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mercredi 20 mars 2019
A Toulouse, le procès de Laurent Dejean s'est transformé en celui des gendarmes
Le méritent-ils ?
Certes un peu, voire beaucoup, ils n’ont même pas pris la peine de
procéder à un minimum de vérifications sur toutes les informations que
je leur avais fournies…
Cependant, pour autant que je sache, ils travaillaient sous le
contrôle d’un juge d’instruction, une information judiciaire ayant été
ouverte très tôt après la découverte du crime, comme toujours en la
matière, le procureur de la République suivant toujours l’affaire lui
aussi.
Où sont ces magistrats ? Pourquoi ne sont-ils pas sur le grill eux aussi ?
Encore un mystère…
Venons-en aux éléments débattus en ce début de semaine.
Il s’agit essentiellement du scénario de l’attaque que proposent les
gendarmes sur la base de l’unique témoignage du chauffeur livreur
Nicolas Gelis, 21 ans à l’époque des faits, qui lui aussi conduisait une
Renault Clio ce jour-là – ce qui fait décidément beaucoup de véhicules
de ce type dans cette affaire – et des constatations effectuées dans
l’impasse où ont été retrouvées des traces de sang de la victime.
Les précisions horaires et de lieu fournies par le témoin indiquent
que Patricia Bouchon venait en fait tout juste de sortir de chez elle et
commencer son jogging – à 4h30 – lorsqu’il l’a croisée puis s’est
retrouvé face à la Clio présumée de Laurent Dejean, arrêtée moins de 300
m plus loin, donc vraiment très près du domicile de la joggeuse.
Celle-ci aurait d’ailleurs pu elle aussi l’apercevoir ou la dépasser
environ 2mn plus tôt si elle se trouvait déjà là, à l’arrêt, tous feux
éteints, mais plafonnier allumé.
Après sa confrontation avec Nicolas Gelis, qui dit s’être arrêté sur
le bas-côté de la route, son conducteur, manifestement énervé ou apeuré,
aurait démarré en trombe et rejoint ou précédé la joggeuse à l’entrée
de l’impasse en moins de 30 secondes… tandis que le chauffeur livreur
repartait de son côté sans plus rien voir ni demander son reste…
quoiqu’il ait bien jeté un oeil dans son rétroviseur puis sur l’horloge
de son tableau de bord et noté l’heure : 4h33.
Laurent Dejean, si c’est bien lui, vient d’être dérangé alors qu’il
se trouve à l’arrêt au milieu de la route. Il doit connaître les lieux.
S’il n’est du coin, il a procédé à des repérages. Admettons qu’il décide
alors d’aller se garer dans l’impasse, où il ne dérangera plus et ne
sera plus dérangé. Sur ce, la joggeuse arrive et il l’agresse très
brutalement et violemment. Il n’aurait peut-être pas supporté d’être
dérangé deux fois de suite en si peu de temps… à moins que l’impasse
n’ait été le lieu où il ne voulait surtout pas rater la joggeuse.
Il est quand même étrange d’aller commettre une agression tout juste
après avoir été dévisagé par un témoin qui s’avèrera par la suite
capital… surtout quand après avoir tué et massacré sa proie on a la
présence d’esprit d’en prendre le corps pour aller le cacher à 12 km de
distance dans un endroit où, selon la mère « dodu » (une femme médecin
et soeur masculiniste de la clique des « déconnologues » du malade
mental extrêmement dangereux Pascal Edouard Cyprien Luraghi), au bout
d’un an il ne resterait plus aucune trace exploitable pour incriminer
qui que ce soit… car elle aussi est bien impliquée dans cet assassinat… collectif… qui avait bien été programmé pour ce jour-là et pas un autre…
Cela ressemble en fait à un enlèvement dont le minutage a été prévu
en fonction de l’emploi du temps de la victime, qui se sera peut-être
défendue bien plus vigoureusement que ne l’imaginait a priori son
agresseur. Un contrat bien plus qu’une occasion ou une pulsion,
difficilement envisageables alors que le prédateur vient d’être vu et
dérangé par un tiers.
Neuf jours plus tard, soit le 23 février 2011, Laurent Dejean
consulte une psychiatre et en ressort avec un arrêt de travail. Il sera
par la suite hospitalisé en psychiatrie sans l’avoir jamais été
auparavant, ses comportements devenant délirants, du moins en apparence.
