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mercredi 9 mars 2022

Quand les trotskistes étaient ouvertement nazis...

 

Cela se trouve dans Wikipédia, maintenant, comme bien d’autres choses.

Chouette ! Voilà plein d’infos qui ne sont pas contestées par les premiers intéressés.

En Bretagne, ils sont allés jusqu’à faire ami-ami avec la Wehrmacht dans une cellule commune en 1943, ce qui s’est d’ailleurs très mal terminé pour tout le monde, parce qu’ils copinaient aussi avec la Gestapo…

Et… cerise sur le gâteau… il s’agissait encore de postiers et d’ouvriers de l’arsenal de Brest… qui auront gagné pour tout leur mouvement le qualificatif d’ « hitléro-trotskiste »…

A leur décharge : ils étaient jeunes et, probablement manipulés, devaient croire en ce qu’ils faisaient.

En fait, ils résistaient à leur manière.

Retenons donc de leur aventure tragique qu’à Brest, les ouvriers n’ont pas froid aux yeux…

En complément, voici quelques explications que m’avaient fournies en août 2006 sur la cellule brestoise de la LCR l’un de ses membres à cette époque (on notera aussi que son chef André Fichaut s’était bizarrement fendu pour Rouge d’un article sur la cellule brestoise « hitléro-troskiste » le 15 juillet 2004 alors que je participais depuis peu aux activités de l’association AC ! Brest… et qu’à la même époque, après la publication d’un premier article sur les dénonciations calomnieuses à l’origine de l’affaire Clearstream 2 le 8 juillet 2004 par Le Point, je me retrouvais de nouveau sous protection lors de mes déplacements parisiens) :

 

salut
oui tu disais que le vieux fichaut etait un ancien du pcf et
donc un  vieux stal

c est formellement vrai mais...

en fait les troskistes existent a brest depuis avant guerre 39
dans le PSOP de marceau pivert puis dans un petit groupe qui
diffusait "bretagne rouge " et "arbeiter und soldat" d une
cellule dans l armee allemande exterminee en 1943
ce dernier journal a servi de pretexte au pcf pour creer l
insulte "hitlero trotskiste", les revenantes de camp etant
traitees comme des prostituees, les hommes non

fichaut a adhere au PCI parti communiste internationaliste
sorti de la guerre vers 1947 
il a donc ete dans tous les jeux de fractions , grande
scission des annees 50 qui a donne l OCI de lambert ( Jospin,
pierre arditi etc) et actuellement pt 
contre PCI jcr -krivine,bensaid,weber LC, FCR,LCR

le fractionnisme est l education politique du mec

le PCI a analyse la situation en 1952 (la coree avant le
rapport kroutchev staline en mort en 1953)comme l iminence d
une guerre mondiale et donc a theorise l entree dans les
partis majoritaires, ps en belgique, pcf en france, non en
tendnce publique comme au ps du temps de trotsky, mais en
fraction secrete comme actuellement le PT noyaute FO et les
francs macons
au pcf c etait impossible bien sur

fichaut a donc du abjurer avant d entrer pour plus de 15 ans
au pcf jusqu en 68 ou 69 tout en etant au comite central du pci
il est vite devenu le chef a brest

d un cote le pci est tombe a 40 en france,( c etait le bon
temps)LO ne devait pas etre autant, tandis que l oci s est
developpee

puis il y a eu les annees 60 la reprise des luttes ouvrieres
et les luttes coloniales, cuba et la guerre d algerie

le pci et certains  anars ont aide le fnl tandis que l oci
defendait leurs opposants et le pcf "la paix"
i y a eu une amelioration qui a permi la JCR en 1966 comme
opposition au pcf dans la jeunesse en liaison avec les autres
jeunesses europeennes contre la guerre du vietnam

comme il etait le seul "ouvrier" du PCI (en fait agent EDF) il
a pris l habitude d avoir toujours raison en disant c est moi
ou eux, et donc a Paris a pris l habitude d exclure tous ceux
que fichaut designait comme ... ce qu il veut

mieux valait perdre 10 etudiants qu un seul ouvrier
brest depuis 68 c est une lutte incessante en des jeunes:
femmes etudiants contre fichaut
les "zouvrrriers" ne comprennent pas, en fait JE ne comprends pas 

il est le seul a brest a avoir le portable de krivine,
besancenot et tous les intellos qu il fascine

je l ai vu devant moi tenter d avoir l exclusion d une
"deviante" en fait c est vraie une chieuse qui a failli faire
rentrer chez eux tout un camp de jeunes en espagne
mais son habitude c est ca j appelle le national 

donc a brest la lcr est une famille qui perpetue les moeurs
des annees 50
jamais elle ne s est developpee allant de crise en crise
le developpement est interdit avec ce fonctionnement en groupe
referme sur lui meme se defendant contre le monde entier
soumis au caprices d un vieux chef qui selectionne les
adherents en fonction de leur allegeance envers sa personne

je suppose que ce back ground t eclaire un peu sur l etrange
positionnement de la lcr a brest face aux chomeurs rmistes et
autres

a plus
ph

 

Un des membres de la cellule brestoise « hitléro-trotskiste » confirme dans ses mémoires qu’après la guerre André Fichaut et son groupe faisaient de l’entrisme :

http://andre-calves.org/resistance/J_ai_essaye_de_comprendre_%28livre%29.htm

« A cause du piétinement de l’organisation, la direction de la IVéme Internationale lança le mot d’ordre « d’entrisme ». Autrement dit, elle invita les militants à entrer dans les partis sociaux-démocrates ou staliniens.

