A la suite des journaux locaux lundi et mardi, c’est aujourd’hui
toute la presse nationale qui se fait l’écho de cette affaire de
pédophilie aussi effarante qu’effrayante.
Le chirurgien accusé de pédophilie est incarcéré pour ces faits
depuis mai 2017, soit depuis plus de deux ans, mais personne n’en avait
parlé jusque-là, hormis un des journaux locaux dans un article du 16
février dernier réservé à ses abonnés et passé totalement inaperçu.
Or, 24 heures seulement après la publication de lundi, nombre de nouvelles victimes se sont déjà manifestées…
Celle-ci ne pouvait-elle avoir lieu beaucoup plus tôt ?
Qui aura encore protégé un tel prédateur ?
Notons qu’il est d’origine bretonne et a d’abord sévi dans plusieurs
hôpitaux bretons, notamment celui de Quimperlé, épinglé en 2017 par la
Chambre régionale des comptes de Bretagne pour avoir rémunéré durant 30
ans un médecin absent…
Cet hôpital avait été dirigé de 2007 à 2013 par Etienne Morel, ancien
directeur de l’hôpital psychiatrique de Bohars, un établissement où il
s’était déjà rendu complice de nombreux faits de viols, pédophilie et
proxénétisme…
Pédophilie: 200 victimes dans toute la France pour l’ex-chirurgien de Jonzac ?
Me Francesca Satta, du barreau de Saintes, défend les parents d’une petite fille, victime du chirurgien de Jonzac.
Photo CL
Par Antoine BENEYTOU, publié le 19 août 2019 à 19h30, modifié le20 août 2019.
Un chirurgien de Jonzac est renvoyé devant les assises pour des actes pédophiles. Durant des années, il aurait agressé sexuellement des enfants. On recenserait plus de 200 victimes à travers la France.
Ce sont des carnets glaçants qui dessinent et
narrent par le menu le plus sordide, ce qui pourrait être le plus grand
scandale pédophile de France. Ces carnets, ce sont ceux du Dr Joël Le
Scouarnec, spécialiste en chirurgie viscérale à
l’hôpital de Jonzac de 2008 à 2017. Durant des décennies, ce médecin,
aujourd’hui incarcéré, a raconté dans le détail les
abus sexuels commis sur des enfants, ses fantasmes, mis des mots sur ses
excitations nauséeuses. À l’intérieur de ces sordides journaux intimes
tenus depuis les années 90, les enquêteurs ont retrouvé près de 200 noms
d’enfants, qui auraient subi les sévices de ce docteur, aujourd’hui
sexagénaire.
Spécialisé en chirurgie digestive, il a officié dans des hôpitaux
bretons, en Touraine, mais aussi plus près de nous, à Jonzac, aux portes
de la Charente. Et aurait agressé sexuellement des mineurs, parfois « en phase de réveil », lors de leur séjour à l’hôpital. « C’était un vivier facile pour lui », déplore
une source. Selon nos informations, 200 noms figureraient à l’intérieur
de ces journaux intimes. Soit autant de victimes potentielles.
Réalité ou fantasmes ?
Si ce chiffre se confirme, si toutes ces pages sont le récit de
trente ans de pédophilie et non d’actes et de fantasmes mêlées, ce
serait l’un des plus gros dossiers de pédophilie de France. Voire le
plus gros. Car c’est justement en partant de ces écrits que les
enquêteurs remontent jusqu’aux patients qui auraient croisé la route du
docteur. Dont certains ont vécu dix, quinze, vingt ans, sans savoir
qu’ils avaient été abusés.
C’est le cas de ce jeune trentenaire, opéré en 2004 à Lorient, 14 ans
à l’époque. Ce sont les gendarmes qui lui ont appris en juin dernier
que son nom apparaissait dans le journal intime du docteur… et que donc,
il avait probablement été agressé. « Au début, j’avais du mal à comprendre. Puis après, j’ai été choqué, dégoûté, mais surtout en colère contre lui… » Maintenant, il tente de reprendre le dessus. « On doit vivre avec… » Il a déposé plainte.
Francesca Satta, l’avocate saintaise des parents d’une victime, confirme le côté insoutenable de ces carnets. « Vous
ouvrez le cahier et vous le refermez aussitôt, dès la première page.
C’est énorme de perversion. Il considère l’enfant comme un objet sexuel,
comme s’il parlait d’une rencontre faite dans le quartier de Pigalle.
Il n’y a pas de prise en considération de la personnalité des gens en
face. C’est un récit où il relate les excitations qui sont les siennes », raconte l’avocate qui a pris soin de ne pas montrer ce carnet à ses clients pour les protéger.
L’avocat saintais du docteur confirme l’existence de ces carnets. « Il écrivait beaucoup »,
avance Thibault Kurzawa, qui précise que son client bénéficie de la
présomption d’innocence. Mais selon le conseil du chirurgien, il ne
s’agit pas pour autant d’aveux circonstanciés. Certains textes
correspondraient davantage à des fantasmes et non à la réalité. « Il
y a des noms qui sont donnés. Après, est-ce que cela correspond à des
agressions? On n’en sait rien. On ne peut pas dire qu’il y ait autant de
victimes que de noms. »
Poupées, vidéos, photos, perruques…
Selon nos informations, c’est ce que vérifient les
enquêteurs, notamment en Bretagne. Sur les réseaux sociaux, des victimes
tentent de se réunir, en recherchant dans l’ouest de la France, mais
aussi en Saintonge, « toutes lespersonnes qui ont été entendues par la gendarmerie en lien avec cette affaire », écrit un homme, contacté par les services de gendarmerie récemment, tout comme un de ses proches. « Selon la gendarmerie, on serait250 à avoir été victimes de ce chirurgien », ajoute-t-il.
Aujourd’hui, et depuis mai 2017, ce chirurgien dort derrière les murs
de la maison d’arrêt de Saintes. Parce qu’une petite fille de 6 ans,
voisine du docteur, a brisé le silence (lire ci-dessous). C’est là que
l’enquête a démarré. Garde à vue, perquisition, saisie des carnets. Mais
aussi de poupées cachées sous le parquet, que les enquêteurs ont
évacuées à grand renfort de camions. Des perruques, des objets sexuels,
des photos du mis en cause, nu… Et puis des images à caractère
pornographique retrouvées dans l’ordinateur du médecin. « Un prédateur », souffle Me Satta qui décrit un homme « à l’intelligence au-dessus de la moyenne ».
Le 25 mars dernier, une ordonnance de mise en accusation d’un juge
d’instruction rochelais l’a renvoyé devant la cour d’assises de Saintes.
Pour deux faits de viols commis sur des petites filles (sa voisine et
une petite de sa famille), ainsi que pour trois atteintes sexuelles,
notamment sur une jeune patiente. Le procès, pourrait se tenir l’an
prochain. En attendant que le reste de l’enquête ne permette de recenser
davantage de victimes.
Déjà condamné en 2004 à du sursis
Incarcéré depuis le début du mois de mai 2017 à la maison d’arrêt de
Saintes, le chirurgien jonzacais « conteste les faits de pénétration »,
dixit son avocat saintais, Me Thibault Kurzawa. « Il reconnaît des
comportements déplacés et il travaille depuis son placement en détention
provisoire. C’est presque un soulagement pour lui d’avoir été
interpellé car il était dans un engrenage, il n’arrivait plus à faire
autre chose que ça. » Par ailleurs, il n’est pas étranger de la justice.
En 2005, alors qu’il officiait en Bretagne, il a en effet été condamné
par le tribunal correctionnel de Vannes pour détention et importation de
l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique. Sa peine:
quatre mois de prison avec sursis. Sans obligation de soins. « Je ne
peux que m’étonner de cela », glisse Me Thibault Kurzawa. « Je m’étonne
aussi de l’attitude de l’Ordre des médecins, même si on ne veut rejeter
la faute sur personne. »
« Ma fille a fait tomber un phénomène »
Jamais ils n’auraient imaginé tant d’horreurs. C’est
en rentrant d’une promenade avec sa fille de 6 ans que ce jeune papa,
voisin du chirurgien de Jonzac, a recueilli ses confidences. À son père,
elle évoque à tout le moins une exhibition sexuelle de la part du
docteur. Puis les examens gynécologiques et les auditions de la petite
fille par les gendarmes font penser qu’il y a sans doute eu davantage:
un viol, commis près du grillage qui sépare les deux jardins. « Les gendarmes nous ont dit qu’on avait eu de la chance de la trouver vivante », se souvient la maman. « Elle a eu le courage de le dire tout de suite », souligne Me Francesca Satta, l’avocate des parents.
C’est donc de là qu’est partie l’enquête. Garde à vue, perquisition, découverte des carnets… « Ma fille, c’est devenu mon héros. Elle a fait tomber un gros phénomène, je suis si fier d’elle »,
confie son papa, la gorge nouée. Aujourd’hui, elle voit régulièrement
un psychologue pour l’aider à avancer. Leur fils, âgé de 2 ans à
l’époque des faits, a également été perturbé par ces actes commis sur sa
sœur… sous ses yeux. Depuis, la famille a déménagé. « Pour ma fille, revoir ce grillage tous les matins quand elle se levait, c’était insupportable, explique le père, qui se rappelle de l’attitude de son voisin. C’était
quelqu’un d’assez snob, il ne parlait à presque personne. On ne se
connaissait pas plus que ça, on se disait juste bonjour/au revoir.
C’était quand même un chirurgien, je ne pensais pas qu’il avait ça dans
la tête. » Désormais, la famille attend le procès. « Je ne sais pas comment je vais réagir, confie le papa. Là,
on a pris une grosse claque, on doit se relever, on n’a pas le choix.
