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vendredi 28 mars 2025

De l'environnement de Yannis Moré à Ganagobie

 

 

 

Il habitait au hameau du Belvédère, au sud du bourg.

C'est un site touristique proche de l'abbaye et du monastère de Ganagobie (bénédictins) qui devient aussi le lieu d'une pollution radioactive remarquable à partir de 1987 :

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ganagobie

Pollution radioactive

L’entreprise Isotopchim, appartenant au couple Friedeling, a été active de 1987 à 2001 à Ganagobie[27],[28]. Elle était spécialisée dans le marquage isotopique avec le carbone 14, radioactif, de molécules organiques[29], activité jugée non-rentable par le CEA. Les conditions dans lesquelles l’activité est exercée conduisent à d’importants rejets radioactifs (90 % du carbone 14 utilisé[29]). Isotopchim utilise également du tritium, radioactif[28],[30], du phosphore 32, du phosphore 33 et du soufre 35, sans autorisation[30]. Des rejets ont lieu par une cheminée de 40 m, un jardin d’enfants étant situé à proximité[30].

En 1995, l’Opri mesure une contamination radioactive[29]. La préfecture, sous le coup d’un recours pour carence à agir[30], prononce deux suspensions administratives de l’activité[29] (tout en autorisant des campagnes d’activité exceptionnelles[30]), puis interdit l’activité[29]. Isotopchim continue de produire des déchets malgré l’interdiction préfectorale et le couple Friedeling stocke les déchets dans leur villa[28]. En 1998, un scandale éclate, des boues radioactives ayant été évacuées comme de simples déchets. Le lieu de déversement de ces déchets radioactifs est inconnu, excepté pour un chargement qui a abouti dans la décharge de Fontienne[30].

Isotopchim est finalement liquidée en 2000[29]. Le couple Friedeling est condamné en 2003 à de la prison avec sursis et à 100 000  d’amende, la procédure étant épuisée en Cour de cassation en 2007[28],[30]. L’amende n’a pas été payée[28].

La radioactivité de l’activité et des déchets stockés dans la villa a pollué le terrain environnant, les taux relevés par l’Aprii-Rad augmentant constamment. Les opérations de dépollution commencent en décembre 2002[31]. Les déchets radioactifs stockés sur le site de l’entreprise ont été évacués de mars à juin 2008[27],[31], quelques centaines de litres de liquides radioactifs et 600 kg de boues radioactives[32].

En 2008, les mesures effectuées par l’Andra confirment une pollution radioactive des sols[27], dépassant l’enceinte d’Isotopchim et touchant la place du Belvédère et les bâtiments environnants. Les cultures du monastère de Ganagobie sont également touchées jusqu’au début des années 2000[29]. Les opérations de dépollution qui ont eu lieu en 2008-2010 ont coûté environ 3,9 millions d’euros[33] mais devaient se poursuivre en 2012 par l’évacuation de boues restantes[31].

Jean-Pierre Frideling a pu créer avec sa fille une nouvelle entreprise à Aix-en-Provence, poursuivie pour des faits similaires[34].


https://www.lamarseillaise.fr/politique/un-trafic-international-disotopes-niche-a-la-fac-HALM017374

Un trafic international d'isotopes niché à la fac

Mis en examen, l’ingénieur Jean-Pierre Frideling est soupçonné d’avoir mis sur pied à la faculté des sciences de St-Jérôme un marché noir de matières radioactives entre Américains et Russes via des sociétés écrans pour contourner un embargo international. Enquête (1er volet)

30/06/2009 | 11h14

Quinze ans après le scandale d’Isotopchim et sa villa radioactive à Ganagobie (Alpes-de-Haute-Provence), son responsable Jean-Pierre Frideling gravite de nouveau en orbite judiciaire. L’ingénieur a été arrêté dans son officine secrète : un laboratoire de chimie louée par sa fille à la faculté des sciences et techniques (FST) de Saint-Jérôme à Marseille où il cultivait l’isotope en douce. Il est soupçonné de commerce illicite de matières radioactives. Ganagobie(s) repetita…    Innovation Chimie Fine (ICF) était jusqu’à l’arrivée des képis en janvier 2007, une « start-up » pleine d’avenir montée par sa fille. Brillante docteur en chimie organique formée à Saint-Jérôme, Aline Frideling est désormais accusée d’avoir servi de faux-nez aux activités nucléaires occultes de son père. Ce dernier, condamné pour l’effarant dépotoir laissé à Ganagobie, s’était livré jusqu’en 2000 à de la synthèse périlleuse de carbone 14 (C14). Avec Saint-Jérôme, un seuil nouveau est franchi : l’électron libre qu’on pensait banni du monde scientifique aurait organisé un marché parallèle de radioéléments artificiels entre les Etats-Unis et la Russie où il s’approvisionnait en C14 via une nébuleuse de sociétés écrans pour déjouer les sécurités et contourner l’embargo américain à destination de pays sensibles.

