De nouvelles publications apparaissent tous les jours sur
cette affaire mais restent pour la plupart réservées à un public
restreint.
Ainsi, hier, de l’article de Marianne.net dont début rapporté
ci-dessous, et avant-hier soir, de l’interview par un journaliste du
Télégramme des responsables du Conseil de l’Ordre des Médecins du
Finistère.
Donnant de nouvelles précisions sur leur intervention dans cette
affaire en 2006 et les difficultés qu’ils avaient rencontrées, ceux-ci
soulignent l’absence de réaction de la DDASS et son silence à cette
époque tout comme encore aujourd’hui, et expliquent que les relations
santé-justice se sont améliorées ces dernières années : beaucoup plus
réactifs qu’autrefois, les procureurs n’hésitent pas à leur signaler les
cas de confrères qui font l’objet d’enquêtes ou de condamnations.
« L’autorité peut aussi agir très vite pour écarter d’un service
de soin un médecin dont l’attitude peut être préjudiciable pour les
patients », disent-ils.
Encore faut-il qu’elle en ait la volonté… tout comme la DDASS en 2006…
Il est donc très hasardeux d’en conclure que les mêmes faits auraient du mal à se reproduire.
Par ailleurs, les procureurs n’effectuent toujours de signalements
que dans les limites du département où ils exercent et s’en abstiennent
bien évidemment dans tous les cas où ils se moquent ouvertement des
victimes, comme dans le Finistère pour les affaires de moeurs.
Démasqué en 2004 par une première enquête américaine, Joël Le
Scouarnec avait berné les enquêteurs. Ses premiers viols remonteraient à
1987. La justice recherche désormais plusieurs centaines de
victimes.Combien de viols auraient pu être évités ? En 2004, déjà, Joël
Le Scouarnec, le chirurgien de Jonzac aujourd’hui soupçonné de centaines
de viols et d’agressions sexuelles, était dans le collimateur… de la
justice américaine. A l’époque, avec les débuts d’Internet, il
s’agissait d’une des premières traques des pédophiles 2.0.
Cette enquête initiale a commencé le 30 juillet 2003, à Paris, avec
l’arrestation de trois Biélorusses suspectés de blanchiment et de
diffusion d’images d’enfants à caractère pornographique. Dans la foulée,
en Floride, sont saisis les ordinateurs des sociétés Connexion.usa,
Regpay ou Trust-bill. Le FBI met la main sur leurs fichiers « clients ».
Dans le lot… 2 468 Français. La liste, une des premières listes
françaises de « consommateurs » d’images pédopornographiques, est
transmise à Paris. Parmi les 2 468 noms, un médecin de Vannes, Joël Le
Scouarnec, aujourd’hui âgé de 68 ans. L’enquête américaine démontre sans
l’ombre d’un doute que cet honorable chirurgien jusque-là sans
histoire, à trois reprises, les 21 février, 7 mars et 19 avril 2003,
avait utilisé sa carte bancaire pour accéder à des vidéos interdites.
A l’époque, une perquisition est opérée chez lui par la gendarmerie,
mais aucune image n’est retrouvée dans son ordinateur et personne dans
son entourage familial ne mentionne quoi que ce soit. Aucune enquête
n’est menée dans son milieu professionnel, où le chirurgien digestif
opère à tour de bras des appendicites d’enfants. Le 13 octobre 2005,
Joël Le Scouarnec se retrouve…
Des carnets décrivant des « choses absolument abominables » ont été
retrouvés au domicile d’un chirurgien accusé de viols et agressions
sexuelles sur au moins quatre mineurs. L’homme est incarcéré à Saintes,
en Charente-Maritime, dans l’attente de son procès. Il pourrait y avoir
jusqu’à 200 victimes.
Il est en détention provisoire depuis mai 2017 à Saintes, accusé de
viols et d’agressions sexuelles sur quatre mineurs, mais ses victimes
pourraient être plusieurs dizaines, voire 200 partout en France. Les
enquêteurs ont retrouvé au domicile de Joël Le Scouarnec, médecin de 68
ans qui a notamment exercé pendant près de 10 ans en chirurgie viscérale
à l’hôpital de Jonzac, en Charente-Maritime, des carnets qui décrivent
« des choses absolument abominables« . Cette découverte comprend notamment un « carnet avec deux répertoires« , qui consigne les « noms et prénoms de jeunes filles et garçons mineurs, avec la narration de faits très précis les concernant« .
200 noms, autant de victimes potentielles
C’est le journal La Charente libre
qui révèle cette découverte ce mardi. Selon le quotidien, le docteur a
exercé dans des hôpitaux bretons, en Touraine, et à Jonzac, et 200 noms
figureraient dans ces carnets. Soit autant de victimes potentielles
recensées partout en France. Impossible pour l’instant de savoir si ces
faits sont avérés ou fantasmés, mais si ces faits étaient confirmés par
les victimes, Fransesca Satta, l’avocate de la famille d’une des
victimes estime sur Franceinfo que cet homme serait « un pédophile de grande envergure, particulièrement dangereux pour notre société« .
L’avocate évoque aussi « des petits baigneurs retrouvés cachés sous les lattes du plancher« . Ces objets « lui servaient d’exutoires sexuels« , assure-t-elle, évoquant également « des photos de lui dénudé, en érection, portant des perruques« .
Témoignage d’une fillette de 6 ans
Son interpellation est intervenue après le témoignage d’une fillette
de 6 ans, voisine du médecin, auprès de son père. La petite fille avait,
selon les informations de nos confrères de Franceinfo,
raconté à ses parents avoir vu le « zizi » du voisin. Après avoir
décrit une scène de masturbation, la fillette a fini par dire à ses
parents que le sexagénaire s’est déshabillé et évoque une pénétration.
D’autres investigations sont en cours pour identifier d’autres
potentielles victimes. Selon Franceinfo, ces recherches menées par la
section de recherches de la gendarmerie de Poitiers (Vienne) ont permis
de récolter de nouvelles plaintes, une petite dizaine pour le moment.
Les gendarmes s’attachent à retracer le parcours professionnel et
personnel du médecin.
Indre-et-Loire puis Morbihan
Joël Le Scouarnec a débuté sa carrière de chirurgien digestif à Loches,
en Indre-et-Loire, où il a fondé la clinique de la Fontaine avec deux
confères, avant qu’elle ne ferme en 1988. Le médecin a reconnu lors
d’une audition des agressions sexuelles commises à cette époque. Il est
ensuite intervenu à l’hôpital de Loches, jusqu’en 1990, avant de partir
pour la Bretagne, à Vannes, dans le Morbihan. Là-bas, il avait été
condamné en 2005 pour détention d’images pédopornographiques.
Quatre dossiers pour viol sur mineurs
L’homme est aujourd’hui mis en cause dans quatre dossiers pour viol
sur mineurs dont une petite fille de sa propre famille. Il est aussi
poursuivi pour exhibition et consultation et diffusion d’image
pédopornographique. S’il reconnaît les agressions sexuelles, il conteste
en revanche, la matérialité de la pénétration.
Concernant la deuxième enquête, son avocat, maître Thibault Kurzawa,
assure ne pas être au courant pour l’instant. C’est à la justice de
travailler. Mais pour lui, rien ne permet de conclure que son client est
l’auteur de viols et d’agressions sexuelles sur 200 victimes, sur la
base des carnets. « Ce que je constate, c’est qu’il y a une enquête
qui serait menée. Il y a des noms qui ont été cités dans ces fameux
carnets. D’une part, on ne sait pas ces personnes existent réellement.
D’autre part, on ne sait pas si derrière chaque nom il existe réellement
un fait. Mon client, s’il ne conteste pas être l’auteur de ces écrits,
en revanche, conteste formellement avoir commis ces faits », assure-t-il.
A aucun moment il n’est possible d’établir avec certitude
que tous ces écrits correspondent à des faits » – Maître Thibault
Kurzawa
Pour son avocat : « mon client était une personne qui avait de
graves problèmes par rapport à l’aspect sexuel de ses idées et de ses
fantasmes. C’est quelqu’un qui passe effectivement son temps à
retranscrire sur papier l’ensemble de ses rêves, aussi sordide
soient-ils. Mais à aucun moment il n’est possible d’établir avec
certitude que tous ses écrits correspondent à des faits ». Thibault
Kurzawa affirme enfin que son client comprend l’impact psychologique de
ses écrits. Il les regrette et les qualifie lui-même d’ignobles, selon
son avocat. Il se soigne en prison et voit régulièrement un psychologue.
L’homme de 68 ans a demandé sa radiation de l’Ordre des médecins en
2017. Il comparaîtra fin 2019 ou début 2020 devant la cour d’assises de
Charente-Maritime pour ces faits, « susceptibles d’avoir été commis entre 1989 et 2017 » selon le parquet de La Rochelle.
Des carnets décrivant des scènes d’abus sexuels sur des enfants ont
été trouvés par les enquêteurs au domicile d’un chirurgien de Jonzac,
incarcéré depuis 2017 pour 4 viols et agressions sexuelles présumées. Ce
médecin, qui a officié en Bretagne, y mentionne plus de 250 noms. « Des
fantasmes », répond son avocat.
Ce chirurgien viscéral de 68 ans, incarcéré depuis deux ans et en
attente de son procès pour viols sur plusieurs mineurs, est accusé
d’être au cœur du plus grand scandale de pédophilie en France.
Combien de victimes ?
Un premier procès sera organisé fin 2019, début 2020, selon le
parquet de la Rochelle, pour des faits de viol et agressions sexuelles,
exhibition et consultation et diffusion d’image d’un mineur à caractère
pornographique, « susceptibles d’avoir été commis entre 1989 et 2017 sur 4 mineures »,
dont deux nièces et une voisine. L’affaire est partie du père de la
petite voisine de 6 ans qui a porté plainte. Le médecin de 68 ans,
spécialisé dans la chirurgie digestive, père de famille aujourd’hui
séparé, a été placé en détention provisoire en mai 2017.
C’est le premier volet d’un dossier qui pourrait s’avérer beaucoup plus épais. Comme l’indique le parquet, «
les investigations se poursuivent sous la direction du parquet de la
Rochelle pour identifier et entendre d’autres éventuelles victimes. »
Chez le chirurgien, lors de perquisitions, les enquêteurs ont trouvé
des carnets décrivant des scènes d’abus sexuels. Plus de 250 noms y
seraient mentionnés. Il n’est pas poursuivi pour ces actes aujourd’hui.
Comment les gendarmes ont-ils procédé ?
L’enquête a été confiée aux gendarmes de la section de recherches de
Poitiers. L’homme a officié dans différents hôpitaux et cliniques en
Touraine, en Charente-Maritimes mais aussi dans le Morbihan, le
Finistère, et lors d’un court remplacement aux Sables-d’Olonnes (en
2003), du début des années 90 à 2008, année où il est parti à Jonzac.
Les potentielles victimes étant éparpillées en France, ce sont des
brigades locales qui les ont contactées et entendues. Les gendarmes
utilisent un canevas type d’audition. Un exercice délicat car la plupart
des personnes n’ont pas de souvenir d’agression.
Fantasme ou réalité ?