L’assassin de Patricia Bouchon déboule sur le blog Luraghi le 25
février 2011 et commence vraiment à participer aux discussions de la
bande le 1er mars 2011. Il s’exprime sous pseudonyme. Il n’est
absolument pas troublé par le crime, il en plaisante autant que les
autres. Il est tout à fait regrettable que les gendarmes n’aient pas
recherché son identité, on serait fixé depuis longtemps. S’il s’agit de
Laurent Dejean, alors il a simulé la folie dans le but de pouvoir le cas
échéant plaider l’irresponsabilité pénale et s’en sortir avec une
privation de liberté d’une durée beaucoup plus courte que la peine
encourue pour le crime commis.
Difficile pour la cour d’assises d’y voir clair dans l’affaire
Patricia Bouchon. Hier après l’audition de témoins qui n’ont rien vu,
les jurés ont à nouveau entendu l’un des directeurs de l’enquête pour
tenter de comprendre les certitudes des gendarmes. Pas toujours simple.
La conduite de l’enquête sur le meurtre de Patricia Bouchon a de
nouveau été au coeur des débats devant les assises de Haute-Garonne. Ce
lundi après-midi, la cour a entendu le témoin qui a découvert le corps,
le 29 mars 2011 (plus d’un mois après la disparition), un chasseur. Et
surtout, elle a réentendu l’un des directeurs de la cellule Disparition
31 sur les conclusions de l’enquête de gendarmerie. Une audition qui a une nouvelle fois donné lieu à une passe d’arme entre le militaire, la défense et l’avocat général.
Ces derniers mettant en doute la solidité du témoin clé de cette
enquête. Le jeune chauffeur routier (21 ans à l’époque) qui dit avoir vu
Laurent Déjean près du lieu du crime, juste avant celui-ci (le 14
février 2011) et qui a permis l’établissement d’un portrait-robot. La
famille de Patricia Bouchon attend beaucoup de son audition ce mardi
matin.
Les conclusions des enquêteurs
LEntre les témoins qui ne se souviennent plus très bien huit ans
après, ceux qui ont changé de version au fil de leurs dépositions et
cette Renault Clio de couleur claire aperçue à l’heure du meurtre mais
que l’on n’a jamais retrouvée… L’avocat de Laurent Déjean passe ses
journées à maugréer.
Pourtant les gendarmes de la cellule Disparition 31 ont acquis la
certitude que Patricia Bouchon est dépassée par une voiture vers 4h35 ce
matin-là, route de Fronton. Que cette voiture tourne brutalement dans
l’impasse où la joggeuse est morte; que l’agression est « soudaine », « violente »
dira le troisième directeur d’enquête à la barre. Elle se déroule au
début du chemin, là où des cheveux et des bijoux sont retrouvés. La
suite est moins claire. Le corps est probablement transporté 100m plus
loin vers le fond de l’impasse le temps de le charger dans la voiture.
Mais quatre des six riverains ont déclaré ce lundi n’avoir rien entendu.
Le dernier couple (celui qui a entendu des cris) s’exprimera la
semaine prochaine.
À cinq heures du matin, un chauffeur de bus de Tisséo qui part
travailler voit une voiture type Renault au croisement. Voiture dont les phares s’éteignent à son passage. Autre élément troublant : la veille du meurtre Laurent Déjean achète pour un peu plus de 10€ d’essence sans plomb,
alors qu’il dit avoir un véhicule diesel. Il ne s’expliquera jamais sur
ce point, ni sur le fait d’avoir perdu dans la même période sa carte
bleue et son portable. Il consulte une psychiatre neuf
jours plus tard. Il en ressort avec un arrêt de travail mais selon les
gendarmes il ment sur le motif et parle d’une tendinite alors qu’il
souffre de troubles mentaux. Enfin, les débats de ce lundi ont permis
d’apprendre que le témoin anonyme qui a dénoncé Laurent Déjean en 2013 était son meilleur ami.
Ce dernier a raconté aux enquêteurs que l’accusé s’est débarrassé d’une
Clio blanche et terré chez lui après le meurtre de la joggeuse.
Le dernier chef d’enquête dans le meurtre de la joggeuse de Bouloc,
Patricia Bouchon, le 14 février 2011, s’est expliqué longuement hier
après-midi devant la cour d’assises de la Haute-Garonne. Il a détaillé
son travail face à des avocats de la défense virulents.