    Les faits dénoncés en janvier 2007 à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sont à l’instruction au pôle de santé publique du TGI de Marseille. Son étendue nécessite de délicates commissions rogatoires internationales. Jean-Pierre Frideling, 62 ans, ex-technicien du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Saclay, et sa fille Aline Frideling, 34 ans, docteur en chimie organique, y ont été mis en examen pour exercice d’activité nucléaire sans autorisation, publicité sur Internet relative à l’emploi de substances nucléaires, abandon de déchets radioactifs, atteinte aux règles d’hygiène et de sécurité, mise en danger de la vie d’autrui, non respect de la réglementation relative à la prévention au risque d’exposition aux rayonnements ionisants et aux risques chimiques. Ils ont même connu brièvement l’inconfort des Baumettes pour avoir transgressé leur contrôle judiciaire. « J’veux qu’on me fiche la paix. J’fais pousser mes salades. Je ne veux plus en entendre parler », nous a expliqué hier Jean-Pierre Frideling, joint par téléphone.

Une poubelle atomique

    Pourtant d’Oraison à Peyruis, son nom reste associé aux images choquantes de boues radioactives et de fioles toxiques à l’abandon dans une villa de la zone artisanale de Ganagobie (lire ci-contre). C’est là en 1986, aidé d’une subvention (875 000 francs) que l’ingénieur s’était aménagé son unité de synthèse. Sa marotte : la copie à façon de molécules rendues radioactives au C14. Isotopchim comptait jusqu’à 10 salariés parmi lesquels deux Russes. On y manipulait sans précautions du phosphore, fluor, phosgène jusqu’à du tritium et du deutérium, deux éléments nucléaires classés « défense ». Ces traceurs biologiques made in Provence trouvaient preneurs auprès de clients pas regardants : des laboratoires pharmaceutiques, des centres de recherche comme Cadarache, pas gêné d’externaliser ses émissions de C14 hors de son périmètre Seveso. Faisant preuve d’une « résistance permanente à respecter les règles », écriront les juges, Jean-Pierre Frideling baissait le rideau en catastrophe en 2000, laissant derrière lui une poubelle radioactive à la charge du contribuable. Le 25 juillet 2006, la cour d’appel confirmait le jugement de Digne-les-Bains qui l’avait condamné en 2003, lui et son épouse Michèle, chimiste et gérante de la Sarl Isotopchim, à 1 an de prison avec sursis et 100 000 euros d’amende, principalement pour stockage et élimination de matières radioactives sans autorisation. Impécunieux, ils n’ont jamais rien versé…

Chaud devant les curies !

    En réalité, l’alchimiste interpellé avec sa fille n’a jamais cessé ses activités tout bonnement transférées sur le campus marseillais. Les documents saisis à Manosque et Marseille démontrent une continuité entre la Sarl Isotopchim mise en faillite et son sosie Innovation Chimie Fine (ICF) qui lui succédait quelques jours plus tard en octobre 2000.     L’éprouvette s’est brisée en janvier 2007 quand une publicité parfaitement illégale de radionucléides a été interceptée sur le catalogue en ligne d’ICF. « Free shipping for orders over 5 Curies ! », osait la société qui expédiait à ses frais toute commande supérieur à 5 Curies ! L’équivalent de 5 g d’uranium… C’est dire les colis « chauds » qu’ICF a pu livrer dans le monde. Des perquisitions spectaculaires ont été menées dans l’aile 5 de la faculté prise d’assaut par les gendarmes, les techniciens de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), de l’ASN sous les yeux d’étudiants médusés. Des disques durs, des échantillons ont été saisis avec trois caisses souillées au C14 provenant de l’ancienne unité de Ganagobie. Les factures d’enlèvement des sources scellées et la décontamination du labo ne font pas du tout rire l’Université. « En apprenant brutalement le caractère controversé des activités de cette société » et « consciente des enjeux du dossier » qu’elle indique bien porter sur du « commerce de radioéléments artificiels à l’étranger », l’Université s’est constituée partie civile.    Le Dr. Aline Frideling avait pourtant reçu en 2006 le prix Hubert-Curien par le Réseau de développement technologique-Paca pour son « cadenas isotopique », un brevet sur les contrefaçons. Aidée par l’OSEO-Anvar et le Centre régional d’innovation et de transfert de technologie, elle regardait avec confiance l’avenir de « l’entreprise familiale spécialisée dans les isotopes stables » (sic). Ses clients ? Les mêmes que papa : industries pharmaceutiques, agroalimentaires, laboratoires d’analyse. Nulle mention du CEA qui, malgré la fâcheuse affaire de Ganagobie, n’a pas retiré sa confiance à Jean-Pierre Frideling. Isotopchim et Innovation Chimie Fine, connus du CEA pour être la même entité sous deux intitulés, ont collaboré au même programme de recherche qui portait – il fallait oser - sur la « réduction de la nocivité des déchets nucléaires » comme l’attestent deux rapports techniques de 2001 et 2004.     Vont alors apparaître une société américaine du Missouri et un réacteur russe planqué dans l’Oural…

David COQUILLE

Dans nos éditions, en kiosque, retrouvez l'intégralité de notre dossier concernant cette affaire et dès demain, le second volet de notre enquête : Frideling, les secrets de l’Oural


https://www.irsn.fr/savoir-comprendre/environnement/dossier-isotopchim-ganagobie-alpes-haute-provence

Dossier ISOTOPCHIM à Ganagobie (Alpes-de-Haute-Provence)

01/02/2013

L’environnement proche de l’ancien laboratoire de la société Isotopchim, situé au lieu-dit « le Belvédère de Ganagobie », à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Forcalquier (04), est contaminé en carbone 14.

