Le parquet a en revanche refusé de révéler l’identité de la personne
filmée «pour d’évidentes raisons de sécurité et de respect de la vie
privée». Mais il s’agirait d’un haut responsable du site nucléaire de
Mol, en Flandre, selon la RTBF. La
Dernière Heure (DH) évoque quant à elle le «directeur du programme de
recherche et de développement nucléaire belge». La justice n’a pas non
plus souhaité donner d’information sur les «circonstances de la
découverte des images».
Une caméra cachée dans un bosquet
Selon DH, la vidéo «d’une dizaine d’heures» montre «la porte d’entrée
d’une habitation en Flandre», mais il n’est pas possible de la dater et
donc de savoir si elle a été tournée avant ou après le 13 novembre. Les
enquêteurs belges ont découvert que «ces images ont été captées au
moyen d’une caméra cachée dans un bosquet sous de la paille et que
celle-ci a été récupérée sur place par deux suspects, repartis à bord
d’un véhicule tous feux éteints», ajoute la «DH», qui précise qu’elle a
été découverte lors d’une des nombreuses perquisitions effectuées en
Belgique, où ont été fomentées les attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis en novembre.
L’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a rapidement été
prévenue de l’existence de cette vidéo et des «mesures de sécurité
supplémentaires» ont été prises, a déclaré à la RTBF Sébastien Berg,
porte-parole de l’AFCN.
Georges Besse est assassiné en bas de son domicile, boulevard Edgar-Quinet dans le 14e arrondissement de Paris, le 17novembre1986, par le groupe Action directe (commando Pierre Overney, du nom du militant maoïste tué par un agent de sécurité de Renault). Quatre personnes sont arrêtées trois mois plus tard : Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron, Jean-Marc Rouillan et Georges Cipriani. Action directe a revendiqué son assassinat en raison de ses fonctions de PDG de la Régie Renault
et des « dégâts sociaux provoqués par les décisions de licenciements
massifs » (il faut rappeler que la Régie Renault, sous l’œil vigilant de
l’Etat actionnaire, ne licencie jamais pour motif économique et, quant à
Pierre Overney, il avait été tué par un vigile de Renault en 1972,
lui-même assassiné en « représailles » en 1977… Georges Besse était bien
loin)[réf. nécessaire]. Les assassins de Georges Besse ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité et seront mis en liberté conditionnelle
après plus de 20 ou 25 ans d’emprisonnement, au cas par cas, souvent
pour des raisons de santé. Deux d’entre eux seront à nouveau incarcérés
pour des raisons de procédure, puis à nouveau libérés.
Des théories alternatives ont été émises sur les raisons de son assassinat :
Son implication dans les ventes françaises du nucléaire militaire à l’Iran et l’Irak de Saddam Hussein1.
Selon la journaliste Dominique Lorentz dans son enquête intitulée Une guerre, publiée en 19972,
il pourrait exister un lien entre les attentats de l’époque en France
et le non-paiement de la dette de la France à l’Iran concernant sa
participation à Eurodif. Le même jour en effet, la France remboursa 330 millions de dollars à l’Iran pour Eurodif (fondé par Georges Besse), mais refusa « officiellement » de fournir toute livraison d’uranium enrichi.
En mars 1987 a été créée une fondation portant son nom, la Fondation Georges Besse (sous l’égide de la Fondation de France),
chargée « d’aider des élèves ingénieurs particulièrement brillants,
mais empêchés par de sérieuses difficultés matérielles, de développer le
potentiel intellectuel et humain qui est en eux ».
Georges-Henri Soutou (dir.), Georges Besse : Des grands projets aux restructurations industrielles, Rive droite, Paris, 1998, 228 p. (ISBN2-84152-060-9) : actes du colloque organisé le 19 novembre 1996 à Paris par l’Institut d’histoire de l’industrie
Paroles directes autour d’Action Directe Ce livre (épuisé en librairies mais disponible à la BNF) contient le communiqué du groupe Action directe émis à la suite de l’assassinat de Georges Besse.
Bulletin3 no 49
de la SABIX (Société des amis de la bibliothèque et de l’histoire de
l’École polytechnique), septembre 2011 Publié à l’occasion du 25e anniversaire de sa disparition.
