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mardi 28 août 2018
Assassinats ou attentat de Trappes : une revendication opportuniste de l'Etat islamique ?
Quoique plusieurs éléments tendent à accréditer
l’hypothèse d’un acte terroriste, les autorités n’ont pour l’heure pas
retenu cette qualification pour les faits qui se sont produits à Trappes
jeudi.
La revendication rapidement publiée par l’Etat islamique est jugée opportuniste.
Et l’auteur des faits est dit « déséquilibré ».
Son acte relèverait de la psychiatrie, tout comme l’attentat commis à
Nice le 14 juillet 2016 par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, qui lui serait
passé à travers les mailles du filet en dépit de multiples alertes.
Concernant ce dernier, il faut d’abord rappeler que la tuerie dont il
est l’auteur est bien traitée depuis le début comme un acte terroriste.
Par ailleurs, son profil psychologique est celui d’un psychopathe,
d’un pervers, d’un sadique qui jouit, est heureux et « rit » des
souffrances qu’il inflige à ses victimes ou des crimes qu’il s’apprête à
commettre, exactement comme tout autre « déconnologue ».
A aucun moment il n’apparaît « en souffrance », ce qui est
théoriquement la condition sine qua non pour une prise en charge
psychiatrique.
Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Les pervers n’intéressent
pas les psychiatres, ils n’en veulent pas comme patients, n’ayant dans
leur cas aucune maladie mentale à traiter. Ce sont leurs victimes qui
emplissent les hôpitaux psychiatriques, parfois à leur demande parce
qu’elles estiment en avoir besoin, et le plus souvent pour prévenir ou
« guérir » tout dépôt de plainte de leur part, car il ne s’agirait pas
de tarir la source de la clientèle de toute l’industrie psychiatrique en
mettant hors d’état de nuire violeurs, pédophiles et autres dangereux
psychopathes – c’est bien ainsi que le psychiatre hospitalier conçoit
son rôle « social ».
Enfin, même si les autorités judiciaires françaises éprouveraient des
difficultés à établir la relation de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avec
l’Etat islamique, il n’en reste pas moins qu’il est issu d’une famille
notoirement connue comme islamiste.
Pour ma part, je rapprocherais davantage l’attaque de Trappes de
celle commise en Isère par Yassin Salhi au mois de juin 2015 : ayant
d’abord tué son patron qui l’avait réprimandé deux jours plus tôt, il
s’était ensuite livré à une mise en scène macabre et avait provoqué une
explosion avant d’être maîtrisé par des pompiers auxquels il avait lancé
: « Allah Akbar ».
Cet attentat « correspond très exactement aux mots d’ordre de
Daech », avait alors estimé le procureur de Paris, François Molins,
notamment par la volonté de Salhi de « donner à son acte une publicité
maximale ».
Egalement, je la rapprocherais volontiers de l’attaque du Marché de
Noël de Nantes du 22 décembre 2014, même si celle-ci n’avait pas été
qualifiée d’attentat terroriste, quoique des témoins eurent bien
rapporté avoir entendu crier « Allah Akbar » et que le Marché de Noël de
Strasbourg fût déjà la cible d’un projet d’attentat islamiste au mois
de décembre 2000.
Dans ces trois cas, le passage à l’acte est directement lié à des
difficultés avec des proches ou des personnes de l’entourage : la mère
et les soeurs pour une question d’héritage à la suite du décès de son
père pour l’assassin de Trappes, deux d’entre elles étant d’ailleurs ses
premières victimes, le patron assassiné pour le second, et toute sa
famille pour le troisième, selon ses écrits.
Cependant, l’ombre de commanditaires ou de tiers manipulateurs est
aussi toujours présente dans tous ces cas : amis ou idoles islamistes
pour les uns ou « professeur » pour l’assaillant de Nantes, qui tel
Yassin Salhi le mardi 22 décembre 2015 sera retrouvé pendu aux barreaux
de sa cellule le mercredi 13 avril 2016.
Mes lecteurs les plus assidus savent auxquels je pense en priorité,
je les ai déjà désignés à plusieurs reprises, et cette nouvelle attaque
me semble bien encore porter leur marque.
En effet, depuis que je me suis remise à publier quelque peu, leur
« Konducator » à la « vigueur masculine retrouvée » du 3 juin 2018 voit
de nouveau son membre se ratatiner jour après jour.
Or, ce sont bien des femmes qui ont spécifiquement été visées ce 23
août 2018 à Trappes au lendemain du message du chef de l’Etat islamique
signifiant qu’il sortait lui aussi de sa torpeur estivale pour faire sa
rentrée.
Des policiers près de la rue Camille-Claudel, à Trappes, où Kamel S. 36 ans, a tué sa mère et sa sœur jeudi. Photo Denis Allard
Jeudi dans les Yvelines, un homme fiché par le ministère a tué sa
mère et sa sœur et gravement blessé une passante. L’EI a une fois de
plus revendiqué l’attaque. Mais le ministre de l’Intérieur souligne un
profil de «déséquilibré» et les autorités n’ont pas confié l’enquête au
parquet antiterroriste.
Drame de Trappes : Etat islamique ? L’Etat sceptique
L’Etat islamique a-t-il revendiqué un simple différend familial
macabre ? Jeudi, un homme a tué avec un couteau sa mère et sa sœur et
blessé gravement une troisième personne, à Trappes (Yvelines), avant
d’être abattu par la police. Moins de deux heures après les faits,
l’organisation terroriste publiait un communiqué sans ambiguïté : «Un soldat de l’Etat islamique a perpétré l’attaque en réponse à l’appel à cibler les ressortissants des pays de la coalition.» La veille, le chef du groupe était sorti de son silence pour la première fois depuis plus d’un an, appelant ses partisans à poursuivre le combat, malgré les défaites sur le terrain.
Le tueur, Kamel S., était inscrit dans le Fichier de traitement des
signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère
terroriste (FSPRT), à la suite d’une condamnation pour apologie du
terrorisme en 2016. Lors d’un face à face avec la police, il s’est
montré menaçant, hurlant : «Allah akbar, si vous entrez je vous fume tous.»