J’ai compris cela dans le sens suivant : Une importante partie de l’organisation doit poursuivre une existence indépendante et tenir le drapeau. Un certain nombre de militants adhèrent aux organisations réformistes. Il se trouve que la grande majorité de la section française refusa l’entrisme et dénia toute autorité à l’Internationale.

Il m’a toujours semblé que même s’il n’y avait que cinq trotskystes en France, cinq aux USA et autant au Vietnam, une internationale était nécessaire, et je ne pouvais approuver cette majorité du PCI que l’on appela aussi « organisation Lambert ».

Ceci dit, une minuscule partie de l’organisation française, avec Pierre Frank se montra disciplinée et appliqua l’entrisme. Ainsi agirent des camarades bretons avec André Fichaut.

Mais, que valait à présent cette tactique dans la mesure où une très minuscule poignée était chargée de maintenir le drapeau ?

Inutile de dire qu’un grand nombre de militants découragés étaient dans la nature. N’étant pas une tête politique, je vis tout cela d’une manière peut-être simpliste. Nous sommes dix et nous avons la capacité de bâtir une maison. L’Internationale nous le demande : huit refusent et je ne suis pas d’accord avec les indisciplinés. Mais les deux qui sont disciplinés, ne doivent-ils pas se poser la question de savoir s’il est maintenant possible de bâtir la maison ?

Bref, j’étais dans le cirage et c’était une maigre consolation de songer que je n’étais pas le seul. »

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trotskistes_fran%C3%A7ais_durant_la_Seconde_Guerre_mondiale

Trotskistes français durant la Seconde Guerre mondiale

Le mouvement trotskyste français est divisé pendant l’Occupation, bien que la plupart refusent de s’allier avec les « petits-bourgeois » et les « impérialistes » contre l’Allemagne nazie. En 1939, le gouvernement dissout les deux principales organisations trotskistes, le Parti ouvrier internationaliste (POI) de Pierre Naville et le PCI de Raymond Molinier. Lors de la drôle de guerre, le mouvement trotskiste français adopte une position de « défaitisme révolutionnaire », puis publie, dès août 1940, le premier journal clandestin de la Résistance, La Vérité, organe bolchevique-léniniste. Divisé principalement entre ses deux composantes principales devenues clandestines: le Parti ouvrier internationaliste (POI), – tenté un temps par l’alliance avec la bourgeoisie contre Hitler -, et le Parti communiste internationaliste (PCI), – alors dirigé par Henri Molinier, en l’absence de son frère Raymond. Il refuse les attentats contre l’Occupant, assimilant ceux-ci à du « terrorisme » coupé des masses1. Il s’oppose notamment au virage patriotique du PCF après la rupture du Pacte germano-soviétique en 1941, au nom de l’« internationalisme », qui le pousse à préférer la propagande envers l’Occupant, afin de gagner « les prolétaires allemands » sous les drapeaux à la cause révolutionnaire, plutôt que l’action armée directe. Ce n’est qu’en décembre 1943 que la Quatrième Internationale prône la participation aux organisations armées afin de les structurer sur une base de classe ; si certains trotskistes français suivent, à titre personnel, cette ligne (par exemple Marcel Bleibtreu), elle n’est cependant pas officialisée par les structures clandestines trotskistes.

Défaitisme révolutionnaire et désorientation d’une partie des militants trotskistes

Le 15 février 1940, seize militants (dont Pierre Boussel, alias « Pierre Lambert ») se réclamant de la Quatrième Internationale, sont arrêtés. L’inculpation mentionne le chef d’accusation suivant : « infraction au décret du 1er septembre 1939 sur la publication de textes de nature à nuire au moral de l’armée et de la population ». Le rapport de police se termine ainsi « [...] se réclame ouvertement du marxisme-léninisme intégral, du défaitisme révolutionnaire et de l’antimilitarisme ».

Pierre Boussel, est alors membre du Parti communiste internationaliste (PCI) qui prône et pratique l’entrisme au Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat, l’un des principaux partis collaborationnistes. Henri Molinier, alias Henri Testu, frère de Raymond Molinier, prit même la parole lors d’un congrès du RNP. Cette attitude est cependant minoritaire. Elle traduit l’émiettement et la désorientation des trotskistes. Henri Molinier, alias Henri Testu, ne « voit de solution que dans les organisations fascistes et staliniennes qui naîtront du triomphe du Pacte germano-soviétique ». Pierre Boussel, futur dirigeant de l’OCI, qui s’est évadé en juin 1940, lors d’un transfert, s’oppose, lui, à cette orientation de d’Henri Molinier, alias Henri Testu. Sans toutefois quitter le Parti communiste internationaliste (PCI), il s’engage dans la CGT clandestine. Il est finalement exclu du PCI, avec sa compagne. Il demande alors à adhérer, en décembre 1943, au Parti ouvrier internationaliste (POI) qui développe l’idée du défaitisme révolutionnaire : « Derrière un soldat nazi se cache un travailleur allemand ! ». Reprenant ainsi les théories communistes de la Première Guerre mondiale où la guerre est impérialiste.