« Vingt-cinq ans après sa mort, l’héritage de Georges Besse »4 par Pierre Couveinhes et Alexandre Moatti
Fort de l’expérience acquise avec l’usine militaire de Pierrelatte
et devant la nécessité de disposer d’une telle installation
d’enrichissement pour développer un programme nucléaire autonome, le
Président Georges Pompidou propose fin 1969, à La Haye,
aux pays européens intéressés de s’associer à des études de faisabilité
d’une usine d’enrichissement de taille internationale. Un accord est
signé avec les principaux pays européens à Paris, le 25février1972,
pour former une association qui, sous le nom d’Eurodif, avait pour
mission d’étudier « les perspectives économiques liées à la réalisation,
en Europe, d’une usine d’enrichissement de l’uranium par le procédé de
diffusion gazeuse, compétitive sur le plan mondial »B 1. Font partie de cette association dont la durée de vie n’est statutairement que de deux ans : la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas et la république fédérale d’Allemagne. En 1972, l’Espagne et la Suède
sont admises dans le groupement, avec respectivement les sociétés
Empresa nacional del uranio S.A. (Enusa), société détenue à 60 % par
l’État espagnol, et l’A.B. Atomenergi (société d’état). Mais en 1973 la Grande-Bretagne, les Pays-Bas décident de se retirer du groupementB 2.
Un protocole d’accord est finalement signé le 9octobre1973 entre le CEA
et le Comitato Nazionale per l’Energia Nucleare (Italie), l’AGIP
Nucleare, l’Enusa (Empressa Nacional del Uranio) (Espagne), l’AB
Atomenergi (Suède), Synatom et le Centre d’Étude de l’Énergie Nucléaire
(Belgique). Cet accord décide de la constitution d’une société commune
(société anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance) dénommée
Eurodif pour les études et recherches dans le domaine de
l’enrichissement par diffusion gazeuse, ainsi que la réalisation et
l’exploitation d’usines et la commercialisation d’uranium enrichi2.
Eurodif Production est alors créée en tant que filiale de Eurodif.
L’usine exploitée par Eurodif Production et dont Eurodif SA est
propriétaire sera renommée « usine Georges Besse » en l’honneur de Georges Besse, premier président du Directoire de la société Eurodif, assassiné part le groupe Action directe en 1986.
Fort de l’expérience acquise avec l’usine militaire de Pierrelatte
et devant la nécessité de disposer d’une telle installation
d’enrichissement pour développer un programme nucléaire civil autonome,
le Président Georges Pompidou propose fin 1969, à La Haye,
aux pays européens intéressés de s’associer à des études de faisabilité
d’une usine d’enrichissement de taille internationale. Un accord est
signé avec les principaux pays européens à Paris, le 25février1972,
pour former une association qui, sous le nom d’Eurodif, avait pour
mission d’étudier « les perspectives économiques liées à la réalisation,
en Europe, d’une usine d’enrichissement de l’uranium par le procédé de
diffusion gazeuse, compétitive sur le plan mondial »B 1. Font partie de cette association dont la durée de vie n’est statutairement que de deux ans : la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas et la république fédérale d’Allemagne. En 1972, l’Espagne et la Suède sont admises dans le groupement, mais en 1973 la Grande-Bretagne, les Pays-Bas décident de se retirer du groupementB 2.
Le 22novembre1973 le gouvernement français approuve le projet de construction de l’usine d’Eurodif, usine de séparation isotopique atteignant la capacité de 9 millions d’UTS. Sa réalisation est confiée au CEA.
Parallèlement le capital de la société Eurodif est porté de 100 000 F à
100 millions pour faire face aux premiers besoins financiers B 3. Georges Besse est nommé Président du directoire de la société EurodifC 1. Deux sites sont en concurrence : le site français de Tricastin, dans la vallée du Rhône, et celui de Tarquinia en Italie.
En février 1974, le site de Tricastin est retenu. Le coût est évalué à
7,4 milliards de francs 1973, auxquels il convient d’ajouter environ 5
milliards de francs pour la construction de quatre réacteurs nucléaires
d’E.D.F. destinées à lui fournir les 3 600 MW électriques nécessaires à
son fonctionnementB 4.