Pour Caroline (prénom d’emprunt), cela ne fait pas de doute.« Ce n’est pas du « fantasme » ce qu’il a raconté sur moi dans son carnet. »
Elle a été contactée par les gendarmes le 27 décembre 2017. Quand ils
lui ont demandé si elle avait été hospitalisée en août 2003, tout est « remonté à la surface ». « J’avais 10 ans. C’était pour une appendicite. »
Caroline a décrit aux gendarmes ce qui lui était arrivé, lors de son
séjour de plusieurs jours à l’hôpital, avant qu’ils ne lui lisent
l’extrait du carnet du chirurgien la concernant. « Il m’a violée
plusieurs fois. J’étais consciente. Je me souviens d’une fois, c’était
le lendemain de mon opération. J’étais dans une chambre isolée, au fond
du couloir. C’était quelqu’un de très froid. Il ne parlait quasiment
pas. J’ai tout gardé pour moi. Je croyais que j’étais folle. »
Comme une autre victime morbihannaise dont nous avons reçu le
témoignage, elle l’a reconnu parmi neuf photos d’hommes présentées par
les gendarmes. 16 ans après. Elle a déposé plainte pour viol.
L’avocat du chirurgien reconnaît l’existence d’écrits « dans des carnets ou numériques ».«
Mon client ne conteste pas être l’auteur de ces écrits mais, pour lui,
il s’agit de fantasmes, de rêves. Rien ne prouve aujourd’hui qu’il
s’agit de faits avérés », indique Me Thibault Kurzawa, avocat au barreau de Saintes.
« Il est persuadé d’avoir une déviance. Et depuis deux ans et
demi, il ne fait que cela : se soigner. Il exprime des regrets profonds
et sincères et cherche à comprendre comment il a pu en arriver là. »
Comment réagissent les victimes ?
La révélation de leur nom marqué sur ses carnets et des faits étant
décrits a été un véritable choc. Certains se souviennent, d’autres non.
Des victimes présumées se sont rapprochées de l’association d’aide aux
victimes, qui met à leur disposition des psychologues. Deux frères,
victimes présumées, ont créé un groupe Facebook pour rassembler les
victimes. Il comptait 39 membres mardi, 75 membres ce mercredi soir. « Personne ne sait trop quoi faire. On n’a pas de réponses à nos questions », indique une Morbihannaise victime présumée.
Comment a-t-il pu continuer d’exercer après une condamnation ?
« Les souvenirs commencent à revenir »: un homme accusant le chirurgien de pédophilie témoigne
23/08/2019 à 17h29
Le chirurgien sera jugé dans les prochains mois par la cour d’assises de Charente-Maritime. – AFP
Un jeune homme, dont le nom figure dans les carnets de Joël Le
Scouarnec, ce chirurgien soupçonné de pédophilie, a accepté de témoigner
pour BFMTV. Il raconte comment il a refoulé les faits qui se sont
déroulés, selon son récit, lorsqu’il était hospitalisé enfant dans un
établissement de Bretagne. Depuis il a porté plainte.
Il s’agit de l’une des 200 voix que les gendarmes recherchent depuis
plusieurs mois. Le prénom de ce jeune homme, qui a accepté de témoigner
anonymement auprès de BFMTV, figure dans l’un des carnets de Joël Le Scouarnec,
ce chirurgien soupçonné de plusieurs cas de pédophilie ces 3 dernières
décennies. Pendant plusieurs années, il a refoulé les faits, avant que
la réalité remonte à la surface.
Alors enfant, ce jeune homme a consulté Joël Le Scouarnec pour « une
opération dans un hôpital breton », raconte-t-il. A cette époque, le chirurgien digestif a
exercé dans plusieurs établissements bretons, et ce, jusqu’en 2008 et
sa prise de poste à Jonzac, en Charente-Maritime. En 2005, le tribunal
de Vannes l’avait condamné à 4 mois de prison avec sursis et 20.000
euros d’amende pour « détention d’images pédopornographiques ». Les
faits dont il accuse le médecin se sont produits lors de son
hospitalisation.
« J’ai été victime au rendez-vous post-opératoire et après l’opération », confie ce jeune homme, traumatisé.
Dépôt de plainte
Pendant de longues années, il a refoulé ce qu’il a subi. « Je fais
partie des victimes qui ont préféré occulter les actes qu’il m’a
infligés. Avec un travail et un accompagnement, petit à petit, les
souvenirs commencent à revenir », poursuit le jeune homme. Et l’année
dernière, après l’ouverture d’une nouvelle enquête préliminaire par le
parquet de La Rochelle sur des potentielles autres agressions sexuelles,
les gendarmes le contactent.
« En effet, je fais partie de la liste des personnes
présentes dans les carnets (de Joël Le Scouarnec, NDLR). A la suite de
ce contact, j’ai porté plainte », explique-t-il.
Ces potentielles autres cas d’abus et d’agressions sexuelles ont été
découverts après le dépôt d’une plainte de la famille d’une fillette
contre le chirurgien en 2017. A l’époque, la famille était voisine de ce
médecin. La petite fille, alors âgée de 6 ans, va raconter à ses
parents, qu’alors qu’elle jouait seule au fond du jardin familial,
l’homme s’est exhibé nu devant elle, avant de la violer. Cette plainte
est alors l’élément déclencheur de cette affaire. Les perquisitions au
domicile du médecin vont permettre de découvrir l’existence de ces
carnets dans lesquels sont inscrits plus de 200 prénoms de petits
garçons et petites filles, ainsi que des descriptions d’abus sexuels.
Le chirurgien, depuis radié par le conseil de l’ordre des médecins,
est mis en examen et placé en détention provisoire en mai 2017. Lors de
l’instruction, il va reconnaître d’autres attouchements, notamment
commis sur ses deux nièces et une autre voisine. Dans quelques mois, il
sera jugé pour ces quatre faits par la cour d’assises de
Charente-Maritime. Mais les investigations se poursuivent pour
identifier et entendre d’éventuelles autres victimes. Selon nos
informations, 4 plaintes ont déjà été déposées pour viol ou agression
sexuelle.
Fantasmes ou dizaines de victimes ? Les récits des carnets du chirurgien de Jonzac soupçonné de pédocriminalité
ENQUÊTE – Les carnets retrouvés dans la maison Joël Le Scouarnec
dévoilent de nouveaux éléments et précisent la psychologie du chirurgien
accusé de pédocriminalité sur plusieurs mineures, dévoile ce dimanche
le JDD.
25 août 2019 11:11 – La rédaction de LCI
Ce sont des récits sordides, contenus dans des carnets auxquels ont
eu accès les gendarmes dès le mois de mai 2017. La maison du chirurgien
Joël Le Scouarnec, à Jonzac (Charentes-Maritimes), a été fouillée de
fond en comble par les enquêteurs, après les accusations de viol
portées contre lui par sa voisine, une petite fille âgée de 6 ans.
Depuis, l’enquête suit son cours, l’accusé est en détention
provisoire, et les 200 noms listés dans des cahiers laisseraient penser
que ses victimes sont bien plus nombreuses. « Des fantasmes, pas la
réalité », répond Thibault Kurzawa, avocat chargé de la défense du
chirurgien. Au domicile de ce dernier, les découvertes faites par les
gendarmes sont des plus effarantes : 200 noms inscrits dans un
répertoire donc, mais aussi des journaux intimes qui décrivent soit des
fantasmes soit des violences sexuelles infligées potentiellement à des
enfants, des godemichés, des films le mettant en scène coiffé d’une
perruque, ou encore une vingtaine de poupées destinées à assouvir ses
désirs sexuels.
Outre les faits sur sa petite voisine, le chirurgien a avoué cinq
agressions sexuelles, dont certaines correspondent à des noms inscrits
dans son répertoire. Les faits de trois d’entre-elles sont prescrits.
Joël Le Scouarnec, 68 ans, a été renvoyé en mars dernier devant la cour
d’assises de Charente-Maritime, à Saintes, où il devrait être jugé début
2020, pour des viols et des agressions sexuelles sur quatre mineurs de
moins de 15 ans. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle pour ces
premiers faits. Mais l’affaire n’en est sans doute qu’à ses débuts.
La rédaction de LCI
Mis à jour : dimanche dernier à 11:11Créé : dimanche dernier à 11:11
L’affaire Le Scouarnec, ce chirurgien suspecté de viols et
agressions sur mineurs, a eu l’effet d’un électrochoc dans le monde
médical. Le Conseil de l’Ordre des médecins du Finistère, explique,
qu’aujourd’hui, de tels faits auraient du mal à se reproduire.
Dans leurs bureaux de la rue de l’Elorn, à Brest, les docteurs Pierre
Jourdren et Yvon Balavoine, respectivement président et secrétaire
général du Conseil de l’Ordre du Finistère, reviennent sur l’affaire Le
Scouarnec. Sur le bureau, une chemise où ils détiennent tous les
courriers émis ou reçus par l’Ordre, lors de cette affaire.
« Tout a commencé le 13 juin 2006. Un confrère de Quimperlé nous a
appelés nous informant que le docteur Le Scouarnec avait été condamné
pour consultation de photos pédophiles. Ce médecin hospitalier était
inscrit dans le Finistère depuis le 1er janvier 2005. Il venait du Morbihan », racontent les deux responsables départementaux de l’Ordre.
Une extrême lenteur judiciaire
« Le jour même, nous avons appelé le greffe du TGI de Vannes. Le
lendemain, le 14, nous avons expédié un courrier officiel demandant que
le jugement nous soit transmis ».
Les jours passent et rien. Le 24 juillet, une secrétaire de l’Ordre
relance le greffe de Vannes, par téléphone, sans résultat. « Le
22 septembre, on téléphone à nouveau et on poste une nouvelle lettre.
Rien en retour. Début novembre, on réitère notre demande par lettre
recommandée. Le 9 novembre, enfin, nous recevons copie du jugement qui
nous informe des détails de la condamnation de notre confrère. À
l’époque, les médecins hospitaliers dépendaient de la DDASS (Direction
départementale des affaires sanitaires et sociales) et non pas de
l’Ordre, dont dépendaient uniquement les libéraux. Les choses ont changé
depuis. Mais cette situation nous préoccupait. »
Le jour de la réception du jugement, le docteur Simon qui était
président de l’Ordre du Finistère, appelle la DDASS et l’informe de la
situation. Aucune réaction de l’organisme de tutelle. « Le 15 novembre,
nous prenons la décision d’adresser un courrier à la DDASS assorti d’une
copie du jugement ». Réuni le lendemain, à Brest, le Conseil approuvera
cette démarche. Il demandera aussi que le docteur Le Scouarnec soit
auditionné.
La DDASS ne répond pas
« Nous l’avons rencontré à Brest. Nous étions trois confrères, se
souvient le docteur Jourdren. Il n’a pas nié les faits. Nous trouvions
étonnant que la décision de justice ne soit pas accompagnée d’une
injonction de soins, d’interdiction d’exercice, ou d’une interdiction
d’approcher des mineurs dans le cadre de ses fonctions de praticien.
Nous n’avions pas les pouvoirs d’agir en ce sens. Seule la DDASS pouvait
le faire ».
En décembre de la même année, le Conseil de l’Ordre se réunira à
nouveau, confirmant les démarches engagées auprès de la DDASS. « Nous
n’avons reçu aucune réponse de cet organisme ». Nous avons voulu en
savoir plus sur ce silence, en nous rapprochant de l’Agence régionale de
santé (ARS) qui, après 2010, a pris la suite des quatre DDASS
bretonnes. Cet organisme, dont le siège est à Rennes, a déclaré ne pas
« vouloir communiquer sur cette affaire » ».