On s’est même fait traiter de menteurs. De plus, personne n’en parle! On
ne comprend pas pourquoi. »
À l’hôpital de Jonzac, la plaque du médecin a été retirée en 2018. À
Saintes, devant la cour d’assises, le chirurgien sera aussi jugé pour le
viol d’une de ses nièces (âgée de 4 ans) dans les années 90. Mais aussi
des atteintes sexuelles sur une autre petite fille de sa famille, en
Touraine, ainsi que sur une autre, hospitalisée dans son service, à
l’hôpital de Loches en Indre-et-Loire.
Ex-chirurgien de Jonzac: pour les victimes, « c’est une descente en enfer »
Le Dr Le Scouarnec a officié à l’hôpital de Jonzac entre 2008 et 2017. Il est incarcéré depuis cette date.
Capture d’écran Google Street View
Par Antoine BENEYTOU, publié le 20 août 2019 à 19h43, modifié à19h46.
Les carnets rédigés par le Dr Le Scouarnec, soupçonné
d’actes pédophiles, permettent de remonter jusqu’à de nombreuses
victimes. Deux d’entre elles racontent leur effroi.
« Les gendarmes m’ont dit que c’était la première fois en vingt ans de carrière qu’ils voyaient ça… »
Vingt-quatre heures après la révélation par CLde l’ampleur inédite du scandale de pédophilie
impliquant le docteur Joël Le Scouarnec, ce chirurgien qui a officié au
centre hospitalier de Jonzac entre 2008 et 2017, d’autres témoignages
recueillis donnent de l’épaisseur à un dossier jamais vu.
Pour rappel, les enquêteurs ont retrouvé chez ce sexagénaire des dizaines de carnets…
Publié le 20/08/2019 à 17h12. Mis à jour à 17h16 par Eric Chauveau.
Joël Le Scouarnec exerçait à l’hôpital de Jonzac
Archives Marie-Laure Gobin
Il s’agit toujours de déterminer le nombre exact de victimes du
praticien spécialisé en chirurgie viscérale en poste à l’hôpital de
Jonzac entre 2008 et 2017.
Nous indiquions alors que ce dossier comprenait quatre victimes identifiées :
une fillette de 7 ans domiciliée dans le secteur de Jonzac, pour des
faits subis en avril 2017 ; deux autres victimes – les propres nièces du
médecin aux racines bretonnes -, respectivement nées en 1985 et en
1990, et domiciliées à Loches (Touraine) à l’époque des faits qui
remontent, dans un cas, à la fin des années 1980 et à la moitié des
années 1990, dans l’autre cas. La quatrième enfant, née en 1989, a subi
une agression sexuelle en février 1993, également en Touraine.
Il était aussi écrit que l’enquête visait à déterminer si, au regard de cahiers trouvés au domicile du praticien, d’autres enfants, peut-être 200, n’avaient pas aussi été victimes. L’enquête est toujours en cours à ce sujet.
Un premier procès fin 2019 ou début 2020
Ce que confirme ce jour le parquet de La Rochelle via un communiqué
où il est aussi précisé « qu’un premier procès sera organisé fin 2019 ou
début 2020 dans cette affaire ».
Julien Wattebled, procureur adjoint, précise par ailleurs que « le 25
mars 2019, un juge d’instruction de La Rochelle a en effet ordonné la mise en accusation du praticien
devant la cour d’assises de Charente-Maritime des chefs de : viol sur
mineur par personne ayant autorité, viol sur mineur de 15 ans, agression
sexuelle par personne abusant de l’autorité conférée par ses fonctions,
agression sexuelle incestueuse sur mineur de 15 ans par personne ayant
autorité, exhibition sexuelle, consultation et diffusion d’image d’un
mineur à caractère pornographique ». Il encourt une peine de vingt ans de réclusion.
Publié le 16/02/2019 à 10h00. Mis à jour le 18/02/2019 par Eric Chauveau.
Si le nom du médecin spécialisé mis en examen pour viols et
agressions sexuelles figure toujours sur le site Internet de l’hôpital
de Jonzac, sa plaque a été enlevée, il y a environ un an, de la façade.
Marie-Laure Gobin
premium
La plainte d’une mère de famille a permis aux gendarmes d’identifier
trois autres victimes, toutes fillettes lors de viols et agressions
sexuelles. Reste la part d’ombre de ce praticien incarcéré depuis mai
2017.
Le nom du médecin spécialisé en chirurgie viscérale et digestive, né
en 1950, est toujours présent sur le site Internet de l’hôpital de
Jonzac. En poste depuis 2008, cet homme n’y travaille plus.La
cause principale n’est pas le départ en retraite du praticien, depuis
mai 2017 il est en détention provisoire en maison d’arrêt. Cette mesure
découle de la décision du juge des libertés et de la détention du
tribunal de grande instance de…
Pédophilie. Un chirurgien soupçonné de multiples viols et agressions, notamment en Bretagne
Le centre hospitalier de Quimperlé, le 21 décembre 2017 | JEAN-MARC PINSON / OUEST-FRANCE
Ouest-France Nadine BOURSIER. Modifié le 21/08/2019 à 07h49 Publié le 20/08/2019 à 16h43
Un chirurgien, qui a exercé à Vannes, Lorient et Quimperlé, dans les
années 1990 et 2000, est renvoyé devant les assises de Saintes pour
viols sur mineures. À l’intérieur de carnets terrifiants, les enquêteurs
auraient retrouvé près de 200 noms d’enfants.
Un chirurgien de Jonzac (Charente-Maritime), qui a exercé en
Bretagne, est en détention provisoire depuis mai 2017 pour des faits de
viols et agressions sexuelles sur mineures à la maison d’arrêt de
Saintes. C’est ce qu’a révélé, lundi 19 août, le quotidien La Charente libre.
Un premier procès doit se tenir d’ici la fin de l’année ou en début
d’année prochaine, concernant quatre jeunes victimes, selon le journal Sud-Ouest. Une de ses nièces « âgée de 4 ans »
dans les années 1990 ; une autre enfant de la famille, en Touraine ;
une autre alors hospitalisée dans son service de Loches en
Indre-et-Loire et une autre fillette par laquelle l’affaire est partie :
une voisine de Jonzac, âgée de 6 ans à l’époque.
Le médecin pourrait être impliqué dans le plus grand scandale
pédophile de France. Tenus depuis les années 1990, ses journaux intimes
contiendraient plus de 200 noms, selon LaCharente Libre.
Autant de victimes potentielles. Il y racontait dans le détail et
dessinait des abus sexuels, commis sur des enfants, mais aussi ses
fantasmes.
250 victimes ?
Grâce à ces écrits, les enquêteurs remontent jusqu’à ces patients.
Certains ont vécu des années sans savoir qu’ils avaient été abusés.
C’est le cas de ce trentenaire morbihannais, contacté par la gendarmerie
fin juin 2019. « On m’a dit que quand j’avais 11 ans, un médecin chirurgien avait abusé demoi, écrit-il sur un groupe qu’il a créé sur Facebook.
Je me suis senti sali, très mal, et je pose des tas de questions sur
mes blocages, mon caractère… Il a pris des notes personnelles sur des
carnets sur chacune de ses victimes. » Son frère aurait lui
aussi été contacté par la gendarmerie, victime du même chirurgien.
Ensemble, ils ont créé un groupe pour tenter de rechercher et de
rassembler les autres victimes. Actuellement, le groupe compte 39
membres. « On serait 250 personnes à avoir été victimes selon la gendarmerie. »
« Il écrivait beaucoup »
Incarcéré depuis mai 2017 à la maison d’arrêt de Saintes, à la suite
d’une plainte pour viol sur une petite fille de 6 ans (sa voisine), le
sexagénaire était spécialisé en chirurgie viscérale à l’hôpital de
Jonzac de 2008 à 2017. Auparavant, il a officié en Touraine, mais aussi
dans des hôpitaux bretons, notamment à Vannes, Lorient et Quimperlé. Il
aurait exercé à Vannes de 1990 à 2004, à Quimperlé et Lorient de 2004 à
2008.
Il aurait agressé sexuellement des mineurs, parfois « en phase de réveil », lors de séjour à l’hôpital.
Si toutes ces pages noircies sont le récit de trente ans de
pédophilies et non de fantasmes, ce serait l’un des plus gros scandales
pédophiles en France.
Dans LaCharente Libre, l’avocat saintais du docteur confirme l’existence de ces carnets et de noms inscrits. « Il écrivait beaucoup »,
avance à nos confrères Thibault Kurzawa, qui rappelle la présomption
d’innocence de son client. Selon lui, il ne s’agit pas forcément d’aveux
circonstanciés.
Y a-t-il autant de victimes que de noms ? C’est ce à quoi s’attellent les enquêteurs, notamment en Bretagne.
Déjà condamné à Vannes en 2005
Des poupées en nombre, des perruques, des objets sexuels, des photos
du mis en cause nu auraient été retrouvées chez lui lors de
perquisitions.
En 2005, le chirurgien a déjà été condamné par le tribunal de Vannes
pour détention d’images à caractère pédopornographique, mettant en scène
des mineurs sur des sites internet illicites, entre 2002 et 2004. Il
avait écopé de 4 mois de prison avec sursis.
Le 25 mars dernier, une ordonnance de mise en accusation d’un juge
d’instruction rochelais l’a renvoyé devant la cour d’assises de Saintes,
pour deux faits de viols commis sur des petites filles (sa voisine et
une enfant de sa famille) ainsi que pour trois atteintes sexuelles,
notamment sur une jeune patiente. Le procès pourrait se tenir l’an
prochain. Selon son avocat, toujours cité dans la Charente-Libre, il «
reconnaît des comportements déplacés. C’est presqu’un soulagement pour
lui d’avoir été interpellé car il était dans un engrenage. »
« Mon nom figurait dans ces cahiers »
Ouest-France a pu s’entretenir avec une victime potentielle
mardi 20 août. La première, qui a près de trente ans aujourd’hui, réside
près de Lorient. Elle a été contactée et auditionnée par les gendarmes
fin juin. « Ils m’ont parlé de mon opération d’une péritonite en 2002 par ce chirurgien. » C’était à la polyclinique du Sacré cœur à Vannes. Elle avait alors 11 ans. «
Mon nom figurait dans ces cahiers. Le passage me concernant raconte
très en détails de quelle façon il m’a violée et sa déception de ne
pouvoir recommencer car je ne suis pas seule. Je n’ai pas de souvenir de
ces actes. Il y a beaucoup de questions auxquelles j’attend aussi des
réponses. » Cette audition a été un « vrai choc » pour elle. « De voir l’ampleur que ça commence à prendre est un nouveau choc, ça rend l’horreur de ce qui s’est passé vraiment réelle. » Elle a déposé plainte pour viol sur mineure.