Cette contamination est la conséquence des rejets atmosphériques, de 1989 à 1997, de ce laboratoire, dédié notamment à la production de molécules marquées pour la chimie fine. La Direction générale de la prévention des risques (DGPR) et la Commission Nationale des Aides dans le domaine Radioactif (CNAR) de l’ANDRA ont demandé à l’IRSN d’examiner la question du devenir des arbres situés dans le « Parc », à proximité et sous les vents dominants de l’ancien local d’Isotopchim.

En 2001, l’activité spécifique du 14C d’échantillons de bois du Parc variait de 9 500 à 25 000 Bq/kg de carbone (Bq/kg C) et celle de la matière organique des sols de 6 000 à 66 000 Bq/kg C. Aujourd’hui, alors que les feuilles et les jeunes branches ont vu leur activité décroître très fortement, l’activité spécifique observée en 2001 perdure dans le bois formé durant la phase d’exploitation du laboratoire et diminue très lentement dans les sols. Le stock actuel de carbone 14 contenu dans le bois des arbres du Parc a été estimé à environ 400 MBq (260 à 600 MBq).

En 2009, l’IRSN a procédé à l’évaluation des conséquences radiologiques qui résulteraient des situations susceptibles de survenir selon les deux options de gestion envisagées :

  • le maintien du site en l’état, en particulier en laissant sur place les arbres et en continuant l’entretien du site qui est fait actuellement 
  • l’enlèvement total ou partiel de ces arbres

Différents scénarios susceptibles d’induire une exposition des individus ont été examinés en particulier :

  • un incendie des arbres (Figure VII.6) induisant d’une part une augmentation de l’activité en 14C de végétaux consommés localement et, d’autre part, l’exposition d’une personne qui respirerait l’air contaminé en 14C par le panache de l’incendie 
  • l’inhalation par une personne (Figure VII.7) d’un air contaminé par le brûlage en cheminée de bois des arbres 
  • l’inhalation d’air dont la teneur en 14C serait renforcée du fait soit de l’émanation à partir du sol (rémanence de matières organiques et racines ayant été contaminées durant la phase de rejets d’Isotopchim), soit de l’utilisation de compost issu de l’entretien des espaces verts du site 
  • l’ingestion par inadvertance de sol contaminé (dans le cas d’enfants jouant à cet endroit).

Les calculs d’impact ont été réalisés en adoptant des hypothèses volontairement pénalisantes. Les résultats montrent qu’aucune des conjectures examinées n’aboutit à un risque dosimétrique significatif, les doses variant du pico-sievert à quelques centaines de nano-sieverts, à comparer à la dose liée au 14C naturel, de l’ordre de 12 μSv/an. Ces très faibles valeurs font que les incertitudes inhérentes aux calculs et aux hypothèses prises en compte n’ont pas d’incidence sur le sens des conclusions. Les conséquences de l’une ou l’autre des options envisagées, maintien en l’état du site ou enlèvement des arbres, se traduisent par des niveaux de dose négligeables par rapport à la dose imputable au bruit de fond naturel. L’élimination des arbres n’apporterait qu’un « bénéfice » très relatif en termes de diminution de la contamination du site, étant donné que le sol et les systèmes racinaires en place resteraient contaminés.

Il ressort de cette étude qu’il n’y a pas de risque dosimétrique significatif lié au maintien des arbres contaminés en 14C sur le site et donc aucune justification technique à les supprimer.

 

Figure VII.6 Schéma résumant le scénario étudié et les conséquences dosimétriques (dose efficace à l’adulte) dans le cas d’un incendie. 
 

Schéma résumant le scénario étudié et les conséquences dosimétriques (dose efficace à l’adulte) dans le cas d’un incendie.

 

Figure VII.7 Schéma résumant le scénario étudié et les conséquences dosimétriques (dose efficace à l’adulte) dans le cas d’un chauffage au bois en cheminée.

 

Schéma résumant le scénario étudié et les conséquences dosimétriques.

 

Pour en savoir plus :

  • Lire le rapport DEI/SESURE 2009-40 « Évaluations dosimétriques relatives aux options de gestion de l’environnement contaminé en carbone 14 autour de l’ancien laboratoire de la société Isotopchim à Ganagobie »


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