Selon les docteurs Jourdren et Balavoine, les relations santé-justice
se sont réellement améliorées ces dernières années. « Les procureurs
sont beaucoup plus réactifs et n’hésitent pas à nous signaler le cas de
confrères qui font l’objet d’enquête ou de condamnations. On nous fait
même part des conduites en état d’ivresse quand elles relèvent d’un
délit. L’autorité peut aussi agir très vite pour écarter d’un service de
soin un médecin dont l’attitude peut être préjudiciable pour les
patients », concluent les deux représentants de l’Ordre.
C’est ce qui se déduit de nouvelles révélations faites
hier par des journalistes du Point qui ont eu accès à un PV d’audition
mentionnant l’existence d’un dossier disciplinaire du Conseil de l’Ordre
des Médecins de Bretagne qui aurait entraîné pour le chirurgien la
présence obligatoire d’un autre praticien lors de l’examen clinique de
mineurs.
Interrogés par la gendarmerie, ses collègues de l’hôpital de Jonzac
disent avoir toujours ignoré cette mesure et ne l’avoir donc pas
appliquée.
Le vice-président du Conseil National de l’Ordre des Médecins
explique aux journalistes : « Au niveau de l’ordre, il n’y a pas eu de
sanction disciplinaire, et pour cause. À l’époque des faits, en 2004,
nous n’étions pas compétents pour rechercher une responsabilité
disciplinaire envers les médecins hospitaliers. »
Et de poursuivre : « Nous n’avons eu aucun courrier émanant d’une
structure publique, tels un centre hospitalier, une DDASS ou un centre
national de gestion, à ce sujet. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas
eu de sanction disciplinaire, mais, en tout état de cause, nous n’avons
pas été informés. »
Quant à la nature de la sanction, elle l’étonne : « Cela me semble
difficile à mettre en place ; une restriction d’exercice avec
interdiction d’entrer en contact avec des mineurs me semblerait plus
facile à appliquer. »
« A l’époque des faits, en 2004″
Rappelons que le chirurgien a été condamné à quatre mois de prison
avec sursis pour détention d’images à caractère pédopornographique entre
mars 2002 et décembre 2003 au mois de novembre 2005, à Vannes, dans le
Morbihan.
Il exerçait alors à l’hôpital de Quimperlé, dans le Finistère, depuis
octobre 2004, mais avait auparavant, dans le Morbihan, toujours relevé
du secteur privé.
En effet, ce praticien spécialisé en chirurgie viscérale est
intervenu dans le Morbihan d’abord à la Polyclinique du Sacré-Cœur, à
Vannes, de 1994 à début 2003, puis à l’hôpital de Bodélio, à Lorient, où
il a effectué des remplacements sans jamais être recruté de manière
définitive, entre 2002 et 2004. Ce n’est qu’au mois d’octobre 2004 qu’il
a acquis le statut de médecin hospitalier, à Quimperlé.
La sanction disciplinaire que les journalistes du Point ou leurs
interlocuteurs n’ont pu retrouver résulte donc vraisemblablement d’une
procédure ordinale dans le Morbihan, où le chirurgien a été poursuivi
puis condamné et exerçait lors des faits lui ayant été reprochés.
Affaire Le Scouarnec : l’introuvable sanction disciplinaire
EXCLUSIF. Le chirurgien pédophile n’aurait plus été autorisé à
examiner des mineurs sans la présence d’un autre praticien, après sa
condamnation de 2005.
Renvoyé aux assises pour viols et agressions sexuelles sur des
mineurs de moins de 15 ans et soupçonné d’autres crimes de cette nature —
dont le nombre pourrait atteindre plusieurs dizaines si l’on en croit
les terribles carnets retrouvés chez lui —, le Dr Joël Le Scouarnec
aurait, selon nos informations, fait l’objet d’une mesure disciplinaire
après sa condamnation pour détention d’images pédopornographiques, en
2005, à Vannes (Morbihan). Le cas échéant, ces sanctions ont-elles été
appliquées ? Ou bien ont-elles été ignorées ?
Difficile d’obtenir une réponse malgré nos appels répétés aux ordres
des médecins régionaux et départementaux, à l’agence régionale de santé
(ARS), aux centres hospitaliers de Quimperlé (Finistère) et de Jonzac
(Charente-Maritime), où le chirurgien viscéral a continué à exercer,
entre 2005 et son arrestation, le 2 mai 2017. Et pourtant, il semble
bien qu’une instance ait pris des mesures et décidé de sanctions, après
la condamnation à quatre mois d’emprisonnement avec sursis (sans suivi
ni obligation de soins) du Dr Le Scouarnec, pour les images retrouvées
sur le disque dur de son ordinateur, il y a douze ans. C’est en tout cas
ce qui ressort d’un procès-verbal d’audition que Le Point a pu consulter.
Je ne suis pas sûr que cette mesure ait été appliquée.
Convoqué quelques jours après l’arrestation de Le Scouarnec,
le 19 mai 2017, son collègue, le Dr X., est interrogé par les gendarmes
de la brigade de recherche de Jonzac.
– « Étiez-vous informé qu’il [Le Scouarnec] avait déjà fait l’objet
d’une procédure judiciaire pour détention d’images pédopornographiques,
en 2005 ? » lui demande l’enquêteur.
– « Non, mais j’ai appris après son interpellation qu’il avait des antécédents, sans plus de précision », répond le Dr X.
Nouvelle question du gendarme : « Avez-vous eu connaissance qu’il
avait fait l’objet d’un dossier disciplinaire par le conseil de l’ordre
de Bretagne, et que cela avait entraîné la présence obligatoire d’un
autre praticien, lors de l’examen clinique de mineurs ? » Le confrère de
Le Scouarnec répond également par la négative :
– « Non, et d’ailleurs je ne suis pas sûr que cette mesure ait été
appliquée à son arrivée à Jonzac [en 2008, NDLR] », déclare-t-il.
Qui a pris la mesure ?
Ainsi, donc, une mesure disciplinaire présentant un caractère
préventif, qui imposait la présence d’un médecin tiers lors de tout
examen clinique que le chirurgien pouvait être amené à effectuer sur des
mineurs, aurait été ordonnée. Par qui ? L’ordre régional des médecins,
comme le laisse entendre la question du gendarme ? Ou bien la DDASS du
Finistère, à l’époque compétente pour poursuivre des médecins
hospitaliers sur le plan disciplinaire ? Contactée par Le Point,
l’agence régionale de santé (ARS) à Quimper — qui a remplacé la DDASS
— refuse de répondre : « La direction de l’ARS a fait le choix de ne pas
s’exprimer. »
La sanction que la DDASS s’abstient d’évoquer a-t-elle été suivie
d’effets, autrement dit appliquée à l’hôpital de Quimperlé, où Joël Le
Scouarnec a travaillé entre 2004 et 2008, puis au centre hospitalier de
Jonzac, où il fut affecté ensuite et a terminé sa carrière ? Là encore,
la question embarrasse. Le groupe hospitalier Bretagne Sud (GHBS),
auquel est rattaché aujourd’hui l’hôpital de Quimperlé, nous a transmis
pour seule réponse ce communiqué laconique : « Le centre hospitalier de
Quimperlé était autonome à l’époque et ne dépendait pas de [notre]
groupe, créé au 1er janvier 2018. De fait, le GHBS n’est pas en mesure
de fournir des éléments relatifs à ce dossier, sauf auprès de la justice
lorsqu’elle en fera la demande dans le cadre de la procédure en
cours. »
Une mesure non appliquée ?
Quant à l’hôpital de Jonzac, il est aux abonnés absents, malgré nos
demandes, orale et écrite. La direction se refuse à toute
« déclaration » et semble avoir mis la pression sur le personnel afin
qu’il s’abstienne de tout commentaire. « On a des instructions »,
confirme un agent, interrogé par Le Point. Les ordres médicaux
régionaux et départementaux n’ont pas davantage répondu à nos
sollicitations. Il a fallu que nous interrogions l’Ordre national des
médecins, à Paris. Ce dernier vient de recevoir le dossier ordinal du praticien incriminé, et « aucune procédure disciplinaire » n’y figure.
Le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président du Conseil national de
l’Ordre, nous explique : « Au niveau de l’ordre, il n’y a pas eu de
sanction disciplinaire, et pour cause. À l’époque des faits, en 2004,
nous n’étions pas compétents pour rechercher une responsabilité
disciplinaire envers les médecins hospitaliers. » La sanction ne peut
donc venir de l’Ordre, mais en a-t-il été informé ? « Nous n’avons eu
aucun courrier émanant d’une structure publique, tels un centre
hospitalier, une DDASS ou un centre national de gestion, à ce sujet,
affirme Jean-Marcel Mourgues. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu
de sanction disciplinaire, mais, en tout état de cause, nous n’avons pas
été informés. » Quant à la nature de la sanction, si elle a existé
(obligation de la présence d’un tiers pour tout examen de patients
mineurs), elle étonne quelque peu le vice-président de l’Ordre : « Cela
me semble difficile à mettre en place ; une restriction d’exercice avec
interdiction d’entrer en contact avec des mineurs me semblerait plus
facile à appliquer. »
Quant à Me Thibault Kurzawa, l’avocat du chirurgien soupçonné d’actes
pédophiles, notamment sur son lieu de travail, il assure « n’avoir pas
eu connaissance de cette mesure disciplinaire ». Soit la sanction
évoquée dans la procédure n’existe pas, mais, alors, pourquoi
l’enquêteur y aurait-il fait allusion ? Soit cette décision a bien été
rendue, mais elle n’a pas été appliquée. Ce qui serait autrement plus
dommageable quand on sait que Le Scouarnec ne sera confondu que douze
ans après sa première condamnation, à la suite de la plainte d’une
petite voisine de 6 ans, à laquelle il aurait fait subir un viol et
plusieurs agressions sexuelles, en 2017, quelques jours avant son
arrestation. Des faits pour lesquels il comparaîtra, avec d’autres de
même nature, devant les assises de Charente-Maritime, fin 2019 ou
début 2020.
Incarcéré depuis mai 2017, Joël Le Scouarnec est un chirurgien accusé
d’agressions et de viol sur quatre fillettes. En parallèle, les
gendarmes ont ouvert une enquête lorsqu’ils ont découvert des carnets
personnels où le suspect décrivait des agressions sur des mineurs depuis
1989.
Par C.B. Publié le 21/08/2019 à 18:53 Mis à jour le 21/08/2019 à 19:26
L’affaire fait grand bruit. Ce chirurgien accusé de pédophilie est aujourd’hui âgé de 68 ans, mais les faits remonteraient à 1989, s’ils sont avérés. Deux enquêtes visent aujourd’hui le praticien, incarcéré depuis mai 2017.La première concerne des accusations d’agressions sexuelles et de viol sur quatre fillettes.
Son procès en cour d’assises devrait se tenir en 2020. L’élément
déclencheur fut le témoignage de l’une d’entre-elles. En 2017 elle
accuse Joël Le Scouarnec d’exhibition et d’attouchements. Le médecin
était son voisin à Jonzac en Charente-Maritime.
Déjà condamné en 2005
Auparavant, Joël Le Scouarnec avait exercé 18 ans dans des établissements bretons. D’abord 14 ans à la Polyclinique du Sacré-Cœur à Vannes, puis dans les hôpitaux de Lorient et Quimperlé entre 2004 et 2008. Ce n’est qu’ensuite qu’il a rejoint l’hôpital de Jonzac en Charente-Maritime.
Pourtant, le docteur avait déjà été condamné en 2005 pour « détentions d’images pédopornographiques ». Sa peine : quatre mois de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende.