En janvier 1944, le Parti ouvrier internationaliste (POI) fusionne avec les autres groupuscules trotskistes dans le PCI, section française de la quatrième internationale, dont l’organe est La Vérité, pour qui « le fascisme est le fruit naturel du capitalisme, et on ne peut le finir qu’en abattant le capitalisme », et qui se démarque notamment en se prononçant contre l’union sacrée aussi bien extérieure (les Alliés et l’URSS) qu’intérieure (De Gaulle et le PCF). Cette attitude leur vaudra un acharnement de la part du PCF contre les « hitléro-trotskistes ».

La résistance trotskiste

La Résistance trotskiste occupe une place à part car elle ne participe pas à l’élan nationaliste qui anime toutes les résistances et refuse le travail commun avec les courants « bourgeois » de la Résistance, considérés comme des adversaires dans la lutte pour la Révolution. Seuls le Mouvement national révolutionnaire de Jean Rous et Fred Zeller, et, pendant un temps, le Parti ouvrier internationaliste (POI) de Marcel Hic, échappent à cette règle.

Les petits groupes trotskistes refusent aussi la dérive nationaliste du « À chacun son boche ! » du PCF, se veulent internationalistes, prônent la fraternisation avec les « travailleurs allemands sous l’uniforme », et organisent avant tout un travail en direction des soldats allemands de la Wehrmacht, publiant des journaux en langue allemande, en Bretagne, par exemple. Ainsi, selon le journaliste Christophe Nick,

« Au printemps 1943, le POI compte une cellule de quinze soldats et sous-officiers allemands en Bretagne. Sur toute la France, ils en « réseautent » une cinquantaine2. »

L’activité était risquée et la Gestapo réussit à démanteler assez aisément ces réseaux: la cellule bretonne comptait un agent gestapiste, ce qui conduit aux arrestations du 6 octobre 1943: Robert Cruau (fusillé), Yves Bodénez (mort à Dora) et 10 autres bretons (dont trois ne reviendront pas de déportation), 15 soldats allemands (qui auraient été guillotinés), ainsi qu’à Paris, Marcel Hic (mort à Dora), David Rousset, Philippe Fournié, Yvonne et Roland Filiâtre, également déportés2.

Dans le contexte d’une occupation de plus en plus brutale de la France, ce discours internationaliste avait toute chance de paraître irréel à la plupart des habitants, surtout lorsque le travail en direction des Allemands n’était pas accompagné d’autres formes de lutte visant concrètement à la fin de l’Occupation. D’autre part, en dépit du discours fort patriotique voire nationaliste du PCF clandestin, ce dernier ne négligeait pas non plus la propagande à destination des soldats occupants (le « travail allemand », confié aux militants FTP-MOI et à Artur London), bien que ce travail n’ait pas été pour lui une priorité.

Ces interprétations du conflit conduiront les trotskistes à s’abstenir de toute résistance armée contre l’occupant jusqu’en décembre 1943, considérant que les masses n’appuyaient pas alors ce qui était considéré comme du « terrorisme ». La critique du virage patriotique du PCF est exprimé, en 1945, par le surréaliste Benjamin Péret, qui avait rejoint le POI en 1936 puis s’était battu en Espagne avec le POUM et la colonne Durutti: en réponse à L’Honneur des poètes (1943), auquel participaient Paul Éluard et Aragon, Péret rédige ainsi Le Déshonneur des poètes.

La presse trotskiste clandestine

Par ailleurs, les trotskistes éditent deux journaux clandestins La Vérité clandestine et L’Étincelle, qu’ils diffusent aussi largement que possible, c’est-à-dire fort peu. L’Étincelle est diffusée par le « Comité pour la IVe Internationale » autour de Yvan Craipeau, Jean Rous, Barta et Daniel Guérin3. À la Libération, en raison de leur refus de l’Union nationale et de la puissance du PCF, ces journaux seront les seuls à ne pas obtenir immédiatement l’autorisation de reparaître au grand jour.

La violence de leurs attaques contre les Anglo-Saxons et la France libre n’y est pas non plus étrangères, ainsi que le fait qu’ils renvoient dos à dos les puissances fascistes et les Alliés. De Gaulle était régulièrement qualifié au printemps 1944 d’agent de la City et de l’impérialisme britannique.

Quelques jours après le débarquement allié de Normandie, alors que les massacres des Nazis ensanglantent quotidiennement la France, et les bombardements des alliés détruisent les villes, La Vérité titre : « Ils se valent » : alors qu’en décembre 1943, le secrétariat provisoire de la IVe Internationale s’était enfin rallié à la Résistance, en proclamant une « résolution sur le mouvement des partisans » prônant l’entrisme dans les organisations armées afin d’appuyer une structuration sur une base de classe, La Vérité écrit, le 22 juin 1944, dans cet article : « En réalité, la libération de Roosevelt vaut tout autant que le socialisme de Hitler »4. L’article appelle les ouvriers à s’organiser dans des Milices Ouvrières pour se libérer eux-mêmes, sans les Alliés. Selon Marcel Bleibtreu, responsable du journal à l’époque (et l’un des rares à s’être engagé, à titre personnel, au sein du Conseil national de la Résistance), il fut alors scandalisé de ce « raccourci » attribué à Rodolphe Prager qui fut exclu du journal5.