Le mode opératoire, la revendication, les paroles du tueur puis les
premiers détails sur son profil : tous ces éléments laissent penser à
une attaque terroriste, potentiellement inspirée par l’EI. Mais, dès sa
première prise de parole, jeudi matin, Gérard Collomb a écarté avec
prudence cette piste. Depuis Trappes, le ministre de l’Intérieur a
déclaré que l’auteur du double meurtre avait des problèmes
psychiatriques «importants», et présentait davantage le profil d’un «déséquilibré» que d’un «engagé» aux ordres du groupe Etat islamique.
Droit commun
L’enquête judiciaire a donc été ouverte localement par le parquet de Versailles, avec une qualification de droit commun. «Il
n’y a pas d’élément à ce stade de l’enquête qui permette de déterminer
un caractère terroriste, mais nous suivons de très près les premières
investigations», explique à Libération le parquet de
Paris, qui a une compétence nationale et exclusive concernant les
enquêtes pour actes de terrorisme. Une décision prise «compte tenu des troubles mentaux de l’auteur et du fait qu’il était en conflit ouvert avec sa famille», détaille une source judiciaire. Deux éléments pour l’instant déterminants pour écarter l’hypothèse d’un nouvel attentat. Et, «traditionnellement, le parquet ne tient pas compte des revendications»,
ajoute la même source judiciaire. Le code pénal définit les actes de
terrorisme de manière très large, renvoyant principalement à l’effet
escompté, à savoir «troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur».
Pour l’heure, la revendication de l’EI est donc jugée d’«opportunité»,
par une source haut placée dans le renseignement intérieur. Ce n’est
pas la première fois que l’organisation terroriste s’attribue avec
quelques largesses une action violente. C’est même de plus en plus
courant, observe le chercheur et consultant Romain Caillet (auteur du blog Jihadologie sur Liberation.fr).
En juin 2017, le groupe s’était jeté sur une fusillade dans un casino
de Manille, aux Philippines. Un tireur avait assassiné 37 personnes.
L’enquête démontrera que l’homme était accro aux jeux et interdit de
casino. Elle n’a mis au jour aucun lien avec l’EI.
Improvisation
Quelques mois plus tard, même manipulation : un tueur de masse tire
sur la foule depuis un hôtel de Las Vegas, tuant 58 personnes. Toujours
via son agence de propagande Amaq, l’EI revendique, assurant que
l’auteur s’est converti à l’islam, et va même jusqu’à citer un nom de
guerre. Le FBI n’a, là encore, trouvé aucune relation entre le tireur et
l’organisation. Pour Romain Caillet, l’épisode a entaché la «crédibilité médiatique de l’EI».«Avant 2017,
Amaq pouvait se tromper sur le nombre de mort, un nom et le mode
opératoire, mais rectifiait. Depuis 2017, les revendications farfelues
sont plus fréquentes», ajoute Jean-Charles Brisard, du Centre d’analyse du terrorisme.
Un autre épisode a illustré l’improvisation qui semble aujourd’hui
régner au sein du groupe terroriste : le 18 septembre, un magazine de
l’EI affirme qu’un de ses «détachements de sécurité» a réussi à poser des explosifs à l’aéroport de Roissy. Ceux-ci auraient été «découverts par les forces croisées»,
poursuit la publication. L’article fait référence à une fausse alerte à
la bombe, qui avait effectivement entraîné des retards la veille. Une
quinquagénaire avait prétendu qu’un avion allait exploser, après s’être
vu refuser l’accès à bord faute de billet valable. Le psychiatre qui l’a
examinée lors de sa garde à vue a estimé par la suite que son
discernement était aboli. L’équipe de déminage n’avait quant à elle
trouvé trace du moindre explosif.
«L’EI est affaibli militairement sur le terrain et cela se voit
dans sa communication. On ne peut plus penser comme en 2015,
L’organisation ne fonctionne plus pareil. Maintenant, dès qu’une attaque
leur correspond à peu près, ils y vont. Pour moi, c’est clair qu’ils
cherchent sur Google des informations pour crédibiliser une
revendication», analyse Romain Caillet. Selon le chercheur, le
tournant est la mort, en mai 2017, du fondateur d’Amaq, l’«agence de
presse» de l’EI, Baraa Kadek, (aussi connu sous le nom de Rayan
Meshaal). «Il avait des exigences que ses successeurs n’ont pas.»
Tuerie de Nice
Pourtant, même avant 2017, au moins une revendication de l’EI
continue d’apparaître fragile. Le cas de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel,
auteur de la tuerie du 14 Juillet à Nice, qui a fait 86 morts et près de
500 blessés, reste une énigme pour les enquêteurs. Demeure, comme dans
le cas de la tuerie au couteau de jeudi à Trappes, la revendication de
l’organisation terroriste le qualifiant de «soldat», sans plus
de précision. Après deux années d’investigations, la justice n’est
pas parvenue pour l’instant à relier Lahouaiej-Bouhlel à l’EI :
aucun message d’allégeance n’a été retrouvé, aucune trace de
communication avec des combattants de l’organisation terroriste n’a été
établie, et Mohamed Lahouaiej-Bouhlel présentait lui aussi d’importants
troubles psychiatriques.
Attentat de Nice : cinq choses à savoir sur Mohamed Lahouaiej Bouhlel
18 juillet 2016 à 18h32 | Par Jeune Afrique
Au fur et à mesure que l’enquête progresse, la personnalité complexe
du tueur de Nice se précise. Les premiers éléments mettent en évidence
« un intérêt certain mais récent pour la mouvance islamiste ».
Sa famille
Né à Msaken, dans la banlieue de Sousse, le 3 janvier 1985, ce
ressortissant tunisien est arrivé en France en 2005. Titulaire en 2009
d’une carte de séjour valable dix ans, il a épousé une
niçoise franco-tunisienne avec qui il a eu trois enfants. Le couple,
séparé depuis dix-huit mois, était en instance de divorce. L’homme âgé
de 31 ans avait déménagé dans un quartier de l’est de Nice où il
exerçait le métier de chauffeur-livreur.
Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait appelé son frère, Jabeur, qui vit en Tunisie quelques heures seulement avant l’attentat,
a raconté ce dernier à l’agence de presse Reuters. « Il a dit qu’il
était à Nice avec ses amis européens pour célébrer la fête nationale », a
déclaré Jabeur depuis la Tunisie. Sur la photo qu’il lui a envoyée, il
apparaît « très heureux et content, il riait »… Le frère du tueur de
Nice a par ailleurs rapporté au Daily Mail que Mohamed
Lahouaiej Bouhlel avait fait parvenir 240 000 dinars (près de 98 000
euros) à sa famille en Tunisie, quelques jours seulement avant
l’attentat.
Interviewé par l’AFP devant son domicile de Msaken, le père
de Mohamed Lahouaiej Bouhlel a déclaré qu’il n’avait quasiment plus de
contact avec son fils depuis son départ en France, sans pouvoir
en préciser la date. Cheveux blancs, le visage tendu, il décrit un homme
« toujours seul, toujours déprimé ». Mohamed Lahouaiej Bouhlel n’avait
« aucun lien avec la religion », a-t-il ajouté. « Il ne faisait pas la
prière, il ne jeûnait pas, il buvait de l’alcool, il se droguait même »,
a-t-il ajouté. Son père a par ailleurs indiqué qu’il n’était pas en
bons termes avec son ex-femme.
Des liens « certains » avec la mouvance islamiste radicale
Les nouveaux éléments de l’enquête font ressortir le « profil sadique
ultraviolent » de l’auteur de l’attentat de Nice, a-t-on appris lundi
après-midi par l’AFP. Mohamed Lahouaiej Bouhlel consultait sur internet
des vidéos ultraviolentes, dont des exécutions parfois commises par
l’État islamique, rapporte l’AFP, confirmant des informations d’Europe 1. Selon
la radio, les enquêteurs ont découvert son obsession pour les vidéos
les plus abominables diffusées sur internet par l’organisation État
islamique. « Mohamed Lahouaiej Bouhlel regardait en boucle les séquences
les plus épouvantables, celles où les atrocités sont filmées en
détail », rapporte Europe 1.
Lors d’une conférence de presse tenue lundi 18 juillet, le procureur
de Paris François Molins confirme l’intérêt du terroriste pour l’EI. Du
1er au 13 juillet, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a visionné « quasi
quotidiennement des vidéos de sourates du Coran et des anachid, ces
chants religieux détournés par la propagande de l’État islamique », a
indiqué le procureur. Ont également été retrouvées dans son ordinateur
des photos « de cadavres, des combattants de l’EI arborant le drapeau de
l’organisation, des couvertures de Charlie Hebdo, des
portraits de Ben Laden et de Mokhtar ben Mokhtar ». Ce qui illustre,
selon François Molins, « un intérêt certain mais récent pour la mouvance
islamiste radicale », sans qu’aucun élément ne prouve pour l’instant
son allégeance à une organisation terroriste.
Le procureur a également rapporté les propos d’un témoin qui
a raconté que « depuis huit jours », le tueur de Nice « s’était laissé
pousser la barbe ». « Une signification religieuse », selon lui. « Il ne
comprenait pas pourquoi Daech ne pouvait pas prétendre à un État »,
a-t-il rapporté aux enquêteurs.
François Molins a également confirmé que l’attentat avait été « pensé
et préparé ». Les enquêteurs ont ainsi retrouvé dans son ordinateur un
article de Nice Matin daté du 1er janvier 2016 titré : « Il
fonce volontairement dans la terrasse d’un restaurant. » Avant
l’attaque, Mohamed Lahouaiej Bouhlel s’est également rendu à plusieurs
reprises sur la Promenade des Anglais à bord du camion, loué le 11
juillet. Il a été repéré sur les vidéos surveillance et plusieurs photos
de lui à bord du camion ont été retrouvées dans son téléphone portable.
Interviewé lundi matin sur RTL, Bernard Cazeneuve avait déclaré qu’à
ce stade, les liens entre le tueur de Nice et d’éventuels réseaux
jihadistes n’ont pas été établis. Samedi, le ministre de
l’intérieur avait évoqué la radicalisation rapide du conducteur du
camion, dont l’attentat a été revendiqué par le groupe jihadiste État islamique (EI).
Selon les informations du Monde, certains
noms « intéressants » sont apparus parmi les contacts du tueur. Une
autre source évoque des relations communes avec Omar Diaby, une figure
du jihadisme niçois proche d’Al Nosra, et non de l’EI. « On est en train
de travailler dessus, mais il est encore trop tôt pour en tirer la
moindre conclusion », rapporte une source proche de l’enquête, citée par
le quotidien.
Un mari violent, à la sexualité débridée, connu pour des faits de délinquance
Inconnu des services de renseignement pour des faits de
radicalisation, il était connu des services de police uniquement pour
des faits de violence commis entre 2010 et 2016, notamment sur son
épouse, mise en garde à vue durant 48 heures. Il avait été condamné le
25 mars 2016 à six mois d’emprisonnement avec sursis.
Trois personnes ont été arrêtés samedi, et trois autres dimanche. Un
homme de 37 ans, membre de l’entourage de Mohamed Lahouaiej Bouhlel a
été interpellé dimanche et un couple d’Albanais, dont l’homme est
désigné par un témoignage comme le fournisseur du pistolet automatique, a
été arrêté.
Dans la petite salle de sport que ce chauffeur-livreur fréquentait à
Nice jusqu’à il y a deux ans environ, Lahouaiej-Bouhlel a laissé le
souvenir d’un « frimeur », un « dragueur » un peu « lourd », rapporte un
témoin. Là, le jeune homme avait même pris des cours de salsa, et
« venait faire du sport pour faire le beau ».
Les auditions des témoins tracent le portrait d’un jeune homme à la
sexualité débridée. Un homme de 74 ans entendu par les enquêteurs est
même présenté par certains comme un de ses amants.