Contacté par téléphone, la direction du Groupe Hospitalier Bretagne Sud « n’est pas en mesure d’apporter des éléments relatifs à ce dossier » car l’hôpital de Quimperlé « était autonome à cette époque et ne dépendait pas du GHBS. »
200 noms d’enfants sur des carnets
Lors de l’instruction, les enquêteurs tombent sur des éléments troublants au domicile du suspect, au cours d’une perquisition. Comme le révèlent nos confrères de Charente Libre, parmi ces éléments, les gendarmes examinent des carnets personnels.
Sur ces pages manuscrites, une vision d’horreur. Le chirurgien a compilé plus de 200 profils d’enfants dans ses notes. Il y décrit le physique des enfants, les habits qu’ils portent puis les sévices qu’il leur aurait fait subir.Une deuxième instruction est alors ouverte sur la base de ces découvertes accablantes. L’avocat de Joël Le Scouarnec défend son client en déclarant que ces notes relèveraient du « fantasme » de son auteur et que les faits décrits ne sont pas avérés.Pourtant, des témoignages de victimes présumées du chirurgien sont édifiants. La plupart d’entre-elles n’ont aucun souvenir des aggressions mentionnés dans les carnets. Les victimes auraient été abusées alors qu’elles étaient en salle de réveil
des hôpitaux où elles avaient été admises. Ces aggressions présumées,
les victimes ne les ont apprises que dernièrement lorsqu’elles ont été
auditionnés par les enquêteurs, soit bien des années plus tard.
Les extraits des carnets les concernant leur ont été
communiqués. Elles sont tombés des nues à l’écoute des écrits rapportés
par les gendarmes.
Des propos glaçants
Dans les colonnes du Télégramme, l’une d’entre-elles raconte qu’ « il y écrivait qu’il n’avait qu’une hâte, que ma famille quitte ma chambre pour qu’il se retrouve seul avec moi. Il y a tout décrit : ce qu’il ressentait, le plaisir qu’il prenait. C’est très traumatisant de lire cela. Mais ça m’a conforté aussi dans mon statut de victime. Pour moi, ce type est un grand malade« .
Les enquêteurs ont un long travail devant eux. L’audition de l’ensemble des personnes mentionnées dans les carnets va prendre du temps. Sur les réseaux sociaux, un groupe dédié à rassembler les victimes du chirurgien s’est constitué fin juillet. Pour l’heure, les membres ne souhaitent pas s’exprimer, le temps de digérer et « de se faire aider par un psy » pour certains.
Le docteur Le Scouarnec a travaillé dans les hôpitaux de Quimperlé (ci-dessus), Lorient et Vannes. (Archives Le Télégramme)
L’affaire Le Scouarnec, ce chirurgien accusé de viols et violences
sexuelles sur mineurs, en Charente-Maritime, a provoqué la stupeur ces
dernières heures. Ce praticien est soupçonné d’avoir commis de tels
actes dans des cliniques et hôpitaux en Bretagne où il a exercé de
longues années. Le Télégramme a recueilli le témoignage de deux victimes
présumées, à Vannes et à Quimperlé.
L’émoi est grand en France après les révélations qui ont permis de confondre Joël Le Scouarnec,
qui a officié en tant que chirurgien dans plusieurs établissements de
santé du Grand Ouest. Ce mercredi, nous avons pu contacter une de ses
victimes présumées, Sabine (*), une jeune maman qui habite la région de
Vannes. « En décembre, j’ai été convoquée par la gendarmerie, à Vannes.
Je me demandais ce qu’on me voulait. Un enquêteur m’a présenté neuf
photos, dont une qui représentait le chirurgien. On m’a demandé si je
connaissais un de ces hommes. Sans hésiter, j’ai montré le visage de
Joël Le Scouarnec et j’ai su tout de suite pourquoi j’étais là ».
Les faits qui concernent Sabine remontent à une vingtaine d’années.
« J’avais onze ans à l’époque. J’avais été hospitalisée à la clinique du
Sacré-Cœur, à Vannes, pour une péritonite. J’y suis restée dix jours. À
plusieurs reprises, j’ai été victime des agissements de Joël Le
Scouarnec. Je les qualifie de viols. Je n’osais rien dire. Du haut de
mes onze ans, j’avais du mal à discerner la gravité de ces actes.
C’était un adulte, et un chirurgien de surcroît. Quelqu’un qui me
voulait du bien ».
« On avait confiance »
Durant son audition, Sabine explique qu’elle a eu accès aux écrits la
concernant, consignés par le chirurgien dans des carnets glaçants – sur
lesquels apparaissent plus de 200 noms d’enfants – où il notait avec
force détails les actes commis sur ses victimes. « Il y écrivait qu’il
n’avait qu’une hâte, que ma famille quitte ma chambre pour qu’il se
retrouve seul avec moi. Il y a tout décrit : ce qu’il ressentait, le
plaisir qu’il prenait. C’est très traumatisant de lire cela. Mais ça m’a
conforté aussi dans mon statut de victime. Pour moi, ce type est un
grand malade ».
Pendant toutes ces années, Sabine a enfoui ces faits et n’a rien dit à
ses proches. « Ma mère s’en veut à présent. Elle dit qu’elle n’a pas su
me protéger. Mais à l’époque, on avait confiance en ce chirurgien. Seul
mon grand-père s’en méfiait. Il disait qu’humainement, il ne le sentait
pas ».
Durant les années qui ont suivi, Sabine dit avoir souffert de très
fortes angoisses. « J’ai toujours eu peur du noir. Que quelqu’un
m’agresse. Pendant longtemps, j’ai garé ma voiture au plus près de la
porte de mon logement, pour y prendre place le plus vite possible.
J’avais toujours peur d’être agressée ».
Après cette audition dans les locaux de la gendarmerie, Sabine dit
avoir « vrillé ». « Tout est remonté à la surface. J’ai complètement
perdu les pédales. Il m’était impossible de travailler. J’en ai parlé à
mes employeurs et je suis restée à la maison pendant deux semaines ».
Sabine a porté plainte et a pris un avocat.
Un garçon de 7 ans
Dans le pays de Quimperlé (29), Alexandra (*) accepte aussi de
confier ce qu’a vécu son fils, il y a vingt ans. « Il avait sept ans à
l’époque. Il était tombé et s’était blessé à la cuisse. Je l’avais
conduit aux urgences de l’hôpital de Quimperlé. Il avait été pris en
charge par le Docteur Le Scouarnec, qui lui avait fait trente points de
suture. Je me souviens qu’il avait utilisé un gaz pour ne pas que mon
garçon sente la douleur. Le médecin m’avait demandé de sortir de la
salle de soins. Après l’intervention, j’avais récupéré mon fils et nous
étions rentrés à la maison ».
Il y a quelques mois, le fils d’Alexandra est convoqué à la
gendarmerie. Il n’a aucune idée de ce qu’on attend de lui. « Les
enquêteurs lui ont lu ce qui était consigné dans les carnets du médecin.
Mon fils est tombé de haut. Il avait des flashs, comme des mauvais
rêves. Mais rien de bien précis. À la lecture des notes, il a été
extrêmement choqué. Dès lors, on a compris pourquoi notre fils, depuis
des années, avait parfois un comportement déroutant. Il était souvent
déprimé. Ses relations avec les filles n’étaient pas évidentes, et il
avait pris l’habitude de consommer du haschich. Désormais, nous
connaissons l’origine de ces problèmes. Il se reconstruit à présent.
Mais il a beaucoup souffert ».
On en sait peu sur la personnalité du docteur Le Scouarnec. Un
praticien qui a travaillé à ses côtés en Bretagne-sud, parle « d’un bon
technicien qui connaît bien son travail. Mais un type un peu bizarre. Un
peu cru ». « On ne se doutait de rien car ce confrère n’avait fait
l’objet d’aucun signalement ».
* Il s’agit de prénoms d’emprunt, afin de préserver l’anonymat des témoins qui étaient mineurs quand les faits ont été commis.
Le chirurgien soupçonné de pédophilie a bien travaillé à Bodélio, à Lorient
L’ancien hôpital de Bodélio juste avant les débuts du
chantier de démolition. Aujourd’hui, l’hôpital public de Lorient se
trouve près du Scorff. | ARCHIVES
Un spécialiste de chirurgie digestive, incarcéré depuis mai 2017 à
Saintes (Charente-Maritime), est soupçonné de viols et d’agressions
sexuelles, qui pourraient concerner près de 200 victimes, surtout des
mineurs. Il a exercé dans le Morbihan du début des années 1990 à 2008.
Il a bien travaillé à Lorient entre 2002 et 2004.
Déjà renvoyé devant la cour d’assises de Saintes pour quatre viols et
agressions sexuelles sur mineurs, un chirurgien viscéral de 68 ans est
soupçonné d’être impliqué dans une grande affaire de pédophilie, pour
des faits qui ont pu être commis entre 1989 et 2017.
Chez lui, des carnets intimes ont été retrouvés. Il a noirci des
pages avec des récits d’agressions sexuelles concernant des patients.
Plus de 200 noms y sont mentionnés. Les enquêteurs recherchent,
contactent et auditionnent ces potentielles victimes, dont certaines
localisées en Bretagne, où le patricien a travaillé du début des années
90 à 2008.
Difficile de savoir précisément où et de quand à quand il a exercé
dans le Morbihan. Le conseil de l’ordre des médecins du Morbihan précise
juste que « ce confrère a quitté, en octobre 2004, le département du Morbihan pour le département du Finistère. »
Se refusant à en dire plus. Le chirurgien a en effet été employé par le
centre hospitalier de Quimperlé du 4 octobre 2004 au 30 juin 2008.
Avant de partir à Jonzac (Charente-Maritime).
Revirement
Après avoir affirmé que ce praticien « n’a jamais été en activité à l’hôpital de Bodélio (à Lorient) », le GHBS (groupe hospitalier Bretagne Sud) se ravise. Comme nous l’indiquions mercredi 21 août, le médecin a bien opéré à Bodélio
(hôpital aujourd’hui démoli, transféré sur les bords du Scorff). Une
victime et un membre du personnel nous l’assuraient. Dans un communiqué
de presse envoyé jeudi 22 août à midi, la direction du GHBS le confirme :
« une recherche approfondie effectuée ce jour dans les archives
de l’hôpital de Bodélio a permis de déterminer que ce médecin avait
réalisé des remplacements à l’hôpital de Bodélio entre 2002 et 2004. La
Direction de l’époque n’avait pas souhaité prolonger cette période par
un recrutement définitif. »
C’est la question qu’aujourd’hui tout le monde pose
publiquement, à l’exception notable des journalistes du site
20minutes.fr, bien entendu, lesquels ont pour l’heure arrêté leurs
publications sur cette affaire avec celle de l’interview de l’avocat du
mis en cause, en date du 22 août 2019.
Conseils de l’Ordre des Médecins, DDASS, directeurs hospitaliers et
collègues médecins, tous connaissaient les antécédents du pédophile
après sa condamnation pour détention d’images pédopornographiques de
2005 et tendent aujourd’hui à se renvoyer mutuellement la balle sur la
question de leurs responsabilités, ou à se couvrir avec la décision de
justice prononcée à Vannes, qui fut comme toujours en la matière assez
légère : comment ont-ils pu laisser le chirurgien continuer à exercer et
ne jamais soupçonner l’existence de faits plus graves alors qu’au
minimum une vigilance accrue à son égard s’imposait et qu’aujourd’hui,
précisément, les témoignages affluent sur les comportements pour le
moins inappropriés du médecin hospitalier ?
