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Attentat déjoué à Paris : derrière plusieurs attaques fomentées dans des pays voisins européens, l’ombre de «Hayi», un groupuscule pro-Iran
Après l’attaque à l’engin explosif déjoué devant les locaux de la Bank of America, le ministre de l’Intérieur a évoqué des «similitudes» entre cette action et d’autres faits menés en Belgique, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, revendiqués par le groupe «Hayi».

Assiste-t-on aux prémices d’une guerre hybride menée par le régime iranien à l’encontre des intérêts américains, israéliens et juifs, le tout sur le sol européen ? Samedi 28 mars, après un attentat à l’engin explosif déjoué à Paris devant les locaux du VIIIe arrondissement de la Bank of America – attaque empêchée in extremis grâce à l’intervention de policiers qui ont interpellé un homme s’apprêtant à allumer le dispositif – le ministre de l’Intérieur a établi un «lien» avec la guerre au Moyen-Orient. Cette opération déjouée, pour laquelle trois suspects, tous mineurs, ont été placés en garde à vue, est la «concrétisation de la menace iranienne contre les intérêts américains et israéliens partout en Europe» depuis le début de la guerre, a également commenté auprès de l’AFP une source proche du dossier.
Laurent Nuñez dit également voir des «similitudes» entre cette attaque et d’autres «actions similaires qui se sont déroulées dans d’autres pays européens» ces derniers jours. Des attaques qui ont toutes été suivies de «revendications d’un groupuscule qui faisaient référence au conflit», a-t-il ajouté. Le nom de cette organisation : Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya, plus couramment appelé Hayi. Un groupe qui n’avait jamais fait d’apparitions publiques auparavant.
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Dans les précédentes attaques assumées par le groupe, les vidéos de ces opérations ont été diffusées sur des chaînes Telegram considérées par les services comme proches des Gardiens de la révolution islamique iranienne. Au total, au moins six attaques contre des écoles, des synagogues et des communautés juives aux Pays-Bas, en Belgique et au Royaume-Uni ont eu lieu depuis le début du conflit, recense la revue le Grand Continent.
Belgique : le 9 mars, une bombe déposée devant une synagogue de Liège
La première attaque du genre a eu lieu dans la nuit du dimanche 8 à lundi 9 mars, devant une synagogue à Liège, dans l’est de Belgique. Après une forte explosion, certains bâtiments situés à proximité ont subi des «dégâts matériels», a rapporté la police, tout en ajoutant qu’aucune victime n’était à déplorer. Les autorités belges ont également déclaré analyser une vidéo potentiellement prise par des jihadistes, dans laquelle cet acte est revendiqué.
Selon Laurence Bindner, cofondatrice du JOS Project, spécialiste de la radicalisation en ligne et interrogée par l’AFP, le groupe aurait ainsi émergé la première fois dans la nuit de cette attaque menée à Liège. La première revendication a été «relayée sur des chaînes Telegram et X affiliées à des groupes de “l’axe de la résistance”, en particulier des milices chiites irakiennes pro-iraniennes, ainsi que par des médias pro-iraniens», détaille Julian Lanchès, du centre de recherche néerlandais ICCT.
Pays-Bas : une synagogue de Rotterdam prise pour cible le 13 mars
Quelques jours plus tard, le 13 mars, la police a démarré une enquête sur un bref incendie dans une synagogue de Rotterdam dans la nuit, qui n’a fait aucun blessé. Quatre suspects ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire. «Nous ne tolérerons ni l’antisémitisme, ni les intimidations, ni la violence. Les autorités locales veillent à la sécurité des synagogues», a écrit sur X le ministre de la Justice, David van Weel. Le parquet de Rotterdam a indiqué soupçonner les hommes derrière cet incident d’avoir eu un «but terroriste».