Des troubles psychologiques
Dans un entretien accordé à l’AFP et à la BBC, le père de Mohamed
Lahouaiej Bouhlel a raconté que son fils avait souffert d’une dépression
en 2004, alors qu’il avait 19 ans, ce qui lui a valu une consultation
chez un psychiatre de Sousse, ville portuaire de l’est de la Tunisie. L’Express
a retrouvé ce spécialiste, le Dr Chemceddine Hamouda, qui n’a été
consulté qu’une seule fois. Selon lui, Mohamed Lahouaiej Bouhlel
souffrait d’ « un début de psychose », mais « rien dans son comportement
ne laissait présager un tel massacre ».
Ce n’est pas l’acte d’un fou
« C’est son père qui l’a forcé à venir me voir. Il ne comprenait pas
pourquoi son fils, qui était jusqu’ici brillant, était devenu violent
avec lui et n’arrivait plus à travailler à l’école », explique le
psychiatre, interviewé samedi par l’hebdomadaire. « Il souffrait d’une
altération de la réalité, du discernement et de troubles du
comportement. Un début de psychose, donc », poursuit-il. Pour autant,
ces troubles n’expliquent « pas du tout » son passage à l’acte. « Une
telle violence nécessite forcément un endoctrinement, un délire de
radicalisation en parallèle de ses problèmes psychologiques. ce n’est
pas l’acte d’un fou, c’est un acte prémédité et exécuté », conclut le
spécialiste.
Son témoignage a été recoupé sur place par le journal Le Monde,
qui a pu rencontrer son oncle, Abdelfattah Lahouaiej Bouhlel, à Msaken,
sa ville natale, dans la banlieue de Sousse. Selon ce dernier, son
neveu « n’était pas normal ». « Il aimait exhiber ses muscles de manière
bizarre », précise un voisin, cité par le quotidien. « On sentait qu’il
n’avait pas toute sa tête », renchérit un autre de ses voisins.
Ses éventuels complices
A 22 h 27, soit quelques minutes avant le massacre, Mohamed Lahouaiej
Bouhlel a envoyé un SMS dans lequel « il mentionne l’acquisition d’un
pistolet », a indiqué le procureur François Molins. Selon l’AFP, il
félicite son interlocuteur pour le pistolet qu’il lui a donné la
veille. « Alors on ramène cinq de chez ton copain », ajoute-t-il avant
d’indiquer que c’est pour une autre personne « et ses amis ». À bord du
véhicule, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a bien tiré sur trois policiers avec
un pistolet automatique calibre 7,65 mm, mais alors à qui auraient pu
être destinées les autres armes ?
Le destinataire du SMS, un homme de 22 ans, fait partie des six
personnes placées en garde-à-vue, dont trois ont été transférées dans
les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI),
à Levallois-Perret, près de Paris, ont indiqué des sources proches de
l’enquête.
Les derniers jours de Mohamed Lahouaiej Bouhlel avant le massacre :
Le 28 juin, un prêt à la consommation de 5 000 euros lui est refusé.
Le 8 juillet, Mohamed Lahouaiej Bouhlel vide son compte en banque.
Le 11 juillet, il loue à 8h30 le poids lourd de 19 tonnes, réservé
le 4 juillet auprès d’une entreprise de Saint-Laurent-du-Var, dans les
Alpes-Maritimes, près de Nice. Il laisse un chèque de caution de 1 600
euros.
Le 13 juillet, il vend sa voiture.
Les 12 et 13 juillet, il fait des repérages à bord du poids lourd
sur la promenade des Anglais, selon les images enregistrées par les
caméras de vidéo-surveillance.
Le 14 juillet, il tente de retirer à un distributeur 1 000 euros
mais ne parvient à obtenir que 550 euros. Selon une source policière,
citée par Le Journal du dimanche, le tueur de Nice avait « vidé son compte en une semaine ».
Quand il s’est réveillé au lendemain de l’attentat de Nice,
le vendredi 15 juillet au matin, Roger B. a découvert des dizaines de
SMS sur son portable envoyés par des amis inquiets. Lui n’était pas sur
la promenade des Anglais, et s’est couché tôt le soir de la fête
nationale.
Après avoir rassuré ses proches, ce niçois de 74 ans, ex-propriétaire
d’un sauna dans le nord de Paris s’est inquiété pour les siens. Et
surtout pour « Momo », un de ses amis les plus proches.
C’était lui, son « Momo »
Sans nouvelles de sa part, Roger a même contacté son ex-femme. Au fil
de la matinée, en regardant les informations, Roger a fini par faire le
rapprochement. Le tueur, le terroriste, le conducteur du camion fou qui
venait de tuer plus de 80 personnes en les écrasant sur la promenade
des Anglais c’était lui, son « Momo« . Devant les policiers, entendu le 16 juillet, Roger raconte :
« J’ai d’abord entendu que c’était un Tunisien de 31 ans, père de 3
enfants, qui habitait vers Pont Marie… Puis j’ai entendu son nom. Je
suis tombé des nues »
Roger était l’un des amis les plus proches du tueur de Nice, présenté
même comme son amant par la presse au moment des faits. Auditionné
longuement par les enquêteurs, l’homme peine à expliquer la dérive de
celui qu’il décrit simplement que comme « un ami très proche ».
Leur rencontre remonte à 2009. C’est dans une salle de sport que les
deux hommes font d’abord connaissance. A cette époque là Mohamed
Lahouaiej Bouhlel est encore marié avec la mère de ses trois enfants
mais le couple est à la dérive.
« J’étais comme le papa, explique Roger. J’allais chez lui, je le
grondais. Il était violent avec sa femme… non, il était violent tout
court. »
Puis le couple se sépare. Roger, qui possède des économies, aide
« Momo » à s’installer. Il lui fait des travaux. Lui achète un lit, des
meubles, un canapé, son ordinateur puis finit même par lui donner sa
voiture. En 2012, c’est lui qui finance en grande partie son permis
poids lourd en lui remettant 2.000 euros…. Lahouaiej Bouhlel, petit
chauffeur livreur en mal de boulot, peut désormais conduire un gros
camion.