Pour ma part, j’observe que le fautif a changé deux fois de
département : d’abord au mois d’octobre 2004, sa condamnation à venir
dans le Morbihan étant très probablement attendue; il est allé se
réfugier à Quimperlé, dans le Finistère, un département qui a toujours
accusé plusieurs décennies de retard dans le traitement des affaires de
moeurs et où il devait bien savoir qu’il serait tranquille; puis au mois
de juin 2008; il a alors carrément changé de région, d’où cette
question : lui aurait-on demandé de s’éloigner à la suite d’éventuelles
plaintes de victimes ?
Son directeur hospitalier était à cette époque Etienne Morel dont je
connais bien les méthodes pour l’avoir vu à l’oeuvre du temps où il
était directeur de l’hôpital psychiatrique de Bohars, un poste qu’il a
occupé à compter de la révocation de la fonction publique de son
prédécesseur au mois d’août 1999 et jusqu’au mois de juin 2007,
correspondant à sa mutation à l’hôpital de Quimperlé.
Je vais donc en parler un peu, en précisant que je dispose de tous les éléments de preuves nécessaires pour justifier mes dires.
Commençons par son prédécesseur, Christian Barthes, originaire de
Rodez et ayant fait des études de droit à Toulouse, tout comme Richard
Ferrand.
Après avoir été révoqué de la fonction publique à la suite d’un
conflit violent avec son directeur général Louis Rolland, il a fait
l’objet de poursuites et condamnations judiciaires toutes confirmées en
appel en 2004 pour une multitude de faits comprenant diverses violences,
jusqu’à une tentative d’assassinat, des faits de proxénétisme aggravé,
de faux et usage de faux, d’escroquerie, de faux témoignages et
dénonciations calomnieuses, d’usurpations de titres ou de fonctions,
l’individu s’étant présenté mensongèrement comme commissaire de police
ou ayant fait usage d’une qualité de directeur hospitalier qu’il n’avait
plus, afin d’impressionner des tiers.
Cette dernière condamnation se basait notamment sur la plainte du
responsable d’un Foyer de l’enfance du Finistère l’ayant dénoncé pour
des faits de détournement et harcèlement de mineures et de menaces à son
encontre après qu’il eut découvert son manège auprès des jeunes filles
dont il avait la garde, certaines s’étant plaintes d’être harcelées par
l’individu tandis que d’autres étaient régulièrement ramenées au foyer
par lui après de soi-disant « fugues » qui n’en étaient pas, vu qu’il
en était toujours l’instigateur.
Christian Barthes avait été poursuivi et condamné pour usurpation de
titre par le Tribunal de Grande Instance de Brest pour s’être présenté
comme directeur hospitalier auprès de ce responsable… dont la plainte
pour détournement de mineures, harcèlement de mineures et menaces à son
encontre n’avait, quant à elle, jamais donné lieu à l’ouverture d’aucune
enquête… La même condamnation était également justifiée par deux
plaintes de femmes, l’une pour une tentative d’internement psychiatrique
arbitraire, et l’autre pour des faits de pressions, manipulation ou
tromperie ayant entraîné une grave et irréversible détérioration de son
état de santé, Christian Barthes ayant à chaque fois usé d’une qualité
de directeur hospitalier qu’il n’avait plus pour obtenir ce qu’il
voulait.
Ces deux autres plaintes n’avaient pas davantage que la première
donné lieu à l’ouverture d’une quelconque enquête. Directeurs
hospitaliers et magistrats locaux les utilisaient pour régler leurs
comptes entre eux au mépris de tous les faits dénoncés, pourtant graves
(les mineures « détournées » se retrouvaient par la suite prostituées
dans des bars à hôtesses locaux, leur fournisseur de drogue étant bien
entendu toujours le même Christian Barthes, lequel était aussi toujours
tenté de régler divers problèmes en faisant interner et traiter par ses
amis psychiatres hospitaliers ceux ou celles qui le dérangeaient), et de
leurs différentes victimes véritables, les uns et les autres étant
restés totalement ignorés tout au long de la procédure ayant vu le seul
Directeur Général du CHU de Brest se constituer partie civile et
réclamer et obtenir un euro de dommages et intérêts pour les usurpations de
titre commises par le délinquant.
En effet, c’est Etienne Morel qui assumait désormais toutes ses
fonctions hospitalières passées et gérait à sa manière toutes les
hospitalisations psychiatriques abusives de la région brestoise : femmes
et enfants victimes de viols, à faire taire pour protéger violeurs et
pédophiles contre leurs velléités de poursuites judiciaires, victimes
d’aléas thérapeutiques ou d’erreurs médicales des autres services de
l’hôpital, à finir en psychiatrie afin d’éviter toute condamnation pour
le CHU de Brest, réduction à l’état de légume de toute personne
dérangeant un de ses copains, notamment ceux de la fonction publique,
etc, etc…
Ce traitement psychiatrique généralisé à de très nombreux problèmes
relevant en principe de la justice est la cause du nombre ahurissant de
« schizophrènes » enregistrés dans le département du Finistère, où leur
prévalence dépasse les 2% de la population, alors qu’elle est
invariablement de 1% partout ailleurs dans le monde. Il a toujours été
cautionné par le médecin-inspecteur de la DDASS Françoise Largeau,
promue au grade de médecin général de santé publique par arrêté du 24
avril 2008 :
Dans les années 2000, l’un et l’autre s’étaient montrés si brillants
dans leurs fonctions respectives qu’à compter du mois d’octobre 2002, la
communauté médicale brestoise avait été frappée par toute une série de
suicides, notamment ceux de quatre étudiants en médecine de 4ème année
entre octobre 2002 et mars 2003 (ils avaient effectué leurs premiers
stages hospitaliers en psychiatrie au cours du printemps 2002), puis
celui d’un infirmier psychiatrique qui les connaissait bien, le 31
décembre 2004. Ces cinq suicidés avaient tous été retrouvés pendus à
l’identique et le psychiatre hospitalier qui les suivait, une femme
contre laquelle pleuvaient les plaintes de diverses victimes depuis des
années, fut sanctionné par une mutation à Saint-Brieuc. Elle aura donc
été « éloignée » par son directeur Etienne Morel qui par ailleurs
n’hésitait pas à décrocher son téléphone pour appeler à leur domicile et
les menacer de plaintes pour des faits imaginaires des victimes de ces
hospitalisations psychiatriques abusives causes de suicides en série
dont il était responsable. C’étaient alors à leur intention des
hurlements similaires à ceux dont il gratifiait aussi très régulièrement
son personnel ou ses collaborateurs hospitaliers, tous tenus d’obéir à
tous ses ordres illégaux et illégitimes en vue d’éviter des poursuites
judiciaires sinon quasi certaines.
Affaire Le Scouarnec : « Peut-être la plus grande affaire de pédophilie du siècle »
INTERVIEW. L’avocate de l’une des victimes du Dr Joël Le Scouarnec
décrypte cette affaire hors-norme qui pourrait concerner plusieurs
dizaines de mineurs.
Par Nicolas Bastuck et Émilie Trevert
Modifié le 27/08/2019 à 12:17 – Publié le 27/08/2019 à 10:47 | Le Point.fr
C’est grâce à une petite fille de 6 ans que l’affaire a pu éclater au
grand jour. En avril 2017, Lucie* confie à ses parents avoir vu
s’exhiber son voisin, Joël Le Scouarnec, avant de subir ses agressions sexuelles.
Une perquisition au domicile du chirurgien, à Jonzac
(Charente-Maritime), permet la découverte d’images pédopornographiques,
de poupées – cachées sous les lattes du plancher –, de perruques et
autres godemichets, mais surtout de carnets contenant près de 200 noms
d’enfants. Le Scouarnec y raconte dans le détail ses errements sexuels,
qu’il dessinait aussi. Des écrits qui relèveraient en partie du
« fantasme », corrige son avocat, Me Thibault Kurzawa.
Mais dans l’entretien qu’elle nous a accordé, l’avocate de la
fillette, Me Francesca Satta, estime pour sa part que l’on se trouve
face à une affaire
hors-norme, qui pourrait bien être « l’histoire de pédophilie la plus
importante jamais vue en France ». Contactée par d’autres jeunes femmes,
elle laisse entendre que le dossier pourrait même s’étendre au-delà
des 200 noms consignés dans les carnets. « Il m’est difficile de croire
que personne, dans l’entourage professionnel du mis en cause, n’ait pu
voir quoi que ce soit », s’étonne-t-elle encore.
Des questions qu’elle compte soulever au cours d’un procès, prévu
fin 2019 ou début 2020, alors que l’enquête de la gendarmerie se
poursuit. Quatre personnes se sont constituées parties civiles dans le
premier volet de cette affaire qui pourrait déboucher sur un second procès de plus grande ampleur.
Le Point : Le chirurgien Joël Le Scouarnec sera jugé
dans quelques mois pour quatre affaires de viols et d’agressions
sexuelles. Mais le nombre de ses victimes pourrait être bien plus
important si l’on se réfère aux carnets retrouvés lors de la
perquisition de son domicile, à Jonzac, en mai 2017. Sommes-nous face à
une affaire hors-norme ?
Francesca Satta : Je le crains. Deux cents noms
d’enfants figurent dans les carnets qu’il cachait, qui distinguent les
garçons (« les quéquettes ») des fillettes (les « vulvettes »). Je
défends une fillette de huit ans et ses parents (qui étaient les voisins
de l’accusé), et trois autres victimes (deux nièces du mis en cause et
l’une de ses jeunes patientes) se sont constituées parties civiles dans
la perspective du procès qui doit s’ouvrir fin 2019 ou début 2020. Trois
autres victimes s’étaient encore déclarées (dont une nièce, âgée
aujourd’hui de 42 ans), mais malheureusement, les faits sont prescrits
les concernant. Depuis la révélation de ces fameux carnets, d’autres
personnes sont entrées en contact avec mon cabinet, certaines ont déposé
une plainte et envisagent de me saisir ; certaines sont citées dans ses
écrits, d’autres non. Outre les 200 noms consignés, on ne peut ainsi
exclure que les exactions de M. Le Scouarnec aient concerné d’autres
enfants.
S’il devait être reconnu coupable des faits pour lesquels il est
poursuivi à cette heure, nous serions, déjà, face à un prédateur
d’envergure. Mais si tous les noms consignés dans ces carnets étaient
réellement des victimes, alors nous serions peut-être confrontés à la
plus grande affaire de pédophilie du siècle.
Les proches [...] ont jugé préférable de régler les problèmes en famille plutôt que de dénoncer les faits à la justice
Les premiers faits reprochés remontent à janvier 1989 et il
n’a été interpellé qu’en mai 2017. Comment expliquer cette longue
impunité ?
Il n’aurait pas commis l’erreur de s’en prendre à sa petite voisine,
ma cliente, il pourrait encore courir ! Auparavant, il ne sortait pas de
son terrain de chasse : l’hôpital ou le milieu intra-familial. C’est
grâce au courage de la fillette et de sa famille que l’affaire a éclaté.
L’hôpital est un milieu feutré où l’on ne fait pas de vagues. Ce qui
explique, peut-être, qu’il ait pu échapper si longtemps à la justice.