Une autre victime potentielle, qui avait été opérée par lui à
l’hôpital Bodélio de Lorient en 2004, a été auditionnée en novembre 2018
par les gendarmes de Lorient.
L’inquiétant profil du chirurgien accusé de pédophilie
Ce praticien en retraite, bientôt jugé pour viols et agressions
sexuelles sur quatre fillettes, est soupçonné d’avoir fait des dizaines
d’autres victimes.
C’est au palais de justice de Saintes que le procès aux
assises devrait avoir lieu en début d’année prochaine. PhotoPQR/« Sud
Ouest »/Dominique Paries
Par Pascale Égré et Jérémie Pham-Lê
Le 21 août 2019 à 06h29
Les mots de son enfant, l’image du grillage qui séparait leur jardin
de celui de son agresseur présumé, hantent ce père de famille. C’était
au printemps 2017, à Jonzac (Charente-Maritime), au retour d’une
promenade, se souvient Pierre*. Alors qu’ils croisent leur voisin, sa
petite fille de 6 ans le presse de rentrer à la maison pour « voir les
photos de la balade », avant de lui confier : « Papa, tu sais que le
monsieur m’a fait voir son zizi… »
Ainsi a commencé l’instruction visant Joël Le Scouarnec, médecin
alors âgé de 66 ans, en poste comme chirurgien digestif à l’hôpital de
Jonzac, déjà condamné en 2005 à Vannes (Morbihan) à quatre mois de
prison avec sursis pour détention d’images pédopornographiques.
Incarcéré depuis mai 2017, le praticien a depuis été renvoyé aux
assises, en mars dernier, pour des agressions sexuelles et des viols
commis sur quatre fillettes – « des faits susceptibles d’avoir été
commis entre 1989 et 2017 », a précisé le parquet de La Rochelle. Son
procès devrait se tenir début 2020. Mais une autre enquête à son
encontre, ouverte en parallèle en 2018 et confiée à la section de
recherches de la gendarmerie de Poitiers (Vienne), se poursuit.
Poupées, perruques et sextoys à son domicile
Elle se fonde sur des carnets découverts chez lui en perquisition, où
plus de 200 noms apparaissent, comme l’a révélé La Charente Libre. «
Des dizaines de victimes potentielles ont été identifiées et entendues,
pour des faits parfois très anciens », indique une source proche de
l’enquête. Avec cette difficulté : « Toutes ne se souviennent pas de ce
qu’elles ont subi, et certaines n’ont pas encore déposé plainte. »
Retour à Jonzac, il y a deux ans. Très vite, le soupçon d’une affaire
d’exhibition sexuelle laisse place à celui de violences sexuelles sur
sa petite voisine. Car l’enfant révèle des gestes perpétrés à travers le
grillage, dont une pénétration, que corroborent les constatations
médicales. En garde à vue, Joël Le Scouarnec – qui nie tout viol — admet
son attirance pour les mineures et évoque sans détour sa première
condamnation.
La perquisition de son domicile révèle qu’il possède de nombreux
contenus pédopornographiques, mais aussi des poupées, cachées sous un
plancher, des perruques, des sextoys… Et ces carnets, où il écrit et
dessine, dont les titres évoquent sans ambiguïté des récits pédophiles :
« Avec mes petites danseuses, mes lettres pédophiles, petite fille
précoce, petites filles de l’île de Ré ».
De lui-même, lors d’un interrogatoire, le médecin avoue d’autres
agressions sexuelles, commises notamment à l’époque où il exerçait à
Loches, en Touraine. Certaines sur ses nièces et une voisine, d’autres
sur des enfants hospitalisés dans son service – des scènes de ce type
figurent dans ses carnets. Six victimes, nées entre 1977 et 1990, sont
identifiées et localisées mais les faits sont prescrits pour trois
d’entre elles. Les fillettes étaient âgées de 4 à 10 ans au moment des
faits.
Retrouver les autres victimes
Confronté à leurs témoignages, voire à des photographies qu’il a
prises, Joël Le Scouarnec reconnaît les agressions sexuelles, pas les
pénétrations. Une position qu’il entend défendre au procès, avance son
avocat, Me Thibaut Kurzawa : « Il ne conteste pas le caractère déviant
de son comportement. Il assume ses responsabilités et cherche à
comprendre ses actes et à se soigner en prison. »
Pour l’heure, dans le cadre de l’instruction initiale, Joël Le
Scouarnec n’a été que brièvement entendu sur ses carnets. « Il affirme
qu’il s’agit d’écrits romancés de ses fantasmes, aussi nauséabonds
soient-ils », rapporte son conseil. La localisation des personnes qui y
figurent reste le premier défi posé aux enquêteurs de Poitiers.
Convaincue de l’existence d’autres victimes, Me Francesca Satta,
avocate de la famille de la fillette de Jonzac, souligne aussi que « les
faits remontent dans le temps » et qu’« il est parfois compliqué de
vouloir entrer dans le processus judiciaire ».
Pierre, lui, se félicite que la chape de plomb sur ce dossier se
fissure, afin que d’autres paroles se libèrent. Et se dit « fier » de sa
petite fille : « Qu’elle ait réussi à parler, à dénoncer, c’est un
exploit ! Sans elle, cet homme serait encore en liberté. »
* Pierre, dont le prénom a été changé, tient à garder l’anonymat pour préserver sa fille.
Le pédocriminel Jeffrey Epstein, retrouvé mort dans sa dernière demeure il y a tout juste dix jours, n'était pas le seul à aimer se représenter ou se faire peindre dans son environnement familier (cf. article ci-dessous).
En effet, le malade mental extrêmement dangereux Pascal Edouard Cyprien Luraghi s'adonne lui aussi très régulièrement à ce genre d'exercice, comme le savent bien tous ceux qui le suivent depuis longtemps - pour ma part, depuis ses premières agressions à mon encontre sur le site Rue89 en 2008.
La preuve avec cette capture d'écran que je viens d'effectuer sur Twitter, correspondant à la dernière image qu'il y a postée, aujourd'hui même :
Les deux précédentes sont celles-ci :
A comparer à celles-ci :
Mêmes motifs géométriques, mêmes couleurs pour les deux premières, toutes deux emblématiques des deux personnages qui les affichent.
Idem pour les secondes : même corps bleu électrique, mêmes pointes rouges.
Deux teintes qui se retrouvent encore dans ces illustrations de deux billets de blog que le malade mental m'avait consacrés en juin 2010 et février 2011, l'éclat en moins, éteintes par la mort des sujets :
Ceux-là évoquent la poupée grandeur nature pendue à un chandelier et
les animaux empaillés qui ont également impressionné tous les visiteurs de la résidence new-yorkaise
d'Epstein, de ses divers invités jusqu'aux policiers qui l'ont récemment perquisitionnée.
Et cette dernière image, à votre avis, d'où provient-elle ?
Affaire Jeffrey Epstein : l’étrange décoration de sa résidence new-yorkaise
Après une perquisition menée au domicile du multimillionnaire, la
police a fait part de ses trouvailles. Des éléments confirmés par
plusieurs témoins.
La résidence principale de Jeffrey Epstein se trouve dans
l’Upper East Side, un quartier très chic de Manhattan, à New
York AFP/Kevin Hagen
Par Marie Zafimehy
Le 17 août 2019 à 13h47, modifié le 17 août 2019 à 14h13
Quarante pièces, sept étages et près de 2000 mètres carrés. C’est la
taille de la résidence principale de Jeffrey Epstein, homme d’affaires
multimillionnaire accusé de trafic sexuel et retrouvé pendu dans sa cellule de prison le week-end dernier.
Après une perquisition, la police a pu fournir des détails sur la
décoration de cet hôtel particulier situé dans l’Upper East Side, le
très chic quartier de l’île de Manhattan.
Portrait de Bill Clinton et autre œuvres extravagantes
Bill Clinton, robe bleue et talons rouges (célèbre tenue de Monica
Lewinsky mais qui ressemble également à une robe de Hillary Clinton),
assis de travers sur un siège dans le Bureau ovale. C’est l’un des
tableaux qu’il était possible d’apercevoir pour quiconque entrait dans
la demeure de Jeffrey Epstein. « Il était ostensiblement accroché, juste
à l’entrée, dans une pièce à droite », a confié une source policière au New York Post. Le journal n’a cependant pas pu se faire confirmer l’identité de l’artiste, à l’origine de l’huile sur toile.
New York Post ✔ @nypost
Epstein had bizarre painting of Bill Clinton in dress, heels in townhouse https://trib.al/fHzpxvX
Jeffrey Epstein had portrait of Bill Clinton in blue dress in his home
The painting was snapped inside convicted pedophile Jeffrey
Epstein’s $56m New York mansion in 2012, seven years before his suicide
in the wake of new charges of sex trafficking.
Autre œuvre d’art citée à plusieurs reprises dans l’inventaire de la
maison : une fresque représentant Epstein lui-même, entouré de
surveillants de prison, sur fond de barbelés. « C’est moi, et j’ai
commandé ce tableau parce qu’il y a une possibilité que ce soit de
nouveau moi un jour », avait confié Epstein à un visiteur dont le témoignage est retranscrit par le New York Times.
Plusieurs témoins rapportent également l’existence d’une poupée
grandeur nature pendue à un chandelier ou encore un mur couvert de «
rangs d’yeux de verre en provenance d’Angleterre, fabriqués pour les
soldats blessés ». Au pied de l’escalier se trouve aussi un jeu d’échecs
dont les pions ont été inspirés des membres du personnel de la maison, «
habillés de manière suggestive ».