D’autres interprétations furent aussi lancées par les trotskistes clandestins. Ainsi l’idée d’un accord secret entre les belligérants pour s’entendre sur le dos des travailleurs européens et prévenir l’éclatement d’une hypothétique révolution européenne à la chute du Troisième Reich – dans cette perspective, le débarquement signifiait que « le grand capital américain [venait] voler au secours du grand capital allemand » (novembre 1943). De même, les bombardements alliés sur la France, avec leur cortège d’imprécisions et de victimes inutiles, étaient interprétés comme une volonté délibérée de terroriser les ouvriers pour prévenir une révolution…

La Vérité fut l’une des premières feuilles à dénoncer les mesures antisémites6 : dès l’été 1940, avant même la promulgation du Statut des juifs d’octobre 1940, La Vérité dans son premier numéro clandestin (daté du 31 août 1940) publie un article intitulé « À bas l’antisémitisme !!! », qui se conclut par un appel à « organiser des groupes de défenses ouvriers contre les bandes antisémites »7 et dans son numéro 34 du 10 juillet 1942, le journal, sous le titre « La marque d’infamie », écrit au sujet de l’imposition de l’étoile jaune le 7 juin 1942 : « Travailleurs français, il faut vous unir aux travailleurs, aux artisans, aux intellectuels juifs pour lutter contre les pogroms et l’antisémitisme ! ». La Vérité fut aussi l’une des seules à révéler dès 1943 (n° 45 du 20 mai 1943) l’existence et les horreurs du camp d’Auschwitz dans un article intitulé « Déportations en Haute-Silésie »8.

Seuls les journaux trotskistes se sont explicitement indignés de la violence inutilement meurtrière des bombardements alliés sur l’Allemagne : La Vérité n° 56 du 15 janvier 1944, en référence aux bombardements de Hambourg de l’été 1943, publie un article intitulé « NON, les morts de Hambourg ne vengent pas les morts de Nantes ! »9.

La répression des trotskistes

La répression touche durement le mouvement trotskiste. Ils sont victimes d’abord des nazis : ainsi, Jean Meichler, ancien membre du PCI avant-guerre, est arrêté le 3 juillet 1941. Il éditait le journal clandestin en langue allemande Unser Wort ; il est fusillé comme otage en septembre 1941. Un peu plus tard, le 22 octobre 1941, c’est la fusillade de Châteaubriant : 27 otages, essentiellement communistes, passent devant un peloton d’exécution allemand. Deux d’entre eux sont trotskistes, Pierre Guéguin et Marc Bourhis. De janvier à juin 1942, plusieurs rafles sont menées par la police française et conduisent à l’arrestation de dizaines de trotskistes, à Lyon, à Nîmes, à Aix-en-Provence, à Montauban, etc.

Stalinisme et trotskisme durant la guerre

Les trotskistes sont aussi victimes des communistes staliniens. L’affaire la plus célèbre a lieu le 26 ou le 27 octobre 1943. Selon un travail d’enquête mené dans les archives et auprès des témoins par Pierre Broué et Raymond Vacheron, en collaboration avec Alain Dugrand, quatre militants trotskistes, Pietro Tresso alias « Blasco », un des fondateurs du Parti communiste italien, Jean Reboul, Abram Sadek et Maurice Sieglmann alias « Pierre Salini », ont été exécutés dans le maquis de Wodli, dans la Haute-Loire, par des résistants communistes parce qu’ils étaient trotskistes10. Théo Vial-Massat (futur député PCF jusqu’en 1993) qui dirigera le maquis de Wodli à partir de juin 1944, est mis hors de cause par Broué et Vacheron car à l’époque des faits il n’exerçait aucune responsabilité d’encadrement.

De même, déporté à Buchenwald en 1944, David Rousset, un des fondateurs du Parti ouvrier internationaliste (POI), devra cacher son appartenance au courant trotskiste et se présentera comme communiste dans la ligne du PCF, pour survivre. Idem pour Jean-René Chauvin, Marcel Beaufrère, ou Marcel Hic, envoyé par la cellule clandestine du PCF dans un kommando de la mort à Dora11.

Après-guerre

À la Libération, les trotskistes ont le plus grand mal à obtenir l’autorisation de reparution de leur presse qui n’est pas considérée comme une presse de la Résistance, dans un moment où le PCF est dominant.

Lambert est exclu de la CGT comme « hitléro-trotskiste ». Ce vocable sera employé durant plusieurs années par le PCF envers les trotskistes.

Notes et références

  1. Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 323

Bibliographie

  • Bibliographie Histoire du mouvement trotskyste en France [archive]
  • Bibliographie Révolutionnaires pendant la Seconde guerre mondiale [archive]
  • André Calvès, Sans botte ni médailles, La Brèche, 1984, réédité et mis en ligne sous le titre J’ai essayé de comprendre [archive]
  • Philippe Campinchi, Les Lambertistes, un courant trotskiste français, Balland, 2000
  • Jacqueline Pluet-Despatin, Les trotskystes et la guerre 1940-1944, Anthropos, 1980
  • Michel Lequenne, Le Trotskisme. Une histoire sans fard, Éditions Syllepse, Paris 2005, (ISBN 284-9-50050-X)
  • Fac-similé de La Vérité clandestine (1940-1944), suivi du Fac-similé de Arbeiter uns Soldat et des Thèses de la conférence européenne de la IVe Internationale, présentation et notes analytiques de Jean-Michel Brabant, Michel Dreyfus, Jacqueline Pluet, traduction d’ Arbeiter und Soldat par Jean-Jacques Bonhomme, EDI (Études et documentation internationales), Paris, 1978.
  • Jean-Louis Roche, Les Trotskiens, suivi de lexique du trotkisme, Editions du Pavé 2002
  • Michel Roger, Les années terribles (1926-1945) La Gauche italienne dans l’émigration, 2013, ed Sans patrie ni frontières.