Pays-Bas : explosion dans une école juive d’Amsterdam, le 14 mars
Troisième incident similaire en quelques jours. Une explosion se produit dans la nuit de vendredi 13 à samedi 14 mars devant une école juive d’Amsterdam. «Aux Pays-Bas, une vague d’antisémitisme fait rage», a alors réagi le ministère israélien des Affaires étrangères dans un communiqué sur X. «Où aura lieu la prochaine attaque ?», a-t-il accusé, estimant que «le gouvernement néerlandais doit faire beaucoup plus pour lutter contre l’antisémitisme».
Royaume-Uni : des ambulances au service de la communauté juive prises pour cibles à Londres le 23 mars
Les attaques ont ensuite gagné le Royaume-Uni. Le 23 mars, la police londonienne a expliqué enquêter sur une attaque «antisémite» à Londres, après que quatre véhicules d’un service bénévole d’ambulances géré par une association juive ont été incendiés dans la nuit de dimanche 22 à lundi 23 mars dans le quartier de Golders Green, à proximité d’une synagogue du nord de la capitale. Alors que deux hommes ont été interpellés, le groupe Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya a de son côté publié une vidéo revendiquant l’attaque sur une chaîne Telegram nouvellement créée.
Belgique : attaque d’une voiture dans le quartier juif d’Anvers le 23 mars
Le 23 mars dernier, la Belgique a de nouveau été prise pour cible. Une voiture a été incendiée dans le quartier juif d’Anvers. Deux mineurs rapidement interpellés sont soupçonnés de participation aux activités d’un groupe terroriste, selon le parquet de la cité portuaire. «Une vidéo de revendication qui circule a été versée à l’enquête», a-t-il ajouté. D’après l’organisation de veille des groupes jihadistes SITE Intelligence Group, cette dernière provient, là encore, du groupe Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya.
Attentat déjoué contre Bank of America à Paris : le groupuscule iranien HAYI, un « faux-nez » de Téhéran ?

Après Rotterdam, Londres ou encore Liège, c’était au tour de Paris d’être ciblée. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a appelé dimanche 29 mars les forces de sécurité intérieure à « renforcer les mesures de vigilance » sur le territoire français, après avoir établi la veille un « lien » entre l’attentat déjoué visant le siège parisien de la Bank of America et la guerre au Moyen-Orient. Il y a des « similitudes » entre cette action et des opérations menées ces derniers jours dans d’autres pays européens, revendiquées par un même groupuscule : Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya (HAYI), soit le Mouvement des Compagnons des Justes. Et selon les autorités européennes, ce groupe n’existerait pas réellement.
Ces dernières semaines, le groupuscule HAYI, tout juste formé, a revendiqué plusieurs attaques contre la communauté juive en Belgique, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Ses activités ont spécifiquement ciblé des institutions financières juives, israéliennes et occidentales, que le groupe qualifie d’« intérêts sionistes » : le 9 mars, c’est une explosion dans une synagogue de Liège, en Belgique, qui a causé des dégâts matériels. Le 13 mars, un incendie criminel a visé une synagogue de Rotterdam, aux Pays-Bas. Le lendemain, une explosion s’est produite dans une école juive du quartier de Buitenveldert à Amsterdam, quand le 16 mars, un engin explosif improvisé a explosé devant une agence de la Bank of New York Mellon à Amsterdam. Le 23 mars, quatre ambulances Hatzolah ont été détruites par un incendie criminel à Londres.
Un mineur de 17 ans recruté sur Snapchat
En France, c’est le même mode opératoire qui a alerté les autorités sur la concordance de ces attaques : un engin explosif artisanal – un bidon d’essence de cinq litres contenant un liquide inconnu, « probablement un hydrocarbure », associé à une charge d’environ 650 grammes de poudre explosive – déposé devant la Bank of America par deux jeunes hommes, dont un mineur de 17 ans, issus, selon le ministre, « de la délinquance de droit commun ».
Selon une source policière contactée par Le Point, dans la nuit du vendredi 28 mars, les agents de la BAC observent l’arrivée de deux individus devant la Bank of America, rue La Boétie, dans le 8e arrondissement de Paris. L’un pose un dispositif devant la porte, l’autre filme en faisant le guet. Quand le premier rapproche les mains du bidon, « laissant penser qu’il allait mettre en fonction un système d’allumage », les policiers interviennent. L’un des suspects s’échappe. L’autre, s’il résiste violemment, finit par être maîtrisé.