Quelle était alors la nature exacte de leur relation, cherchent à savoir les enquêteurs ? « Les gens font des raccourcis un peu rapides », explique cet
homme qui ne fait guère mystère de sa propre homosexualité. « Ils
n’imaginent pas que nous puissions être seulement amis. Pourtant c’est
le cas. »
Roger B. ne s’est jamais douté que son ami s’était radicalisé. Comme
la plupart des relations de Lahouaiej Bouhlel, il le décrit comme non
pratiquant. Il mangeait du porc, buvait de l’alcool, et « je ne l’ai
jamais vu faire le ramadan. »
« Il y a longtemps, il m’a demandé de l’amener dans une église,
car il voulait faire une prière. Il m’a demandé comment on priait. »
Après les attentats contre Charlie Hebdo, ce dernier lui envoie par
exemple un SMS »Je suis Charlie ». Lors d’une discussion sur les jeunes
partis en Syrie, Momo lui aurait dit : « On s’en fiche, ils vont mourir
là-bas de toutes façons. » Mais d’une manière générale, Roger est bien
obligé d’admettre que son ami était froid, « sans émotion. »
Il ne lui a malgré tout pas échappé que « Momo » était fasciné par la
mort. Les investigations le décrivent comme un homme obsédé par »la
violence sadique », « l’extrême violence morbide » et addict des
« vidéos de décapitation diffusées par Daech. »
Roger jure qu’il n’a rien vu venir. L’enquête montre pourtant qu’un an avant de passer à l’acte, Lahouaiej Bouhlel commençait à préméditer son actes.
Des photos datant de l’été 2015, retrouvées dans son portable, montrent
une foule assemblée sur la Promenade des Anglais. L’homme se prend même
en photo avec le maire de Nice, Christian Estrosi, lors d’une
manifestation organisée le 30 août dans la ville. En janvier 2016, il
prend encore en photo un article de « Nice Matin » à propos d’une
voiture fonçant sur une terrasse. Peu de temps avant de passer à l’acte,
il réalise des « selfies » sur la Prom’. Il se renseigne sur l’horaire
des fans zones.
« Je pense que certainement, il a pu se bourrer le crâne avec des
choses comme la vidéo, témoigne Roger. Je pense qu’il a pu faire cela
aussi pour la gloire. Il a pu se dire : ‘je vais faire un désastre, on
va parler de moi.’ »
INFO LCI – Attentat de Nice : comment la police et la justice du quotidien sont passées à côté de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel
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Attentat de Nice
ENQUÊTE – Nous avons consulté l’intégralité du dossier judiciaire
de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, pour la première fois rassemblé et exhumé
par le tribunal de grande instance de Nice. Le terroriste qui a tué 86
personnes le soir du 14 juillet 2016 a été impliqué dans cinq affaires :
violences conjugales, menaces de mort, agressions, etc. Des soupçons de
troubles psychologiques étaient connus de la police et de la justice
niçoises dès 2010, sans qu’il ne soit jamais pris en charge sur le plan
de la santé mentale…
19 janv. 2018 06:05 – William Molinié
Edifiant. Cette partie du tableau était jusqu’à présent incomplète.
Les témoignages de ceux qui l’ont croisé, sa famille proche ou éloignée,
avaient décrit Mohamed Lahouaiej-Bouhlel comme un homme vicelard,
violent et pervers. Ce portrait d’une personnalité « borderline », au
déséquilibre mental manifeste, se précise aujourd’hui, un an et demi
après l’attentat de Nice qui a fait 86 morts, à la lumière du dossier
judiciaire du terroriste que nous avons consulté.
Nous avons épluché des centaines de pages compilant les cinq
procédures répertoriées le mettant en cause avant ce 14 juillet 2016,
date à laquelle il décide de prendre un camion et de foncer dans la
foule sur la Promenade des Anglais. Ces pièces de procédure ont été
exhumées et rassemblées au mois d’octobre dernier par le tribunal de
grande instance de Nice qui a, en outre, récupéré auprès du pôle des
affaires familiales la procédure de divorce avec sa femme.
Certains de ces parcours de vie étaient déjà connus. D’autres peu ou
pas du tout. C’est la somme de ces éléments qui, mis bout à bout, est
vertigineuse. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était pourtant passé devant
plusieurs médecins, policiers, avocats ou magistrats, mais aucun d’entre
eux n’a imaginé un seul instant son périple meurtrier. Personne, non
plus, n’a jugé bon de le confier à un psychiatre. Et ce, malgré
plusieurs alertes.
« Nous savons que cet homme peut être dangereux »
La première d’entre elles remonte à l’année 2010. Jean-Marie R., un
moniteur de sport, fonctionnaire de la Ville de Nice, porte plainte au
commissariat pour « menaces de mort » contre Mohamed Lahouaiej-Bouhlel.
Ce dernier vient d’être exclu de la salle de sport pour un comportement
agressif envers les autres adhérents, en particulier les femmes. Selon
le plaignant, il l’a tenu responsable de cette éviction. Il l’a suivi à
plusieurs reprises dans les transports de la ville jusqu’à le menacer :
« Je vais t’égorger, toi et les tiens, je vais vous tuer »,
rapporte-t-il.
Le 16 décembre 2010, Jean-Marie R. écrit au commissariat central :
« Cette personne, dont les agissements dénotent un déséquilibre mental
certain, a fait l’objet de nombreux avertissements. […] Nous savons par
expérience que cet homme peut être dangereux. A mon égard mais aussi
pour mes enfants », écrit-il. Puis le 21 février 2011, auprès du
procureur de la République : « J’ai déjà signalé […] le déséquilibre
mental certain dont fait preuve cet individu. » Dans cette procédure,
Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, qui a nié les faits qui lui étaient
reprochés, a fait l’objet d’un simple rappel à la loi par l’officier de
police judiciaire le 22 juin 2011. Aucune mesure supplémentaire n’a été
prise, si ce n’est l’exclusion définitive des clubs de sport de la Ville
de Nice.
