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vendredi 13 mai 2016
Attentats du 13 novembre : le point sur l'enquête au 13 mai 2016
Plusieurs journaux publient aujourd’hui des bilans des
enquêtes générées par les attentats islamistes de ces dernières années,
notamment ceux du 13 novembre dernier à Paris.
Le Parisien fait également des révélations sur la traque d’Abdelhamid Abaaoud.
Attentats du 13 novembre: Six mois après les attaques, le point sur l’enquête
POLICE Le commando qui a frappé la France le 13 novembre a-t-il été entièrement démantelé?…
Paris, le 13 novembre 2011. Un terroriste s’est fait exploser au restaurant Le Comptoir Voltaire. – KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Florence Floux
Publié le 13.05.2016 à 07:05
Mis à jour le 13.05.2016 à 08:58
« Nous allons mener le combat, il sera impitoyable. » François Hollande a fait la promesse solennelle le soir des attentats du 13 novembre
de faire la chasse aux terroristes qui avaient frappé la France à Paris
et Saint-Denis. Six mois plus tard, l’enquête qui a montré de fortes
ramifications du commando en Belgique, a
considérablement progressé malgré les attaques qui ont également
endeuillé Bruxelles. 20 Minutes fait le point sur les avancées des investigations.
Cela n’aura échappé à personne, le suspect numéro 1 des attentats de Paris, Salah Abdeslam, est aujourd’hui en prison en France,
à Fleury (Essonne) plus exactement. Arrêté le 18 mars à Molenbeek, en
Belgique, Salah Abdeslam a été transféré le 27 avril et placé à
l’isolement au sein de la maison d’arrêt. Il attend actuellement d’être
entendu par un juge d’instruction le 20 mai prochain. Son avocat
français, Frank Berton, avait indiqué à son arrivée en France que Salah
Abdeslam a assuré au juge antiterroriste qui l’a interrogé qu’il allait
« s’exprimer ultérieurement ».
En lien avec le commando du Stade de France
Cet homme de 31 ans devra répondre à de nombreuses interrogations.
Notamment sur son rôle de « chauffeur » du commando qui a frappé le
Stade de France, à Saint-Denis. Il aurait déposé les trois hommes avant
de partir pour une destination actuellement inconnue. La voiture avait
été retrouvée le lendemain dans le 18e arrondissement de la capitale, où
Daesh a revendiqué un attentat qui n’a pas eu lieu. Sans compter que son frère Brahim Abdeslam, faisait partie des kamikazes du 13 novembre, et que Salah Abdeslam connaissait Abdelhamid Abaaoud, « cerveau » présumé des attentats.
Mohamed Abrini, le « 11e homme de Paris » comme il a été surnommé, a
également été arrêté en Belgique. Le 8 avril, ce suspect de 31 ans, ami
d’enfance de Salah Abdeslam a été interpellé en compagnie d’Osama
Krayem. Les deux hommes sont soupçonnés d’avoir participé aux attentats
de Bruxelles. C’est la raison pour laquelle Mohamed Abrini se trouve actuellement en prison en Belgique,
où les enquêteurs ont de nombreuses questions à lui poser. Mais celui
qui a été vu plusieurs fois en compagnie de Salah Abdeslam lors de
trajets entre Paris et la capitale belge dans les jours qui ont précédé
le 13 novembre devra également en répondre auprès de l’instruction
française.
La Belgique au premier plan
Les avancées de l’enquête sur les attaques qu’a connues Bruxelles ont
également permis d’en savoir davantage sur les équipes qui ont préparé
celles de Paris. Notamment l’identité de l’artificier qui a préparé les ceintures explosives. Najim Laachraoui aurait
ainsi confectionné les explosifs des équipes de Paris et de Bruxelles
avant de se faire sauter à l’aéroport de Zaventem le 22 mars. Il y était
accompagné de Mohamed Abrini, le fameux « homme au chapeau » des images
de vidéosurveillance. Le magazine en ligne de Daesh, Dabiq, l’a par ailleurs confirmé.