La conflit israélo-arabe et notamment la guerre du Kippour en 1973 ainsi que le premier choc pétrolier qui conduit le prix du pétrole à doubler deux fois en octobre1973,
mettent brutalement en évidence la dépendance énergétique des pays
occidentaux et leur fragilité en la matière au moment où le pays connaît
une extraordinaire croissance économique A 1.
La mise en place d’un important programme électronucléaire est alors
engagée sous le nom de « Plan Mesmer ». La mise à disposition de l’usine
d’enrichissement devient urgente.
Entrée de l’Iran dans la société Eurodif
En 1974, la part suédoise de 10 % dans Eurodif était parvenue à l’Iran
à la suite d’un accord franco-iranien datant du 27 juin. Cet accord
prévoyait la vente par la France de cinq centrales atomiques américaines
(licence Framatome, l’approvisionnement de l’Iran en uranium enrichi, la construction par Technicatome
d’un centre nucléaire comportant trois réacteurs de recherche,
l’exploitation en commun des gisements d’uranium qui pourraient être
découverts en Iran et celle de gisements dans des pays tiers, la
formation des scientifiques iraniens, ainsi que « l’accès de l’Iran à
l’industrie de l’enrichissement de l’uranium »2.
Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) français3 et l’Organisation iranienne à l’énergie atomique
ont alors fondé la Sofidif (Société franco–iranienne pour
l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse), possédant
respectivement 60 % et 40 % des parts. En retour, la Sofidif a acquis
une part de 25 % dans Eurodif, ce qui donnait à l’Iran une minorité de
blocage dans Eurodif3. Le reste des 75 % d’Eurodif étaient répartis entre le CEA (27,8 % des parts3), et trois actionnaires minoritaires (l’Italie, l’Espagne, la Belgique3).
En tant qu’actionnaire, l’Iran avait un droit d’enlèvement sur 10 % de l’uranium enrichi par Eurodif4. Reza Shah Pahlavi a prêté un milliard de dollars US1 à la suite d’un accord signé en décembre 1974, lors du voyage officiel du Premier ministre Jacques Chirac à Téhéran, et prévoyant l’entrée de l’Iran dans Eurodif5,6, puis encore 180 millions USD en 19771, pour la construction de l’usine Eurodif, afin d’avoir le droit d’acheter 10 % de la production d’uranium enrichi du site7.
Les contrats sur la vente de centrales et d’équipements ont été signés à Téhéran le 18 novembre 1974 par Michel d’Ornano, Ministre de l’Industrie et de la Recherche, et son homologue iranien, la France vendant finalement deux centrales Westinghouse à l’Iran (fourniture partagée entre la France et la RFA)8.
Le décret du 8septembre19779 autorise finalement la création, par la société Eurodif Production (pour European Gaseous Diffusion Uranium Enrichissement Consortium), d’une usine d’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse implantée dans le site nucléaire du Tricastin à Pierrelatte. Les Belges, Espagnols et Italiens participent au programme10. À la suite de l’assassinat de Georges Besse le 17novembre1986 par des terroristes du Groupe « Action directe », l’usine Eurodif est baptisée le 5mars1988 « Georges Besse » en sa mémoireC 1.
En avril1979, le Premier ministre Raymond Barre inaugure l’usine d’Eurodif. Dans le même temps, l’ayatollahKhomeiny
rompt le contrat de fourniture de centrales nucléaires passé avec la
France. Mais il confirme l’actionnariat dans Eurodif de l’Iran qui
possède toujours 10 % des parts de cette usine. La France refuse de
laisser l’Iran exercer son statut d’actionnaire d’Eurodif.
Contentieux avec l’Iran et assassinat de Georges Besse
Lors de la Révolution islamique de 1979, l’ayatollah Khomeiny, exilé en France, revient en Iran et prend le pouvoir. Au départ soutenu par la France5 ainsi que par les États-Unis, qui ne songent alors qu’à faire tomber le chah11,
les dirigeants de l’Iran vont bientôt se retourner contre Paris et
Washington. Téhéran suspend alors ses paiements et réclame le
remboursement du prêt en faisant pression sur la France.