Des animaux empaillés
L’extravagance de Jeffrey Epstein ne s’arrêtait pas aux tableaux et
sculptures. L’homme d’affaires possédait ainsi deux animaux empaillés.
L’un, un caniche noir, se trouve debout sur un piano. « Aucun décorateur
ne vous dirait de faire ça, confiait Epstein à Vanity Fair en 2011. Mais je veux que les gens pensent à ce qu’empailler un chien signifie ».
Megha Mohan ✔ @meghamohan
Photos obtained by the New York Post supposedly
inside Jeffrey Epstein’s New York home. Yes, that’s a stuffed tiger and a
painting of Bill Clinton in a dress.
Une fascination qui s’étend aux félins. The New York Post s’est ainsi procuré la photo d’un tigre empaillé
qui décorait le bureau de Jeffrey Epstein. Celle-ci a été fournie par
un investisseur venu s’entretenir avec l’homme d’affaires pour un
projet. « Le bureau était le plus grand bureau que je n’ai jamais vu, et
le tigre le faisait paraître petit », témoigne-t-il au journal
américain.
« Excentrique » et « impersonnel »
Dans le portrait publié par Vanity Fair en 2011, la journaliste Vicky
Ward décrivait déjà l’appartement d’Epstein comme à la fois «
excentrique » et « impersonnel », « celui d’un homme qui veut être
célèbre pour l’étendue de tout ce qu’il possède ».
Elle raconte y avoir été reçue dans la « salle en cuir » où les
sièges sont couverts de tissus léopard, puis dans le « bureau »
(différent de « la salle d’ordinateurs »). Là sur le sol se trouve un
tapis. « Le plus grand tapis perse que vous verrez dans une maison de
particulier, tellement grand qu’il doit provenir d’une mosquée », lui
précise l’homme d’affaires.
Dans ce même bureau, se trouve un « Mur des célébrités » affichant les portraits de Woody Allen ou Mohammed Ben Salmane, prince héritier aujourd’hui à la tête du royaume d’Arabie Saoudite.
Il s’agit d’un « suicide apparent », comme pour David
Hamilton, le photographe du Cap d’Agde, où Jean-Marc Donnadieu de
Béziers s’adonne régulièrement à ses plaisirs favoris dans un « donjon »
: échangisme, BDSM, etc…
… mais aussi comme pour les terroristes non reconnus Sébastien Sarron
et Karl Foyer, lesquels ont tous deux laissé pour leurs actes criminels
des explications qualifiées de « délirantes ». Rappelons ici que le
premier avait vécu quelques années entre le Cap d’Agde et Béziers, où il
avait eu maille à partir avec la justice, et avait bizarrement commis
son attentat du 22 décembre 2014 au soir contre un marché Noël dans une
ville où il n’avait strictement aucune attache, Nantes, après y avoir
passé l’après-midi dans des établissements du quai de la Fosse, haut
lieu de la prostitution locale où exerçait notamment l’ancien proxénète
nantais José Antonio Freitas de Jesus, devenu voisin de cellule
d’Amedy Coulibaly à la prison de Fleury-Mérogis à la suite de
l’assassinat de l’ancien proxénète brestois Bernard Algret au mois de
décembre 2005 (ils y avaient ensemble réalisé un film sur leurs
conditions de détention en 2008, l’assasssin présumé de la personnalité
brestoise étant soumis à l’isolement). Tout juste quinze jours avant le
début des attentats organisés à Paris par le même Amedy Coulibaly,
jamais interrogé par la justice pour des faits de détention de photos
pédopornographiques pourtant connus de ses juges dès 2010, Sébastien
Sarron, décrit comme un ours ne quittant jamais son domicile de Berneuil
en Charente-Maritime, avait donc brutalement parcouru plus de 200 km
pour se rendre à Nantes où il n’avait encore jamais mis les pieds, afin
de foncer dans la foule du marché de Noël avec son véhicule, un mode
d’attentat préconisé dès 2009 par le cybercriminel Pascal Edouard
Cyprien Luraghi, et avait laissé après son acte des écrits semble-t-il
assez confus dans lesquels il se plaignait tout à la fois de sa famille
qui l’aurait diffamé sur Internet et d’un professeur de l’Education
nationale qui aurait pu exercer des pressions à son encontre.
Le pédocriminel Jeffrey Epstein avait été le même genre de professeur que certains de mes harceleurs :
Les étudiants lui trouvent un côté Robin Williams du «
Cercle des poètes disparus ». En long manteau de fourrure noire, chaîne
en or sur chemise largement ouverte, « brillantissime » pendant ses
cours, même s’il regarde les filles de manière insistante, il est à la
fois copain et gourou. Invité à des boums chez les élèves, il est le
seul prof présent. Ça détonne. Il finit par se faire virer mais ne reste
pas longtemps au chômage.
Il affectionnait les mêmes motifs bizarres :
Et Donald Trump le décrivait en 2002 comme «un type génial avec qui on s’amuse bien».
C’est ce que disent aussi de mes harceleurs tous leurs amis ou complices.
Le procureur du district sud de New York énonce les charges contre Jeffrey Epstein le 8 juillet. AFP
Le milliardaire poursuivi pour exploitation sexuelle de mineurs a
été retrouvé pendu dans sa cellule d’une prison de New York. Il
fréquentait le gratin et son procès promettait des révélations.
La mort de Jeffrey Epstein évite un procès embarrassant pour de nombreuses personnalités
Son arrestation début juillet, et son inculpation pour exploitation
sexuelle de mineures, avait ouvert la porte à un procès d’ampleur et
promettait un séisme politico-judiciaire. Mais le milliardaire et ami
des puissants Jeffrey Epstein, 66 ans, a été retrouvé pendu dans sa
cellule du Metropolitan Correctional Center à Manhattan (New York), au
petit matin samedi. Un «suicide apparent», selon un communiqué
de l’administration pénitentiaire, sur lequel enquête le FBI. Il est
mort peu après dans un hôpital des environs. Au lendemain de la
publication, par le tribunal fédéral de New York, de centaines de pages
de documents, révélant de nouveaux détails sur l’affaire et les noms de
plusieurs complices présumés. Il encourait jusqu’à 45 ans de prison.
Inculpé pour trafic sexuel de dizaines de jeunes filles mineures,
Jeffrey Epstein avait plaidé non coupable, et attendait son procès,
prévu l’an prochain, depuis début juillet en prison. Craignant une
éventuelle fuite à l’étranger, le milliardaire possédant un jet privé et
plusieurs résidences (notamment une île privée aux Iles Vierges et un
domicile à Paris), le bureau du procureur avait obtenu son maintien en
détention. Le 23 juillet, il avait été retrouvé sans connaissance dans
sa cellule avec des marques sur le cou, laissant croire à une possible
tentative de suicide – Epstein aurait lui affirmé qu’il avait été
agressé. Sa mort met déjà sous le feu des critiques la gestion, par
l’administration pénitentiaire américaine (Bureau of Prisons), des
conditions de détention et de surveillance de ce type de détenus très
médiatisés. «La mort de M. Epstein soulève des questions graves auxquelles il faudra répondre»,
a indiqué dans un communiqué le ministre de la Justice, William Barr,
annonçant une enquête en plus de celle du FBI. D’autant qu’Epstein avait
été récemment retiré du programme de surveillance préventive pour les
détenus suicidaires, affirme l’agence AP.
Le financier américain était accusé d’avoir, au moins entre 2002 et
2005, fait venir des jeunes filles, dont certaines seulement âgées de 14
ans, dans sa résidence de l’Upper East Side à New York, et celle de
Palm Beach en Floride, pour «se livrer à des actes sexuels avec lui» contre rémunération, précisait l’acte d’accusation. «Afin
d’augmenter son approvisionnement en victimes, Epstein a également payé
certaines de ses victimes pour qu’elles recrutent d’autres filles, qui
étaient à leur tour abusées», ajoutait la justice, pour qui le milliardaire avait «créé un vaste réseau de victimes mineures», avec la complicité de certains employés et associés.
Carnets d’adresse
La justice américaine s’intéressait également aux proches d’Epstein
qui fréquentait les élites des milieux politiques, financiers,
universitaires, de la mode et du divertissement depuis qu’il a fait
fortune dans les années 1980 et 90. Dans ses carnets d’adresse, truffés
des puissants du monde entier et épluchés par la presse, on trouve
l’ancien président démocrate Bill Clinton, le Prince Andrew ou encore
l’homme d’affaires Leslie Wexner. Après avoir longtemps côtoyé Epstein, «un type génial avec qui on s’amuse bien», disait-il en 2002, le président américain Donald Trump avait affirmé récemment qu’il «n’était pas un grand fan» du financier.
Les accusations contre Epstein n’étaient pas nouvelles. Le riche
investisseur avait été inculpé pour des faits similaires en Floride en
2007. Accusé de recourir aux services de mineures pour des «massages»
et des relations sexuelles tarifées dans sa propriété de Palm Beach, il
avait plaidé coupable en 2008 dans le cadre d’un accord, longtemps
resté confidentiel, passé avec le procureur fédéral de Miami de
l’époque, Alexander Acosta. Ministre du Travail de Donald Trump, Acosta avait dû démissionner mi-juillet,
vivement critiqué pour cet accord jugé très favorable à Epstein: le
milliardaire avait accepté d’être inscrit au registre des délinquants
sexuels, en échange d’une peine réduite et aménagée. Il n’avait passé
que treize mois derrière les barreaux, avec l’autorisation
exceptionnelle de pouvoir continuer à travailler, et donc de quitter la
prison douze heures par jour, six jours par semaine.