«Le rôle d’un enquêteur n’est pas de tirer des hypothèses mais de
faire une analyse objective de la situation à partir des constatations»,
tonne Me Guy Debuisson devant la cour d’assises de la Haute-Garonne.
Hier, au troisième jour du procès de Laurent Dejean, 39 ans, suspect n° 1
dans le meurtre de Patricia Bouchon, une mère de famille de 49 ans tuée
alors qu’elle faisait un footing nocturne, le 14 février 2011 à Bouloc
au nord de Toulouse (nos éditions précédentes), le témoignage du dernier chef d’enquête a occupé la majorité des débats.
Il s’agissait notamment d’établir la façon dont le témoin clef, qui
se présentera à la barre ce matin, a réalisé le portrait-robot du
suspect croisé quelques minutes avant l’agression de la joggeuse, en
pleine nuit, sur la route de Fronton. «Il croise d’abord Patricia
Bouchon qui court normalement et ne semble pas inquiète, rapporte le
gendarme. Quelques centaines de mètres plus loin, il freine brusquement
pour éviter une collision avec un véhicule, une Clio première
génération. Il parvient à s’arrêter, la contourne par la droite et
s’arrête à hauteur du conducteur.»
Ce témoignage permet aux enquêteurs de la section de recherches
d’affirmer que Patricia Bouchon se trouve à 253 mètres du chemin où elle
sera agressée. Le véhicule, lui, est à 543 mètres. «Si Patricia court à
8 km/h, il lui faut 1mn53. Si elle est à 10 km/h, il lui faut 1mn31. Le
véhicule, s’il roule à 80 km/h est à 24 secondes. À 90 km/h, il est à
21 secondes.»
Et de décrire un scénario de l’agression : «Elle a pu être rattrapée
par le conducteur de la Clio au niveau du chemin. Ce qui nous frappe,
c’est la soudaineté. L’entrée du véhicule dans le petit chemin est
précipitée. Il y a un freinage brutal et, immédiatement, on retrouve des
touffes de cheveux de la victime. Je pense qu’il lui a coupé la route.
Je pense que l’agression est soudaine et violente».
«On vous demande une analyse objective, pas des supputations ou des
analyses personnelles, s’agace Me Guy Debuisson. Je préfère un témoin
visuel plutôt que quelqu’un qui fait des hypothèses derrière un bureau».
À l’analyse du dossier, l’avocat regrette la façon dont certaines
questions ont été posées en garde à vue à son client à l’époque «sous
curatelle». «Parce qu’au bout de quatre ans on n’a personne, le gendarme
fait de Dejean le coupable idéal de manière insidieuse. Le procédé me
heurte. Il est sous curatelle et on lui explique qu’il est coupable».
Le président Roussel tempère : «C’est une longue enquête de grande
qualité». Droit à la barre, l’enquêteur résume le faisceau d’indices qui
a conduit à Laurent Dejean et dévoile l’auteur du renseignement anonyme
qui mènera Laurent Dejean en garde à vue : son meilleur ami. Pour le
gendarme, au terme de l’enquête, «on a vérifié tout ce qu’il y avait à
vérifier sur M. Dejean.»
Clio grise ou Clio blanche ?
Le témoin clef du procès de Laurent Dejean sera à la barre
aujourd’hui, dès 9 heures, ce chauffeur-livreur qui partait au travail
cette nuit-là devra fournir de nombreuses explications. Celui-là même
qui a reconnu Laurent Dejean «à 90 % voire plus» lors de la
reconstitution mais qui ne l’a pas désigné lors d’un tapissage,
maintiendra-t-il son témoignage ?
La question cruciale de la couleur de la Clio que l’homme qu’il a
croisé conduisait sera largement abordée. Claire, grise, gris
anthracite… au cours de ses auditions, son témoignage a varié. Il devra
le préciser aujourd’hui, 8 ans après.
Une trentaine de proches de Laurent Dejean lui attribue aussi une
Clio autour de la période des faits. Mais pour eux, elle est blanche.
Les nombreuses investigations menées par les gendarmes jusqu’en 2017,
en Haute-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne afin de retrouver ce véhicule
n’ont jamais rien donné. La fameuse Clio n’a jamais été retrouvée.
Nicolas Gelis a été longuement entendu mardi 19 mars 2019, au 4ème
jour du procès de Laurent Dejean jugé pour le meurtre de Patricia
Bouchon. C’est lui, ce matin du 14 février 2011, qui a croisé la
joggeuse de Bouloc puis, immédiatement après, une voiture à l’arrêt,
feux éteints.