En 1981,
après la mise en service de l’usine Eurodif, l’Iran réclame 10 % de la
production d’uranium enrichi auquel ils ont contractuellement droit, ce
que la France refuse. De 1981 à 1991, le régime des mollahs
est soupçonné d’avoir perpétré plusieurs assassinats, prises d’otages
et attentats meurtriers : probablement des centaines de Français ont
payé de leur vie avant que la France et l’Iran ne règlent le contentieux
Eurodif12,13.
Le 17novembre1986, après plusieurs attentats meurtriers à Paris, attribués (pour ceux de septembre) aux FARL (dirigées par Georges Ibrahim Abdallah)14 et l’enlèvement de journalistes français (Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat, …) retenus en otage au Liban
par des groupes liés à l’Iran, la France signe un accord partiel,
prévoyant le remboursement de 330 millions de dollars (accord rendu
public par un communiqué du Quai d’Orsay15), mais refuse de fournir toute livraison d’uranium enrichi. Le même jour se produit l’assassinat de Georges Besse, PDG de Renault mais surtout le fondateur d’Eurodif. Selon Dominique Lorentz, les terroristes l’avaient déjà désigné en prenant pour cible, le 14 septembre 1986, le Pub Renault16.
Selon Dominique Lorentz qui s’appuie en particulier sur Roland Jacquard, Action directe, qui accepta la paternité de l’assassinat de Besse, était lié aux FARL[réf. à confirmer], toutes organisations qui « agissaient en l’occurrence pour le compte de la République islamique, au même titre que le Jihad islamique et le Hezbollah »17.
Ces informations, provenant des services de renseignement
antiterroristes français, sont mises en doute par d’autre personnes, qui
soulignent le paradoxe consistant à voir un groupe d’inspiration autonome et marxiste-léniniste à appuyer le « régime des mollahs ».
Le versement de 330 millions de dollars a lieu le 22 novembre 198618. Néanmoins, les Iraniens affirment alors que le contentieux comportait d’autres éléments19. Reza Amrollahi, vice-Premier ministre et président de l’Organisation iranienne à l’énergie atomique, voyage en France en décembre 1986 et visite l’usine Eurodif, proposant de reprendre la coopération nucléaire20, mais aucun accord n’est signé.
Otages au Liban et accord avec l’Iran
Selon D. Lorentz, l’affaire des otages du Liban est de part en part traversée par l’enjeu du règlement du contentieux financier qu’est Eurodif21.
Ainsi, le 24 décembre 1986, un otage fut libéré ; mais le 13 janvier
1987, le journaliste Roger Auque fut enlevé à Beyrouth. Rappelant
l’enquête de Lorentz, Le Dauphiné libéré
écrit ainsi : « Les diplomates Marcel Carton et Marcel Fontaine, le
journaliste Jean-Paul Kauffman retenus plus de 3 ans en otage au Liban,
les attentats meurtriers de la Fnac, du Pub Renault, l’assassinat de
Georges Besse, patron du nucléaire français et hostile aux négociations
avec l’Iran, et d’autres encore, ont payé, dans les années 1980, le prix
du contentieux Eurodif5. »
En décembre1987 a lieu un 2e versement officiel de 330 millions de dollars par la France à l’Iran.
Le 6mai1988, entre les deux tours de l’élection présidentielle, les otages français sont libérés. Le Premier ministreJacques Chirac assure dans un accord avec l’Iran des « garanties politiques sur l’octroi sans restrictions par le gouvernement français de licence d’exportation d’uranium enrichi » et le rétablissement du statut d’actionnaire de l’Iran dans Eurodif sous la condition du retour des derniers otages du Liban.
Le ministre des Affaires étrangèresRoland Dumas
intervient dans le règlement du contentieux financier en discutant avec
son homologue Ali Akbar Velayati en février 1989, bien que deux ans
plus tard, l’assassinat de l’ancien premier ministre Chapour Bakhtiar met fin au rapprochement22.