Depuis, le jeune garçon âgé de 17 ans, résidant de Montreuil et né au Sénégal, a été placé en garde à vue. Et s’il a avoué avoir été recruté via le réseau de messagerie Snapchat, et rémunéré à hauteur de 600 euros, il nie tout lien avec le groupuscule.
Un groupuscule fictif aux mains des services iraniens ?
Mais c’est précisément cette mécanique des « proxies » (des individus recrutés localement, sans conscience réelle du commanditaire) que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a pointé, pour soupçonner publiquement le groupe HAYI d’être une « fiction » créée par l’Iran : « Un certain nombre de services iraniens sont susceptibles de mener des actions telles que celle-là au moyen de proxies, a signifié le ministre de l’Intérieur. Est-ce le cas ici ? Je n’en sais rien. Il y a quand même une suspicion. » Une source proche de l’enquête va plus loin, évoquant auprès de l’AFP la « concrétisation de la menace iranienne contre les intérêts américains et israéliens partout en Europe. »
HAYI n’est vraisemblablement qu’un « faux-nez », selon David Rigoulet-Roze, docteur en sciences politiques et spécialiste du Moyen-Orient. Une façade qui renvoie aux réseaux pro-iraniens, et dont la signalétique n’est pas sans précédent. « Dans les années 1980, le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient avait revendiqué une série d’attentats sur le sol français pour le compte du Hezbollah, mandaté par Téhéran, comme le djihad islamique responsable de la prise d’otages de Français au Liban », rappelle le chercheur. « C’est le même mécanisme : une enseigne fictive pour masquer le commanditaire réel, en échange d’une rémunération pour des individus recrutés sur les réseaux sociaux. »
En l’occurrence, pour la tentative d’attentat contre la Bank of America à Paris, il s’agit potentiellement, selon le chercheur, d’un groupe de type Kataeb Hezbollah, issu des Hachd al-Chaabi irakiens, piloté par l’Unité 840 de la force Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique, chargée de mener des opérations clandestines hors d’Iran, notamment en Europe. « Elle recrute dans les milieux interlopes, criminels, pour effectuer un certain nombre d’opérations en rémunérant des “petites mains”. Ils payent des gens », explique David Rigoulet-Roze. Un modus operandi déjà documenté en Allemagne, en Angleterre et aux Pays-Bas, qui leur permettrait de nier toute implication et de semer la confusion chez les enquêteurs.
« Ce mécanisme répond à une logique précise qui relève de la taqqiya chiite (la “dissimulation”) renvoyant au déni plausible en cas de mise en cause plus ou moins explicite : vous spéculez sur l’origine mais vous ne pouvez le prouver », résume David Rigoulet-Roze. Une stratégie similaire, dans sa structure, à la maskirovka russe. Elle s’appuie également sur un contexte juridique récent : c’est en février 2026 que les Gardiens de la révolution ont été officiellement classés organisation terroriste par l’Union européenne. Une décision longtemps repoussée, faute de fondement juridique clair, et finalement ancrée dans un jugement d’une cour allemande suite à l’attentat contre une synagogue de Bochum en 2022.
Quelle menace réelle pour les Français ?
En France la menace terroriste chiite est donc « bien réelle », selon le chercheur, mais pour l’heure circonscrite. « Ils montrent qu’ils sont en capacité de nous atteindre. Mais on n’est pas dans la configuration des années 1980, où des bombes explosaient dans Paris », tempère David Rigoulet-Roze. L’Iran cherche à dissuader les pays européens de s’aligner sur les États-Unis dans le conflit au Moyen-Orient – et notamment de rejoindre une éventuelle coalition navale dans le Golfe. « C’est un message : ne prenez pas ce risque », résume le chercheur. Une mise en garde qui n’est pas sans rappeler les déclarations d’Ismail Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, qui avait averti les Européens qu’ils seraient « considérés comme des ennemis » s’ils s’engageaient davantage dans le conflit.
« Ce sont des cibles spécifiques : les intérêts américains, les intérêts israéliens, compte tenu des parties prenantes au conflit en cours. C’est rationalisé. » Le cas des institutions juives pose néanmoins un problème distinct : « La communauté juive se retrouve mécaniquement associée aux intérêts israéliens, ce qui en fait malgré elle une cible désignée. »
Une escalade vers des cibles purement françaises reste donc, pour l’heure, implicite. Même si elle n’est pas exclue. « Si les Européens s’engagent davantage, les cibles pourraient évoluer », avertit le chercheur. Un risque que les autorités ont clairement en tête, et qui explique, selon lui, que la surveillance ait été suffisamment renforcée pour déjouer l’attentat parisien. « C’est semble-t-il un service étranger – CIA ou Mossad – qui aurait alerté les services français. Il y avait une surveillance spéciale. »
« On n’est plus sur le seul registre de la diplomatie »
Pour confirmer ou infirmer les liens avec les différentes actions portées, les enquêteurs vont, dans les prochains jours, « comparer la nature de l’explosif à celui utilisé dans des actions similaires, de dégradations contre des biens, commises dans plusieurs pays européens ces dernières semaines, et parfois imputées à l’Iran par les autorités locales », a précisé une source à France Télévisions.
Mais en révélant publiquement les soupçons pesant sur Téhéran, Laurent Nuñez a pris les devants, leur envoyant un message clair : « On n’est plus sur le seul registre de la diplomatie. C’est un signalement politico-stratégique au niveau des services de renseignement », analyse David Rigoulet-Roze. « Il indique clairement que la France sait pertinemment ce qu’il en est. Et qu’elle n’est pas dupe de la situation. »

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