Par Marie Martin Publié le 19/03/2019 à 14:49 Mis à jour le 19/03/2019 à 15:12
Nicolas Gelis, éducateur sportif en Bourgogne, doit faire appel à sa mémoire, huit ans après les faits.
Ce matin du 14 février 2011, ce jeune chauffeur-livreur quitte son
domicile de Saint-Jory (Haute-Garonne) peu avant 4 heures du matin, pour
rejoindre son lieu de travail à Montauban (Tarn-et-Garonne).
Il traverse Bouloc vers 4h30 et à la sortie du village, croise une femme faisant son footing. Patricia Bouchon.
Immédiatement après, il doit faire un écart pour éviter une voiture
arrêtée sur la route, moteur et phares éteints, et qui « mord » sur la
voie de circulation sur laquelle roule Nicolas Gelis.
Surpris, il freine, puis s’arrête sur le bas-côté, à hauteur de
l’autre véhicule. Il croise le regard d’un homme qu’il décrira comme
étant âgé « entre 30 et 50 ans, portant un bonnet et une barbe de quelques jours« .
Immédiatement après, l’homme redémarre en trombe. Nicolas Gelis se souvient que « la première a souffert« . Il jette un oeil dans le rétro puis sur l’horloge de son tableau de bord. Il est 4h33.
Détails importants que rapportera Nicolas Gelis : le véhicule arrêté
est une Clio, le témoin est formel, il a la même. Elle est de couleur
claire et les sièges arrières sont rabattus.
De ces informations, Nicolas Gelis ne fait rien dans l’immédiat : il
ignore la disparition de Patricia Bouchon. Lorsque celle-ci devient une
affaire médiatisée, il se rend sur les conseils de sa mère à la
gendarmerie de Fronton (Haute-Garonne). On est alors le 19 février 2011,
soit cinq jours après la disparition de la mère de famille.
Un portrait-robot est établi (qui ne sera diffusé que bien plus tard)
et un transport sur les lieux permet de situer la « rencontre » des
deux Clio. On est à quelques mètres seulement de l’impasse dans laquelle
on retrouve, quelques jours seulement après la disparition de Patricia,
son chouchou, une de ses boucles d’oreille et plus loin, une importante
trace de sang.
Seulement voilà, de déposition en déposition, il y a (comme souvent)
des imprécisions, voire des contradictions dans les déclarations de
Nicolas Gelis, qu’il ne peut expliquer, huit ans après les faits. Ces
« dissonances », l’avocat général et les avocats de la défense de
Laurent Dejean s’en emparent.
La couleur de la voiture ? Nicolas Gelis l’a décrite comme « claire, grise puis gris anthracite« . Celle que l’on suppose avoir appartenu à Laurent Dejean était blanche.
Comment Nicolas Gelis a-t-il pu si bien décrire l’homme aperçu quelques secondes ? « J’ai une excellente mémoire visuelle« , explique-t-il à la barre, ce mardi 19 mars 2019, 4ème jour d’audience du procès de Laurent Dejean devant la cour d’assises de Haute-Garonne. « Quand je vois quelqu’un une fois, je le retiens« .
De plus, il explique lors d’une de ces dernières auditions, en 2015,
que le plafonnier de la voiture arrêtée était allumé. « Mais pourquoi ne l’aviez-vous pas dit avant ?« ,
demande maître Guy Debuisson, avocat de la défense. Nicolas Gelis ne
sait que répondre. Il semble que personne ne lui ait posé la question.
Autre « faille » : Nicolas Gelis, confronté à un « tapissage » soit à
la photo de 12 hommes dont Laurent Dejean, en désigne deux mais pas
l’homme qui comparaît aujourd’hui devant la cour d’assises de
Haute-Garonne.
L’avocat général s’étonne que lors d’une de ses dernières auditions (là encore), Nicolas Gelis parle du « regard de psychotique » du suspect. « Je ne m’en souviens pas« , explique le jeune homme.
« Vous l’avez dit, pourtant« , réplique le magistrat. Qui
précise que cette description intervient, dans la chronologie de
l’affaire, après l’expertise psychiatrique de Laurent Dejean et le
diagnostic posé de « psychose et schizophrénie« .
» Est-ce que vous voulez dire que j’ai été influencé dans mes réponses par les enquêteurs ?« , sourit Nicolas Gelis.