Najim Laachraoui n’aurait pas uniquement joué le rôle d’artificier,
dans la préparation des attentats de Paris. Des sms auraient été
échangés le soir du 13 novembre entre le commando du Bataclan et ce
jeune Belge de 25 ans ainsi que Mohamed Belkaïd, mort lors d’une perquisition à Forest, en Belgique,
dans laquelle le fugitif Salah Abdeslam est parvenu à prendre la fuite.
Notamment le sms « C’est parti, on commence », envoyé d’un mobile
retrouvé dans une poubelle à l’entrée de la salle de concert parisienne.
Laachraoui et Belkaïd auraient aussi versé de l’argent à Hasna Aït
Boulahcen pour qu’elle trouve un logement à son cousin Abdelhamid
Abaaoud après le 13 novembre. C’est avec ces 750 euros que la jeune
femme a loué l’appartement de la rue Corbillon, à Saint-Denis, où elle,
son cousin et un complicetrouveront la mort lors de l’assaut du Raid le 18 novembre.
Le logeur et les chauffeurs
Ce qui nous amène à Jawad Bendaoud, le logeur de Saint-Denis, largement moqué sur la Toile
pour ses propos le 18 novembre face à la caméra de BFM TV. « J’étais
pas au courant que c’étaient des terroristes, moi. (…) On m’a demandé
de rendre service, j’ai rendu service, Monsieur. » Après ces quelques
mots, Jawad Bendaoud est menotté et emmené par les policiers. Il est ensuite mis en examen pour
association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste
et détention en bande organisée d’explosifs et d’armes en relation avec
une entreprise terroriste. Il clame depuis son innocence depuis la maison d’arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis) où il a été placé à l’isolement.
D’autres complices présumés de Salah Abdeslam, qui
l’auraient notamment aidé dans sa cavale, ont également été arrêtés et
mis en examen en Belgique. C’est le cas de Hamza Attou et Mohamed Amri,
qui sont venus chercher Salah Abdeslam à Paris le soir du 13 novembre
pour le ramener en Belgique, où il a ensuite disparu avant d’être logé
et interpellé le 18 mars à Molenbeek.
La « cellule Abaaoud » a-t-elle pour autant été démantelée ? Le
« cerveau » présumé du 13 novembre se serait vanté d’être arrivé en
France avec 90 individus prêts à passer à l’action, un peu partout en
Ile-de-France.
VIDÉO – Il y a six mois, jour pour jour, la France
subissait la pire attaque de son histoire depuis la Seconde Guerre
mondiale. 130 personnes sont mortes, 351 blessées. Le pays vit depuis en
état d’urgence. Le Figaro fait le point sur les avancées de l’enquête et les zones d’ombre qui demeurent.
• Un réseau djihadiste tentaculaire mis à jour. Kamikazes,
soutiens, logisticiens, organisateurs…À ce stade, les enquêteurs ont
identifié une quarantaine de personnes dans le réseau franco-belge à
l’œuvre derrière les tueries de Paris et Bruxelles. Une vingtaine de
suspects ont été mis en examen ou inculpés, pour la plupart en Belgique,
base arrière de cette nébuleuse terroriste liée au groupe État
islamique qui a revendiqué les attentats.
L’un d’entre eux, Mohamed Abrini, intéresse autant la justice belge que française.
Surnommé l’«homme au chapeau», il a reconnu être le troisième homme qui
accompagnait les deux kamikazes de l’aéroport de Zaventem à Bruxelles,
le 22 mars. Il est aussi mis en cause dans les attaques du 13 novembre:
deux jours avant, il a été filmé en compagnie de Salah Abdeslam dans une
station-service de l’Oise, au nord de la capitale. Les deux hommes
circulaient dans une voiture qui a ensuite été utilisée pour convoyer
des membres des commandos.
Les zones d’ombre
Si l’enquête progresse, de nombreuses questions demeurent. Qui a
donné le feu vert pour frapper Paris? Comment ont été recrutés les
assaillants? Qui a fourni les armes? Qui sont les commanditaires?
L’identification du ou des cerveaux des attentats reste une priorité
pour les enquêteurs.