« Nous ne sommes pas en sécurité »
Moins de trois mois plus tard, les policiers interviennent au
domicile des Bouhlel. En cause, un différend familial qui vire à
l’affrontement. Ils y trouvent Hajer, sa femme, en pleurs, affirmant que
son mari vient de lui asséner plusieurs coups de poing. Malgré la
confirmation par des témoins, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel nie les faits.
L’affaire s’achèvera sur une simple médiation pénale, le suspect
promettant de ne plus lever la main sur sa femme. Pourtant, il la tapera
quotidiennement ainsi que ses enfants pendant trois ans. Sans qu’aucun
service social ou association ne détecte l’enfer quotidien que cet homme
fait vivre à sa famille.
Le 26 août 2014, Hajer craque. Elle se rend au commissariat pour
déposer plainte. Sept jours plus tôt, à 6h10 du matin, son mari est
entré dans la chambre, aviné et mort de rire, en vidant son verre de vin
sur ses pieds, avant d’uriner sur ses jambes. Le soir, il revient à la
charge : « Tu devrais aller voir dans la chambre, j’ai une surprise pour
toi ». Hajer poursuit sa déposition : « Je m’y suis immédiatement
rendue et j’ai constaté qu’il avait déféqué sur le sol de notre chambre.
Je l’entendais rire derrière la porte. […] Il s’adresse à nous en ces
termes : ‘Quand je reviens, si je vous trouve ici, je vous tue toi et
tes filles’ ».
Selon elle, son mari avait pour habitude d’appeler ses deux filles
« mes merdes ». Ce jour-là, elle remet aux policiers une photo qu’elle a
prise sur son téléphone. On y voit un ourson en peluche, avec un
couteau en plein coeur. « Il me fait très peur et mes enfants et moi ne
sommes pas en sécurité auprès de lui », alerte-t-elle. Malgré ces
déclarations et ces photos fournies aux policiers, transmises aux
services du procureur de la République, à aucun moment Mohamed
Lahouaiej-Bouhlel n’est pris en charge sur le plan de la santé mentale,
ne serait-ce pour diagnostiquer d’éventuels troubles.
Au contraire, il lui sera seulement demandé de se rendre au
commissariat pour s’expliquer. Une première fois le 18 septembre 2014.
Il ne s’y présente pas. Le 18 mai 2015, soit neuf mois plus tard, les
policiers se rendent à son domicile. Il n’y est toujours pas. Un an
après, le 24 mai 2016, les policiers y retournent. Même constat, ils ne
le trouvent pas. Où est passé Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ? Il réside
toujours à Nice mais change régulièrement de domicile et fréquente la
pègre niçoise.
Le 17 juin 2016, le mari violent appelle au commissariat, prétextant
qu’il était en vacances. Trois jours passent. On est moins d’un mois
avant l’attentat de Nice. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel se présente le 20
juin à 10h30 au commissariat de l’Ariane. Il nie en bloc. Quarante-deux
minutes d’audition suffisent, selon le procès-verbal. Il ressort, libre.
L’action publique sur cette procédure pour violences conjugales
s’éteindra quelques semaines après sa mort, puisqu’il ne pourra pas
répondre de ses actes.
« J’ai porté un coup sans le vouloir »
Le divorce avec sa femme est prononcé en janvier 2016. A la fin du
mois, le 25, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel agresse un automobiliste sur la
voie publique à Nice avec une planche de palette au bout de laquelle
deux clous dépassent. La victime lui demandait simplement de décharger
sa cargaison un peu plus loin car son camion bloquait la route.
A la lecture des procès-verbaux de cette affaire, il semble basculer
en un rien de temps dans l’ultra-violence sans raison apparente ou
justifiée. D’ailleurs, lui-même reconnaît avoir du mal à comprendre sa
réaction. Devant le procureur de la République, il se confie : « En
fait, je vais vous dire la vérité : j’ai porté un coup sans le vouloir.
Je voulais lui faire peur. » Des déclarations corroborées par des
témoins : « On ne sait pas pourquoi, le livreur n’a rien dit, a pris une
planche de bois avec des clous et a frappé le passager », souligne l’un
d’entre eux. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel sera condamné le 24 mars 2016 à 6
mois de prison avec sursis. Aucune autre mesure n’est ordonnée par le
tribunal, alors même que la justice a connaissance de la procédure
ouverte contre lui pour violences conjugales.
Pas de signe d’allégeance
Moins de quatre mois plus tard, il fonce avec le camion qu’il a loué
sur la foule à Nice lors du 14-Juillet. Immédiatement, les services du
parquet antiterroriste de Paris sont saisis. Le procureur de la
République, François Molins, fait état d’une radicalisation récente et
d’une préparation minutieuse dans son passage à l’acte. Un an et demi
après le drame, aucune trace de lien avec l’Etat islamique n’a été
décelée. Pas même un testament, ou un signe d’allégeance. Simplement une
revendication tardive et très certainement opportuniste de Daech.
Selon nos informations, des investigations en Tunisie ont été
réalisées cet été par la Sous-direction antiterroriste (Sdat) de la
direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), notamment pour
interroger son ancien médecin qui l’avait diagnostiqué schizophrène et
lui avait prescrit des antipsychotiques après des accès de violences.
Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, qui n’apparaissait pas dans les radars du
renseignement intérieur, était sous traitement mais aurait arrêté de le
prendre lorsqu’il est arrivé en France, aux alentours de 2008.
Une prise en charge psychiatrique aurait-elle pu éviter le drame de
Nice ? Personne ne peut l’affirmer. Mais il est clair qu’à la lecture de
la procédure, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel souffrait de troubles de la
personnalité depuis plusieurs années et qu’il aurait pu être orienté
vers des services adaptés. A minima, la justice aurait pu prononcer à au
moins une reprise, lors de sa condamnation, en mars 2016, des mesures
permettant de le suivre sur le plan de la santé mentale. Aujourd’hui,
les enquêteurs de la Sdat sont convaincus, selon nos informations, que
Mohamed Lahouaiej-Bouhlel fait partie de ces terroristes « hybrides »,
relevant en partie de la psychiatrie et passant à l’acte sous l’empire
de ce que les médecins appellent une « explosivité émotionnelle ». Un
profil qui n’est pas une exception. « Chez les majeurs, 30% de ceux qui
passent à l’acte avaient une faille psychologique », affirme auprès de
LCI, une source antiterroriste. Toujours selon nos informations, parmi
les mineurs radicalisés suivis par les services de renseignement, près
de 10% d’entre eux ont été ou sont suivis pour des problèmes
psychiatriques, la schizophrénie étant la pathologie la plus récurrente.