L’avocat général esquive.
Mais pas maître Guy Debuisson : « Toutes les évolutions de vos
déclarations vont à l’encontre de Laurent Dejean. Cela interroge. Est-ce
que vous vous rendez compte de votre responsabilité ? »
Nicolas Gelis ne se laisse pas impressionner. Lui qui a expliqué plus
tôt n’avoir fait à l’époque aucun lien entre la joggeuse et la Clio
arrêtée est clair : il a dit ce qu’il a vu, à plusieurs reprises, entre
2011 et 2015.
Commenter aujourd’hui ses déclarations de l’époque est un exercice difficile…
* Le procès de Laurent Dejean se tient devant la cour d’assises de Haute-Garonne jusqu’au 29 mars 2019.
Le principal témoin au procès de Laurent Dejean, accusé du meurtre
d’une joggeuse à Bouloc en février 2011, a été pressé de questions mardi
devant la cour d’assises de la Haute-Garonne, la défense pointant ses
« contradictions » et ses « trous de mémoire ».
Le président Guillaume Roussel a averti Nicolas Gelis dès le début de
l’audience: « Vous connaissez l’enjeu de vos déclarations », lui a-t-il
signifié, le témoin soulignant que l’audience se tenait 8 ans après les
faits.
« Avec ma mémoire, ça va pas être facile », a-t-il déclaré avant de se
lancer dans le récit de cette journée du 14 février 2011, le jour de la
Saint-Valentin.
Pour « démarrer » son travail à 05H00, raconte ce livreur, il prend une
petite route, croise vers 04H30 « quelqu’un qui faisait un jogging »,
quelque chose « d’inhabituel à cette heure-là », puis « une voiture »
stationnée un peu plus loin et empiétant sur sa voie.
Nicolas Gelis répète les déclarations qu’il a faites devant la police
où il s’est rendu 5 jours après les faits, sur les conseils de sa mère :
il s’arrête à la hauteur de cette voiture, « la même » que la sienne,
« une Clio » qui redémarre rapidement, le chauffeur « faisant hurler le
moteur ».
Mais il a eu le temps de l’apercevoir et se « rappelle de la personne à
l’intérieur », son « regard fuyant, un regard « de peur et de
surprise ». C’est grâce à sa description que sera établi un portrait
robot du suspect.
Celui-ci ne sera diffusé publiquement que 2 ans et 8 mois plus tard mais
permettra toutefois d’appréhender l’accusé, grâce à un coup de fil
anonyme.
Mais à quelle hauteur de la Clio s’est-il arrêté ? Ses déclarations
ont varié : 7 mètres, 5m, 3m et même 1,50m. « Soyez précis, lui enjoint
le président, « l’enjeu est important ».
Le plafonnier de la Clio était-il allumé ? « Je crois », dit le témoin,
alors qu’il l’a affirmé mais seulement trois ans après ses premières
déclarations.
La couleur de la Clio ? Grise, avait-il déclaré. Mais sur ce sujet, sa
mémoire va lui jouer à nouveau des tours, puisqu’il parle ensuite d’une
voiture blanche.
« Vous avez dit lors de deux auditions, à six reprises, que la Clio
était grise », va tempêter plus tard un des avocats de la défense, Me
Guy Debuisson. « Toutes vos déclarations évoluent à l’encontre des
intérêts de M. Dejean », tonne-t-il.
L’avocat s’étonnera aussi que lorsque pendant l’instruction on
présentera douze portraits de suspects au témoin, il ne reconnaisse pas
parmi eux l’accusé.
Mais mardi, personne ne lui a demandé s’il reconnaissait en M. Dejean le chauffeur de la Clio.
L’audition d’autres témoins –le directeur de l’association d’insertion
pour laquelle l’accusé travaillait, la secrétaire-comptable, des
collègues– n’apportera pas d’éléments supplémentaires, personne ne se
souvenant s’il a travaillé le jour de la disparition de Patricia
Bouchon, âgée de 49 ans.
Dans le box des accusés, M. Dejean, qui a toujours clamé son innocence,
semble un peu éteint et n’a eu aucune réaction pendant les débats.
Le procès doit s’achever le 29 mars. Mais il a bien failli ne pas avoir
lieu : en janvier 2018, l’avocat général de la chambre de l’instruction
de la cour d’appel de Toulouse avait estimé qu’il n’y avait pas, dans le
dossier, les éléments nécessaires pour un renvoi devant les assises. Ce
réquisitoire avait été infirmé par la chambre de l’instruction.