Articles connexes

Liens externes

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Bod%C3%A9nez

Yves Bodénez

Yves Bodénez
Image dans Infobox.
Biographie
Naissance

Brest

Décès

(à 22 ans)
Camp de concentration de Dora

Nationalité
Activité
Autres informations
Parti politique

Yves François Bodénez, né le 15 novembre 1921 au Relecq-Kerhuon, près de Brest (Finistère) et mort en déportation en mars 1944 à Dora (Nordhausen, Allemagne), est un militant trotskiste.

Biographie

Activité militante

Yves Bodénez perd très jeune ses parents, Joseph Marie Bodénez et Andrée Berthou, et sera élevé par ses grands-parents. Ouvrier du bâtiment (électricien), travaillant à l’Arsenal de Brest, il a acquis, avant la guerre, une bonne formation politique. Il lit la presse trotskiste dès 1937 et prend contact avec les trotskistes bretons en 19391. Pendant l’occupation allemande, les trotskistes bretons portent le nom de « Parti communiste révolutionnaire », puis rejoignent les Comités français pour la IVe internationale courant 19422. Enfin, ils établissent le contact avec des camarades de Paris qui ont reconstitué le Parti ouvrier internationaliste (POI) et publient chaque mois « La Vérité » clandestine3. Ils prennent donc le nom de POI. Il y a une cellule à Brest, constituée d’environ sept personnes et entourée d’un noyau de sympathisants plus ou moins actifs4. Du début de 1941 à octobre 1943, l’organisation trotskiste clandestine de Brest publie une vingtaine de tracts, ainsi que près de 30 numéros des journaux ronéotypés « Le Bulletin Ouvrier et Paysan », « La Bretagne Rouge » (entre juin 1941 et juin 1942)5, « Le Front Ouvrier » (entre deux et trois cents exemplaires)6. Yves Bodénez rédige des articles (signés Huon)1 et constitue à Kerhuon une cellule de cinq personnes4.

Travail avec les soldats allemands

Les militants du POI ont la quasi-certitude que la guerre débouchera sur la Révolution, tout particulièrement en Allemagne. Il n’est donc pas question d’accepter le mot d’ordre nationaliste du Parti communiste français, « À chacun son Boche », mais bien plutôt celui plus marxiste de « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous »7,Note 1. Dès octobre 1942, Yves Bodénez et son groupe se doutent qu’il y a, dans la région de Brest, des Allemands anti-nazis, dont beaucoup sont originaires de Hambourg, autre ville portuaire, connue pour son mouvement ouvrier8. Mais c’est vers mars 1943, à l’arrivée de Robert Cruau, dit Max ou Pleton, qui avait dû fuir Nantes où il était recherché6, qu’il devient possible d’engager des contacts sérieux avec les soldats9. Postier d’à peine vingt ans, parlant allemand et très militant, Robert Cruau s’installe près des arsenaux, où se concentrent ouvriers français et soldats allemands10. Par l’intermédiaire de son collègue Gérard Trévien à l’Arsenal, Yves Bodénez rejoint le groupe de Robert Cruau. Yves Bodénez et Robert Cruau seront responsables du POI pour la Bretagne. Robert Cruau dirige le groupe dit de « travail parmi les soldats allemands » : les militants du POI sont chargés de distribuer des tracts, de recruter les « internationalistes » qui se dissimulent sous l’uniforme de la Wehrmacht et de diffuser le journal clandestin « Arbeiter und Soldat »10,Note 2, publié à Paris.

Le groupe des trotskistes brestois

Des militants de divers points de France agissent pour que ce journal parvienne à des soldats allemands. Mais c’est seulement à Brest qu’il y aura un début d’organisation11. Robert Cruau dispose d’un groupe solide, dont les membres ont entre dix-neuf et vingt-cinq ans (les frères nantais Georges et Henri Berthomé, André Darley, Marguerite Métayer, Eliane Ronel, Anne Kervella, Gérard Trévien et Yves Bodénez). Plusieurs sont réfractaires au Service du travail obligatoire (STO). André Calvès, dit Ned, né à Brest en 1920, marin puis ouvrier, autodidacte brillant et intelligent, milite à leurs côtés. Il se sent proche de Cruau et de ses camarades10. Tous sont d’accord sur quelques points :

  1. Cette guerre est une guerre impérialiste pour un nouveau partage du monde.
  2. Le nazisme signifie l’esclavage pour tous les peuples d’Europe y compris le peuple allemand, même s’il y a une hiérarchie parmi les esclaves.
  3. De Gaulle représente une alternative possible pour la bourgeoisie française. Le mouvement de lutte contre l’occupation n’a absolument pas intérêt à se lier à ses directives.
  4. L’URSS demeure un État ouvrier dégénéré. Tous les pactes de Staline ne peuvent effacer l’antagonisme fondamental qui l’oppose au capitalisme. Le pacte germano-soviétique ne durera pas longtemps12.