Un an après l’attentat de Nice (5/5) : les enquêteurs s’interrogent sur les « indices » laissés par le tueur
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Attentat de Nice
ENQUÊTE – LCI a pu consulter l’intégralité de la procédure
judiciaire de Nice. Un an après, nous revenons sur les zones d’ombre et
les progrès de l’enquête. Dans ce cinquième et dernier volet, nous nous
intéressons aux multiples indices, impliquant des complices, laissés sur
son téléphone dans les heures précédant son passage à l’acte. Atteint
de troubles de la personnalité, Bouhlel s’est-il inventé lui-même un
commando dans sa tête ? Ou a-t-il sciemment orienté les policiers vers
certaines de ses connaissances pour les lancer sur une fausse piste ?
14 juil. 2017 08:00 – William Molinié
« Chokri et ses amis sont prêts pour le mois prochain. » Ce SMS a été
envoyé à 22h27 le 14 juillet 2016. Un SMS écrit par Mohamed
Lahouaiej-Bouhlel 18 minutes avant qu’il ne s’élance sur la Promenade
des Anglais à Ramzi A., un dealer niçois auprès de qui il s’était
procuré une arme. Message qui laisserait présager une action future. Si
au début de l’enquête, les policiers ont soupçonné un autre attentat,
qu’ils avaient imaginé au 15 août, un an après, aucun élément n’est venu
corroborer et transformer ces soupçons en réalité.
Au contraire, la multiplication des indices laissés par Bouhlel au
cours des heures précédant son passage à l’acte interrogent désormais
les enquêteurs. D’abord, la photographie d’une feuille de papier
retrouvée dans son mobile, sur laquelle figurent 10 numéros de
téléphone, plusieurs noms et adresses. Dont certains de ceux qui sont
désormais mis en examen dans le dossier, comme Chokri C., présenté par
les policiers comme pouvant être un « mentor influent ». Un cliché pris
quelques heures avant son passage à l’acte.
« Brouiller les pistes ? »
De la même façon, plusieurs selfies versés à la procédure, pris par
Mohamed Lahouaiej-Bouhlel au cours des jours précédents l’attaque, le
montrent souriant, notamment devant le camion, aux côtés de plusieurs
individus qui finiront par être mis en examen dans le dossier. Mais sur
la plupart de ces images, que nous avons pu consulter, le terroriste de
Nice est le seul à regarder l’objectif du téléphone. « Il m’a pris par
surprise. Il ne m’a pas demandé si j’étais d’accord. Il a rigolé, il a
continué à me faire faire le tour du camion et il est parti », raconte
devant le juge Hamdi Z., un proche du terroriste.
Cette accumulation d’indices laissés par le tueur de Nice laisse les
enquêteurs interrogateurs. « Est-ce qu’il était tellement instable
psychologiquement qu’il s’est inventé dans sa tête un commando ? Ou
est-ce que tout cela est fait exprès pour brouiller les pistes et mettre
à l’abri ceux qui pourraient à nouveau passer à l’acte », questionne
une source proche de l’enquête. Une chose est certaine, un an après le
début de l’enquête, la justice n’a pas encore répondu à cette question.
Plusieurs pistes de travail en cours
Plusieurs pistes sont toujours explorées pour tenter d’établir la
présence d’un « réseau » autour de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. L’une
d’entre elles s’est arrêtée en Italie. Car un an avant l’attentat de
Nice, le terroriste avait été contrôlé à Vintimille, ville frontière,
avec trois individus. Parmi eux, un certain Omar H., qui lui, était
connu des services de renseignements pour sa proximité avec l’islam
radical. Pour l’heure, on ne sait pas si cet homme a joué un rôle dans
la radicalisation du terroriste ou l’inspiration de son passage à
l’acte.
Autre élément inquiétant, au cours d’écoutes téléphoniques ciblant
son entourage, et dont LCI s’est procuré les retranscriptions, les
enquêteurs ont surpris une conversation de l’un d’entre eux faisant
référence à un mystérieux « groupe d’Allah » alors qu’il découvrait dans
Nice-Matin des noms de complices. « Le groupe d’Allah, ils
sont sur le… sur le truc… sur le journal », lâche cet homme de 57 ans au
téléphone à son interlocutrice. Cette dernière précise qu’il « y a
certains dont ils ne parlent pas du tout dans leur discours ».
Cette discussion surprise par les policiers de la Sdat laisse
envisager la présence d’un groupe d’individus radicalisés dans
l’entourage du tueur de Nice, ce qui à l’heure actuelle n’a toujours pas
été prouvé dans le dossier. « On a bon espoir que l’enquête tire
d’autres ficelles. Qu’en prison, par exemple, les langues se délient et
que l’on remonte d’autres filières, par exemple », conclut une source
proche de l’enquête.
On le dit, on le répète avec force. Et on le dira encore au nom du « enfoncez-vous ça bien dans la tête ».
Il n’allait donc pas bien dans sa pauvre tête. Il buvait. Il lui arrivait de battre sa femme. Même qu’il avait été suivi psychologiquement. Et le plus important, ce qu’il faut retenir avant toute chose, c’est qu’il n’était pas musulman. Ou alors si peu que ça ne vaut même pas la peine d’en parler.
C’est le père du tueur qui le dit. Lui-même est un musulman pieux.