Maquerelle
Les 2000 documents rendus publics vendredi par le tribunal de New
York apportent de nouveaux détails sinistres sur l’affaire. Dépositions,
rapports de police, photos… Entre autres, sur les tactiques de
recrutement de jeunes filles, notamment dans un lycée de Floride, et sur
le rôle d’une complice, Ghislaine Maxwell, décrite comme sa maquerelle
dans la première moitié des années 2000.
Les documents soulèvent de nouvelles questions sur l’accord de
plaider coupable de 2008, qui aurait également permis de protéger
d’autres personnes dans l’entourage d’Epstein. Dans une interview
accordée en 2017 au Miami Herald, en pointe sur les révélations
de l’affaire, l’une des victimes d’Epstein, Virginia Roberts Giuffre,
affirmait que le financier américain lui avait demandé d’avoir des
rapports sexuels avec des hommes influents pour qu’Epstein connaisse
leurs «excentricités sexuelles et puisse les utiliser comme levier, si besoin», écrit le quotidien de Floride.
Dans les documents publiés par la justice américaine, Giuffre affirme
avoir eu des rapports sexuels, commandités dans ce cadre par Epstein,
avec de nombreux hommes politiques (dont l’ancien sénateur du Maine
George Mitchell et l’ex-gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson,
tous deux démocrates), et hommes d’affaires (le magnat Tom Pritzker,
entre autres président des hôtels Hyatt, ou encore le gestionnaire de
fonds spéculatifs Glenn Dubin). Lors de déclarations précédentes,
Virginia Roberts Giuffre avait également affirmé avoir eu des rapports
sexuels avec l’avocat d’Epstein, Alan Dershowitz, et le prince Andrew.
Tous ces hommes ont publié des communiqués pour démentir les
affirmations de Guiffre et Epstein était le seul accusé dans l’affaire.
Les documents révélés vendredi ne livrent pas de preuve directe des
accusations de Giuffre, mais la jeune femme, aujourd’hui âgée de 36 ans,
a fourni de nombreux éléments pour corroborer le système mis en place
par Epstein et Ghislaine Maxwell. Photographies, carnet de vol, et même
un dossier médical du Presbyterian Hospital de New York, où elle avait
été admise après un épisode d’abus sexuel particulièrement violent.
Dans ses dépositions sous serment, Giuffre a également affirmé avoir
rencontré l’ancien vice-président Al Gore, Bill Clinton et Donald Trump
(ces deux derniers ayant été visés par d’autres accusations d’abus
sexuels, dans des affaires distinctes), mais n’avait pas eu de rapports
sexuels avec eux. «Nous savons que ces hommes étaient associés à
Epstein à différentes périodes et pour différentes raisons, mais de ce
que nous savons, il n’y a pas d’indication qu’ils aient fait quoi que ce
soit de déplacé», avait affirmé l’avocat de Virginia Roberts
Giuffre. Bill Clinton avait reconnu avoir fait plusieurs séjours à bord
de l’avion privé d’Epstein, mais indiqué qu’il ne savait «rien des
crimes terribles pour lesquels Jeffrey Epstein avait plaidé coupable il y
a quelques années en Floride, ni de ceux pour lesquels il a été
récemment inculpé à New York», selon une déclaration de son porte-parole, publiée en juillet.
Egalement dans les documents, la déposition d’une ancienne assistante
de Maxwell, Johanna Sjoberg, dont le rôle était de fournir à Epstein
plusieurs jeunes filles quotidiennement. «Il m’avait expliqué que, à son avis, il devait avoir trois orgasmes par jour, avait affirmé Sjoberg lors d’une déposition sous serment, en 2015. Que c’était biologique, comme le fait de manger». La
mort de Jeffrey Epstein court-circuite un procès qui aurait pu
impliquer de nombreuses personnalités puissantes, et met fin à toute
possibilité de justice pour ses dizaines de victimes.
Le procureur de New York Geoffrey Berman pointe du doigt une
photographie du milliardaire Jeffrey Epstein lors de l’inculpation de ce
dernier, le 8 juillet.
Plusieurs hommes politiques américains, des hommes d’affaires et le
prince Andrew, fils d’Elisabeth II, sont accusés par une «esclave
sexuelle» du milliardaire Jeffrey Epstein d’avoir eu des relations
sexuelles avec elle alors qu’elle était mineure.
Les premiers documents liés à l’affaire Epstein, inculpé le 8 juillet
pour «exploitation sexuelle de mineures», ont été rendus publics le 9
août. Ils concernent une plainte en diffamation déposée en 2015 par
Virginia Roberts Giuffre – qui se décrit elle-même comme une ancienne
«esclave sexuelle» du milliardaire – contre la complice présumée de
Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell.
Dans ces documents, Virginia Roberts Giuffre accuse Ghislaine Maxwell
d’avoir aidé Jeffrey Epstein à la contraindre à participer, avec
d’autres filles mineures, à des orgies sexuelles dans les nombreuses
résidences du milliardaire. La jeune femme, mineure au moment des faits,
donne également les noms de plusieurs personnalités publiques qui
auraient pris part à ces activités.
«Ils m’ont demandé d’aller voir George Mitchell [un homme politique
américain], Jean-Luc Brunel [qui tient une agence de mannequins], Bill
Richardson [un homme politique américain], un autre prince dont je ne
connais pas le nom», a notamment déclaré la jeune femme dans sa
déposition. «Un type qui possède un hôtel, une très grande chaîne
d’hôtels, je ne me souviens plus de quel hôtel il s’agissait», a-t-elle
ajouté. Et de poursuivre : «Il y avait un autre président étranger, vous
savez, je ne me souviens plus de son nom. Il y en a tout un tas, il
m’est difficile de me souvenir de tous.»
Plus loin dans sa déposition, Virginia Roberts Giuffre a été
interrogée sur les détails de sa prétendue relation sexuelle avec Glenn
Dubin, un homme d’affaires américain : «Quels termes a employé Ghislaine
Maxwell pour vous demander d’avoir une relation sexuelle avec Glenn
Dubin ?» «C’était la même chose tout le temps. Ils voulaient que j’aille
« faire un massage » à ces hommes», a-t-elle répondu.
Le mot «massage» est devenu un code pour «sexe», a-t-elle poursuivi
dans sa déposition. «Toute ma vie a consisté simplement à plaire à ces
hommes et à rendre heureux Ghislaine et Jeffrey», a-t-elle encore
déclaré.
Hormis Jeffrey Epstein, aucun des accusés n’est à l’heure actuelle
poursuivi en justice pour les faits dénoncés par Virginia Roberts
Giuffre. Plusieurs d’entre eux, ont par ailleurs catégoriquement réfuté
ces accusations.
Prince Andrew
Dans cette masse de documents rendus publics, se trouvent également
des photographies, des reçus, les journaux de vol du «Lolita express» ou
encore un mémoire écrit par une femme qui dit avoir été victime
d’exploitation sexuelle par Jeffrey Epstein et ses connaissances. On
trouve ainsi une photographie du prince Andrew, le deuxième fils
d’Elisabeth II, la main autour de la taille nue de Virginia Roberts
Giuffre à l’intérieur de la maison de Ghislaine Maxwell à Londres. Un
cliché qui, selon les avocats de la jeune femme, vient appuyer les
allégations de cette dernière, qui affirme avoir été contrainte à avoir
une relation sexuelle avec ce membre de la famille royale.
«Cette photographie confirme les affirmations de [Virginia Roberts]
Giuffre. Il n’y a aucune autre explication raisonnable selon laquelle un
enfant américain devrait être en compagnie d’adultes et non de membres
de sa famille, dans la maison londonienne de la petite amie d’un homme
désormais reconnu coupable d’être un délinquant sexuel», ont ainsi fait
valoir les avocats de la jeune femme, mineure au moment où a été pris le
cliché.
Des accusations que le palais de Buckingham a pourtant nié à de
nombreuses reprises. Dans une déclaration très inhabituelle publiée en
2015, Buckingham Palace avait ainsi assuré que «toute suggestion
d’irrégularité envers des mineures [était] absolument fausse», niant
explicitement que le prince Andrew ait eu des rapports sexuels avec
Virginia Roberts Giuffre, comme le rappelle le Guardian.
Une position fragilisée par un autre témoignage, celui de Joanna
Sjoberg, qui selon ces documents rendus publics a affirmé avoir été
victime d’attouchements sexuels de la part du prince Andrew au même
titre que Virginia Roberts Giuffre, dans la maison de Jeffrey Epstein à
Manhattan.
Virginia Roberts Giuffre a par ailleurs accusé Ghislaine Maxwell de
l’avoir recrutée pour devenir la masseuse de Jeffrey Epstein à 15 ans,
alors qu’elle travaillait à la résidence de Donald Trump de Mar-a-Lago,
en Floride. Toutefois, dans ces documents, aucune allégation n’est
portée contre l’actuel président des Etats-Unis. «Il n’a jamais eu de
relations sexuelles avec aucune d’entre nous [...] Il n’a jamais flirté
avec moi», a déclaré Virginia Roberts Giuffre, précisant n’avoir jamais
vu Donald Trump sur l’île du milliardaire, ni dans l’une des résidences
de ce dernier.
Ces documents, qui lèvent le voile sur les personnes accusées d’avoir
participé au trafic sexuel de mineurs pour lequel a été inculpé Jeffrey
Epstein, ne sont que les premiers d’une longue série à être rendus
publics.
PAR La rédaction avec l’AFP Mis à jour le 11/08/2019 à 08:13 Publié le 11/08/2019 à 08:13
Le Metropolitan Correctional Center de New York, où était détenu Jeffrey Epstein, le 10 août 2019 AFP / Don Emmert
Le suicide dans sa cellule de prison new-yorkaise du financier et
figure de la jet set américaine Jeffrey Epstein, accusé d’agressions
sexuelles sur mineures, a causé la stupeur aux Etats-Unis et délenché
des enquêtes du FBI et du ministère de la Justice.