Roland Dumas déclarera d’ailleurs, en janvier 2008: « C’est moi qui ai
négocié le remboursement de la dette iranienne dans Eurodif. L’Iran
dispose encore d’une part infime dans ce consortium. Cela peut
constituer un moyen de négociation pour permettre le contrôle des
puissances occidentales sur l’armement nucléaire iranien, si tout le
monde en était d’accord23. ». En septembre1989, le président François Mitterrand confie au secrétaire d’État du Ministre des Affaires étrangères, François Scheer, la formalisation d’un accord définitif de règlement du contentieux franco-iranien.
Accord financier
Finalement un accord, dont certains points restent secrets5, est trouvé en 1991 : la France remboursa plus de 1,6 milliard de dollars1 tandis qu’Eurodif fut indemnisé de commandes annulées par l’Iran1. L’Iran est rétabli dans son statut d’actionnaire d’Eurodif via un consortium franco-iranien nommé Sofidif, avec le droit de prélever 10 % de l’uranium enrichi à des fins civiles1.
Selon Enerzine, « de source diplomatique française, on indique
que l’Iran est bien membre d’Eurodif. Mais en l’absence de centrale
nucléaire civile opérant en Iran, il n’y a pas de livraison d’uranium
enrichi. »24. Le 11 avril 2007, le Ministère des Affaires étrangères
a réaffirmé l’actionnariat de l’Iran à Eurodif, tout en affirmant que
selon les termes de l’accord de 1991, l’Iran n’a aucun droit à enlever
de l’uranium enrichi ni d’accès aux technologies du nucléaire, mais
seulement aux gains financiers qui résultent de sa présence dans le
consortium25. Mais, en raison de la Résolution 1737 du Conseil de sécurité des Nations unies
(23 décembre 2006), qui gèle les avoirs de l’Organisation Iranienne à
l’Énergie Atomique, les fonds dus sont actuellement bloqués25.
Fermeture
La durée de vie de l’usine était estimée lors de la construction à 25
ans, ce qui aurait conduit à une fin d’activité en 2003. Toutefois des
opérations de maintenance et de modernisation des bâtiments ont permis
de prolonger cette durée de vie de 9 ansC 2.
La date de fermeture et de démantèlement d’Eurodif a été l’objet de négociations difficiles entre EDF et Areva, pour lesquelles l’ancien premier ministre français François Fillon avait demandé un accord rapide26.
En 2011, la catastrophe de Fukushima
a entrainé une forte baisse de la demande mondiale en uranium enrichi.
En particulier, l’usine Georges Besse alimentait jusqu’à l’accident de
Fukushima en mars 2011 les centrales nippones, désormais pratiquement
toutes à l’arrêt. La fermeture de l’usine a donc été avancée au 10 mai
2012, date à laquelle a commencé la procédure d’arrêt de production de
l’usine27.
Démantèlement
Le 7 juin 2012, l’usine a cessé définitivement ses activités
d’enrichissement. Le démantèlement débutera par la récupération
d’environ 300 tonnes de matières radioactives et chimiques pour faire
baisser le niveau de radioactivité. Pour cela, le procédé PRISME (projet de rinçage intensif suivi d’une mise à l’air d’Eurodif) devrait débuter dès février 201328. Ce procédé prisme utilisera des tonnes de trifluorure de chlore, c’est la première fois dans le monde qu’un tel tonnage sera utilisé, pour laver autant de tuyauteries29.
Selon le réseau sortir du nucléaire, le démantèlement de l’usine entraîne un risque pour les travailleurs ainsi que l’augmentation des rejets de l’installation30.
Descriptif
L’usine, baptisée en 1988 Georges Besse,
du nom du premier président du directoire de la société d’Eurodif
Production, était une installation nucléaire spécialisée dans la séparation isotopique de l’uranium par diffusion gazeuse. Elle fournissait en uranium enrichi une quarantaine de producteurs d’électricité dans le monde dont Électricité de France, soit une centaine de réacteurs nucléaires1. Elle produisait en 2007 un quart de la production d’uranium enrichi du monde31.
L’uranium contient naturellement 0,7 % d’uranium 235, l’isotope fissile à l’origine de la réaction en chaîne. Il était enrichi jusqu’à 5 % d’uranium 235 par un procédé de diffusion gazeuse utilisant l’hexafluorure d’uranium (UF6) : l’uranium était transformé sous forme gazeuse (hexafluorure d’uranium) puis poussé par des compresseurs à travers une cascade
de diffuseurs contenant des barrières de diffusion poreuses pour
séparer les atomes d’uranium 235 des atomes d’uranium 238 plus lourds.