Les soldats allemands antinazis

Au début de septembre 1943, le groupe aurait réussi à enrôler 27 soldats allemands6 (notamment de la DCA ainsi que deux marins et un de l’Organisation Todt) qui partagent avec lui l’essentiel : un attachement de principe à l’internationalisme prolétarien et une haine farouche du nazisme. L’un d’eux, Heinz, se sert du cachet de l’Organisation Todt afin de truquer les cartes de travail de ceux qui doivent partir au STO13. Des soldats allemands fournissent les militants français en Ausweis11, préviennent les jeunes ouvriers lors de rafles ou les laissent passer lorsqu’ils sont censés les arrêter14. Il y a même, à Brest, une feuille écrite par des soldats allemands gagnés à la IVe Internationale : « Zeitung für Arbeiter und Soldat im Westen »15, tirée à 150 exemplaires6 et dont l’iconographie est particulièrement remarquable : le motif central est un drapeau contenant une faucille croisant un marteau – symboles entourés d’une étoile à cinq branches dont la partie basse porte le titre IVe Internationale16. Le journal La Vérité rapporte dans son numéro du 15 octobre 194317 : « À Kerhuon, le 6 août, des soldats allemands ont traversé le bourg en chantant l’Internationale »14.

Réaction de la Gestapo

Les trotskistes du POI n’ignorent pas que la tâche est délicate, périlleuse et fatale en cas d’erreur. Or, si l’armée allemande n’aime pas la propagande défaitiste qui sape le moral des troupes et discrédite la hiérarchie, elle aime encore moins que ses soldats s’enrôlent dans des cellules trotskistes et diffusent des pamphlets révolutionnaires10. «Faire de la propagande à des soldats allemands est le plus grand crime !» – phrase d’un officier de la Gestapo prononcée au cours des interrogatoires, rapportée par une sympathisante libérée de la prison de Rennes13. La Gestapo intervient donc en infiltrant un informateur parmi les soldats de Brest (ou bien en « retournant » l’un d’entre eux sous la menace)18, Konrad Leplow19. En octobre 1943, une rafle décime le groupe10 : une quinzaine de militants sont arrêtés au moyen de trois souricières. Robert Cruau tente de s’enfuir. Abattu par la Feldgendarmerie, il meurt sans soins en prison. Les autres Français sont torturés puis déportés. Quatre ne reviendront pas des camps: Georges Berthomé, André Le Floch, Albert Goavec et Yves Bodénez18. Quant aux soldats allemands, une douzaine ou une quinzaine d’entre eux (dont probablement Heinz) auraient été arrêtés et exécutés13. Mais, en octobre 1943, la police allemande n’a pas fait que démanteler le « groupe breton ». Elle est remontée plus haut et a frappé au sommet du POI10.

Arrestation et déportation

Yves Bodénez est arrêté le 6 octobre 1943 à Brest. Konrad ignore son adresse à Kerhuon, il ne l’a vu qu’une fois mais le reconnait rue de Siam. Yves est emprisonné à Rennes du 7 octobre 1943 au 14 janvier 1944. Il séjourne au camp de Compiègne (Oise) du 15 au 21 janvier 1944, d’où il partira à destination du camp de concentration de Buchenwald (Allemagne), par le convoi du 22 janvier 1944. Il arrive à Buchenwald le 24 janvier 1944, puis à Dora (Allemagne) le 16 février 1944, où il porte le matricule 42.420. Affecté au Kommando Heckbau-Mittelwerk-Sawasky, il travaille comme électricien dans le tunnel où sont construites les armes secrètes V1 et V2. Il contracte une pleurésie le 1er mars, après avoir passé la nuit dehors pour une «désinfection», puis entre à l’hôpital du camp le 8 mars, où il sera tué le 11 mars par un kapo tchèque (la date officielle de son décès est le 23 mars 1944). Ses derniers jours seront relatés par son camarade Gérard Trévien, déporté avec lui à Dora, dont il reviendra en 194520.

Souvenir

Cet épisode, absolument unique21 dans les annales de la Résistance en France, a été largement passé sous silence21. D’une part, les militants trotskistes ont été décimés ; d’autre part, le PCF, premier parti de France à la Libération, les qualifiait de « hitléro-trotskystes » et il était selon lui impossible qu’ils aient fait de la résistance21. La vérité oblige à dire d’une part que la formule « hitléro-trotskiste » est introuvable dans les documents et tracts émanant du PCF de l’après-libération et que d’autre part, même si certains trotskistes réduisent le fait à une « simple erreur stratégique », un certain nombre de dirigeants de l’époque (dont certains comme Henri Molinier reviendront très vite sur de plus justes positions) choisissent de pratiquer l’entrisme au RNP de Marcel Déat, dont Roger Foirier, dit Folk, qui réalisera même des affiches de propagande de ce mouvement fasciste. Le nom d’Yves François Bodénez a été donné à une rue de sa ville natale, Le Relecq-Kerhuon.

En 2015, l’auteur de polars et romans noirs Marek Corbel a écrit un roman « Les gravats de la rade » qui traite sous forme fictionnelle et d’enquête policière ces évènements tragiques de l’année 1943 à Brest.