Vers 06H30 heure locale (10H30 GMT) samedi, « Jeffrey Epstein a été retrouvé inanimé dans sa cellule », il s’agit « apparemment d’un suicide »,
a confirmé l’administration pénitentiaire après que le New York Times,
notamment, eut annoncé qu’il s’était pendu au Metropolitan Correctional
Center, la prison fédérale de Manhattan.« Le personnel a immédiatement tenté de le ranimer », avant
de le faire transporter à l’hôpital où sa mort a été prononcée, a-t-elle
ajouté, annonçant l’ouverture d’une enquête du FBI.
Le ministre de la Justice William Barr s’est dit « effaré » par la mort en détention du financier de 66 ans, qui « pose de graves questions ». Il a dit que l’inspection générale du ministère allait enquêter parallèlement au FBI.
Le 23 juillet, Epstein avait déjà été retrouvé allongé sur le sol de sa cellule, blessé, avec des marques sur le cou.
Certains sources avaient alors assuré qu’il avait tenté de se
suicider, mais ses blessures étaient sans gravité et il s’était présenté
peu après à une audience.
Il avait ensuite fait l’objet d’une surveillance particulière
antisuicide, mais celle-ci s’était arrêtée le 29 juillet, selon le New
York Times. Il était depuis simplement placé dans une unité de la prison
à sécurité renforcée.
Si certains sur les réseaux sociaux n’hésitaient pas à
s’interroger sur le fait de savoir à qui profiterait sa mort, beaucoup
exprimaient simplement leur stupéfaction devant un tel dénouement, la
prison fédérale de Manhattan étant considérée comme l’une des plus sûres
des Etats-Unis.« Il nous faut des réponses. Beaucoup », a réagi sur Twitter l’influente élue démocrate new-yorkaise du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez.
M. Epstein avait été arrêté le 6 juillet à son retour d’un voyage en
France et inculpé à New York pour avoir organisé, de 2002 à 2005 au
moins, un réseau constitué de dizaines de jeunes filles, certaines ayant
été des collégiennes, sous son emprise. Il avait avec elles des
rapports sexuels dans ses nombreuses propriétés, notamment à Manhattan
et en Floride.
Un prédateur insatiable
Les témoignages qui sont ressortis via des documents judiciaires
brossaient de ce brillant et riche homme d’affaires, un ex-professeur de
mathématiques, l’image d’un prédateur insatiable de jeunes filles,
qu’il faisait recruter par dizaines et aller dans ses somptueuses
résidences.
Selon plusieurs témoignages, employées et recruteuses géraient au
millimètre un sombre emploi du temps, avec prise de rendez-vous,
transport, parfois même en jet privé, instructions et rétribution,
souvent 200 à 300 dollars par visite, voire cadeaux.
Bien que son nom ait déjà été inscrit au fichier des
délinquants sexuels après une première condamnation en 2008 pour avoir
conduit des jeunes filles à se prostituer en Floride – il s’était alors
vu infliger une peine minime de 13 mois après un accord contesté avec un
procureur fédéral – une perquisition dans sa maison du quartier huppé
de l’Upper East Side à Manhattan en juillet avait permis de mettre au
jour une salle de massage où il aurait entraîné ses victimes présumées. Le journal Miami Herald avait enquêté sur cet accord fin 2018,
relançant l’enquête. En juillet, après l’inculpation de Jeffrey Epstein à
New York, l’ex-procureur de Floride, Alexander Acosta, devenu ministre
du Travail de l’administration Trump, avait dû démissionner.
Des centaines de pages de documents judiciaires rendus publics
vendredi avaient permis de confirmer qu’il avait longtemps été une
figure incontournable des soirées mondaines new-yorkaises, proche de
nombreuses personnalités.
« Je connais Jeff depuis 15 ans. Un type génial », disait
ainsi Donald Trump, alors lui-même membre éminent de la jet set, dans un
entretien en 2002. « On dit même qu’il aime les jolies femmes autant
que moi, et beaucoup sont plutôt jeunes ».
Samedi, le président républicain a retweeté un message complotiste
alléguant, sans preuve, que l’ex-président démocrate Bill Clinton, autre
ami d’Epstein, pourrait être lié à sa mort.
Victimes privées de procès
Ses anciens amis influents avaient affirmé après son inculpation ne
pas avoir été au courant de ses délits présumés et avoir coupé tout lien
avec lui.
Inculpé le 8 juillet d’exploitation sexuelle de mineures et
d’association de malfaiteurs en vue d’exploiter sexuellement des
mineures, il était passible de 45 ans d’emprisonnement.
Son procès devait s’ouvrir au plus tôt en juin 2020. Il s’était
vu refuser une remise en liberté sous caution, les procureurs estimant
qu’il risquait fort de fuir à l’étranger, vu sa fortune – évaluée à plus
de 500 millions de dollars – et ses connexions.Pour les victimes présumées, sa mort les prive d’un procès qu’elles
attendaient avec impatience, même si le procureur fédéral de Manhattan a
promis de poursuivre l’enquête sur ses agissements et ses éventuels
complices.
« Nous ne pourrons jamais tourner la page », a lâché une des victimes, dans un message rediffusé par son avocate Lisa Bloom. « Vous nous avez volé ce grand morceau de guérison dont nous avions besoin pour passer à autre chose ».
« Ce n’est pas la fin que quiconque attendait », a déclaré Brad Edwards, un avocat d’une autre victime présumée.
A la fin des années 1990, il achète Petit Saint-James. Et y bâtit
un drôle de temple au sommet. En médaillon : Bienfaiteur de Harvard,
dont il porte l’écusson, Jeffrey Epstein, ici en 2004, a versé 30
millions de dollars à l’université via sa fondation. Reuters, Getty
Images
Après vingt ans de quasi-impunité et de débauche, le financier Jeffrey Epstein va rendre des comptes… à la justice américaine
Il croupit dans une petite cellule infestée de souris, sous une
lumière allumée vingt-trois heures sur vingt-quatre. En détention
provisoire depuis le 6 juillet dernier, Jeffrey Epstein est à
l’isolement au « 10 South », le quartier des grands criminels et des
terroristes au Metropolitan Correctional Center, sinistre prison du sud
de Manhattan. Un de ses voisins s’appelle Joaquin Guzman, alias El
Chapo, le baron de la drogue qui a écopé d’une peine de perpétuité.
Jeffrey Epstein, lui, n’encourt « que » quarante-cinq années mais, à 66
ans, ça lui laisse peu d’espoir de revoir jamais la mer…
Quelle chute spectaculaire ! Quand il se fait interpeller, Epstein
sort de son Boeing 727 privé. Il rentre d’un mois de repos à Paris, où
il possède deux appartements, de 430 et 367 mètres carrés, dans un
immeuble haussmannien au 22, avenue Foch, une des artères les plus
chères de Paris. Et encore, l’endroit fait-il pâle figure en comparaison
de sa résidence de New York, à côté de Central Park. C’est, paraît-il,
la plus grande maison privée de Manhattan – 2 000 mètres carrés ! Un
hôtel particulier parisien version XL. Il s’est offert ce bijou en
pierre de taille dans les années 1990 et a aussitôt fait installer un
trottoir chauffant. Ça lui évite de « déraper » les jours de verglas.
Pratique. Pour les vacances, il possède son île privée dans les
Caraïbes. Une des îles Vierges, choisie peut-être pour son nom, comme on
le découvrira plus tard. Il mériterait d’être le héros d’un tome II du «
Bûcher des vanités », le best-seller de Tom Wolfe.
Comme dans toute success story à l’américaine, le bonhomme sort de
nulle part. Papa est jardinier à la municipalité de New York ; maman,
employée à domicile. La famille vit à Coney Island, modeste quartier de
Brooklyn. Jeffrey, l’aîné, semble avoir reçu à profusion tout ce qui
avait été refusé à ses parents : belle gueule, physique athlétique,
intelligence au laser, talent artistique au piano – dans son hôtel
particulier, il joue toujours sur son Steinway. Jeffrey est un
scientifique inclassable, qui n’arrive pas à décrocher des diplômes mais
parvient à se faire engager comme prof de maths à la Dalton School,
école privée particulièrement huppée et coûteuse.
Les étudiants lui trouvent un côté Robin Williams du « Cercle des
poètes disparus ». En long manteau de fourrure noire, chaîne en or sur
chemise largement ouverte, « brillantissime » pendant ses cours, même
s’il regarde les filles de manière insistante, il est à la fois copain
et gourou. Invité à des boums chez les élèves, il est le seul prof
présent. Ça détonne. Il finit par se faire virer mais ne reste pas
longtemps au chômage.
Alan « Ace » Greenberg, le tout-puissant patron de la banque
d’affaires Bear Stearns, a entendu parler de ses talents en
mathématiques par un de ses amis, parent d’élève à la Dalton School. «
Ace » l’embauche comme trader. C’est l’époque où la planète finance
explose. Il faudrait avoir fait Polytechnique pour comprendre quelque
chose aux nouveaux produits « dérivés » et autres « options » ou «
futures » qui se multiplient sur les marchés. Mais Epstein est à l’aise
dans cet univers. Il fait gagner des millions à sa banque, qui le nomme «
associé »… avant de le virer pour « délit d’initié ». Déjà, il se croit
au-dessus des lois. A Wall Street, c’est un atout. Leslie Wexner,
fondateur de la chaîne de sous-vêtements féminins Victoria’s Secret, le
trouve épatant. Il lui confie la gestion de sa fortune : 1 milliard de
dollars. D’autres businessmen du même calibre vont suivre. Avec une
telle clientèle, le jeune gestionnaire de patrimoines, qui fait
merveille sur les marchés, ne va pas tarder à rouler sur l’or.