Meurtre de la joggeuse de Bouloc : «J’ai croisé le regard de cet homme», affirme un témoin capital
>Faits divers|Julie Rimbert, correspondante à Toulouse (Haute-Garonne)| 19 mars 2019, 19h51 | MAJ : 19 mars 2019, 19h54 |1
Unique suspect qui a toujours nié les faits, Laurent
Dejean, un ancien plaquiste de 39 ans, comparait jusqu’au 29 mars devant
la cour d’assises de Haute-Garonne pour le meurtre de Patricia Bouchon.
AFP/Manon BILLING
Nicolas Gélis, chauffeur-livreur, avait permis d’établir le
portrait-robot qui a mené les enquêteurs à Laurent Dejean, accusé du
meurtre de Patricia Bouchon près de Toulouse en 2011.
Parti avant 4 heures du matin de son domicile de Saint-Jory pour
aller sur son lieu de travail à Montauban, il a traversé la commune de
Bouloc vers 4h30, où il a croisé Patricia Bouchon faisant son jogging
sur la route. « J’étais en retard donc je regardais l’heure, souligne
cet homme aujourd’hui âgé de 29 ans, au crâne chauve et portant de
petites lunettes. Immédiatement après, il y avait un véhicule arrêté sur
la route, phares et moteur éteint, qui mordait ma voie de circulation.
J’ai freiné et je me suis retrouvé sur le bas-côté, à hauteur du
véhicule. C’était la même voiture que moi, une Clio de couleur claire.
J’ai croisé le regard de cet homme âgé entre 30 et 50 ans, portant un
bonnet et une barbe de quelques jours. Il a redémarré en trombe, la
première a souffert ! »
Ignorant la disparition de Patricia Bouchon, c’est cinq jours après
cet étrange incident que Nicolas Gélis va voir les gendarmes et réalise
un portrait-robot, qui mettra les enquêteurs sur la piste de l’accusé,
Laurent Dejean. Selon ce témoin, cette rencontre avec un autre véhicule a
eu lieu à quelques mètres de l’impasse où la joggeuse a été agressée
mortellement.
« Il est égal à lui-même face à tous les procès-verbaux »
À l’aise devant la cour d’assises, Nicolas Gélis a pourtant été mis
devant les contradictions de ses déclarations qui ont évolué au cours de
l’enquête. Quand l’avocat de l’accusé lui demande comment il peut aussi
bien décrire un homme aperçu quelques secondes dans l’obscurité, sa
réponse est assurée. « J’ai une excellente mémoire visuelle, quand je
vois quelqu’un une fois, je le retiens, assure-t-il. Et j’ai précisé
lors d’une audition en 2015 que le plafonnier de l’autre voiture était
allumé. »
Autre incohérence pour la défense : Nicolas Gélis n’a pas reconnu
Laurent Dejean sur un tapissage de douze personnes. Le témoin ne
l’explique pas. Pour Guy Debuisson, l’avocat de l’accusé, qui pointe
depuis le début du procès le travail des enquêteurs toujours orienté
vers le seul accusé, « le problème, c’est qu’on dit que c’est un témoin
avec un grand T, mais il y a pourtant des contradictions successives et
l’évolution de ce dossier est toujours au détriment de Laurent Dejean.
C’est un cumul qui me laisse à penser que finalement ce témoin a été
influencé dans ses dépositions par les gendarmes. L’audience n’a rien
apporté si ce n’est que ce témoin ne se souvient que de ce qu’il veut se
souvenir et ne dit pas pourquoi il a fait certaines déclarations à
certains moments. »
La famille de Patricia Bouchon
porte, elle, un autre regard sur Nicolas Gélis qui lui est apparu
confiant et restant sur sa version. « Je suis rassurée par cette
audition parce qu’on est face à un témoin qui rapporte exactement les
mêmes choses lors de ses auditions, bien sûr avec des souvenirs qui ont
été altérés mais il ne change pas de version, confie Carlyne, la fille
de Patricia Bouchon. Il est égal à lui-même face à tous les
procès-verbaux qui ont été réalisés auparavant. Pour nous, c’est le
témoin principal, celui qui a vu Laurent Dejean, quelques secondes avant
la disparition de ma mère donc évidemment c’est un témoignage capital.
On est rassurés car même si les souvenirs ont été occultés, son
témoignage reste identique. »
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