• Le belgo-marocain Abdelhamid Abaaoud, tué lors de l’assaut du Raid à Saint-Denis le 18 novembre,
cinq jours après les attentats, est considéré comme le coordinateur des
attaques du 13 novembre. Ces derniers mois, son nom est également
apparu dans plusieurs autres affaires, (Verviers, Thalys, Villejuif etc…) aidant les enquêteurs à mieux cerner son mode opératoire.
• Un certain «Abou Ahmad» intéresse aussi de près
les enquêteurs. Membre de Daech, il est soupçonné d’avoir recruté,
depuis la Syrie, deux des kamikazes du Stade de France, ainsi que deux djihadistes, un Algérien et un Pakistanais, arrêtés en Autriche en décembre dernier dans un centre de réfugiés et probablement missionnés pour participer aussi aux tueries de Paris.
• Le rôle joué par Fabien Clain reste encore assez flou. Depuis Raqqa en Syrie, sa voix sinistre avait
revendiqué les attentats du 13 novembre 2015. Son nom apparaît dans
d’autres dossiers de terrorisme: condamné en 2009 pour avoir animé la
filière d’Artigat qui acheminait des candidats au djihad en Irak, il est
également soupçonné d’avoir téléguidé Sid Ahmed Ghlam, l’auteur présumé
de l’attentat avorté de Villejuif.
LE FAIT DU JOUR. Abdelhamid Abaaoud était sur les
radars des services secrets des pays occidentaux bien avant les
attentats du 13 novembre. Une course contre la montre s’était engagée
pour l’empêcher de nuire.
Enquête réalisée par TIMOTHÉE BOUTRY, ÉRIC PELLETIER ET THIBAULT RAISSE | 13 Mai 2016, 00h00 | MAJ : 13 Mai 2016, 08h09
Exclusif
Abdelhamid Abaaoud. (AFP.)
Six mois, jour pour jour, se sont écoulés depuis les attentats du 13 novembre.
Le recul du temps permet aujourd’hui de mesurer la frontière ténue
séparant la réussite de l’échec en matière de lutte antiterroriste.
Au cours de l’année 2015, Abdelhamid Abaaoud, Belgo-Marocain de 28 ans, a été identifié comme l’une des principales menaces visant l’Europe. De Raqqa, en Syrie,
à Paris, la traque de ce chef opérationnel de Daech a mobilisé les
services secrets d’une dizaine de pays européens, avec l’appui de la CIA
américaine et, ponctuellement, du Mossad israélien. Le nom d’Abaaoud a
d’ailleurs été régulièrement évoqué au sein d’un groupe d’enquête
ultra-confidentiel sur les djihadistes en Syrie et en Irak, baptisé JIT
Levant.
Selon nos informations, les signaux d’alerte obtenus à l’été sur son activisme décidèrent même François Hollande à modifier la stratégie militaire française. En septembre, l’armée de l’air bombardait son repaire de Deir ez-Zor, en Syrie, au nom de la « légitime défense ».
Pendant ce temps, le terroriste était déterminé à rentrer en Europe
quitte à se jeter dans une rivière en Bulgarie ou à louer les services
d’une call-girl belge pour se fondre dans la masse des touristes. Le
13 novembre, contre toute attente, Abaaoud se trouve à Paris à la tête
de plusieurs commandos de tueurs. Malgré les moyens déployés, cette
bataille clandestine a été perdue. Le terroriste a été manqué, de peu, à Athènes.
Des informations exclusives obtenues dans le monde du renseignement
français et international, recoupées par les écoutes auxquelles nous
avons eu accès, complétées par des documents judiciaires belges et
français, permettent de dévoiler les secrets de cette course contre la
montre, entre avancées et désillusions. Et, au-delà des polémiques, de
comprendre les raisons d’un échec qui marquera durablement
l’antiterrorisme européen.
2013 : des allers-retours entre la Syrie et la Belgique
Abdelhamid Abaaoud
n’est encore qu’un djihadiste de second rang, un petit délinquant
originaire du quartier de Molenbeek, à Bruxelles. Personne ne l’a vu
quitter le pays, mais les services turcs ont retrouvé trace de son
passage à Istanbul le 9 mars 2013. Abaaoud, narcissique et violent, se
met en scène sur les réseaux sociaux, appelant les francophones à
combattre Bachar al-Assad.