Grâce à sa fiancée Ghislaine, Epstein rencontre le prince Andrew, fils cadet de la reine Elizabeth, et Bill Clinton
Au même moment, Epstein rencontre la femme de sa vie, Ghislaine
Maxwell. Il est taciturne et déteste porter des costumes, elle est
mondaine et connaît la terre entière. Ghislaine est une héritière, fille
préférée de Robert Maxwell, propriétaire du puissant tabloïd londonien «
Daily Mirror », mort dans des conditions troubles en laissant beaucoup
de dettes, mais aussi un carnet d’adresses dont Jeffrey va largement
bénéficier. « Il était très avide de connaître du beau monde », me
confie Conchita Sarnoff, qui a passé plusieurs réveillons de Nouvel An
avec le couple avant d’écrire « Trafficking », un livre à charge où elle
dénonce les agissements de son ex-ami. « Quand nous nous sommes
rencontrés, il m’a posé beaucoup de questions sur le grand-père de mon
mari, David Sarnoff, pionnier de la télévision en Amérique. J’avais
trouvé ça étrange car j’étais en instance de divorce. »
Conchita est néanmoins sous le charme de l’ombrageux financier. A
l’époque, Jeffrey Epstein est un jeune multimillionnaire au-dessus de
tout soupçon. Donald Trump, avec qui il fait la fête à Mar-a-Lago, le
trouve « très drôle ». Grâce à sa fiancée Ghislaine, Epstein rencontre
le prince Andrew, fils cadet de la reine Elizabeth, et Bill Clinton, qui
vient de quitter la Maison-Blanche et à qui il voue une admiration sans
bornes. Il donne des millions de dollars à la fondation humanitaire
tout juste créée par l’ancien président et finance la campagne de sa
femme, Hillary, alors sénatrice. En 2002, il propose à Bill Clinton son
avion pour un voyage en Afrique. Celui-ci accepte volontiers : il n’y a
pas malice puisqu’il s’agit d’aider le « continent noir » à lutter
contre l’épidémie de sida. Epstein, qui est du déplacement, entre dans
la cour des grands.
Certes, l’homme a sa part d’ombre. Il éconduit Ghislaine, qui voulait
l’épouser, mais reste son ami. Il n’a pas d’enfants. Surtout, on le
voit toujours entouré de très jeunes filles qu’il emmène dans son Boeing
privé, au point que celui-ci est rebaptisé « Lolita Express ». Le
plancher y est molletonné pour, dit-on, mieux s’envoyer en l’air à 10
000 mètres d’altitude.
Le scandale éclate en mars 2005, quand la police de Palm Beach, où
Epstein vit une partie de l’année, apprend qu’il a abusé d’une jeune
fille de 14 ans. La mineure, qui tient à garder l’anonymat (elle s’est
mariée depuis et a eu des enfants), s’est laissé piéger par une «
recruteuse ». Une fois chez Epstein, elle a été priée de se déshabiller
pour un « massage », avant de repartir avec 300 dollars. Michael Reiter,
le « chief » du commissariat local, découvre l’existence d’un ballet
incessant de jeunes filles qui entrent et sortent de sa maison à toute
heure de la nuit. Quand elles se retrouvent dans la rue, ces mineures,
entre 13 et 17 ans, souvent issues de foyers d’assistance publique,
saccagent le quartier, ce qui, à Palm Beach, ne passe pas inaperçu.
Reiter recueille sous serment 17 dépositions de victimes. Des
perquisitions menées dans la maison du suspect révèlent des milliers de
photos de mineures. Mais, à la surprise générale, Epstein s’en sort avec
seulement dix-huit mois de prison, dont il ne purgera que treize, et
dans des conditions ultra-privilégiées…
Ses avocats ont passé un accord avec le procureur de Floride,
Alexander Acosta. Epstein a accepté de plaider coupable pour «
sollicitation de prostitution de mineures », en échange de quoi il est
inscrit sur la liste des délinquants sexuels, ce qui lui permet
d’échapper aux accusations d’abus et de viols qui auraient pu l’envoyer
derrière les barreaux pour quarante-cinq ans. A sa copine Conchita, il
explique, droit dans ses bottes, que les jeunes filles étaient en
réalité des « opportunistes » qui auraient tenté de lui « soutirer de
l’argent ». Refrain connu, à l’heure de #MeToo. Reiter est scandalisé.
Virginia Roberts aussi. Elle avait 16 ans quand elle a découvert
l’univers d’Epstein, ses rabatteuses (elle accuse Ghislaine Maxwell d’en
être une), les massages, les orgies avec les puissants de la terre
entière, dont le prince Andrew, avec qui elle dit avoir eu au moins six
rapports sexuels, ce que l’intéressé dément… En 2015, Virginia se confie
dans une interview au tabloïd britannique « Daily Mail ».
Parce qu’il a réussi à amadouer le parquet de Floride, il ne prête
pas attention aux autres Etats où les procureurs travaillent dans
l’ombre.
Mais à l’époque, tout va bien pour Jeffrey Epstein. Il est
réhabilité, ou presque. Peggy Siegal, attachée de presse qui fait la
pluie et le beau temps à New York, l’invite à des premières de cinéma.
Tout le monde a compris que Jeffrey Epstein est redevenu fréquentable,
même si Trump a préféré prendre ses distances. Epstein se serait-il
alors cru intouchable ? Quand le premier article sur Harvey Weinstein
est publié dans le « New York Times », le 5 octobre 2017, il ne comprend
pas que le monde a changé, qu’un mouvement est lancé. Selon Peggy
Siegal, il se réfugie « dans le déni ». Pédophile, lui ? Allons donc ! «
Les jeunes filles étaient pubères, pas enfants », se défend-il devant
un journaliste du « New York Post ».
Quand, en novembre 2018, Julie K. Brown, journaliste d’investigation
au quotidien « Miami Herald », publie une longue enquête titrée «
Perversion of justice » où elle identifie 80 victimes, il ne voit pas
que la fin est proche. Parce qu’il a réussi à amadouer le parquet de
Floride, il ne prête pas attention aux autres Etats où les procureurs
travaillent dans l’ombre. Ceux de New York, en particulier, qui font de
nouvelles découvertes… Le 6 juillet, Jeffrey Epstein tombe des nues
quand il est cueilli par les flics de la ville à la descente de son
Boeing. Treize jours plus tard, Alexander Acosta, l’ex-procureur de
Floride grâce à qui il n’a passé que treize petits mois en détention,
doit démissionner de son poste de ministre du Travail de Donald Trump.
On ne plaisante plus avec les histoires de jeunes filles. Le fait
qu’Epstein soit aujourd’hui mis à l’isolement à la prison de Manhattan
donne la mesure de la détermination des autorités judiciaires. Il s’agit
de le faire craquer. Et de lui faire avouer des noms. Epstein est à
terre, d’autres têtes vont rouler.
Trente-sept ans après l’attentat de la rue des Rosiers à Paris,
de nouveaux éléments permettent d’accréditer la thèse d’un pacte conclu
entre les renseignements français et le groupe Fatah-Conseil
révolutionnaire. Un ex-chef des renseignements français a été interrogé
en janvier par la justice après des déclarations sur le « marché non
écrit » qu’il aurait noué avec le groupe palestinien auteur de
l’attentat, a-t-on appris vendredi de sources proches du dossier.
Le 9 août 1982, trois terroristes armés de pistolets-mitrailleurs et de
grenades ont tué 6 personnes et en ont blessé 22 lors de cette attaque contre le restaurant Jo Goldenberg, dans le quartier juif historique de la capitale. Selon ces sources, confirmant une information du Parisien,
l’ancien patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST),
Yves Bonnet, a été interrogé le 30 janvier par le juge d’instruction à
la demande des parties civiles.
Yves Bonnet, 83 ans, avait en effet déclaré dans le documentaire Histoire secrète de l’antiterrorisme, diffusé en novembre 2018 sur France 2, avoir envoyé ses hommes négocier avec des émissaires d’Abou Nidal,
chef du groupe Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR), une faction
dissidente de l’OLP à laquelle l’attentat a été attribué. Selon Yves
Bonnet, l’accord prévoyait que le groupe s’engage à ne plus commettre
d’attaque en France, en
échange de quoi ses membres pourraient continuer à venir en France sans
être inquiétés. « On a passé une sorte de deal verbal en leur disant : Je
ne veux plus d’attentat sur le sol français et, en contrepartie, je
vous laisse venir en France, je vous garantis qu’il ne vous arrivera
rien », a-t-il confirmé le 30 janvier, rapporte Le Parisien. Selon lui, il n’aurait pas rencontré les auteurs des attentats, mais des « comparses ».
D’après Le Parisien, Yves Bonnet se défend par ailleurs de
toute « collaboration » avec le groupe terroriste, préférant évoquer un
pacte de « non-agression ». Cette rencontre est pour lui un succès :
« Ça a marché, il n’y a plus eu d’attentats à partir de fin 1983,
en 1984 et jusqu’à fin 1985. »
L’existence d’un tel accord avec Abou
Nidal, mort en 2002 en Syrie dans des conditions suspectes, ainsi que
l’infiltration du groupe dans la foulée par un agent français avaient
été dévoilées en 2011 dans les carnets du général Philippe Rondot,
figure des renseignements, fournissant la trame du film L’Infiltré.
Selon Le Parisien,
« le magistrat instructeur a également convoqué, les 6 et 14 février
derniers, Jean-François Clair et Louis Caprioli, deux ex-responsables de
la lutte antiterroriste à la DST ». « Mais tous deux se sont réfugiés
derrière le secret défense concernant l’accord », ajoute le
quotidien. Des proches des victimes entendent demander la levée du
secret défense, ont-elles indiqué vendredi lors d’une commémoration
organisée pour la deuxième année consécutive sur les lieux de l’attaque
par l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT). Elles ont
aussi réitéré leur appel aux autorités françaises à se mobiliser pour
obtenir l’extradition de l’organisateur présumé et de trois membres
possibles du commando, visés depuis 2015 par un mandat d’arrêt que la
Jordanie, la Palestine et la Norvège n’ont pas exécuté à ce jour.
