trois ans de prison en Espagne, pour son implication dans l’affaire de la « Baleine blanche »6.
En avril 2011, Hambli est condamné à treize ans de prison par le tribunal correctionnel de Mulhouse. Son avocate, Anne-Claire Viethel, par ailleurs compagne du chef de l’OCRTIS François Thierry, qualifie la peine de « sévère » et annonce son intention de faire appel12. En juin 2011, sa demande de remise en liberté est rejetée par la cour d’appel de Colmar13.
Sofiane Hambli est incarcéré de 2011 à 2014 au centre pénitentiaire
de Nancy-Maxéville, puis il bénéficie dès fin 2014 d’un placement dans
un centre de semi-liberté de la région parisienne14.
Entre mars et avril 2012, François Thierry charge Stéphane V. de garder une villa à Estepona en Espagne, où pendant 20 jours, cinq policiers français déchargent 19 tonnes de cannabis en provenance du Maroc via des bateaux pneumatiques. La drogue serait remontée vers la France par go fast pour le compte de Sofiane Hambli, dont une partie des voitures auraient été interceptées par la douane15.
A la mi-mai 2014, un autre baron mulhousien du trafic de haschisch, Djamel Talhi, a été rattrapé par la police à Londres après plusieurs années de cavale16.
En 2015, Sofiane Hambli est remis en liberté par la juge d’application des peines
de Nancy après avoir purgé cinq ans de peine et réglé une amende
douanière de 2 millions d’euros, car – grâce au travail de son avocate –
il bénéficie d’une remise de peine exceptionnelle suivie d’une
libération conditionnelle. Il habite boulevard Exelmans dans un appartement-terrasse de 300 m2 avec piscine intérieure17.
Le 17 octobre 2015, plus de sept tonnes de cannabis ont été saisies
au niveau du boulevard Exelmans, dissimulé dans trois camionnettes
garées dans la rue depuis quelques temps18.
Le 22 février 2016, Sofiane Hambli est interpellé à Gand par la police fédérale belge, alors qu’il revenait de l’aéroport de Bruxelles, sur la base d’un mandat d’arrêt européen émis par un juge d’instruction parisien19.
Il est d’abord écroué à la prison de Leuze, puis à Bruges. Le 5 avril,
il est transféré en hélicoptère vers la France par les hommes armés du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN)20..
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