Bibliographie

  • André Calvès, J’ai essayé de comprendre, Mémoires : 1re partie : 1920-1950, mai 1993 (lire en ligne [archive])
    (Une première version a été publiée sous le titre Sans bottes ni médailles – Un trotskyste breton dans la guerre, Éditions La Brèche, Paris 1984)
  • André Calvès, La trahison de Conrad LEPLOW octobre 1943, 1944 (lire en ligne [archive])
    manuscrit déposé à la BDIC [archive]
  • André Calvès, Retour sur le travail en direction des soldats allemands à Brest, 1945 (lire en ligne [archive])
    notes griffonnées
  • André Calvès, Pour Yves Bodénès [archive], 16 octobre 1953
  • Jean-Pierre Cassard, Les trotskystes en France pendant la deuxième guerre mondiale (1939-1944), Université de Paris I Sorbonne, mémoire de maîtrise, Paris, Selio, 1981, 160 p.
  • André Fichaut, « Une résistance différente. Objectif : préparer la révolution », Rouge, no 2073,‎ 15 juillet 2004 (lire en ligne [archive])
  • Jean-Yves Guengant, « Yves Bodénez », mémoires des résistant-e-s du pays de Brest https://www.resistance-brest.net/spip.php?article247 [archive]
  • Fac-similé de La Vérité clandestine (1940-1944), suivi du Fac-similé de Arbeiter und Soldat et des Thèses de la conférence européenne de la IVe Internationale, présentation et notes analytiques de Jean-Michel Brabant, Michel Dreyfus, Jacqueline Pluet, traduction d’ Arbeiter und Soldat par Jean-Jacques Bonhomme, EDI (Études et documentation internationales), Paris, 1978
  • Frédéric Charpier, Histoire de l’extrême gauche trotskiste de 1929 à nos jours, Numéro 1, 2002
  • Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, Paris, 2002
  • Livre Mémorial des Déportés de France de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation [archive], Partie I, liste no 172. (I.172.) [archive]
  • Journal Officiel de la République Française, octobre 1987, Page 11518 [archive], Secrétariat d’État Aux Anciens Combattants, Arrêté du 25 août 1987 relatif à l’apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes ou jugements déclaratifs de décès, NOR : ACVP8720042A
  • La lutte des trotskystes sous la terreur nazie [archive], Parti Communiste Internationaliste (Section française de la IVe Internationale), Paris, août 1945
  • Gérard Trévien, « Ce camarade-là, c’était un Communiste ! », Le Militant, Brest, no 13,‎ octobre-novembre 1947 (lire en ligne [archive])
    Le Militant était le Bulletin mensuel de la région bretonne du P.C.I. (IVe Internationale)
  • Gérard Trévien, Lettre à François Bodénez, oncle d’Yves Bodénez, datée du 17 juillet 1945 (archives de la famille d’Yves Bodénez)
  • « Les gravats de la rade ». Marek Corbel. Editions Wartberg. 2015

Lien externe

Notes et références

Notes

  1. https://www.marxists.org/history/etol/newspape/soldat/index.htm [archive] Traduction anglaise des journaux « Arbeiter und Soldat ».

Références

Voir aussi

 

 

http://www.association-radar.org/?Une-resistance-differente-Objectif-preparer-la-revolution-Rouge-no-2073-15

Une résistance différente. Objectif : préparer la révolution (Rouge n° 2073, 15 juillet 2004)

 

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, des militants du Parti ouvrier internationaliste ont poussé au regroupement de soldats allemands. Le double objectif était une résistance au nazisme de l’intérieur et la préparation de la Révolution, C’est à Brest que cette expérience est allée le plus loin.

Les militants trotskystes du Parti ouvrier internationaliste (POI, sec­tion française de la Quatrième Internationale) avaient, pendant la guerre 1939-1945, la quasi-certitu­de qu’elle déboucherait sur la Révolution, tout particulièrement en Allemagne. Leur objectif était donc de tenter de regrouper au sein même de l’armée allemande les militaires, sans doute nombreux, qui n’avaient pas oublié la riche expérience du mouvement ouvrier allemand. Il s’agissait de préparer ainsi des groupes de mili­tants révolutionnaires prêts à agir en Allemagne dès que les événements se précipiteraient et, au moins, de favoriser une certaine démoralisation de l’armée allemande. Il n’était donc pas ques­tion d’accepter aussi peu que ce soit le mot d’ordre nationaliste du Parti communiste fran­çais, « À chacun son Boche », mais bien plutôt celui plus marxiste de « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Les militants du POI n’étaient pas plus d’une quinzaine sur la région brestoise, mais ce n’était pas une raison pour ne pas se lancer dans ce que l’on peut bien appeler une aventure.