Sur le même sujet
Quand les agents secrets parlent…Services secrets français – François Mitterrand, Machiavel au pays des grandes oreillesPhilippe Rondot : mort d’une légende
En 1982, l’attentat de la rue des Rosiers, à Paris, a fait six morts et vingt-deux blessés. Photo Michel Clément. AFP
L’ancien patron de l’antiterrorisme, Yves Bonnet, a reconnu face au
juge avoir passé un accord secret avec le groupe palestinien d’Abou
Nidal afin d’éviter d’autres attentats sur le sol français dans les
années 80.
«Accord secret» : de nouvelles révélations sur l’attentat de la rue des Rosiers
La confession, trente-sept ans après l’attentat de la rue des
Rosiers, révèle tout un pan de l’histoire du renseignement français. Le Parisien a
révélé jeudi le témoignage de l’ancien patron de la Direction de la
surveillance du territoire (DST), Yves Bonnet, aujourd’hui âgé de 83
ans. Entendu au mois de janvier par le juge d’instruction en charge de
l’enquête, l’ancien responsable du renseignement intérieur a reconnu
avoir passé un pacte secret avec le groupe terroriste palestinien d’Abou
Nidal (Fatah – conseil révolutionnaire), une faction dissidente de
l’Organisation de libération de la Palestine dont au moins trois membres
sont soupçonnés d’être à l’origine de l’attaque.
Le 9 août 1982, une grenade explose la vitrine du restaurant chez Jo
Goldenberg, au 9 rue des Rosiers, dans le quartier du Marais à Paris. Un
commando masqué et armé de fusils-mitrailleurs, débarque dans le
restaurant et ouvre le feu sur les clients. L’attentat fait six morts,
22 blessés. Les premiers portraits-robots sont émis. La piste de
nationalistes irlandais fait un temps son chemin, quelques semaines
après l’attentat. Le capitaine Paul Barril prétend avoir arrêté les
suspects. La piste s’avérera être un mensonge monté de toutes pièces par
le gendarme qui aurait lui-même déposé les explosifs pour faire arrêter
les nationalistes.
«Je ne veux plus d’attentat sur le sol français»
En 2011, par l’entremise du juge antiterroriste Marc Trévidic mais
surtout par des policiers acharnés de la DCRI (la nouvelle DST), les
auteurs présumés de la tuerie sont identifiés. Il s’agit de trois
hommes, réfugiés à l’étranger et membres de l’organisation Abou Nidal.
Le premier, Walid Abdulrahman, alias Abou Zayed, 56 ans, est domicilié à
Skien, en Norvège ; le second, Mahmoud Khader Abed, alias Hicham Harb,
60 ans, à Ramallah, en Cisjordanie ; et enfin, Mohamed Souhair
al-Abassi, alias Amjad Atta, 64 ans, qui se présente comme le
logisticien du groupe, se trouverait en Jordanie. C’est la confrontation
entre l’audition de plusieurs anciens membres d’Abou Nidal et les
témoignages de l’époque qui aurait permis aux agents de la Direction
centrale du renseignement intérieur de remonter leur trace et de
déposer, par la suite, trois mandats d’arrêt internationaux à leur
encontre.
Le témoignage d’Yves Bonnet, plus de trente ans après les faits,
éclaire une partie encore méconnue de l’affaire, quoique déjà évoquée
dans ses carnets (saisis lors d’une perquisition dans le cadre de
l’affaire Clearstream) par feu le général Rondot. A en croire le
procès-verbal dressé en janvier dernier par le juge d’instruction, Régis
Pierre, une rencontre clandestine aurait été organisée quelques mois
après l’attentat de la rue des Rosiers entre des agents du renseignement
français et l’organisation Abou Nidal, afin de garantir que la France
serait épargnée à l’avenir par les attentats. «Je ne veux plus d’attentat sur le sol français, aurait alors déclaré le chef de la DST. En contrepartie, je vous laisse venir en France, je vous garantis qu’il ne vous arrivera rien.» Un pacte de «non-agression», en somme, résume l’ancien taulier des services secrets.
Secret-défense
«Et ça a marché, raconte Yves Bonnet contacté directement par leParisien. Il n’y a plus eu d’attentats à partir de fin 83, en 84 et jusqu’à fin 1985.»
Le président de la République de l’époque, François Mitterrand, a-t-il
pu ignorer qu’une telle rencontre avait été organisée ? A-t-il donné son
aval à cet «accord» passé entre les services de renseignement et un groupe armé ? Dans le Parisien, Bonnet assure qu’il disait tout à Gilles Ménage, directeur de cabinet de Mitterrand…
Au lendemain de ces révélations, l’avocat des parties civiles, Avi Bitton, confie à Libération son intention de déposer très prochainement une «requête auprès du juge d’instruction pour demander la levée du secret-défense dans cette affaire».
Auditionnés également en février par le juge Régis Pierre, deux anciens
membres de la DST, dont Louis Caprioli, s’étaient, eux, réfugiés
derrière le «secret-défense» pour ne pas avoir à revenir sur le fameux
pacte secret.
Quant aux suspects, toujours réfugiés à l’étranger, ils restent à ce
jour protégés par leur pays d’accueil, qui refusent de les extrader. «Maintenant
que les mandats d’arrêt ont été émis, encore faut-il que l’Etat
français fasse tout son possible pour mettre en œuvre les extraditions, poursuit l’avocat Avi Bitton. Or, avec ce que l’on apprend aujourd’hui, les victimes ont toutes les raisons d’avoir des doutes.»
Quels que soient les problèmes que pose un magistrat, la solution
envisagée par son administration n’est quasiment toujours, au mieux,
qu’une simple mutation…
Jean-Michel Prêtre à Nice, en janvier 2017. Photo Valery Hache. AFP
Selon nos informations, Jean-Michel Prêtre sera proposé au poste
d’avocat général près la cour d’appel de Lyon par la chancellerie. Cette
nomination sera examinée par le Conseil supérieur de la magistrature en
septembre.
Le procureur de Nice va être muté
Le dernier faux pas du procureur de la République de Nice aura signé
la fin de sa carrière à la tête de ce parquet. Selon nos informations,
Jean-Michel Prêtre, 61 ans, va être muté à Lyon, où il deviendra avocat
général près la cour d’appel. Cette proposition devrait être examinée
par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) début septembre.
Autrement dit, il s’agirait d’une rétrogradation puisqu’il ne sera plus à
la tête d’un parquet, mais désormais soumis aux ordres d’un procureur
général. «Sa position était intenable», glisse une source proche du dossier.
Dans le cadre de l’affaire Geneviève Legay (cette septuagénaire
blessée lors d’une charge policière pendant une manifestation interdite
des gilets jaunes le 23 mars), Jean-Michel Prêtre avait initialement
dédouané les forces de l’ordre. Avant d’être obligé de reconnaître leur
implication : «Au regard des images extrêmement détaillées, on peut dire d’une manière certaine que le policier a bien poussé Mme Legay.» Lors
d’une audition, en avril, menée par Robert Gelli, le procureur général
d’Aix-en-Provence (demandée par le directeur des services judiciaires),
le magistrat a avoué avoir menti. Et a avancé une explication
déconcertante de franchise, qui s’est retrouvée dans la presse le
24 juillet, après que le Monde l’a révélée : il ne voulait pas
mettre le chef de l’Etat dans l’embarras puisque ce dernier affirmait
que la manifestante n’avait pas été touchée par la police. Quelques
heures avant la conférence de presse du parquet, Emmanuel Macron avait
en effet enjoint Geneviève Legay à faire preuve «d’une forme de sagesse» à l’avenir.
Restaurer l’image de l’institution
De sa propre initiative, Jean-Michel Prêtre aurait donc transformé
les déclarations présidentielles en une vérité judiciaire. Avant d’être
obligé de rétropédaler publiquement. Ce n’est pas tout : il avait confié
l’enquête à la concubine du commissaire qui sera mis en cause… En
juillet, le ministère de la Justice s’était contenté d’une brève
assertion : Jean-Michel Prêtre «est totalement indépendant, et décide souverainement de la communication qu’il souhaite mener dans chaque affaire».
Aucune poursuite disciplinaire n’avait alors été engagée, mais la
chancellerie n’a visiblement pas passé l’éponge sur la communication
trop zélée du magistrat. Il écope aujourd’hui d’une «mutation dans l’intérêt du service». Contacté par Libération,
le ministère de la Justice se refuse à tout commentaire. On imagine
volontiers que c’est pour restaurer l’image de l’institution, et contrer
toute suspicion dans les enquêtes à venir que Jean-Michel Prêtre,
procureur de Nice depuis 2015 (après être passé par le parquet
d’Aix-en-Provence, de Pointe-à-Pitre ou de Vesoul), est prié de faire
ses valises.
Durant quatre ans, à Nice, il aura eu à connaître plusieurs dossiers
emblématiques comme l’affaire Omar Raddad, dont il prononcera
l’épilogue : «Pour moi l’affaire est finie.» Ou encore
l’attentat du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais, qui a fait
86 morts et une centaine de blessés. Chargé des premières investigations
sur le dispositif de sécurité, il a très vite – trop vite, lui
reprochera-t-on – classé l’enquête pour mise en danger de la vie
d’autrui.
Les controverses ou critiques autour de Jean-Michel Prêtre ne sont pas récentes. Mediapart
révélait qu’en 2009, alors qu’il était en poste en Guadeloupe, il a été
soupçonné d’avoir fait de fausses déclarations au sujet d’une
perquisition survenue dans une enquête sur le meurtre d’un syndicaliste.
Et ce, juste après avoir annoncé l’identité d’un premier suspect (qui
sera innocenté). Le site rappelait également cet épisode : en 2018, son
bureau et son domicile ont été perquisitionnés dans l’affaire de la
succession de l’hôtel Negresco. Les enquêteurs cherchaient à savoir quel
rôle il avait pu jouer dans cette transaction de plusieurs millions
d’euros, et s’il avait pu favoriser un repreneur en saisissant le
tribunal de commerce. L’enquête est toujours en cours. Contacté par Libération, Jean-Michel Prêtre n’était pas joignable dans l’immédiat.