Et, fort de sa pratique religieuse, il déclare que son fils ne
respectait pas le Ramadan. Et qu’on ne le voyait pas à la mosquée. Donc rien à voir avec l’islam. Plutôt que de pleurer la mort de son fils (un tueur, mais son fils quand même !), Mohamed Mondher Lahouaiej-Bouhlel préfère protéger la réputation de la religion qui est la sienne.
Normal : il est membre du parti islamiste tunisien Ennahdha…
Un flot visqueux d’eau bénite pour noyer le poisson. Dans cette
compétition aquatique, la palme revient au sociologue Michel Wieviorka.
Dans le Journal Du Dimanche, il s’est emporté contre les commentateurs qui « sans la moindre prudence ont parlé d’emblée de terrorisme et d’islam ». Lui reste prudent, et sa prudence se fonde sur une donnée irréfutable : le tueur, dit-il, « n’a pas accompagné sa course folle d’incantations du genre « Allah Akbar »". C’est bien vrai, ça… Sur la promenade des Anglais, on n’a entendu aucun « Allah Akbar ».
Le moteur du camion semi-remorque faisait beaucoup de bruit. Et les
cris des hommes, des femmes et des enfants écrasés encore plus. Michel
Wieviorka doit avoir des problèmes d’acoustique. Il sélectionne certains
sons et pas d’autres. C’est spécial. Sa pensée aussi…
Il nous faut maintenant quitter les rivages de la sociologie pour
voguer vers ceux de la psychiatrie. Le tueur, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel,
était, selon ce qui nous est dit, un déséquilibré. Tout comme l’était
sans doute le chauffeur-livreur de l’Isère qui a décapité son patron
selon un mode d’emploi élaboré par Daesh et qui a déposé sa tête sur un
drapeau de l’organisation islamiste. D’éminents psychiatres, psychanalystes et psychothérapeutes se penchent sur ces troubles très spécifiques.
D’après leurs travaux, il ressort qu’aucun déséquilibré de culture catholique n’est allé avec son camion écraser une centaine de musulmans le jour de la rupture du jeûne… Aucune trace non plus d’un Juif fou qui avec une machette aurait tenté d’égorger un imam…
Pareillement, nulle enquête n’a démontré qu’un déséquilibré protestant
aurait envisagé de s’attaquer aux enfants d’une école coranique…
En revanche, il a été prouvé que parmi les jeunes musulmans qui sont
partis pour la Syrie et l’Irak, il y avait un certain nombre de
déséquilibrés. Les spécialistes estiment en effet qu’égorger un homme au couteau et violer une petite fille de 12 ans témoigne d’un trouble manifeste du comportement. C’est ce qu’ils disent. Ils doivent savoir…
Ceux qui nous gouvernent et nous informent aiment beaucoup le mot « déséquilibré ». Ils adorent également l’expression « vivre ensemble ». C’est prêché et préconisé après chaque attentat. Alors écoutons ces bonnes paroles. Et tous en chœur chantons : « déséquilibrés de toutes races, de toutes religions, unissez-vous ! ».
Quelle belle ronde fraternelle que celle des déséquilibrés catholiques,
juifs, bouddhistes, hindouistes, musulmans, se donnant tendrement la
main ! Il reste – désolé de terminer sur une note aussi grinçante – que
certains déséquilibrés ont des couteaux, et les autres pas.
LE SCAN POLITIQUE – Pour le chef LR de l’opposition municipale de
Trappes (Yvelines), «il y a clairement un lien entre la radicalisation
de l’individu et son passage à l’acte».
En savez-vous plus sur l’agression de Trappes?
Avec les premiers éléments dont on dispose, tout laisserait à penser
qu’il s’agit d’un acte à caractère terroriste. L’individu était fiché S,
il était radicalisé et s’en est pris à des membres de sa famille.
Pour vous il n’y a pas de doute sur le caractère terroriste de cette attaque au couteau?
Je ne veux pas me substituer aux forces de l’ordre mais le caractère
terroriste de l’acte n’est pas à exclure du simple fait que ce passage à
l’acte a touché des proches de l’assaillant. Il y a clairement un lien
entre la radicalisation de l’individu et son passage à l’acte. La
question c’est de savoir si l’attaquant n’était pas radicalisé,
serait-il passé à l’acte? Quels que soient la conclusion précise de
l’enquête et le qualificatif retenu, il faut continuer à tirer la
sonnette d’alarme s’agissant de la radicalisation qui reste une vraie
menace. Ne pas le voir est une faute majeure.
«Certains élus de Trappes tiennent un discours qui nourrit le repli identitaire et le clientélisme»
Othman Nasrou
Le ministre de l’Intérieur s’est rendu sur place. Pour Gérard Collomb, cette attaque serait plutôt due à un «déséquilibré»…
Pour moi, tous les terroristes sont des déséquilibrés. Je ne
comprends pas la stratégie d’esquive du ministre de l’Intérieur sur ce
sujet. La question du suivi psychiatrique des individus concernés, en
particulier quand ils sont une menace pour autrui, est aussi de sa
compétence. C’est un enjeu d’ordre public et l’État donne le sentiment
d’être défaillant quelle que soit la menace. Par ailleurs, le profil
psychiatrique de l’assaillant ne saurait occulter le fait qu’il était
par ailleurs radicalisé.
Le gouvernement fait-il assez à vos yeux pour lutter contre la radicalisation et l’islamisation à Trappes?
Clairement non, le nécessaire n’est pas fait. On est aujourd’hui dans
une impasse. Certains élus de Trappes tiennent un discours qui nourrit
le repli identitaire et le clientélisme. On observe une montée de la
radicalisation qui est inquiétante, avec des familles touchées par ce
drame sans aucun interlocuteur pour les accompagner. On observe
également une montée de la déscolarisation des enfants qui sont placés
dans des écoles religieuses hors de tout cadre légal. Je ne vois aucune
mesure ni aucune stratégie d’ensemble pour lutter contre ce phénomène,
et j’attends du Président de la République qu’il ait une parole forte
sur ce sujet. Cette parole est attendue depuis longtemps et tous les
républicains, au-delà des étiquettes politiques, doivent lutter ensemble
contre cette menace. C’est la République qui est en jeu.
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