Une tâche à haut risque

C’est donc à Brest que cette expérience de regroupement de soldats dans l’armée alleman­de fut poussée le plus loin. C’est sans doute le fait que Brest soit une ville où la garnison demeurait longtemps sur place pour la défense antiaérienne, l’entretien des sous-marins et la construction du mur de l’Atlantique qui permit à cette expérience de se développer. Sous l’in­fluence et la direction de Robert Cruau, postier nantais venu à Brest pour échapper à la Gestapo de Nantes et qui parlait l’allemand, une partie des groupes de Brest et de Quimper fut affectée à cette tâche extrêmement risquée et dange­reuse. Les autres militants étaient occupés par le travail habituel de propagande en direction du mouvement ouvrier, avec pour support le journal Front Ouvrier. Le cloisonnement entre ces deux groupes devait être étanche, mais il ne le fut sans doute pas assez. Les chiffres dont
nous disposons, mais qui sont approximatifs, font état d’une quinzaine de soldats regroupés en cellule, dont sept ou huit se réclamaient de la IVe Internationale. En tout, il semble que de 25 à 30 militaires furent d’accord pour participer à la diffusion du journal en langue alleman­de Zeitung îür Soldat und Arbeiter im Westen en direction de l’armée et de la marine. Les articles étaient rédigés par les militaires alle­mands.

Cette activité ne dura pas très longtemps puisque, démarrée en mars 1943, elle s’est achevée en octobre de la même année par l’arrestation de la plupart des militants du groupe trotskyste et de tous les soldats impliqués dans cette démarche. Le seul nom de soldat allemand qui reste en mémoire est celui qui vendit le réseau, Konrad Leplôw de Hambourg, dont on ne sait pas s’il était infil­tré ou bien s’il avait été retourné par la police allemande. Le résultat en fut que tous les mili­taires ont été arrêtés et ont disparu sans que personne encore aujourd’hui ne sache ce qu’ils sont devenus. Fusillés, a dit un officier allemand à un membre du groupe français au cours de son interrogatoi­re à la prison de Rennes. Peut-être, mais il est aussi possible qu’ils furent expédiés directe­ment sur le front de l’Est où il fallait beaucoup d’hommes pour faire face à l’offensive de l’ar­mée rouge. Nous avons fait une démarche en direction de l’ambassade d’Allemagne à Paris pour qu’elle fasse une enquête sur cette affaire qui a dû laisser des traces quelque part dans les archives de l’armée, et pour que soit rendu un hommage à ces résistants d’un type assez parti­culier. Nous avons reçu une réponse correcte et nous attendons la suite.

Les militants français, on sait ce qu’ils sont devenus. Robert Cruau fut abattu dès son arres­tation, à l’école Bonne-Nouvelle de Brest, qui servait de prison à la Gestapo. Il est raisonnable de penser qu’il a provoqué sa mort en tentant de s’évader sans aucun espoir de réussite. Il était le seul à connaître la totalité du réseau. Yves Bodénès, Georges Berthomé, André Floc’h sont morts dans les camps. D’autres encore furent déportés mais sont revenus. Éliane Ronel, Henri Berthomé, Gérard Trévien, André Darley, Anne Kervella… Tous ceux-là et celles-là, je les ai très bien connus.
Des militants de la direction nationale du POI, Marcel Beaufrere et son épouse Odette, de passage à Brest, y ont aussi été arrêtés, provoquant une série d’arrestations impor­tantes dans la région parisienne. À Brest, quelques militants ont échappé aux arresta­tions, André Calvès, Jean Mallégol et Micheline Trévien, du groupe Front ouvrier. D’autres ont été arrêtés et gardés en prison à Rennes durant trois ou quatre mois. Au total, l’addition fut très lourde.

Une expérience passée sous silence

Cette expérience, absolument unique dans les annales de la résistance en France, a été lar­gement passée sous silence à la Libération pour plusieurs raisons. D’abord, le PCF n’aurait pas toléré que l’on puisse supposer que les trotskystes aussi avaient fait de la résistance. C’étaient selon eux des hitléros-trotskystes, et donc c’était impossible. Comme le pouvoir avait besoin des communistes pour relancer la machi­ne, il n’était pas question de les contrarier pour cette bricole. Les trotskystes, eux, n’avaient guère les moyens de briser ce silence, et puis les militants de retour des camps ne voulaient plus entendre parler de cette affaire. Depuis, à peu près tous les participants ont disparu. J’ai réussi à retrouver Micheline Trévien, du groupe Front ouvrier, et Jeanne Darley, chez qui fut organisée une souricière dans laquelle sont tombés un cer­tain nombre de militants, mais dont la mémoire est extrêmement défaillante.

Alors pourquoi aujourd’hui ressortir cette histoire qui fut finalement une expérience réa­lisée presque en laboratoire. Peut-être que le raffut fait autour du 60e anniversaire du Débarquement, avec pour la première fois une participation allemande officielle, donne-t-elle l’envie de rappeler que tous les Allemands n’étaient pas des nazis. Que si au lieu d’appe­ler à les abattre sans discernement, on avait préconisé la fraternisation entre les tra­vailleurs avec ou sans uniforme à une échelle de masse, la physionomie de la guerre et ses résultats en aurait été changés. Sûrement aussi pour montrer que ceux et celles que l’on a injuriés durant des années en les traitant d’hitléros-trotskystes, même à leur retour des camps, méritaient un plus grand respect. Et puis, puisque les derniers participants à cette aventure, les derniers informés de tout cela par ceux et celles qui en ont été les acteurs vont bientôt disparaître, au moins qu’il en reste quelque part une petite trace.

André Fichaut


Vous pouvez aussi lire :

- La lutte des trotskystes sous la terreur nazie

- La Vérité, journal des Comités français pour la IVe internationale

- Le Soviet

- La Vérité, journal du POI

- La Vérité, journal du PCI

- Ohé partisans !

 

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