Un triste épisode lui vaut au début de l’année 2014 la une des médias
belges, dans un contexte d’inquiétude grandissante face à la montée du
péril djihadiste. Le combattant est rentré à Bruxelles pour « enlever »
son petit frère Younes, un ado qu’il a conduit dans le chaos syrien.
Syrie-Belgique-Belgique-Syrie : cet aller-retour réalisé sans être
inquiété constitue une première faille, sans conséquences, dans les
écrans radars européens.
Mars 2014 : premières alertes des services français
Syrie, mars 2014. La DGSE et la DGSI, les services extérieurs et
intérieurs français, repèrent Abaaoud sur cette vidéo. Il apparaît au
volant d’un pick-up tractant des cadavres. (D.R.)
La DGSE et la DGSI (services extérieurs et intérieurs français)
repèrent le Belge sur une vidéo où on le voit hilare, tractant des
cadavres derrière un pick-up. Il est identifié comme un cadre de la
katibat (bataillon) Al-Battar. A ce jour, une soixantaine de ses
combattants, dont certains originaires de Trappes (Yvelines), ont été
identifiés. Abdelhamid Abaaoud refait parler de lui deux mois plus tard
lorsque, pour la première fois, un djihadiste de retour du front
irako-syrien réussit à frapper l’Europe. Le 24 mai, Mehdi Nemmouche attaque le Musée juif de Bruxelles (4 morts). Or, l’enquête prouve qu’Abaaoud était en relation téléphonique avec lui grâce à un numéro turc.
De Paris à Washington, les spécialistes de l’antiterrorisme
comprennent que le jeune islamiste joue désormais dans la cour des
grands. La menace se précise. Abaaoud est pisté jusqu’à sa nouvelle
résidence Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie. Des renseignements font
même état d’un déplacement en Irak.
Janvier 2015 : « Les enfants sont arrivés », tout bascule à Verviers
Verviers (Belgique), le 15 janvier 2015. Deux djihadistes meurent
lors du démantèlement d’une cellule terroriste prête à passer à
l’action. Les enquêteurs réussissent à identifier le cerveau de
l’opération : Abaaoud. (AP/Franck Augstein.)
Les mots restent codés mais les intentions sont claires : « Les
enfants sont arrivés grâce à Dieu. Ils sont à la maison. » Depuis la
mi-novembre en Belgique, la sûreté de l’Etat est sur les dents : elle
surveille un groupe terroriste en train de se constituer. Les écoutes
tournent à plein. L’homme chargé de la logistique rend compte à son
chef, un certain Omar, installé à l’étranger et qui répond sur des
numéros turcs puis grecs. Ce dernier cherche à tout prix à rejoindre ses
troupes en Belgique. En vain. Dans une écoute datée du 17 décembre
2014, un proche d’Omar raconte ainsi comment ils ont échoué à se rendre à
l’Ouest, en traversant la frontière bulgare : « Il s’est passé un
problème au niveau de la rivière. Les Bulgares ont lâché de l’eau. On a
essayé. On a dû revenir, tu vois ? »
Qui est le mystérieux Omar ? Il se trahit lui-même en téléphonant à
son frère, Yassine, incarcéré à la prison d’Oudenaarde. Le 6 janvier
2015, la sûreté de l’Etat belge informe le parquet fédéral de
l’identification formelle d’Abdelhamid Abaaoud. Les choses s’accélèrent
avec le retour de deux djihadistes de Syrie. Le 15 janvier, ils sont cernés dans un appartement de Verviers puis tués lors de l’assaut lancé en urgence par les forces d’intervention. Un attentat imminent vient d’être déjoué.
Il faut remonter au plus vite jusqu’au cerveau de l’opération :
Abaaoud, caché dans l’anonymat d’Athènes, une métropole de 3 millions
d’habitants. Une tâche d’autant plus ardue que son portable a cessé
d’émettre. Cependant, les recoupements téléphoniques réalisés avec
l’appui de la CIA permettent de repérer ses deux planques, rue Asteropis
et rue Chomatianou.