Le processus était répété 1 400 fois pour produire de l’uranium enrichi
utilisable dans les réacteurs nucléaires (3 à 5 % d’uranium fissile).
À cette fin, les compresseurs de l’usine d’enrichissement (des
moteurs électriques de plusieurs mégawatts) consommaient environ 15 TWh par an32, or la centrale nucléaire de Tricastin produisant environ 25 TWh/an,
on peut donc en déduire que 60 % de la production de la centrale de
Tricastin, soit près de trois des quatre réacteurs, était utilisés pour
alimenter Eurodif, ce qui faisait d’Areva le plus important client d’EDF.
L’uranium enrichi par l’usine Georges Besse était assemblé à la FBFC puis envoyés en train jusqu’aux centrales nucléaire. L’usine George Besse était alimentée en hexafluorure d’uranium (UF6) par l’usine de Comurhex présente elle-aussi sur le site nucléaire du Tricastin (cf. Transport du combustible nucléaire).
L’eau chaude produite par l’usine possédait une température plus
élevée que celle produite par la centrale nucléaire. Ceci explique le
fait qu’Eurodif n’a pas eu l’autorisation d’utiliser l’eau du Canal de Donzère-Mondragon (canal du Rhône) pour la refroidir. C’est pourquoi il y a deux tours de refroidissement sur le site. Celles-ci étaient donc utilisées exclusivement par Eurodif. De plus, cette eau chaude permettait d’alimenter la Ferme aux crocodiles, les bâtiments sportifs, les serres agricoles et 2500 logements de la ville de Pierrelatte.
Sûreté nucléaire
Cadre réglementaire
L’usine a été autorisée par le décret du 8 septembre 1977 qui a été modifié par décret du 22 juin 198433.
La loi du 13juin2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire, dite loi TSN, et notamment son article 29, précise que les installations nucléaires doivent être autorisées par un décret du Premier ministre
après instruction des autorités compétentes. L’exploitant doit à cet
effet déposer un dossier démontrant comment son installation
fonctionnera en limitant au maximum les impacts sur l’homme et son
environnement et en maîtrisant les risques associés. Après une
instruction technique, le public est consulté dans le cadre d’une enquête publique et au travers d’éventuels autres organismes (Commission locale d’information, Autorité environnementale, Autorité de sûreté nucléaire).
Le décret d’autorisation de création fixe le périmètre et les
caractéristiques de l’installation, les règles particulières auxquelles
doit se conformer l’exploitant et les prescriptions techniques34.
Dans le cadre de cette nouvelle réglementation, l’usine Georges-Besse II est l’installation nucléaire de base numéro 93, autorisée par décret du 27avril2007 qui a modifié le précédent décret de 198433.
Impacts sur l’environnement
Chaque année, près de 21 000 analyses en laboratoire sont effectuées
sur 9 500 échantillons prélevés dans le milieu naturel (air et végétaux,
eaux de pluie, d’irrigation et de pompage, nappes phréatiques, végétaux
etc) en 200 points géographiques répartis sur le site et dans son
proche environnement. Les résultats de ces analyses sont rendus publics
après calculs spécialisés et vérifications.[réf. nécessaire]
↑ D. Lorentz, 2002, p.35, qui cite Le Monde du 15 septembre 1976, du 7 février 1988, et un entretien avec François Scheer diffusé dans La République atomique
↑ Le documentaire La République atomique, de David Carr-Brown et Dominique Lorentz, diffusé le 14 novembre 2001 sur Arte, et le livre Affaires atomiques de Dominique Lorentz, Les Arènes (ISBN2-912485-22-3)
↑Dominique Lorentz, Secret atomique, ou la véritable histoire des otages français au Liban, Les Arènes, 2002, p.138, cite Le Figaro du 21 novembre 1986 et Le Monde du 19 septembre 1986
↑Dominique Lorentz, Secret atomique, ou la véritable histoire des otages français au Liban, Les Arènes, 2002, p.136, cite Le Figaro, 18 novembre 1986
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