Chirurgien viscéral, l’auteur présumé avait un travail à
responsabilités ; il inspirait la confiance dans un univers fermé. Il
m’est difficile de croire que personne, dans son entourage
professionnel, n’ait pu voir quoi que ce soit. Mais il y a le secret
médical, le poids de la hiérarchie, le statut du médecin qui ont, sans
doute, pu dissuader d’éventuels témoins de ces agressions de parler. On
peut tout à fait concevoir qu’une aide-soignante qui rentre dans la
chambre d’un patient et surprend le médecin puisse refermer la porte et
se taire : par peur des représailles, craignant d’avoir mal vu ou d’être
sanctionné.
Enfin, nous avons affaire à un homme supérieurement intelligent,
manipulateur et perspicace. Il a très bien pu attendre à chaque fois
« le bon moment », autrement dit d’être seul, pour se livrer à ses
perversions.
Sa famille était-elle au courant de ses penchants pédophiles ? Il était marié et avait trois fils.
L’accusé est poursuivi pour avoir violé ou agressé sexuellement
plusieurs de ses nièces. Mais elles ne sont pas arrivées dans la
procédure parce qu’elles ont parlé, non ! Les enquêteurs sont remontés
jusqu’à elles car leurs noms figuraient dans les carnets du Dr Le
Scouarnec. Des photographies le montrant en plein abus sexuel avec l’une
de ses nièces seront retrouvées lors de la perquisition menée chez lui,
en mai 2017. Ces clichés permettront aux gendarmes d’obtenir sur ces
faits des aveux en lui mettant ces preuves matérielles sous les yeux,
tant il apparaissait difficile pour lui de nier l’évidence.
Durant l’instruction, certaines victimes ont dit toute la rancœur
qu’elles pouvaient éprouver à l’égard de leurs proches, lesquels ont cru
bon de garder le silence, jugeant préférable de régler les problèmes en
famille plutôt que de dénoncer les faits à la justice.
Ce silence, cette absence de réaction sont des questions importantes qui ne manqueront pas d’être posées à l’audience
Quant à l’épouse du mis en cause, elle n’était au courant de rien ?
Celle-ci a quitté son mari après sa condamnation pour détention
d’images pornographiques, en 2005. Mais le couple est toujours marié et,
jusqu’à son arrestation, M. Le Scouarnec a participé aux frais
d’entretien de ses enfants (selon nos informations, son épouse aurait
engagé une procédure de divorce après son incarcération, NDLR). L’épouse
assure n’avoir jamais rien su des penchants pédophiles de son mari.
Mais il ressort tout de même de la procédure qu’elle a pu émettre des
« doutes » sur sa façon de regarder les camarades de ses fils.
À la suite de cette condamnation de 2005, le Dr Le Scouarnec a
pu continuer à exercer la chirurgie viscérale en toute impunité, dans
différents hôpitaux, en Bretagne et en Charente-Maritime, tout en
pouvant rester en contact avec des enfants.
C’est exact. Et là encore, on peut s’étonner que la direction des
centres hospitaliers où il a continué à opérer ne se soit pas davantage
inquiétée, pas plus que les services de la DDASS ou les conseils de
l’ordre par lesquels il est passé (selon L’Obs,
l’ordre des médecins du Finistère et celui de Charente-Maritime étaient
au courant de son passé judiciaire, NDLR). C’est tout de même
formidable ! Je veux bien admettre que la peine prononcée à son encontre
pour détention d’images pédophiles fut très légère (quatre mois avec
sursis, sans aucun suivi psychologique, NDLR), mais tout de même… Ce
silence, cette absence de réaction sont des questions importantes qui ne
manqueront pas d’être posées à l’audience. Les hôpitaux concernés
ont-ils voulu éviter l’opprobre ? N’étaient-ils pas au courant ? Si tel
était le cas, ce serait encore plus inquiétant.
L’accusé encourt vingt ans de réclusion pour les premières
affaires dont il devra répondre prochainement devant la cour d’assises
de Charente-Maritime. S’il devait être poursuivi pour d’autres faits,
les peines se cumuleraient-elles ?
C’est un point juridique important qu’il conviendra de trancher. Je
rappelle que la confusion des peines n’est pas automatique, qu’elle peut
être complète, partielle ou refusée au condamné. Le dispositif de la
rétention de sûreté peut être envisagé une fois la peine purgée, si la
dangerosité de l’auteur était avérée, ce que tendent à démontrer les
expertises psychiatriques et psychologiques menées durant l’information.
Mais en effet, en l’état, la peine maximale encourue est de vingt ans
pour un viol aggravé (en l’espèce, par personne ayant une autorité de
droit ou de fait sur la victime, sur un mineur de 15 ans).
Le Conseil de l’Ordre des médecins assure avoir informé la
DDASS du Finistère d’une condamnation du praticien, qui exerçait alors
au centre hospitalier de Quimperlé. (Photo Stéphane Guihéneuf)
Le Conseil national de l’Ordre des médecins dit ne rien avoir à se
reprocher dans l’affaire Le Scouarnec, du nom de ce chirurgien soupçonné
de viols et attouchements sur plus de 200 patients mineurs. Actes qui
auraient été perpétrés en Charente-Maritime et en Bretagne. Selon
l’Ordre, la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales
(DDASS) du Finistère avait été informée d’une première condamnation à
Vannes.
Rappelons que le docteur Le Scouarnec avait été condamné en
novembre 2005, par le tribunal de Vannes, à la peine de quatre mois de
prison avec sursis pour consultation d’images pédopornographiques et ce,
sans injonction de soins. « Le Conseil de l’Ordre des médecins du
Finistère avait été informé par un médecin, d’une manière informelle,
que ce praticien, qui exerçait dans le département (à Quimperlé, NDLR)
avait été condamné dans le Morbihan. Mais mes confrères ne connaissaient
pas la raison pour laquelle ce chirurgien avait eu des démêlées
judiciaires » explique le docteur Jean-Marcel Mourgues, vice-président
du Conseil national de l’Ordre des médecins, que nous avons pu contacter
ce lundi.
« L’Ordre des médecins est allé vers le tribunal pour aller chercher
cette information. Je suis formel. L’information n’ayant pas été
immédiate, la demande a été réitérée » poursuit le docteur Mourgues. Une
copie du jugement a enfin été confiée, début novembre 2006, soit un an
après le jugement. Désormais, la justice est tenue d’informer les
autorités compétentes de jugements concernant des personnes exerçant une
profession exposée (santé, éducation, etc.).
« Nous sommes allés jusqu’au bout de notre démarche »
Deux semaines plus tard, et après s’être réunis en assemblée
plénière, les membres du Conseil finistérien avaient décidé d’informer
de ces faits la DDASS du Finistère. « À l’époque, nous étions
juridiquement incompétents. Il a fallu attendre la loi de 2009 de
réorganisation du système de santé, pour que soit reconnue la compétence
de l’Ordre de poursuivre, sur le plan disciplinaire, des médecins. Nous
sommes allés jusqu’au bout de notre démarche, de ce que nous devions
faire » insiste le vice-président de l’Ordre national.
Ensuite, le docteur Le Scouarnec n’a pas été inquiété. Après
Quimperlé, il a rejoint Jonzac où il a pu intégrer sans le moindre
problème un autre établissement hospitalier. À nos confrères de France
Info, Pascal Revolat, président du Conseil des médecins de
Charente-Maritime, expliquait récemment que le casier judiciaire du
chirurgien avait été consulté avant son inscription au tableau de
l’Ordre. « Cette condamnation pour détention d’images
pédopornographiques était connue. Sauf que la Justice avait pris une
décision qui n’ordonnait aucune suspension. De plus, à l’époque, les faits qui sont actuellement reprochés à Joël Le Scouarnec
(des viols et agressions sexuelles) n’étaient pas les mêmes, se défend
Pascal Revolat. Il s’agissait de détention d’images
pédopornographiques ».
Des infractions, pas un délit
Reste que ce procès vannetais n’avait pas fait l’objet d’une
publicité tapageuse. À l’origine, Joël Le Scouarnec, père de trois
enfants, avait été confondu suite à une commission rogatoire
internationale. Aux États-Unis, des ordinateurs de plusieurs sociétés
diffusant des images pédopornographiques avaient été saisis, levant le
voile sur les adresses informatiques de leurs « clientèles ». 2 468
internautes français avaient été inquiétés. Dont Joël Le Scouarnec et un
autre professionnel de santé morbihannais. Le tribunal avait décidé de
disjoindre ces deux cas ainsi qu’un autre concernant un troisième
prévenu.
Suivant un arrêt de la Cour de cassation datant du 5 janvier 2005, le
tribunal de Vannes avait qualifié les faits d’infractions et non de
délit : la simple consultation de sites pornographiques mettant en scène
des mineurs ne suffit pas à caractériser le délit de détention d’images
pornographiques.
Chirurgien pédophile: l’Ordre des médecins avait connaissance de son passé judiciaire
Le Dr Le Scouarnec a officié à l’hôpital de Jonzac entre 2008 et 2017. Il est incarcéré depuis cette date.
Capture d’écran Google Street View
Par charentelibre.fr, publié le 26 août 2019 à 23h17.
Joël Le Scouarnec, l’ex-chirurgien de 68 ans soupçonné d’être
l’auteur de nombreux actes pédophiles, avait bel et bien été signalé à
l’Ordre des médecins ainsi qu’à la Direction départementale des affaires
sanitaires et sociales (Ddass) du Finistère, contrairement à ce que
Pascal Revolat, le président de l’Ordre des médecins de
Charente-Maritime, expliquait dans nos colonnes vendredi. Et ce, après
sa condamnation en 2005 à Vannes (Morbihan) à quatre mois de prison avec
sursis pour détention d’images pédo-pornographiques.
En 2005, il était ensuite allé travailler dans le Finistère. Le
conseil départemental de l’Ordre des médecins avait alors eu vent de
cette condamnation et avait demandé le compte rendu du jugement à la
justice. L’instance ordinale l’avait ensuite transmise à la Ddass « qui n’a apparemment pas réagi », note sur France Info Pascal Revolat.
En 2008, Joël Le Scouarnec a de nouveau changé de département pour
venir travailler à Jonzac. Et l’Ordre des médecins de Charente-Maritime
était au courant de la condamnation de 2005 du chirurgien. C’est ce
qu’indiquait vendredi Pascal Revolat à France Info.
« Il y a eu un entretien entre le président du conseil de l’Ordre
de Charente-Maritime et ce médecin. Ensuite, en séance plénière, le
conseil a décidé qu’il n’était pas justifié d’aller au-delà, sachant que
la justice ne l’avait pas suspendu. À l’époque, ce n’était pas du tout
les faits actuels qui étaient en cause, il s’agissait de détention d’une
image pédo-pornographique. »
Pascal Revolat précise également que jusqu’en 2009, les médecins
hospitaliers étaient sous l’autorité des Direction départementale des
affaires sanitaires et sociales.
Publié le 26/08/2019 à 20h15. Mis à jour le 27/08/2019 par Eric Chauveau.
Joël Le Scouarnec a exercé de 2008 à 2017 au centre hospitalier de Jonzac
Gobin Marie-Laure
Condamné pour détention d’images pédo-pornographiques en 2005, Joël Le Scouarnec a continué d’exercer jusqu’en 2017.
Comme le révélait « Sud Ouest » en février 2019,
le chirurgien Joël Le Scouarnec, soupçonné de plusieurs viols et
agressions sexuelles sur mineurs, avait été condamné en novembre 2005 à quatre mois de prison avec sursis pour détention d’images à caractère pédopornographique
entre mars 2002 et décembre 2003. On sait aujourd’hui que cette
condamnation était connue de l’Ordre des médecins et de la Ddass, ce qui
ne l’a pas empêché de continuer d’exercer jusqu’en 2017.