17 janvier 2015 : la DGSE intervient à Athènes
Février 2015. Dans une interview à « Dabiq », l’organe de propagande
de Daech, Abaaoud raconte comment il a échappé aux services secrets.
(D.R.)
L’épisode est connu de quelques très rares initiés. Selon des sources
concordantes, la DGSE dépêche une équipe pour retrouver sa trace. Ces
spécialistes de la clandestinité le manquent de peu. Tout comme la
police grecque, qui perquisitionne ses deux appartements, le 17 janvier,
deux jours après l’assaut de Verviers. Mais, outre Abaaoud, absent, un
autre suspect réussit à échapper à la justice dans des conditions
rocambolesques. Ce dernier est arrêté mais, aussi incroyable que cela
paraisse, il parvient à berner les enquêteurs grâce à des faux papiers
syriens au nom de « Mohamed Mohamed ». Il est relâché ! Son identité
véritable est aujourd’hui connue : il s’agit de Walid Hamam, djihadiste
français originaire de Trappes, sous le coup d’un mandat d’arrêt
européen.
Des trois comploteurs présumés d’Athènes, un seul, Omar Damache, se
trouve aujourd’hui sous les verrous : il est actuellement jugé à
Bruxelles. Au cours de la perquisition, outre l’ADN d’Abaaoud sur un
mur, les enquêteurs mettent la main sur un élément capital : un
ordinateur Toshiba, dans lequel figurent des plans d’attaque d’aéroport.
Abaaoud n’est plus seulement le recruteur de ses débuts. Il fomente des
attaques d’ampleur allant, selon certaines sources, chercher des
volontaires jusqu’au Liban. Pour les services français, il représente «
une menace pour l’Europe ».
Eté 2015 : alertes en série
L’ombre du chef opérationnel des commandos de Daech devient de plus
en plus pesante. Plusieurs informateurs confient aux services
occidentaux la montée en puissance du Belge, adoubé responsable des «
opérations extérieures » de l’organisation. Preuve de son importance,
dès février, il fanfaronne dans une interview à Dabiq, l’organe de
propagande de l’organisation terroriste : « Allah a aveuglé leur vision
et j’ai pu partir et rejoindre le Sham [Syrie], alors que j’étais
pourchassé par tant d’agences de renseignement. »
A Paris, tous les signaux sont au rouge. Plusieurs témoignages
concordants de djihadistes arrêtés viennent en effet confirmer la
détermination d’Abaaoud. L’information la plus alarmante tombe le 13
août, lorsqu’un certain Reda H. raconte les coulisses des attaques en
préparation. « Il m’a juste dit de choisir une cible facile, un concert
par exemple, là où il y a du monde. Il m’a précisé que le mieux, après,
c’était d’attendre les forces d’intervention sur place et de mourir en
combattant avec des otages. » Scénario qui se concrétisera, trois mois
plus tard, jour pour jour, au Bataclan. « Tout ce que je peux vous dire,
c’est que cela va arriver très bientôt. Là-bas, c’était une véritable
usine et ils cherchent vraiment à frapper en France ou en Europe »,
poursuit Reda H. Ce dernier raconte même comment les espions de Daech
tentent d’échapper aux contrôles en évitant les vols directs. Ils font
généralement escale en République tchèque. C’est le parcours que tente
d’emprunter un proche d’Abaaoud, Tyler Vilus, en juillet 2015. Mais à
Istanbul, celui-ci attire l’attention des policiers turcs, intrigués par
le passeport suédois qu’il présente. Un faux. Lors de son arrestation,
on trouve sur lui un numéro… Celui d’Abaaoud. Les services français
voient aussi sa main derrière le projet d’attaque d’une église à Villejuif (Val-de-Marne), en avril, puis dans celle du Thalys Bruxelles-Paris, le 21 août. Le danger qu’il représente provoque un changement radical de la doctrine française.
Septembre 2015 : des frappes contre les sanctuaires d’Abaaoud
Le 27 septembre 2015. Des Rafale décollent pour bombarder Deirez-Zor
(Syrie), le camp d’entraînement d’Abaaoud. Mais celui-ci aurait été à ce
moment-là en Grèce. (Ecpad/Armée de l’air.)
Jusqu’alors, au sein du gouvernement, la ligne du Quai d’Orsay
prévalait. Affaiblir militairement l’organisation terroriste en frappant
ses bases en Syrie revenait, selon Laurent Fabius, à remettre en selle
le régime honni d’Assad. Mais, au cours de l’été, François Hollande est
avisé des desseins d’Abaaoud par les ministres de l’Intérieur et de la
Défense. Cette fois, le président de la République annonce que la France
agira, non plus seulement en Irak au sein de la coalition, mais de
manière autonome en Syrie*. Le 27 septembre, les avions français visent
le camp d’entraînement d’Abaaoud à Deir ez-Zor, sur l’Euphrate, et à
Raqqa, son port d’attache. « Nous n’avons cependant jamais disposé de
ses coordonnées GPS précises, seule condition pour le cibler lui »,
nuance une source gouvernementale.
« Nous frappons Daech en Syrie car cette organisation terroriste
prépare les attentats vers la France depuis la Syrie depuis ces
sanctuaires [...]. Nous agissons donc en légitime défense », déclare à
l’époque le Premier ministre, Manuel Valls.
Abaaoud échappe à la fureur du ciel. En ce mois de septembre, il se
trouve de nouveau en Grèce. Il a fait étape sur l’île de Leros, face aux
côtes turques. C’est en tout cas l’information transmise par les
services marocains à leurs homologues français après les attaques du 13
novembre. Comment Abaaoud est-il revenu dans l’espace Schengen ? Cela
reste un mystère. Mais il est venu préparer l’arrivée des commandos de
Daech infiltrés parmi les réfugiés. Les premiers tueurs rentrent en
Europe le 20 septembre, d’autres le 3 octobre.
13 novembre 2015 : la tragédie de Paris
Paris (XIe), le 13 novembre. Les terroristes frappent notamment le
Bataclan. Abaaoud sera abattu cinq jours plus tard, dans sa planque de
Saint-Denis. (LP/Olivier Corsan.)
Le 13 novembre, Abaaoud conduit les attaques de Paris, avant d’être
abattu par le Raid, dans sa planque de Saint-Denis, cinq jours plus
tard. « Nous l’avions bien identifié, alors même qu’il ne s’agit pas
d’un de nos ressortissants. Mais personne ne l’a vu sortir de Syrie ni
entrer en Europe. Nous, pas plus que nos partenaires », reconnaissait,
au lendemain de la tragédie, une source de haut niveau au sein du
ministère de la Défense, marquée par cet « échec ». « Jamais les
informations collectées auprès de sources humaines ou par des moyens
techniques n’ont fait état d’un retour d’Abaaoud », se défend-on dans
les milieux du contre-terrorisme européen.
* Voir, à ce propos, « les Guerres du président », de David Revault d’Allonnes (Seuil).
Un troublant incident dans un aéroport
Et si Abdelhamid Abaaoud avait profité d’une incroyable bévue ?
Alors que le nom du terroriste figurait dans la liste des « foreign
fighters » (combattants étrangers) depuis 2013, et que son arrestation
était devenue l’obsession de nombreux services occidentaux, le
Belgo-Marocain a été impliqué dans un incident, dans un pays européen,
vraisemblablement la Grèce, qu’il cherchait à quitter. C’est ce que
laisse entendre une écoute téléphonique qui lui est attribuée, dévoilée
lors du procès de la cellule de Verviers, actuellement jugée à Bruxelles
(Belgique). Le 2 janvier 2015, peu après 20 heures, on y entend Abaaoud
raconter à l’un de ses complices présumés comment il a été refoulé d’un
aéroport, sans précision de lieu, ni de date. Avant d’ajouter : « Ils
ont su que ce n’était pas moi (NDLR : sur ses papiers). » Dans une
interview au magazine de Daech, Abaaoud s’est vanté d’avoir été contrôlé
par un officier qui, ne l’ayant pas reconnu, l’avait laissé libre. Par
la suite, le terroriste avait même imaginé faire venir une call-girl
pour jouer les faux touristes à l’aéroport et ainsi duper les contrôles.
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