À la suite de la condamnation de 2005, il a en effet été signalé à la
Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass) du
Finistère. C’est le conseil de l’ordre des médecins du Finistère,
département où a travaillé le docteur, qui a « fait connaître cette
situation à la Ddass qui n’a apparemment pas réagi », a assuré, à
FranceInfo, Pascal Revolat, président du Conseil de l’Ordre des médecins
de Charente-Maritime.
« Je peux parler de ce qui s’est passé au Conseil de l’Ordre de
Charente-Maritime. Pour toute inscription ou transfert [d’un médecin
dans notre département], nous consultons le casier judiciaire. Cette
condamnation [pour détention d’images pédopornographiques] était connue,
sauf que la justice avait pris une décision qui n’ordonnait aucune suspension« ,
indique Pascal Revolat. Et d’ajouter qu’il y avait eu « un entretien
entre le président du Conseil de l’Ordre de Charente-Maritime et ce
médecin. Ensuite, en séance plénière, le Conseil a décidé qu’il n’était
pas justifié d’aller au-delà, sachant que la justice ne l’avait pas
suspendu ».
Pas d’obligation de soins
La peine infligée au médecin l’avait été par le tribunal
correctionnel de Vannes (Morbihan), ville où le praticien exerçait alors
à l’hôpital. Le praticien, né en 1950, avait exercé d’abord, en
Touraine, à Loches, à hôpital et au sein d’une clinique de 1984 à 1989.
Il exerce en Bretagne de 1994 à 2003 à Vannes Sacré Coeur, de 2002 à
2004 à Lorient, puis à Quimperlé de 2004 à 2008. Pour finalement prendre
un poste à l’hôpital de Jonzac en 2008 et jusqu’en 2017.
« Avec cette condamnation en 2005, il n’y a pas eu d’obligation de
soins », indiquait, en février dernier, Me Thibault Kurzawa, l’avocat
saintais du médecin, en détention provisoire de mai 2017 à la suite de sa mise en examen pour deux viols et deux agressions sexuelles (ce dossier fera l’objet d’un procès devant les assises de Saintes, sans doute début 2020 ).
L’avocat se demandait alors si une telle obligation n’aurait pas pu
permettre d’éviter les agissements sur une fillette jonzacaise, sa
voisine de domicile. Domicile où les gendarmes retrouvaient de sinistres
carnets contenant le récit (réel ou fantasmé ?) de 150 agressions sexuelles et 50 viols sur des patients
et un attirail d’objets à caractère sexuel. Ce deuxième volet de
l’affaire Le Scouarnec fait toujours l’objet d’une enquête préliminaire
de la gendarmerie.
Les différents médias cités ci-dessous ne sont pas 20minutes.fr.
Pour preuve : ils font de nouvelles révélations sur cette affaire…
autant sur les faits de pédophilie et la personnalité de leur auteur que
sur l’étonnante mansuétude des autorités dont il aura bénéficié après
une première condamnation pour détention d’images pédopornographiques en
2005.
Notons que le chirurgien pédophile a exercé à l’hôpital de Quimperlé
sous la direction d’Etienne Morel durant un an, de juin 2007 à juin
2008, et donc après cette condamnation, dont les autorités compétentes
étaient bien informées.
Le Journal du Dimanche rapporte le témoignage de la femme
d’un médecin, collègue de Joël Le Scouarnec à Jonzac. Elle évoque un
«comportement déplacé envers leur petite fille de huit ans» à qui il
aurait «caressé les jambes».
repor CL
Par charentelibre.fr, publié le 25 août 2019 à 17h09.
Depuis les premières révélations mardi de Charente Libre sur
Joël Le Scouarnec, le médecin retraité de 68 ans, soupçonné d’avoir
agressé sexuellement 200 enfants depuis la découverte de ses carnets en
2017, les précisions sur le profil de l’accusé et de nouveaux
témoignages de victimes présumées se multiplient.
« Le JDD » explique que, selon le médecin lui-même, sa première victime remonte à « 1985–1986 » et qu’il s’agit de sa nièce par alliance. A l’époque, il exerçait en Touraine, à Loches.
Des victimes d’abord dans le cercle familial
Les faits sont prescrits mais sa nièce aujourd’hui âgée d’une
quarantaine d’années a été entendue par les enquêteurs. Les assauts de
son oncle auraient duré entre ses 5 et 13 ans.
« Il trouvait n’importe quel prétexte pour se retrouver seul avec
moi. Il en profitait pour me toucher le sexe et a fini par y introduire
son doigt. Tous ces abus avaient lieu systématiquement, à chaque fois
que nous nous voyons ».
L’accusé a reconnu de lui-même cinq agressions. Trois sont prescrites
mais deux autres, concernant également deux nièces, seront jugées aux
assises à la fin d’année ou début 2020.
Une autre victime de cette époque a expliqué avoir subi une agression sexuelle lors de son hospitalisation.
Les deux journaux cherchent également à cerner un peu plus le profil du « pédophile », comme il se qualifie lui-même. Un homme capable de cacher sous le plancher de son domicile jonzacais « des petits baigneurs (qui) portaient des chaînes et étaient mis en scène dans des positions sado-masochistes », explique l’avocate saintaise Me Francesca Satta, à Libération.
« L’enfant-objet lui permet d’exercer sa mégalomanie »
L’expertise psychologique du 1er juillet 2017, deux mois après le témoignage de sa voisine de six ans qui a permis de déclencher l’affaire, décrit un homme qui n’évoque « aucun remord, aucune culpabilité (avec) un fort sentiment d’impunité ».
L’enfant n’est ainsi qu’un moyen d’assouvir ce qu’il appelle « sa sexualité préférentielle ». « L’enfant-objet lui permet d’exercer sa mégalomanie, sa toute-puissance », précise l’expertise.
Nouveaux témoignages à Jonzac
La recherche d’images pédopornographiques sur internet au début des années 2000 est rapidement devenue « une vraie addiction, une boulimie »,
raconte également le médecin aux enquêteurs. Ce qui lui vaudra sa
première condamnation à Vannes en 2005. Quatre mois avec sursis pour la
détention de ces images.
« Le JDD » rapporte le témoignage de la femme d’un médecin, collègue de Joël Le Scouarnec à Jonzac. Elle évoque un « comportement déplacé envers leur petite fille de huit ans » à qui il aurait « caressé les jambes ».
Chirurgien soupçonné de pédophilie : « Il y a eu un manquement quelque part »
L’ancien hôpital de Bodélio juste avant les débuts du
chantier de démolition. Aujourd’hui, l’hôpital public de Lorient se
trouve près du Scorff. | ARCHIVES OUEST-FRANCE
Ouest-France Nadine BOURSIER. Publié le 26/08/2019 à 15h07
Comment un chirurgien, condamné pour avoir détenu des images
pédopornographiques, a-t-il pu continuer ? L’Ordre des médecins répond.
Sa condamnation n’était assortie d’aucune obligation (soin,
interdiction d’exercer ou d’entrer en contact avec des mineurs,
inscription au fichier des délinquants sexuels…). Pour Jean-Marcel
Mourgues, vice-président du conseil national de l’Ordre des médecins, « la condamnation n’a pas été portée à la connaissance de l’Ordre, par l’autorité judiciaire (N.D.L.R., ce qui est une obligation depuis une loi de 2002). Le conseil départemental du Finistère a eu écho par un médecin que ce chirurgien avait eu des démêlés judiciaires ». L’Ordre a donc demandé au tribunal de Vannes de lui communiquer cette décision.
« Il a fallu quatre sollicitations. Dès réception, le 9 novembre 2006,
le président du conseil départemental a saisi la DDASS, autorité
compétente à l’époque pour prendre des sanctions. Jusqu’à une loi de
2009, l’Ordre n’était pas compétent pour sanctionner des médecins
exerçant en établissement hospitalier. »
Pour Yves Crespin, avocat de l’association Enfant Bleu, « il y a eu un manquement quelque part. Ce chirurgien a, semble-t-il, bénéficié d’un laxisme, d’une défaillance des autorités. »
Étienne Morel est arrivé à Quimperlé en juin 2007 après avoir
passé treize ans à Brest. Il quittera le centre hospitalier mi-février.
«Un nouveau défi»
A 56 ans marié, père de trois enfants, cet ancien inspecteur des
impôts est né à Paris puis a grandi entre Rennes et Vitré. Il a ensuite
effectué l’essentiel de son parcours comme directeur adjoint des
hôpitaux de Brest.
Le chirurgien soupçonné de pédophilie avait été signalé à la Ddass après une première condamnation
Condamné en 2005 pour détention d’images pédopornographiques dans le
Finistère, ce médecin qui s’est ensuite installé en Charente-Maritime
est aujourd’hui soupçonné de viols et d’agressions sexuelles.
Le palais de justice de Saintes (Charente-Maritime), où le
chirurgien de Jonzac devrait être jugé début 2020 pour viols et
agressions sexuelles sur mineur. (image d’illustration) (DOMINIQUE
PARIES / MAXPPP)Le chirurgien, de nouveau soupçonné de pédophilie sur de jeunes patients,
avait été signalé à la Direction départementale des affaires sanitaires
et sociales (Ddass) du Finistère, après une première condamnation pour
détention d’images pédopornographiques en 2005. C’est le Conseil de
l’ordre des médecins du Finistère, où a travaillé le docteur, qui a « fait connaître cette situation à la Ddass qui n’a apparemment pas réagi », assure
vendredi 23 août sur franceinfo Pascal Revolat, président du Conseil de
l’Ordre des médecins de Charente-Maritime où le chirurgien exerçait
avant sa mise en examen pour viols et agressions sexuelles en mai 2017.
Ce médecin, qui a exercé en Bretagne et en Touraine avant de
s’installer à Jonzac (Charente-Maritime) en 2008, est soupçonné de
plusieurs viols et d’agressions sexuelles sur mineurs par au moins
quatre victimes présumées. Mais la liste pourrait s’allonger.
franceinfo : Étiez-vous au courant de cette condamnation pour détention d’images pédopornographiques ?
Pascal Revolat : Le casier judiciaire, oui,
puisqu’il était écrit, sauf qu’il n’était pas sous l’autorité de l’Ordre
des médecins parce qu’il était médecin hospitalier. Jusqu’à la loi de
Roselyne Bachelot en 2009, les médecins hospitaliers étaient sous
l’autorité de la Ddass de l’époque, puis des Agences régionales de santé
(ARS).
Aucune décision n’a été prise à son sujet ?
En 2006, le Conseil de l’Ordre des médecins du Finistère, qui
avait péniblement réussi à obtenir le jugement, a signalé le cas à la
Ddass qui n’a apparemment pas réagi.
Comment expliquez-vous ce manque de réactivité ?
À la Ddass, je ne sais pas. Je peux parler de ce qui s’est passé au
Conseil de l’Ordre de Charente-Maritime. Pour toute inscription ou
transfert [d'un médecin dans notre département], nous consultons le
casier judiciaire. Cette condamnation [pour détention d'images
pédopornographiques en 2005] était connue, sauf que la justice avait
pris une décision qui n’ordonnait aucune suspension.
Il y a eu un entretien entre le président du Conseil de l’Ordre de
Charente-Maritime et ce médecin. Ensuite, en séance plénière, le
Conseil a décidé qu’il n’était pas justifié d’aller au-delà, sachant que
la justice ne l’avait pas suspendu. À l’époque, ce n’était pas du tout
les faits actuels [des soupçons de viols et d'agressions sexuelles] qui
étaient en cause, il s’agissait de détention d’une image
pédopornographique.
Il n’y a donc pas eu de vigilance particulière, alors que ce médecin était amené à travailler avec des enfants ?
Le problème, c’est que la vigilance ne peut absolument pas relever de
l’Ordre des médecins. Elle peut relever de la justice, peut-être de la
Ddass, mais pas de l’Ordre des médecins. L’Ordre peut simplement
autoriser ou non l’exercice.
Y a-t-il eu des signalements lorsqu’il exerçait au centre hospitalier de Jonzac ?
Depuis son installation, quel que soit le Conseil de l’Ordre
départemental [dont il dépendait, en fonction de son lieu d'exercice],
il n’y a jamais eu la moindre plainte, la moindre doléance de qui que ce
soit.
La seule chose qui nous a fait réfléchir [en Charente-Maritime],
c’est ce qui s’est passé en mai 2017 lorsque la gendarmerie s’est
présentée au Conseil de l’ordre sur réquisition du juge d’instruction
pour saisir le dossier ordinal. Nous avons appris qu’il s’était passé
des choses beaucoup plus graves que ce qui s’était passé en 2004.
Aussitôt, le médecin a demandé à être radié pour convenance personnelle
et le Conseil départemental de l’Ordre n’avait plus autorité sur ce
médecin.
Le chirurgien Joël L. a exercé à l’hôpital de Jonzac
(Charente-Maritime) de 2008 à 2017, année de son incarcération. Photo
Thibaud Moritz
Accusé de viols et d’agressions sexuelles sur quatre mineures,
Joël. L doit comparaître aux assises en 2020. «Libération» révèle
de nouveaux éléments sur la personnalité du sexagénaire qui aurait pu
faire plusieurs dizaines d’autres victimes.
Pédophilie : à Jonzac, un chirurgien «pervers» et «tout-puissant»
En passant au crible la vie de Joël L., un chirurgien retraité de
Charente-Maritime accusé de faits de viols et d’agressions sur quatre
mineures, les enquêteurs ne s’attendaient sûrement pas à devoir remonter
jusqu’à des dizaines d’autres victimes potentielles. Une sordide
découverte leur a permis de tirer le fil d’Ariane : des carnets intimes
manuscrits ont été saisis à son domicile. Ils relatent en détail, depuis
la fin des années 80, des abus sexuels commis sur des mineurs dans
plusieurs départements du centre et de l’ouest de la France. Le
praticien, qui a exercé à Jonzac, mais aussi en Touraine et en Bretagne,
y désigne plus de 200 noms d’enfants.
Révélés en début de semaine par la Charente libre, ces
nouveaux éléments donnent une tout autre ampleur à l’affaire. Le
quotidien indique par ailleurs que le médecin pourrait avoir «agressé sexuellement des mineurs, parfois en phase de réveil lors de séjours à l’hôpital».
Les investigations se poursuivent pour établir si les faits décrits ont
réellement existé, auquel cas il pourrait s’agir de l’un des plus
importants scandales pédophiles jamais révélés en France. Toujours
présumé innocent, le sexagénaire est incarcéré depuis 2017 dans
l’attente d’être jugé d’ici début 2020 devant la cour d’assises de
Saintes. De nouveaux éléments révélés par Libération permettent cependant de cerner un peu mieux la personnalité du suspect.
Une expertise psychologique datée du 1er juillet 2017 et
versée au dossier semble ainsi décrire un profil pour le moins trouble
et inquiétant. Dans un résumé, le psychologue décrit un homme doté d’une
intelligence «au-dessus de la moyenne», dont «les émotions ne colorent pas ses propos» et qui «n’a pas de signe évocateur d’une quelconque maladie mentale». En revanche, selon l’expertise, le chirurgien «ne
reconnaît pas l’autre comme un sujet mais comme un objet sur lequel il
cherche à avoir une emprise. Il semble s’envisager comme un objet
d’études, il prend un plaisir évident à détailler le parcours qu’il
devait suivre pour visionner des images pédopornographiques. La
transgression est elle-même érotisée, et il jubile à l’idée d’échapper à
la psychologie et à la psychiatrie […] L’enfant-objet lui permet
d’exercer sa mégalomanie, sa toute-puissance». Présenté comme «pervers» et «narcissique», l’homme semble aussi, selon l’expert, être «habité par un sentiment d’impunité et de toute-puissance […] Il n’évoque aucun remord, aucune culpabilité». Il ne réfute d’ailleurs pas son attirance sexuelle pour les enfants : «Au
contraire, il la présente comme une sexualité préférentielle […] Selon
ses propres termes, il se dit et se sait lui-même pédophile.»
«Poupées, perruques et godemichés»
Avant la découverte de ce qui s’apparente à un journal intime tenu
sur plusieurs décennies, c’est le précieux témoignage d’une enfant de
6 ans qui a permis de briser le silence. L’histoire remonte au mois
d’avril 2017. Après avoir recueilli ses confidences, sa mère se rend à
la brigade de gendarmerie de Jonzac pour porter plainte. Sa fille lui a
révélé un peu plus tôt qu’un voisin, avec qui la famille n’entretient
aucun lien, a exhibé son sexe devant elle et s’est masturbé à travers la
clôture grillagée qui sépare leurs deux jardins. La scène s’est
déroulée sous les yeux de son petit frère de 2 ans. Avec ses mots
d’enfant, la fillette confirme aux enquêteurs avoir vu «le zizi du voisin»
et reproduit ses gestes. Les gendarmes placent rapidement Joël L. en
garde à vue. Né en 1950, le chirurgien viscéral est alors en poste à
l’hôpital de Jonzac depuis 2008. Lorsqu’il officiait en Bretagne, le
tribunal correctionnel de Vannes l’avait déjà condamné en 2005 à quatre
mois de prison avec sursis pour détention d’images à caractère
pédopornographique.
Lors de la perquisition de son domicile en mai 2017, les enquêteurs
accumulent les trouvailles effrayantes. Sous le plancher, ils exhument «de nombreux supports numériques renfermant des contenus pédopornographiques, des poupées, des perruques et des godemichés», rapporte l’ordonnance de mise en accusation dont Libération a pu consulter des extraits. Selon l’avocate de la famille, Me Francesca Satta, «des petits baigneurs portaient même des chaînes et étaient mis en scène dans des positions sado-masochistes».
C’est lors de ces fouilles que sont retrouvés les carnets intimes du
docteur. Remplis de textes et de dessins, ces journaux ultra détaillés –
où figurent aussi des numéros de téléphone – évoquent sans ambiguïté
des récits pédophiles : «Avec mes petites danseuses, mes lettres pédophiles, petite fille précoce, petites filles de l’île de Ré.»
Tandis que l’enquête se poursuit, différentes auditions avec l’enfant
et un examen gynécologique permettent de conclure que la petite fille
de 6 ans a été violée. A nouveau entendue, elle révèle que son voisin
lui a aussi introduit un doigt dans le sexe. Interrogé, le chirurgien
nie farouchement les accusations de pénétration digitale mais admet lui
avoir montré son pénis et ses fesses et lui avoir demandé de baisser sa
culotte. «Depuis ce jour, la petite et les parents sont suivis psychologiquement, précise Me Satta. C’est
très difficile pour eux, ils attendent le procès avec impatience.
Personne dans la famille ne connaissait ce chirurgien. C’était seulement
bonjour, bonsoir. La mère et le père de la petite m’ont d’ailleurs
indiqué que ce dernier semblait ne pas avoir de vie sociale. Il rentrait
chez lui le soir et paraissait très isolé. Quand il sortait dans son
jardin, il avait aussi tendance à se dénuder, m’ont rapporté mes
clients. Grâce à son témoignage, cette petite fille a ouvert le volet
d’un dossier qui serait peut-être resté dans le silence total si elle
n’avait pas parlé.»
Cran supplémentaire dans l’horreur, lors d’un nouvel interrogatoire,
Joël L. avoue de lui-même être déjà passé à l’acte sur d’autres enfants
lorsqu’il exerçait à Loches, en Touraine. Toujours «sans aucune pénétration»,
martèle-t-il. En 2017, six autres victimes sont ainsi identifiées et
localisées par les enquêteurs. Pour trois d’entre elles, les faits
dénoncés sont prescrits. Les témoignages des trois autres victimes –
ainsi que celui de l’enfant de 6 ans – seront au cœur du procès qui se
tiendra en 2020 aux assises de Saintes.
Plusieurs chefs d’accusation ont été retenus : «Viol sur mineur
par personne ayant autorité», «viol sur mineur de moins de 15 ans»,
«agression sexuelle par personne abusant de l’autorité conférée par ses
fonctions», «agression sexuelle incestueuse sur mineur de moins de
15 ans par personne ayant autorité», «exhibition sexuelle» et «consultation et diffusion d’images d’un mineur à caractère pornographique».
Domiciliées en Touraine à l’époque des faits, deux victimes – nées
en 1985 et 1990 – se trouvent être les propres nièces du chirurgien. La
quatrième enfant, née en 1989, a subi une agression sexuelle lors de son
hospitalisation à Loches. «Les histoires de ces trois autres enfants ont été consignées dans les carnets, assure Me Satta. Cela tend à montrer que ces récits ne sont pas uniquement de l’ordre du fantasme.» D’autant que, selon l’avocate, de nouvelles plaintes seraient venues nourrir le dossier depuis le début de la semaine.
«Journaux nauséabonds»
De son côté, l’avocat du chirurgien, Thibaut Kurzawa, contacté par Libération, appelle à la plus grande prudence : «Des
centaines, voire des milliers de pages, ont effectivement été
retrouvées. Mon client ne conteste pas les avoir rédigées, mais selon
lui, ces descriptions seraient uniquement de l’ordre du fantasme.
Certaines remontent à très loin et sont écrites au futur, au
conditionnel, au passé ou au présent. Aucun élément objectif ne vient
affirmer que ce qu’il a écrit s’est réellement produit. Ces journaux
sont nauséabonds mais pour autant est-ce qu’ils relèvent de faits réels ?
Personne ne peut le savoir à ce jour», pointe l’avocat, qui met en avant la présomption d’innocence du chirurgien et souligne que «200 noms ne font pas 200 faits». D’après lui, son client vivrait même depuis son arrestation «un extrême soulagement» : «Il
s’était enfermé dans une spirale depuis une dizaine d’années. Car s’il
nie avoir commis les agressions détaillées dans les carnets ainsi que
des viols dont il est accusé, il ne conteste pas avoir commis les
atteintes sexuelles – sans pénétration – pour lesquelles il a été
renvoyé devant la cour d’assises de Saintes. Il regrette aujourd’hui
profondément son comportement», précise-t-il.
Dans l’attente du procès, le parquet de La Rochelle atteste que «les
investigations se poursuivent pour identifier et entendre d’autres
éventuelles victimes, dans l’entourage proche ou professionnel de
l’accusé». A ce stade, les magistrats n’ont souhaité donner aucun autre détail sur le nombre ou la nature des faits. «L’enquête est en cours, elle a été confiée à la section de recherches de Poitiers.»
En attendant, plus de 80 personnes s’organisent sur les réseaux sociaux
pour se défendre. Les membres d’un groupe privé Facebook, qui se
désignent eux-mêmes comme les «victimes» du docteur, recueillent les témoignages et appellent «à se battre ensemble pour que cela cesse et ne plus avoir peur».